‹ SatanstoéChapitre 41 sur 194 · LETTRE DU COMTE D^ARTOIS · texte numérisé non relu

LETTRE DU COMTE D^ARTOIS

AÎJ TRÈS HONORABLE EDMOND BURRË.

HaMM, 25 OCTOBRF 1793.

Monsieur, tout ce qui lient au sentiment de l'honneur, i tout ce qui peut déterminer le succès d'une cause , que et celui de l'humanité , au besoin de remplir ses devoirs , | vous avez défendue avec tant de courage et de supériorité,

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est fait pour être bien entendu et bien senti par votre amc. C'est d'après cette assurance que je vais m'ouvrir avec toute confiance, et que je vous demande de seconder le plus ardent, le plus prononcé, le plus juste, de tous mes désirs.

Je ne parlerai point h M. Burkc des événemcns d'une révolution que personne n'a mieux connue et mieux jugée que lui. J'en viens tout de suite k l'objet qui réunit tous les sentimcns dont mon ame et mon cœur sont susceptibles. Vous connaissez, sûrement, Monsieur, la lettre honorable que j'ai reçue de l'armée calhj^lique et royale, néanmoins, je vous en envoie une copie littérale. Je vous laisse appécier quel est le désir de mon cœur, le besoin de mon ame et le vœu de ma raison. Si je n'avais consulté que le sentiment qui m'entraîne, je n'aurais connu aucun obstacle, aucun inconvénient, et je serais déjà parla route où l'honneur m'appelle. Mais j'ai été arrêté par l'intérêt de ceux que je veux servir, etccdevoir impérieux a contenu mon ardeur naturelle. C'est d'après ce motif que j'ai écrit à M. le ducd'IIarcourt, laleLlre dont je joins ici la copie en lui ordonnant de la communiciuer au roi d'Angleterre et à ses ministres.

J'attends avec impatience la réponse du cabinet britannique; depuis cette époque j'ai appris que les généreux Anglais s'étaient décidés à porter un secours considérable d'armes et de munitions à l'armée royale, et qu'il serait permis k plusieurs émigrés des provinces lidèlcs d'aller combattre avec leurs vassaux. Je profite de cette heureuse circonstance pour renouveler mes demandes, et le duc d'Ilarcourt insistera pour ol)tenir une réponse favorable. Mais, Monsieur, sans vouloir pénétrer les motifs du cabinet de Saint-James à notre égard, et en respectant ses intentions pour le bien général, il m'est permis de craindre que le roi d'Angleterre et ses ministres ne vcudlent pas encore répondre oflicicUemenl à celui qui est chargé de la confiance du régent, et que, par le même motif, malgré le vœu du parti royaliste qu'il protège, ils iu'>sitent h transporter publiquement sur les côtes de France le lieutenant-général du royaume.

Dans cet état de choses, c'est à" un franc et loyal Anglais, considéré dans sa patrie, ami et respecté de tous les gens de bien, c'est à vous. Monsieur, que je m'adresse, et c'est vous que je prie, avec une entière confiance, de traiter avec le ministre britannique l'objet qui m'inté-

resse si vivement par l'influence qu'il peut avoir sur la cause de l'Europe entière.

Mes prétentions sont nulles ; mon unique but est d'être réuni aux braves Français qui m'appellent ; fous les moyens, pour y parvenir, me conviendront; je ne demande pour moi, ni une escadre, ni une armée , ni de l'argent, je ne demande point à passser en France comme prince; je ne veux, ne désire Y passer que comme un gentilhomme qui va combattre pour son Dieu et son roi. Enfin, je ne demande point à être avoué publiquement par l'Angleterre; mais je désire qu'elle connaisse ma démarche ; qu'elle ne s'y oppose pas, et qu'elle soit bien sùrc que l'intention du régent est, ainsi que la mienne, de m'accorder en tout avec elle, et de combiner toutes ses démarches avec ses, nobles desseins.

En un mot, ma seule demande est que M. Burke puisse me mander, ou me faire dire verbalement, que le cabinet de Saint-James consent à passer en Poitou un certain nombre de gentilshommes français munis de certificats; qu'il ne s'informera pas si M. lé comte d'Artois est , ou n'est pas avec eux; etquc l'embarquement doit se faire dans tel port, h telle époque.

C'est maintenant ii vous , Monsieur, à juger si vous trouvez mes prétentions exagérées , si vous trouvez ma demande aussi utile îi la cause générale que je l'envisage moi-même, et si vous voulez bien vous charger de traiter cette afi'aire importante. Vous ne devez craindre aucune indiscrétion ; mon frère est seul dans le secret de cette démarche.

J'attendrai votre réponse avec la plus vive et la plus juste impatience; mais. Monsieur, quollequc soit votre résolution et quel que soit le parti que prendra le cabinet de Saint-Ianu^s Ji cet égard, croyez que vous avez acquis des droits imiircscriptibles h ma parfaite estime, à ma baute consideration et à tous mes sentimens d'alTeclion.

CILVULES PniLIPPE.

P.-S. Je viens d'apprendre l'afTreuse nouvelle du crime atroce nue les scélérats viennent de commettre sur la reine ma belle-sœur: mon cœur en est déchiré; mais, Monsieur, si vous me rendez la justice que je mérite , vous serez certain que jamais le malheur n'afTaiblira mon ame.

A S. A. R. MONSEIGNEUR CQMTE D^VRTOIS,

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