‹ SatanstoéChapitre 30 sur 194 · A M. BOISSY-D'ANGLAS · texte numérisé non relu

A M. BOISSY-D'ANGLAS

Bourgoin, 4 novembre 1793.

Je ne sçais. Citoyen, si vous avés appris que je vais à Paris. Comme je voyage par étape, je n'y serai que dans environ trois semâmes , dans les derniers jours de ce mois. Ma mère ira plus vite, et quoiqu'elle ne soit pas encore partie, elle arrivera dix ou douze jours avant moi.

Homme vertueux qui , n'ayant été qu'une simple connaissance et ne m'ayant point recherché quand j'étois dans l'éclat et dans la prospérité, êtes devenu mon ami quand j'ai été malheureux , je conserverai jusqu'au dernier moment le souvenir des sentiments que vous m'avés témoigné. Ma conscience est pure, je défie qu'on prouve contre moi un seul fait dont j'aie à rougir. Mes papiers, saisis chez moi lors de mon arrestation , me soffl favoiiibles, à moins que ce ne soit un crime d'avoir été allaché k l'ordre de choses qui étoit alors la loi de l'état. Mais j'ai contre moi mon nom et les préventions qui y sont attachées. Si elles sont plus fortes que la vérité , ma conduite vous prouvera du moins que vous n'aviés pas mal placé votre estime, et si je vous laisse des regrets je ne vous laisserai point de repentir.

J'ai recommandé à ma mère de vous voir, si elle le

peut, sans vous compromellre; devenés son ami dans un temps plus calme; elle en est digne en tout point, et si les choses tournoient contre ses vœux, elle auroit un besoin extrême de consolations.

J'espère que je n'envelopperai personne dans mon malheur; il y a quelques brouillards ou progels de lettres de moi à deux de mes amis, elles prouvent les vœux sincères que je formols pour le bonheur de mon pays. Mais ce qui étoit alors patriotisme est presque crime aujourd'hui. Il ne s'est rien trouvé d'eux. Je ne me dissimule point la force des préventions que je vais avoir à combattre. Je regarde mon sort comme à peu près fixé d'avance; mais je crois devoir ii moi-même de ne rien omettre pour le surmonter , et ne fut-ce que pour laisser après moi une mémoire honorable , je donnerai tous mes soins à ma ju.slification. Si vous écrives à mon ami , inslruisés-le de mon voyage. Je ne pense pas qu'il y ait plus rien à faire pour attirer mon affaire à la Convention, mais enfin il jugera s'il y a encor possibilité. Je desirerois donc qu'il sçut ce que je vous écris le plutôt possible.

Adieu m. ch. e.

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