‹ SatanstoéChapitre 44 sur 194 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Je n'ay pas entrepris, de dire ici les loilanges de l'éloquence, et parla monslrer comme il est bien séant d'emnloier quelque esludea l'acquérir, elle sert elle mesme de louange aus autres sciences, et spécialement a la vertu, qu'on did n'avoir autre plus grande ni plus agréable recompense. Aussi ni a-t-il rien tel que de scavoir par bien dire manier une multitude d'hommes, chatouiller les cueurs, maislriscr les volontés et passions, voire les pousser et retenir à son plaisir, et, par manière de dire, en porter l'esperon et la bride pendus au bout de sa langue.

J'advoue que c'est grand chose d'amener les hommes par force a la raison que l'on veult ; mais c'est plus de les y conduire de gré, sans coup ferir, sans perte ni danger, et a leur contentement. Thucydides, jadis excellent personage en sa republique, fut quelquefois enquis par le Roy Archidamus, qui estoit plus adroit a la lutte, lui ou Pericles: cela seroit, diet il, difficile a juger, car aussi

tost que je l'ay porté par terre avecq' l'adresse et force de ma personne, il faictacroire par son bien dire a ceus qui l'on veu qu'il n'est pas tombe, et le gaingne sur moi par le plat de la langue. Or puis que nous avons, comme par prcciput, sur tous animaus le bien de pouvoir deviser et et'discourir entre nous, et descouvrir noz pensées les uns aus autres par l'usage de la parole, certes nous en devons faire beaucoup d'estime, et nous fault mettre peine d'acquérir cncor' cest avantage, que la mesme chose qui avant toutes autres nous faict surmonter les bestcs, soit celle aussi par la vigueur de laquelle nous surmontions les autres hommes. Comme a vrai dire il n'y a chose plus desirable que parmi une infinité de personnes paroistre seul, ou avec peu de semblables, scacnant miens faire que les autres ce que Nature neantmoings a otlroïé a tous. Je sçai bien que les plus eloquens hommes ont esté ez republiques anciennes : aussi les premiers honneurs et plus

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hautes (lignites se donnnient par Ic peuple, lequel on gaiognoit par l'eloquonce. La paix et la guerre se couseilloient ainsi , et comme tout restât se Irailtoil par deliberations publiques : aussi cstoient elles conduites et gouvernées par les vives raisons et véhémentes suasions des grands orateurs. Ce qui ne se veoit ez monarchies, ou les honneurs et dignités sont en la main dun seul, qui les distribue comme il luy plaist : et quand bien il les donncroil touts aus i)liis capables ou a ceul:< qui luy font plus de service; on veoit neantmoings que c'est sans avoir grand csgard a l'éloquence. Si ne veus je par là confesser que Kart et science de bien dire se doibvc moins clltrcher et estimer entre nous, et liens quelle est a tous honneste; mais aus ministres d'un grand Roy. et principalement au Roy, grandement recommandable, prolfitable, voire nécessaire; et que s'il en sçait user dextremcnt et a point, il en establira, maintiendra, et augmentera son estât, autant ou plus que par nul autre moien dont les Ro'i'aumcs et grandes seigneuries s'entretiennent.

COSIBIEN L ELOQUEXCE EST UTILE ET NECESSAIRE.

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