FIN DE LA DEUXIEME PARTIE
LOUIS XÎV A PHILIPPE V ^%
Versailles, 7 août 1701.
Vous jugez parfaitement bien .du mémoire du duc Darcos. Il est de votre autorité de soutenir ce que vous avez réglé pour les honneurs réciproques entre les ducs et fes grands. Blecpnrt vous dira mon avis à l'égard de celui qui vous a présenté ce mémoire; il faut un exemple ; celui que vous avez .fait sur un de vos gardes est très àpropos. Le refus de l'investiture a dû vous faire de la peine; mais le ressentiment ne doit paraître que quand le bien de l'état le demande. 11 faut l'éteindre ou le témoigner selon les conjonctures. Si l'effet ne suit point immédiatement les menaces, elles font perdre le crédit. Il n'y a pas d'apparence que le pape donne l'investiture de Naples à l'archiduc; il ne vient point en Italie. J'avoue que la pensée que vous avez rae fait un sensible plaisir ; elle est
(1) Nous devons la communication de cette lettre inédite à M. Feuillet, dont la collection d'autographes est si riche et si curieuse.
digne de votre sang, et je souhaiterais que l'état de vos affaires et la saison vous eussent permis de l'exécuter , mais il ne faut pas y songer pour celte année; non seulement je consentirais que vous passiez, au printemps prochain, en Italie, si la guerre y dure encore, mais dès à présent je vous le conseille; indépendamment de ce que f'archidjjc ou le roi des Romains pourront faire, rien ne vous donnera plus de réputation et plus de gloire dans le monde, particulièrement dans vos royaumes. Gardez le secret de cette résolution, si vous voulez qu'elle réussisse quand vous l'exécuterez ; vous gagnerez le cœur de vos sujets, vos ennemis seront forcés à vous estimer et à vous craindre. Que je serai heureux quand je vous verrai dans le haut point de gloire où j'espère que votre courage vous élèvera; je vous en aimerai davantage, et mon estime, en fortihant ma tendresse, augmentera en vous voyant tel que je vous désire et que je me persuade que vous serez.