‹ SatanstoéChapitre 55 sur 194 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Quand aus mois simples il les fault premièrement choi-

BIBLIOTHÈQUE CHOISIE

sir, puisles joindre et a-ssembler En les choisissant nous prendrons cens qui sont les plus propres pour signifier la chose dont nous voulons parler, ceus qui nous sembleront plus dous, qui sonneront le niieus a l'aureille, qui seront plus coulumierement en la bouche des bien parlans : qui seront bons françois et non estrangers : ce que soingneusenient observoit l'empereur Tibère, et principalement en ses edicts et ordonnances, jus(|ues a faire difliculté d'user de ce mot strena, c'est a dire estrene; et comme le jurisconsulte Capito pour lui complaire eust did que ce mot estoit bon latin, et que ores qu'il ne le fust qu'il le deviendroit s'il plaisoit a Ctesar ; alors se levant un certain grammarien, non non, dit il, Cœsar, tu as bien la puissance de donner droit de bourgeoisie et lettres de naluralité aus hommes, mais tu ne sçaurois naturaliser un mot. Je ne voudrois pas toutesfois rebuter ceus qui scroicnt receus de longtemps, et comme desja enracinés en noslre langue, ni ne vouldrois aussi mespriser les viens mots qu'on trouve es romans , ains en ramener quelques uns en usage, moïennant que ce fust rarement et avec discretion, sans aller chercher ceus qui sont desja tous ranees et moisis : d'autant que, comme disoit Auguste d'Antome son compaignon a l'empire, c'est a faire a un homme insensé que de parler en sorte qu'on ne soit point entendu. Encore peult on aucunefois composer quelque mot dont la composition ne soit point dure ni trop hardie, en quoi nostre langue est des plus fécondes. Sur tout les mots qui sont figurés embellissent et enrichissent le langage : et me semble, Sire, que devés commander qu'on vous face un livre a part de ces ligures et ornements d'oraison, avec les exemples. Car il n'y a rien qui donne plus de lustre et d'esclat tant a la parole qu'a la sentence. Les mots eslans choisis, il les convient joindre et lier ensemble, de façon qu'il n'y ait aucune dure rencontre de lettres ny de syllabes. Et quand l'aureille, a qui on s'en doit rapporter, nous jugera que la clause sera trop plate, ou trop aspre, en changeant l'ordre des mots, et les arrengcant d'autre sorte, nous trouverons a la fin quelle en deviendra plus ferme et plus douce. Ne fault oublier aussi d'y éviter la rithme, qui est un grand vive en prose, quand plusieurs mots, ou la fin des clauses, tombe en pareille terminaison. Entre autres choses il se fault estudier, non seulement a joindre, mais aussi a lier les clauses ensemble : et tant que l'aire se pourra diversifier et changer les conjunctions qui les entretiennent, afin que rien n'y soit descousu ni entrerompu ains que tout coule d'une suite, et que toutes les parties soient assemblées comme les membres en un mesmc corps. Plusieurs, autres préceptes se pourroient donner touchant l'Elocution, mais nous n'avons entrepris qu'un simple project et sommaire discours de chasque chose principale : parlant nous tirerons oultre, et viendrons a ce qui reste.

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