‹ SatanstoéChapitre 53 sur 194 · NARRATION · texte numérisé non relu

NARRATION

En ccste seconde partie il est requis que ce qu'on racontera paroisse vraisemblable ; c'est a dire qu'il s'accorde au temps, aus personnes, aus Iieus, a la coutume , a la communie opinion et nature des hommes, et que Icscauses de chasque faict se treuvent apparentes. 11 est requis aussi d'y éviter prolixité ne prenant point les choses de trop haùlt, ne les poursuivant trop loiug et trop par le

Biri.IOTIIEQUE CHOISIE.

menu, n'y cnlrcmeslanl aucunes digressions, n'y usant a aucunes rediles, et passant ce qui ne sert de rien. Il y fault aussi grandement fuir l'oijscurilc, d'autant qu'une narration obscure odusque toute l'oraison ■ ce qui se pourra faire en gardant l'ordre des choses selon qu'elles sont advenues, et les continuant tout d'un fil, avec une taçon de parler claire, nette, et coulante. Toutesfois il y a plusieurs matières et subjects de parler ou le Prince n'a pas besoin a;einploier ceste partie d'oraison, mesmement quand ce qui luy est demandé et remonstré ne gist pas en laict, ou le faict est tel qu'il a ia este assés entendu ; neantmoinsjene ay pas voulu laisser en arrière, estant lune des principales de l'oraison et des plus traiclécs en cette science*

COIVFIUMATIOIV.

En la confirmation gist la principale force de l'oraison poureslablir et prouver nostrc dire, ou renverser ce qu'on peult alléguer au contraire : ce qui se faict par deux sortes de preuves ; l'une est par arguments, que l'orateur cherche luy mesme es lieus dont nous avons parlé ci-dessus: I autre est par tesmoignages, exemjiles, auctorités papiers, liltres et cscrilures, par le bruit commun de la renommée, et choses semblables ; mcsmos les fabbset les apologues y servent beaucoup quolquesfois : comme Demosthcne s aida 1res bien de l'apologue du loup qui vouoit lairelapais avec les brebis a condition qu'elles luv livreroicnt les chiens. Car par ce seul conte ilempescha cjue le peuple ne lejivrast luy huitiesme entre les mains (lu roy Alexandre, qui oiïroil la pais ans Athéniens avec cosle condition. Apres qu'on a trouvé d'assés siiflisantes preuves on les doit disposer quasi en pareil ordre qu'une armée qui marche en balaillc, ou l'on voit les meilleurs combalans a l'avanlgarde et a l'arrieregarde, et le bagage enlorme au milieu de la bataille. Aussi doit on mettre do bons arguments au commencement de la conlirmalionau milieu les plus foibles, et en masse: a la lin de plus lorts et plus pressants, a cause que les auditeurs se sou- \icnncnt mieus de ce qui a esté diet a la lin. Cela faict on Ment a la quatnesme cl dernière partie, appelle la pero-

préceptes de ceci es Rhétoriques, et dcslious propres trop longs a déduire pour le present. i i > i»

PliROBATlOW.

Si l'entrée de l'oraison a eu quelque grace et vertu d'alraire les esprits a soi, l'issue doit encore avoir plus d'auclorite et plus de force pour les ravir et transporter : mais en cela il convient faire un recueil et sommaire des choses que nous avons dites, sinon de toutes, au moins des ririncipa es, pour en rafraischir la mémoire; puis l'orateur lasclie la bride a son eloquence, qui court impétueusement e.shranler et esraouvoir les cœurs des hommes par une am- Plihcation. Or y a il deus sortes de passions ; l'une plus tlouce, comme la volupté, l'amour, l'espérance; l'autre plus aspre et violente, comme la pocur, la pitié, la haine le courrous; de la premiere on use en l'cxoide, de la seconde en la peroration, ou elle a eu souvent tant de force nue 1 orateur par son moïcn a obtenu ce qu'il ne iiouvoit gjiingner par argumenis. Aussi les hommes se laissent i^iiismanicr a leurs passions qu'a la raison. Il v a plusieurs

OlilL Y A TROIS SORTES DE I.A\GAGE.

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