CHAPITRE Xn
Yèn-pé-hân et Ping-jou-heng, ayant pris le costume de pauvres bacheliers et le nom de Tchao-tsong et de Tsiênheng, louèrent secrètement une barque, à l'insu du président des concours. Ils partirent et visitèrent successivement Sou- tchéou , Tchang-tchéou et Tchîn-kiang. Un jour, ils arrivèrent à Yang-tchéou. Le pays était riche, riant et bien préférable au Kiang-nân.
Comme ils recherchaient les lieux les plus renommés, ils allèrent se loger dans le couvent de Khiong-hoa, et, en se promenant aux environs, ils apprirent qu'au nord-ouest de la ville , il y avait une maison appelée Ping-chànthang (ou la Maison de la Montagne unie), qui avait été construite par les soins de Eou-yang-sicou, l'un des personnages les plus célèbres de la dynastie des Song. C'était, leur dit-on, un monument antique fort recherché des hommes distingués et des lettrés de tout l'empire.
Us partirent aussitôt ensemble pour aller la visiter. Après quelques recherches, ils arrivèrent à l'endroit indiqué. Quoique les fondemens subsistassent encore , la maison était tout en ruines. Dans le voisinage, on ne voyait plus que la montagne solitaire qui la couvrait jadis de son ombre, et quelques bouquets de peupliers languissaus quis'élevaient desdeux côtés. Nos deux poètes se sententémus à ce spectacle, et ne peuvent résister aux tris-
tes pensées qu'inspirent les ruines présentes d'un magnifique monument de l'antiquité.
Comme ils étaient au fort de leur émotion, ils aperçurent deux hirondelles qui voltigeaient ça et là en babillant; on eût dit qu'elles jasaient entre elles et qu'elles prêtaient l'oreille. Celte vue alluma leur verve poétique. Ne pouvant la maîtriser, ils se firent apporter, par un domestique, un pinceau et un encrier, et riétoyèrenl une portion d'un mur délabré. Yên-pé-hàn y écrivit'le premier les vers suivans :
» J'ai entendu dire qu'à l'époque où cette maison fut fondée, » les charmes de h poésie et du vin en faisaient un lieu en- » chanteur.
» Il y a bien long-temps que tout cela est évanoui ; il ne • reste plus qu'une montagne solitaire I
1 Qui est-ce qui a vu ce séjour? Qui est-ce qui l'a admiré?
» Interrogez, je vous prie, les hirondelles de Ping-chân.»
Composé par Tchao-tsong de Yun-kiên.
Yên-pé-hân ayant fini d'écrire, Ping-jou-heng prit le pinceau, et traça à son tour les vers suivans :
< Le printemps une fois passé, la pivoine reste dépouillée de » ses attraits.
• A peine l'automne s'est-jl fait sentir, que le saule perd
• ses fils soyeux.
» Toutes les choses du monde sont sujettes au changement;
• il n'y a que l'éclat do la renommée qui ne change point.
• Gardez-vous, gardez-vous de voua plaindre I Voici encore
• les hirondelles de Ping-chân. »
Composé sur les rimes précédentes par Tsiêa-heng de Lo-yang.
Nos deux amis, ayant achevé leurs vers, se regardèrent l'un l'autre en souriant. Ils discoururent encore sur des faits anciens et modernes, et après avoir bu gaîment pendant une demi-heure, ils se prirent par la main et regagnèrent k pas lents le couvent où ils demeuraient. En ce moment le ciel était déjà sombre. Ils aperçurent, devant le monastère, une multitude d'employés et de porteurs de chaises ; il y avait^une confusion oe monde. Eu ayant demandé la cause, ils apprirent que le gouverneur avait invité des étrangers, et faisait jouer la comédie dans la grande salle du couvent.
Les deux amis, voyant un si grand nombre d'hommes rassemblés à cette heure, profitèrent de l'obscurité pour se glisser au milieu de la foule, et s'approchèrent tout doucement de la façade de la salle. Au premier coup d'œil , ils virent au haut bout , deux hôtes assis chacun devant une table chargée de mets et de vin. C'étaient justementTchang-în ctSong-sîn. « Que viennent faire ici ces deux individus? se demandèrent-ils secrètement. » Ayant regardé une seconde fois, ils virent, à une table placée plus bas, le préfet lui-même qui leur tenait compagnie. Mais, craignant d'être reconnus, ils n'osèrent rester plus long-tems, et s'en revinrent à leur hôtellerie où ils causèrcni en conlidence.
— « Lorsque nous étions chez nous , dit Yên-pé-hân, nous n'avons pas appris leur départ; comment se faitil qu'ils nous aient devancés et se trouvent déjà ici?
— «J'imagine, reprit I*ing-jou-heng, qu'ils sont venus dans le but de soutirer de 1 argent.
— » S'il s'agit de soutirer de l'argent, cela peut bien s'appliquer au vieux Song, quant à M. Tchang-pé-kong, il est puissamment riche; comment aurait-il quitte samaison'et fait un aussi long voyage pour satisfaire un vil intérêt? Voici là dessus mon opinion : je crois qu'il a appris l'histoire de Mlle Chân et qu'il en est devenu follement épris. C'est pour cela qu'il emmène secrètement le v-ieux Song à la capitale, afin de faire avant nous les premières démarches.
— » Votre idée est parfaitement juste. Il compte naturellement sur l'inllucnce de son père, qui est membre du tribunal de la magistrature ; et c'est de là, sans doute, que lui vient ce projet. Quel stratagème employer maintenant pour réussir?
— » Je n'en vois aucun. Du reste, celle affaire nous touche chacun en particulier. S'il fallait dire les secrets de noire cœur, cela nous serait impossible, et s'il s'agissait lutter ensemble, nous ne le pourrions pas davantage. La seule chose que nous ayons à faire est de partir sans délai ; une fois arrivés à la capitale, nous examinerons les circonstances et nous verrons ce que le ciel nous réserve.
— » Puisque vous êtes décidé à partir, mettons-nous demain en route, et tâchons surtout qu'ils ne noua voyent point ; car s'ils savaient que nous allons tous deux à la capitale, ils redoubleraient de diligence 'pour nous devancer.
— » Vous avez raison ! Vous avez raison, s'écria Yèn-péhâp ; il faut absolument partir demain de bonne heure. »
Kprès avoir dormi pendant toute la nuit, ils se levèrent de grand matin et préparèrent leurs liagagcs. Puis ils allèrent faire leurs remerciements à leur hôte, et ayant loué eux-mêmes une barque, ils partirent sur le champ pour la capitale.
Le lecteur se demande sans doute comment il se faisait que Song-sîn et Tchang-în fussent là occupes à boire et à s'amuser. Il faut savoir que Song-sîn étant arrivé à Yang-tcheou, comme il avait eu jadis des relations intimes avec le préfet Téou, il voulut se vanter devant Tchang-în, d'avoir un grand nombre d'amis. Il alla donc aussitôt lui rendre visite ; puis, quand il fut avec le préfet, il dit, d'un ton glorieux, que Tchang-în était le fils du président du ministère du personnel, au'il était son meilleur ami, et l'accompagnait à la capitale. En entendant prononcer les mots de ministère m personnel, le préfet Téou ne put maîtriser son désir de llaltcr le pouvoir. Voilà pourquoi il avait commandé une comédie et les y avait invités tous les deux. Au milieu de la pièce, il avait fait apporter des mets et du vin, et leur avait offert une collation. Il saisit cette occasion pour questionner Tchang. « Monsieur, lui dit-il , allez-vous à la capitale pour rendre visite à votre illustre père, ou pour quelque autre motif?
— » C'est uniquement pour voir mon respectable père, répondit Tchang-în ; je n ai aucune autre affaire.
— » Et vous. Monsieur Tseu-trhing (nom honorifique de Song-sîn), je vous demanderai aussi qu'est ce qui vous a inspiré l'idée d'aller à la capitale ?
— » Là dessus, dit Song-sîn, je serais bien aise de causer un peu. J'oserai, en conséquence, demander à Votre Excellence si elle a appris dans quel'e position se trouve Ling-kiang-sioué depuis son arrivée à la capitale. Remplit-elle l'oflice de seconde femme ou de servante?
— » L'aventure de Ling-kiang-Sioué a quelque chose de merveilleux, dit le préfet en riant; est-ce que vous n'en savez encore rien ?
— » Après que Ling-kiang-Sioué fut partie pour la capitale, j'allai faire une excursion à Yùn-kiên; je vous jure que je n'en ai rien appris.
— » Mlle Chàn était liére de l'éclat de son talent et de la bienveillance dont l'honorait l'empereur ; aussi était-elle pleine d'orgueil et de jactance, comme si elle n'eût compté les autres pour rien ; c'est un fait que vous n'ignorez pas. Mais tout à coup Ling-kiang-sioué, cette petite fille, qui n'est pas dépourvue de talent, arriva à l'hôtel de Chàn-hièn-jin. Dès qu'elle fut en sa présence, elle disputa avec lui sur les rites et refusa de le saluer. Mlle Chân lui ayant proposé un .«-ujet de poésie, pour la mettre à l'épreuve, elle prit un pinceau et acheva sur le champ la composition demandée. Mlle Chân, qui jusqu'ici jetait un œil dédaigneux sur tout l'empire, se vit complètement écrasée. Non seulement
BIBLIOTnEOCE CHOISIE.
elle n'osa pas la traiter comme une servante, mais j'ai entcndudireque S. Ex. Chàn ayant témoigné l'iulcntion de l'adopter, sa fille craignit que ce ne fût encore la rabaisser, et se dérida à lui rendre les mêmes devoirs qu'aux hôtes distingues. Ce n'est pas tout : elle présenta un placet pour lui l'aire obtenir un titre honorilifiuc, et l'empereur, agréant celte demande, lui donna le titre de Niu-hio-ssé, (femme versée dans les lettres) ; puis il conféra, en outre, à Ling-sîn, son père, le droit de porter 15 bonnet et la ceinture de Tchong-chou (secrétaire du jialais) , afio de l'entourer de considération. Dites-moi un peu si cela n'est pas extraordinaire. »
Ces paroles inspirèrent à Song-sîa de sérieuses réflexions ; puis regardant fixement ïchang-în ; « Monsieur, lui dit-il, voici pour vous une belle occasion!
— (V Où voyez cela? demanda celui-ci avec émotion.
— » Cetie belle occasion dépend entièrement deS. Ex. Téou. Je ne puis vous cacher la vérité.
— » Puisque Téou, mon respectable maître, a daigné m'honorer de son amitié, rien ne vous empêche de faire connaître franchement l'heureuse affaire qui intéresse son disciple.
— » Quelle affaire de cœur occupe M. Tchang ? dit le préfet.
— » Bien que M. Tchang, en faisant ce voyage, ait l'intention d'aller présenter ses devoirs à son illustre père , la vérité est qu'ayant entendu parler de Mlle Ghâa , il désire vivement la demander en mariage. Arrivé à la capitale, il priera quelques grands personnages de faire les premières démarches en sa faveur. Comme il peut aller de pair avec elle pour la fortune et le rang, il ne saurait manquer de réussir dans son projet. Je dirai seulement que Mlle Chàn étant douée de talent, elle doit être passionnée pourvles hommes de talent. Mais il est difficile qu'elle puisse connaître en un moment les
Erécieux talens de M. Tchang. Je viens d'apprendre que ling-kiang-siûué a été favorisée de la fortune, et que Ling-sîn surnommé Ta-hou ( le Richard ) , a obtenu le bonnet et la ceinture de magistrat. Pourquoi ne pas emprunter la haute influence de S. Ex. Téou, pourqu'il prie Ling-ta-hou d'écrire à Ling-kiang-sioué une lettre confidentielle par laquelle il l'instruirait du projet de mariage de M. Tchang, et la chargerait de travailler secrètement à en assurer le succès? Puis, vous lui enverriez le volume de compositions élégantes que M. Tchang a fait graver, afin quelle connaisse et apprécie ses talens distingués. Une fois que le cœur de Mlle Chàn aura été touché intérieurement, l'affaire extérieure qui l'occupe, se fera aussitôt d'elle-même. N'est-ce pas là une heureuse occasion?»
Après ce discours, Tchang-în devint rayonnant de joie else mit à saluer le préfet à plusieurs reprises. « Honorable maître, lui dit-il, si je suis assez heureux pour que votre haute bienveillance fasse réussir cette affaire, je vous jure que votre disciple n'oubliera pas de vous en témoigner toute sa reconnaissance.
— » Si vous désirez, dit le préfet, que je fasse écrire une lettre par Ling-sîn et que je l'envoyé à la capitale, il n'y a rien de plus aisé. Je serai heureux de donner un coup d'épaule à votre honorable ami. »
Tchang-în le remercia avec effusion, a Puisque j'ai reçu voire généreux consentement, lui dit-il, demain malin, je me ferai un devoir d'aller à votre hôtel pour vous présenter ma demande. »
A ces mots, ils se mirent de nouveau h table, et, après avoir vu la fin de la comédie, ils se séparèrent.
Le lendemain Tchang-în et Song-sîn, ayant consulté ensemble, préparèrent de riches présens, "et, après les avoir offerts au préfet, ils le prièrent de charger Linsîn, d'écrire à la capitale, à Ling-kiang-sioué, et de lui confier le soin de faire adroitement la demande de mariage. Song-sîn lui remit :ûsuite le volume intitulé Nouvelles compositions de Tchang, et le pria de l'envoyer il la capitale, avec la lettre, aiiu qu'on put juger dû rare talent de Tchang-în.
— « Messieurs, dit le préfet , si je ne recevais pas vos riches présens, vous ne manqueriez pas de dire que je refuse de faire votre commission, » et aussitôt il les accejita en totalité.
En conséquence il envoya sa carte à Liag-sîn en l'invitant à venir causer avec lui en particulier, et lui conta de point en point toute cette affaire.
Ling-sîn n'aurait osé désobéir aux ordres du préfet. En conséquence, il pria sur le champ le bachelier Tching d'écrire une lettre avec toute l'habileté dont il était capable, pour engager sa fille à s'intéresser au succès de celte affaire, et de mettre sous la même enveloppe, les Nouvelles compositions de Tchang. Dès qu'il eut hni d'écrire, il mit la lettre et le livre sous une enveloppe cachetée et les envoya au préfet Téou.
Le préfet les transmit aussitôt à Tchang-în qu'il regardait comme un personnage important. Tchang-în, eu les recevant, se crut en possession d'un trésor inestimable. 11 s'empressa de venir faire ses adieux et ses remerciemens au préfet, et partit la nuit suivante avec Son"-sîn, pour la capitale. Aussitôt qu'il fut arrivé, il alla rendre visite à son père, et ayant pris des informations sur Chàn-hièn-jîa, il apprit que ce ministre n'élail plus à la cour.
OrCh»n-hiên-jîn, dont la fille avait obtenu, par l'éclat de son talent, la faveur impériale, et avait écrasé, dans un concours les premiers fonctionnaires de l'état, ne put é( happer à la haine et à l'envie. 11 avait adresse de suite plusieurs placets où il alléguait le mauvais état de sa santé, afin de quitter les affaires et de se retirer dans son pays natal.
L'empereur avaitd' abord refusé, mais nepouVant résister aux vives instances de Chàn-hièn-jîn, il l'appela auprès de lui et lui dit : Vu les sollicitations réitérées de Voire Excellence, j'aurais mauvaise grâce à vous retenir malgré vous; mais j'aime passionnément les compositions de Chàn-taî, votre noble fille, et, tous les jours, j'ai des ordres à lui donner (c'est îi dire je lui demande des vers). Si vous quittez les affaires pour aller vivre dans la retraite, vous emmènerez nécessairement toute voire famille, et j'y verrais beaucoup d'inconvéniens : comment faire?
— » Sire, reprit Chàn-hièn-jîn, Votre Majesté m'a comblé de bienfaits sans nombre. Comment votre humble sujet pourrait-il se retirer sans motif? Mes longs travaux ont altéré ma santé, les affaires du conseil d'état sont si mul-
ROMAN CHINOIS
tipliées, que je ne puis vraiment en soutenir le poids. "Voilà pourquoi, Sire, j'ai osé vous importuner si souvent de ma demande.
— » Puisque Votre Excellence ne peut supporter la fatigue des alfaires, à vingt milles d'ici (deux lieues) , il y a une villa impériale qui offre un séjour doux et paisible ; je vous la donne pour que vous puissiez vous y retirer et soigner votre santé. Vous y trouverez le repos dont vous avez besoin, et toutes les fois que j'aurai à vous consulter, il me sera aisé de vous appeler auprès de moi ; de plus la fille de Votre Excellence pourra à tout instant, meprc.scntcr les morceaux de poésie ou de prose élégante qu'elle aura composés. Ne sera-ce pas faire aune pierre deux coups? »
Chân-hiên-jln remercia l'empereur en se prosternant jusqu'àterre. « Sire, dit-il, si votre auguste bonté s'intéresse ainsiàcet humble sujet, c'est qu'elle est vraiment élevée comme le ciel, et profonde comme la terre ' »
Il obéit aussitôt aux ordres du souverain, et se relira dans la villa impériale. Quoique cette villa ne fût qu'à vingt milles de la capitale, elle en était séparée par des montagnes et des rivières ; c'était un monde à part. On y voyait des eaux limpides et des tertres verdoyans, des bosquets touffus, coupés par des canaux ou des sentiers solitaires, des (leurs et des oiseaux d'espèces aussi rares que remarquables; ce séjour délicieux ne le cédait point au riant jardin de Wang-weï, et il pouvait rivaliser avec la Vallée d'or (nom d'un jardin) de Chi-lo.
Chân-hiên-jîn, s'y étantrctirc avec toute sa famille, se trouvait au comble du bonheur. Il lit construire, conime par le passé, un autre pavillon du Pied de jade et y installa Cnân-taï et Ling-liang-sioué, afin qu'elle pussent se livrer en paix aux plaisirs de.l'élude et de la poésie. Quoique ChâQ-hiên-jîn menât la vie la plus heureuse, il n'oubliait pas que sa fille avail'déjùdequinzcà seize ans, et qu'il ne pouvait se dispenser de lui choisir un époux. H avait beau chercher parmi les (ils et les neveux des plus hauts personnages , il n'en voyait pas un seul sur qui il piJt, le moins du monde, jeter ses vues. « Attendons , se dit-il en lui-même , jusqu'au printemps prochain. Quand la lisle du concours aura clé publiée, si j'y trouve (]ucl(iuc jeune Tsîn-ssé (docteur), je serai charmé de l'appeler pour être mon gendre.
Mais, tout à coup, Tcliang-îu arriva à la capitale, et il apprit, dès lepremier moment, queS.Ex. Cliân s'était fixée dans une des villas de l'empereur. Il en informa d'abord son père, et le pria de charger quclnues grands personnages d'aller lui prcsenlcr sa demande. Ensuite il envoya un messager pouf porter la lettre de Ling-sin à la villa impériale^
Or, Ling-kiang-sioué ayant reçu la lettre de son père, l'ouvrit avec empressement et apjirit que Tchang-în désirait demander en mariage Mlle Chân , et la chargeait elle même de s'intéresser au succès de celte démarche. Elle vit, en outre, que la même enveloppe renfermait un volume intitulé, Nourelles compositions de Tchang. Elle l'ouvrit, et, au premier coup d'œil, elle remarqua une pièce de vers corn osée dans la maison de campagne de T<ièn-lié, u, en entendant le chant des lo-
riots ; une autre pièce écrite sur un mur, etc. Le style en était pur, élégant cl plein de charmes. Elle ne put Vempécher de laisser briller sa joie sur son visage. « Quels beaux vers! quels beaux vers! s'écria-t-elle. Où peut exister un homme d'un si merveilleux talent? »
A peine avait-elle achevé ces mois, que Chàn-taï accourut à elle. « Mademoiselle Ling, lui dit-elle, que regardez-vous là? »
Ling-kiang-sioué se retourna vivement en reconnaissant la voix de Chân-taï. « Mademoiselle, lui dit-elle, en riant, je vous félicite! je vous félicite !
— » Pourquoi prononcer, tout à coup, ces paroles extraordinaires? repartit Chàn-taï; quel bonheur m'estil arrivé pour que vous me félicitiez ?
— » Je vous ai trouvé là dedans (montrant la lettre et le livre) un époux distingué. N'y a-t-il pas de quoi vous féliciter?
— » Veuillez, Mademoiselle, examiner ces poésies; vous verrez alors que je dis vrai. En disant ces mois, elle remit à Chàn-taï les Nouvelles compositions de Tchang.
Dès que Chân-taï eut le volume entre les mains, elle regarda d'abord le nom de l'auteur; et elle vit qu'il se nommait Tchang-în de Yun-kièn. « Yun-kièn, dit-elle, est l'ancien nom de Song-kiang. » Elle regarda de nouveau les vers et en lut trois pièces de suite. « Ces vers, s'écria-t-elle aussitôt avec admiration, sont ccrlainement l'œuvre d'un grand poclc. J'ignore d'où ils viennent et comment vous avez pu vous les procurer.
— » C'est mon père qui me les a envoyés, reprit Lingkiang-sioué, en me chargeant de vous faire les premières ouvertures de mariage. ;Je soupirais constamment, je l'avoue, en vous voyant douée d'un si l)eau talent, et ie craignais qu'il ne fût impossible de rencontrer, sous le ciel, un homme de génie digne de s'unir avec vous. Mais aujourd'hui, à magrandesurprise, j'ai soudain découvert ce poète : c'est l'événement le plijs extraordinaire et le plus heureux qu'on puisse voir ; et, pour le coup, je crois que vous avez trouvé voire pareil.
— » Bien qu'il ait un talent merveilleux, j'ignore encore comment il est de sa personne.
— » Le seul malheur qu'on doive craindre, c'est qu'un homme soit dépourvu de talent. Dès qu'un homme a réellement du talent, quand sa figure serait laide et commune, elle doit briller d uue certaine grâce qu'on chercherait vainement dans les traits d'un rustre et d'un sot; voilà Mademoiselle, ce qu'on peut savoir d'avance.
— » Mademoiselle, s'écria Chàn-laï en riant, à entendre vos prolonds raisonnemens, on voit que, non seulement vous savez distinguer le talent, mais aussi que vous excellez en phvsionomie. »
Les deuxanues rirent alors aux éclats; puis elles examinèrent encore avec la plus grande attention, les Nouvelles compositions de Tcnang. Chaque pièce leur parut charmanto, et elles ne purent contenir les transports de de leur joie. Mais bientôt elles arrivèrent au dernier morceau qui était intitulé : « Vers écrits sur le mur du temple de Mîn-tseu, composés sur les rimes originales de Mlle Ling , de We'i-yang, jeune fille de taleut, âgée de douze ans. »
A peine Ling-kiang-sioué eut-elle vu ces vers, qu'elle
BIBLIOTHÈQDE CHOISIE.
fut frappée desurprise: «Voilà qui estbien étrange! s'écria-t-eile.
— » D'où vient voire étonncment? demanda Chàn-laï.
— » C'est une aventure que je voulais vous conter il y a long-temps, mais je n'en ai pas trouvé l'occasion. Voilà pourquoi je ne vous l'ai pas encore apprise. Lorsque je voyageais pour venir dans votre noble maison, je passai par hasard devant le temple de Min-tseu. Etant descendue à terre, pour le visiter, j'éprouvai, en le parcourant, une subite inspiration, et, sur le champ, j'écrivis sur le mur une pièce de vers détachés. A peine avais-je tourné les talons, qu'une personne inconnue écrivit un peu plus haut une pièce de vers sur les mêmes rimes. C'est précisément celle que je vois ici ; il n'y a pas un mot de différence. Je me souviens encore de l'inscription qui était placée au bas. Elle était ainsi conçue : « Respec- » tueusemeht composé sur les mêmes rimes , par Ping- » jou-heng, jeune étudiant de seize ans. »
— » Comme je sortais du temple, je rencontrai justement un jeune étudiant qui pouvait bien avoir quinze ou seize ans. Quoique ses vetemens et sa chaussure annonçassent un pauvre bachelier, il avait un extérieur noble, une ligure distinguée, et une beauté sans égale. En me voyant parti, il parut ému et me regarda avec une attentian marquée, comme s'il eût voulu ra'expliquer les motifs qui l'avaient porté à composer des vers sur mes rimes. Mais, étant pressée]de remonter en bateau, je n'eus pas le temps de me retournerpour le considérer à loisir. Jusqu'à présent, j'ai toujours songé à lui, même dans mes songes; je pense ((ue c'est certainement un homme de talent. J'ignore aujourd'hui pourquoi ce M. Tchang a fait graver les vers de ce jeune homme. Ne serait-ce pas lui-même que j ai rencontré à cette époque? Mais pourquoi auraitil changé de nom? N'est-ce pas là une aventure extraordinaire?
— » Puisqu'il en est ainsi, ditChân-tai, qui sait s'il n'a pas changé de nom parce qu'il se trouvait loin de son pays natal? Si vous voulez éclaircir cette affaire, rien ne sera plus aisé Comme ce M. Tchang veut présenter une demande de mariage, il faudra absolument qu'il vienne nous faire une visite de cérémonie; vous connaissez sa ligure : quand il sera venu, vous l'observerez secrèteineut. Si c'est le même jeune homme, peu importe qu'il ait changé de nom.
— » 11 n'y a pas d'autre moyen de découvrir la vérité, reprit Ling-kiang-sioué.
Après cttie conversation, elles se remirent à examiner les autres pieces de vers. Au bas d'un de ces morceaux elles rcmar(|uèrent l'inscription suivante :
« Compose sur les rimes précédentes par affection pour la personne (jui a écrit ces vers sur le mur du temple de Min-tseu. »
Après avoir lu ces vers, Ling-kaug-sioué resta quelque temps silencieuse. A en juger par ce quatrain, se dit-elle en elle-même, il est clair qu'il s'est épris de moi à cause des vers que j'ai écrits sur le mur. Puis ayant encore réllcchi un instant, « Si vous êtes épris de moi, dit-elle en elle même, iJoiir(|U(ii me chargez-vous de demander la main de Mademoiselle ? »
Tout en songeant ainsi, un chagrin secret s'empara de
ses sens et altéra les traits de sa (igurc. Chàn-taî s'en apcrçutet n'eut pas de peine à en desincr la cause. Elle s'efforça alors de calmer son trouble et de la consoler. <■ Si l'on examine attenliveiiienl ces compositions, lui dit-elle, dans la première pièce, le ])oète montre de l'affection pour le talent, et témoigne un ardent désir de porter un vêletement noir (celui des grands dignitaires). Dans la pièce suivante, les mots « obtenir de vos nouvelles près du pont azuré », indiquent clairement une demande de mariage. Puisque l'idée dominante de ces vers, montre son inclination pour vous, quelle raison aurait-il maintenant de demander ma main? 11 faut qu'il y ait là dedans quelque malentendu.
— » La lettre de mon père est claire et précise, lui dit Ling-kiang-sioué, comment pourrait-il y avoir un malentendu?
— )> La lettre de votre père est sans doute claire et précise, dit Chàn-taï, et d'un autre côté les vers de ce jeune homme ne sont pas fortobcurs. S il n'y a point de malentendu, il faut aosolument que quelqu'un ait fait un faux rapport. Dans ce moment-ci , nous ne pouvons sortir de cette cruelle incertitude; mais, avec le temps, il faudra bien que cette affaire s'édaircisse d'elle-même. »
Les deux amies achevèrent avec délices les autres pièces de vers et en firent le plus pompeux éloge.
Chàn-ta'i consulta ensuite avec Ling-kiang-sioué. « Pour le moment, dit-elle, ne parlez pas des vers envoyés par votre honorable père ; voyons un peu comment il s'y prendra pour venir faire sa demande. »
Laissons les jeunes lilies conférer ensemble dans l'appartement intérieur, et revenons à Tchang-în. Quand il vit que la lettre de Ling-sîn avait été remise à sa destination, il se figura qu'elle avait produit son effet. Quelques jours après, il expliqua son projet à son père, qui envova sur le champ un nommé Siîu, président du tribunal des rites, pour porter une proposition de mariage à Chàn-hiên-jîn. Celui-ci, voyant que sa lille avait déjà seize ans et qu'elle était en âge de se marier, se garda de repousser cette demande; il se contenta de lui répondre : « Ma lille ayant quelques talens qui l'ont fait remarquer de l'empereur, il faut absolument que le mérite littéraire du jeune homme, aille de pair avec le sien ; c'est alors seulement que j'oserai obéir à vos instructions. Si le noble lils de S. Ex. Tchang, possède réellement un talent distingué, je le prie de venir me voir un instant ; je jugerai alors si je puis doimer mon consentement. ->
Le président Sun rappirla celte réponse à Tchang-în, qui, ravi de joie, voulait y aller de suite. Ce qu'ayant appris Song-sîn, il en futiout troublé else hàla de le retenir. « Il nefaut pas y aller, il ne fauty aller, lui dit il, car, une fois que vous vous serez montré, vous éprouverez un refus décisif.
— » El pourquoi cela? demanda Tchang-în.
— » Ne connaissez-vous pas le caractère de .Mlle Chân ? Elle est douée d'un talent élevé et d'une vue perçante. Si vous n'y allez pas, son père dira que vous êtes le fils du président du minislèie du per.'^onnel, et (jue d ailleurs la jR'r>onne qui a fiiit la demande a haiitomcnt vanté voire mérite. Peut-être que votre union sera l'.'vorisce du ciel, ctqu'il laissera échapper, par mégarde, son consentcmcul.
ROMAN CHINOIS
Mais si vous vous présentez vous-même, je suppose qu'on vous adresse, par hasard, une question et que vousy repondiez par une bévue, une fois qu'elle s'en sera aperçue, la demande fût-elle faite, non seulement par un président de ministère, mais par l'empereur lui-même, cette petite drôlesse ne donnera jamais son consentement. Si vous m'en croyez, Monsieur, le meilleur parti est d'imaginer quelque prétexte pourn'y pas aller.
— » 'vous avez parfaitement raison, reprit Tchang-în ; mais quelle excuse donner?
— » Il vous sullira de dire que vous êtes indisposé par suite des fatigues du voyage, cl s'il veut juger de votre talent, vous n'aurez qu'a lui envoyer votre volume intitulé: Nouvelles compositions deTchang. En vous y prenant ainsi, vous avez quelcjue chance de réussir.
— » Votre avis est excellent, » s'écria Tchang-în tout joyeux. De suite , il pria le président Sun de répondre par écrit « qu'ayant éprouvé de grandes fatigues en route, il se trouvait indisposé, et qu'en conséquence il ne pouvait aller lui présenter ses hommages. Je vous présente d'avance, devait-il ajouter, un cahier de ses compositions, en vous priant de les corriger. Si vous aimez le talent, i'ose vous supplier humblement de lui accorder une alliance aussi belle que celle de Thsîn et de Teîn. Peutêtre lui devrez-vous le bonheur de votre fille. »
Dès que Chân-hiên-jîn eut reçu les Nouvelles compositions de TcMDg, et qu'il y eut jeté un coup d'œil, il trouva que les vers liaient pleins de grâce et de fraîcheur, et en fut ravi de joie 11 alla les porter lui-même à sa fille.
— « Les vers sont charmans, reprit Chân-taï, mais le jeune homme refuse de se présenter. Ne pensez-vous pas que cette affaire sent un peu la supercherie et le plagiat?
— » Tes craintes me paraissent fondées», dilChàn-hiênjîn.
Il écrivit donc de nouveau au président Sun, et lui dit qu'il tenait uDsolument à voir Tcliang-în.
Celui-ci fut tout en émoi à cette nouvelle, et alla consulter Song-sîn.
— « Ces jours derniers, lui dit Song-sîn, vous étiez encore libre d'y aller ou non ; mais aujourd'hui cela vous est absolument impossible.
— » El pourquoi cela? demanda Tchang-în.
— » Ces jours derniers, si vous vous fussiez montré à l'improviste, comme ils ne pensaient k r.en ni l'un ni l'autre, vous couriez la chance d'être mis ou dcd à l'épreuve. Mais maintenant que l'on vous a adressé plus eur invitations pressantes, si vous y allez, le père et la fille s'évertueront tous deux à vous observer. Quand ils n'auraient pas soncé dans le principeà vous mettreà l'épreuve, celte fois-ci ils voudront certainement vous faire subir un examen.
— » S'ils devaient réellement me mettre à l'épreuve, pour le coup, il me serait impossible d'y aller. Laissons passer encore quelques jours en attendant une occasion favorable.
— » Quelle occasion favorable pourriez-vous attendre? lui dit Song-sîn. La seule chose que vous ayez à faire, c'est d'envoyer un puissant personnage pour présenter
votre demande. Voilà ce que vous pourrez appeler une occasion favorable. »
Tihang-în suivit ce conseil et alla informer son père de toutes ces circonstances. Celui-ci envoya l'un des premiers ministres pour porter ses propositions.
Laissons-le s'acquitter de sou message et revenons à Ling-kiang-sioué. Depuis qu'elle avait vu les vers que Ping-jou-hcng avait composés en pensant tendrement à clic, jour et nuit elle était occupée de son image; elle en avait perdu le goût du riz et du thé, cl demeurait froi de cl insensible aux charmes de la nature. Si elle s'efforçait d'en parler, c'était toujours sans témoigner le moindre plaisir. Chàn-taï lui adressait souvent des paroles de consolation, mais bien quelle y acquiesçât de bouche, son cœur restait agité par un trouble qui tenait du délire, et, chaque jour, languissante, abattue, elle soupirait après le sommeil de la nuit. Chàn-taï désirait vivement qu'on amenât Tchang-în à se montrer un instant, afin de dissiper ses doutes; mais Tchang-în s'obstinait toujours à ne pas venir. En attendant, les traits de Ling-kiang-sioué s'altéraient de jour en jour, et sa santé dépérissait à vue d'œil. Chân-taï en était cruellement tourmentée, et elle aurait voulu en instruire sonpère, maiselle n'osaitouvrir la bouche; elle aurai* voulu concentrer sa douleur, mais elle craignait que Ling-kiang-sioué ne finît par tomber malade.
Elle était dans une perplexité mortelle, lorsque tout k coup, elle apprit que l'empereur venait d'envoyer un eunuque avec un ordre qui invitait son père à se rendre à la cour.
A cette époque la santé de Chân-hiên-jîn était rétablie; aussi segarda-t-il de refuser. Il monta aussitôt avec l'ennuque dans une chaise â porteurs, et se rendit au palais. L'empereur lui donna audience dans le palais appelé Wen-hoa-lièn. Après avoir reçu ses hommages, l'empereur le lit asseoir et l'inlerroçca. « 11 y a long-temps, lui dit-il, que je n'ai vu Votre Excellence; j'ignore si vous avez déjà choisi, pour Chân-taï, votre fille, un époux distingué.
— » Sire, dit Chàn-hiên-jîn en se prosternant jusqu'à terre, je remercie votre Majesté d'avoir daigné penser à moi; la vérité est que je n'ai pas encore fait mon choix.
— » Dans une position aussi élevée que la vôtre, est-ce que personne n'est venu demander votre fille?
— » Il y a eu beaucoup de nrélendans, reprit Chânhicn-jin, mais, comme ma lille Chàn-taï a eu le bonheur de recevoir de Votre Majesté, le titre de (ille de talent, je n'ai pas voulu la donner, à la légère, à des hommes sans mérite ; j'aurais craint de me montrer ingrat à vos au-
Susles bontés Voilà pourquoi elle attend encore le titre épouse.
— » Puisque vous n'avez encore jeté vos vues sur personne, je vous liens en réserve deux hommes de mérite que j'ai choisis pour elle.
— » Sire, dit Chàn-hiên-jîn, comment votre humble sujet oserait-il, dans l'intérêt de sa fille, fatiguer l'esprit de Votre Majesté? Seulement j'ignore de quels hommes vous avez fait choix. *
— » AVang-kouên, directeur du collège de Nan-king. m'a présenté hier un mémoire où il recommande d uue
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manière spéciale, deux hommes de talent; le premier est Yen-pe-han de Song-kiang, et le second Ping-jou-liengde Lo-yang: ils n'ont pas encore vingt ans. Il ajoute que leurs brillaptes compositions ont la délicatesse d'une gravure et la richesse d'une broderie ; que leur vaste «Tavoir embrasse tout l'univers, et qu'avec leur pinceau fécond ils improviseraient dix mille vers en un clin d'œil Ce n est pas tout : , m'a offert une pièce de Yen pe^-hân su? les merveilles de la tour des hirondelles ; à ce que je vois cest vraiment un homme d'un rare talent Ej^ai rendu un décret pour les appeler en ma présence Dès qS seront arrivés, e choisfrai le plus éranent" des deux P°"!-,n>"!,dev'ennc l'époux de votre fille » '""^
Uian-hien-jin se prosterna plusieurs fois aux pieds
LemSZrTi'^v^""'" '"' ''r^''' '^ reconnaissance
\ouT affectueusement retenu la moitié d'un
A peine Chân-hicn-jîn fut-il de retour, qu'il se hâta
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de raconter à sa fille tous les détails de cette affaire Des que Cban-taï eut appris que l'un des deux lettrés n Pn, ' "-«i»"-''?? de Lo-yang;* elle réfléchit intérieurement, «l'uisqui ya, dit-elle, un autre Ping-iou-heng de Lo-yang, ces poesies de Tchang sont bien certainement le fruit du nlag.at; cela ne fait plus de doute »
Dans le moment, elle n'osa s'expliquer clairement devant son père; elle se contenta de répondre à demi-voix ■ « ba Majesté me comble d'immenses bienfaits I Comment lui temoignerai-je ma reconnaissance'' .
A ces mots, elle courut vilement dans la chambre à coucher de Ling-kiang-sioué. « Mademoiselle, lui dit-elle ne vous abandonnez plus à cet excès de douleur • je viens vous apprendre une charmante nouvelle. '
— « Mademoiselle, repartit aussitôt Ling-kiang-sioué avec une vive emotion, quelle heureuse nouvelle m'aoportez-vous ? ^
— Chân-taï, sans se presser ni se troubler, lui exposa de point en point tout ce qu'elle venait d'apprendre.