CHAPITRE XII
Aiantdonc asses parlé de ce qui se traite par un orateur, et en quelles parties de l'oraison, je passerai oullre et monstrerai de ([uclle façon il convient dire ce qu'on a iâ trouveet mis nar ordre. Ceci consiste en deus choses- au langage orné de beaus mots, et embelli de figures, qu'on appelle 1 tlocution : et en la bonne grace de la vois geste et contenance, qu'on nomme l'action. Et parce que le langage se doit accommoder ace que nous avons diet des arguments et des passions, nous verrons par là qu'il v a de trois sortes de langage. Car a narrer un faict et a le prouver, on use d'un simjile langage, délié et coulant aisément : aus passions véhémentes d'un langage plus hault plein defhcace et de gravité, et qui courant loide ainsi qii un torrent emporte l'auditeur avecques soi Tel estoil celui du capitaine Atiienicn Pericles, duquel on disoit qu il esclairoit. tempostoit et fouldroioit la Grèce par ses harangues. Es passions plus douces, comme quand ^on veull donner plaisir a une assislence, le langage doit eslre mesle et tempéré des deus autres. La nature mesmes nous enseigne ces differences. Car cens qui font quelque conte, et déduisent leurs raisons, parlent simplement • ceux qui se courroucent, parlent avec violence et ceus qui se jouent et esbalenl tiennent un moien entre ces deus. lin I ornement de chascunc de ces sortes de langage, ou on considère les clauses entières, ou les parties d icelles ou les mois .seulement a par soi , les clau^^es entières ne doivent point estre plus longues que quatre vers alexandrins, tant pour estre mieus entendues et la sentence mieus comprise par celui qui e.'JcoutP, que'nour n accourcir et lasser Ihalcine de celui «lui parle ; les autres clauses qui sont entrecoupées, donnent (luelquefois un bien peu d espace pour respirer, tel qu'est ce que les musiciens appellent soupir, et miehiuefois une pause plus longuette, sans que pour cela l'auditeur pense qu'on s'arreste du tout. Il y a plus de monslre et de parade es clauses longues qui vont tout d'une tire jusqu'à la lin et sont plus numereuses et plaisantes a l'aureille; aussi s'en sert on plus en 1 exorde et en la peroration : et des entrecoupées on en use pluses deus autres parties ou il fault nom pas escrimer a plaisir, mais combatre a outrance et joindre son ennemi de près. Combien que quelquefois elles n aient pas grande vehemence, comme en une simple narration. Nous en remettons les exemples a un plus ample traite de 1 elocution. '^