‹ SatanstoéChapitre 23 sur 194 · DE LA RELI GION · texte numérisé non relu

DE LA RELI GION

La religion est absolument nécessaire dans un état; c'est une maxime qu'il serait fou de vouloir disputer. Un roi est très maladroit quand il permet que ses sujets en abusent; mais aussi un roi n'est pas sage d'en avoir. Ecoutez-bien ceci, mon cher neveu, il n'y a rien qui tyrannise tant l'esprit et le cœur que la religion, parce au'elle ne s'accorde ni avec nos passions, ni avec les granes vues politiques qu'on doit avoir; la vraie religion d'un prince, c'est son propre intérêt et sa gloire; il doit être dispensé par état d'en connaître d'autre. Il peut cependant conserver un extérieur passager pour amuser ceux qui l'observent et l'entourent.

S'il craint Dieu, ou, pour parler comme les femmes et les prêtres, s'il craint l'enfer comme Louis XIV dans sa vieillesse, il devient timide et puéril, il est digne d'être capucin. Est-il question de profiter d'un moment favorable pour s'emparer d'une province ? une armée de diables se présente à nos yeux pour la défendre; nous sommes assez faibles pour croire que c'est une injustice, et nous proportionnons nous-mêmes le châtiment à notre crime. Voulons-nous faire un traité avec d'autres puissances ? si nous nous souvenons que nous sommes chrétiens, tout est perdu, nous serons toujours dupes. Pour la guerre, c'est un métier oii le plus petit scrupule gâterait tout. En effet, quel est l'honnête homme qui voudrait la faire, si l'on n'avait pas le droit de faire des règles qui permettent le pillage, le feu et le carnage?

Je ne dis pas pourtant qu'il faille afficher l'impiété et l'athéisme, mais il faut penser selon le rang que l'on occupe. Tous les papes qui ont eu le sens commun, ont eu des principes propres à leur agrandissement. Ce serait le comole de la folie, si un prince s'attachait à de petites misères qui ne sont faites que pour le peuple. D'ailleurs le meilleur moyen d'écarter le fanatisme de ses états, c'est d'être de la plus froide iudilTérence sur la religion. Croyez-moi, mon cher neveu, la Saiulc-Mèrc a ses caprices comme une femme, clic est toujours inconstante. Attachez-vous à la vraie philosophie: elle est consolante, lumineuse, forte et inépuisable comme la nature, et bientôt vous verrez qu il n y aura dans votre royaume, aucune dispute de conseiiiic'nce sur la religion, car les partis ne se torment que sur la faiblesse des princes ou de leurs ministres. Une reflexion bien importante que j'ai à vous

faire, c'est que vos ancêtres ont opéré de la façon la plus sensée dans cette partie, ils ont fait une rclorme qui leur a donne un air d'apôtres en remplissant leur bourse. C'est sans contredit le changement le plus raisonnable qui soit jamais arrivé dans celte espèce; mais puisqu'il n'y a plus rien à gagner et qu'il serait dangereux dans ce moment-ci de marcher sur leurs traces, il faut s'en tenir à la tolérance. Retenez-bien ceci, mon cher neveu et dites toujourscomme moi : « Que l'on prie Dieu dans mon royaumecommel'on veut, etquc l'on y fasse l'amour comme I on peut. » Car, pour peu que vous négligiez celte maxime, tout est perdu dans vos états, et voici pourquoi • mon royaume est composé de plusieurs sectes; dans certaines provinces les reformés sont en possession de toutes les charges; dans d'aulres, les luthériens ont les mêmes avantages. Il y en a où les catholiques dominent au point que le roi n'y peut envoyer qu'un ou deux députés protestans. Voyez Rome'l avec quelle insolente rapidité, elle s'arroge le droit de commander aux monarques. Quant aux juifs , ce sont de pauvres peins Inpons errans; mais qui, dans le tond n ont point aulaiit de torts qu'on leur en impute. Rebutés, hais, persécutés, presque partout, ils payent assez exactement ceux qui les souffrent et se vengent en dupant les sols qui se rencontrent sur leur route.

Comme nos aïeux se tirent chrétiens dans le IX' siècle pour plaire aux emnereurs; luthériens dans le XV' pour prendre le bien de 1 église, et réformés dans le XVh pour plaire aux hollandais à, cause de la succession de Clèves nous poumons bien nous rendre indifférens pour maintenir la tranquillité dans nos états.

Mon père avait un excellent projet, mais qui ne lui réussit pas; il avait engagé le président Lacn à lui faire un pclil traité de religion pour réunir les trois sectes et n'en faire qu'une. Le président parlait mal du pape, trailail saint Joseph de bonhomme, prenait le chien de saint Roch par la queue et tirait le cochon de saint Antoine par les oreilles; il ne croyait pas à la chaste Suzanne, il regardait saint Bernard et saint Dominique comme des courtisans aussi fourbes que déliés. Les onze mille vierges n'avaient pas plus de crédit sur son esprit que tous les saiints et les martyrs de la famille de Loyola. A l'égard des luthériens il en iaisaitson pointd'appui, et voulailque les catholiques devinssent un peu inlidèles à la cour de Rome; mais il prétendait que les luthériens cessassent d'èlj-e si subtils clans la dispute.

Il prétendait que, quelques distinctionsôtéses, il clait sûr qu'on les trouverait très près les uns des autres- il croyait qu il y aurait |)!us de peine à rapprocher les calvinistes parce (|u ils avaient plus de titres que les luthériens' Si cette brochure avait été goûtée, on aurait fait tous ses efforts pour exécuter le projet qu'on avait lormé. Pour moi, je ne l'ai point abandonné, mon ciier neveu, et je me Halle de vous en faciliter l'exécution. Il faut être utile atout le genre humain, en les rendant tous frères et en

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plus qu'une seule famille, et le siècle d'or, si vanté, n'approchera pas d'une lélicité telle nue je la souhaite ardemment, et dont on jouira sans altération. Voici ce que je lais nour Parvenir à ce grand dessein: je lâche défaire répandre, dans tout ce que l'on écrit dans mon royaume, un mépris pour tout ce qui est réiormateur, et je ne perds pas la plus petite occasion de développer les vues ambitieuses de la cour de Rome, des prêtres et des ministres; peu k peu j'accoutumerai mes sujets à penser comme moi, et je les détacherai de tous les préjugés.

leur faisant une loi douce et facile , de vivre ensemble comme amis et comme parens, en leur inculquant la nécessité absolue de vivre et de mourir en paix, et de faire leur unique bonheur des vertus sociales. Ces maximes une tois germées dans lecœur des enfans, l'univers ne fera

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