POUR LES APPELLATIONS COMME D'ABCS
Vu par la cour, trois requêtes à elle présentées par M.Pierre Garande, chanoine et grand archidiacre en l'église d'Angers, des huit, vingt-un et vingt-huit juin dernier, tendantes à ce qu'il fût reçu appelant comme d'abus des jugemens et ordonnances de messire Charles Miron, évêque d'Angers, des treize avril, trente-un mai, six et quatorze juin dernier, par lesquelles ledit évêque aurait procédé contre lui par eîscommunication, pour s'être pourvu en la cour par appel comme d'abus des procédures contre lui faites par ledit évêque, et outre que commission lui fut délivrée pour informer de ce que ledit évèque aurait prêché publiquement que les appellations comme d'abus, et ceux qui les favorisent, étaient plus dommageables à l'Eglise que les hérétiques; vu aussi les jugemens et •rdonnances dudit évêque des treize avril, trente-un mai, six et quatorze dadit mois de juin, par lesquelles, entre autres choses, il aurait excommunié ledit archidiacre pour avoir recouru à la justice temporelle ; conclusions du prociireur général du roi : et tout considéré :
DU a été, que la cour a déclaré et déclare, qu'en ce qui a ■été fait et ordonné par ledit évêque d'Angers, y a abus, d'a-
voir procédé par excommunication contre ledit Garande, archidiacre, pour s'être pourvu en la cour par appel comme d'abus des jugemens et ordonnance dudit évêque, lequel elle a condamné et condamne révoquer et rétracter ladite excommunication, et en rendre ledit Garande absous dans quinzaine du jour de la signification du présent arrêt faite à personne ou domicile, et faire rayer et effacer de ses registres lesdits jugemens et ordonnances, en sorte que rien n'en puisse être lu, et jusqu'à ce qu'il ait satisfait au présent arrêt, ordonne que le revenu temporel dudit évêché et autres bénéfices dont il est pourvu, sera saisi et mis en la main du Roi : lui a fait inhibitions et défenses de procéder à l'avenir par telles voies au préjudice des lois fondamentales de ce royaume, de la souveraineté du Roi et obéissance qui lui est due par tous ses sujets, tant ecclésiastiques que la'iques, de quelque qualité et conditions qu'ils soient, sous peine, en cas de contravention, d'être procédé contre lui par la rigueur des ordonnances. Fait en parlement le trentième juin mil-six-cent-vingt-trois.
Signé : CALL&KD
BIBLIOTHEQUE CHOISIE
LE CURIEUX MANUSCRIT dont nous commençons aujourd'hui la publication est tiré delà bibliothèque de M. le baron Taylor.
Un mot en passant sur cette magnifique collection, où son propriétaire a bien voulu nous admettre en libre pratique.
La bibliothèque de M. le baron Taylor ne possède en livres de science proprement dite que le strict nécessaire; homme d'imagination, il a dirigé dans un autre sens ses études , et les arts, dont il s'est occupé avec bonheur et succès, tiennent dans son catalogue une large place. Indépendamment d'une foule de livres théoriques, d'ouvrages illustrés, pour parler le langage d'aujourd'hui, M. Taylor possède une collection de gravures rangées chronologiquement depuis la naissance de cet art jusqu'à nos jours, et qui à elle seule est d'un prix inestimable.
Son goût pour les voyages l'a fait également riche en ouvrages de géographie ; enfin, l'histoire, les antiquités nationales surtout et la littérature, sont les autres parties éminentes de ce grand trésor bibliographique. On prendra d'ailleurs une idée de son importance et de sa valeur en songeant que toutes les bibliothèques célèbres qui se sont vendues depuis un certain nombre d'années, lui ont comme apporté leur tribut. Les pièces les plus rares et les plus curieuses des catalogues Maccarthy, Chateaugiron, Labédoyère, prince d'Esling, Pixérécourt, Charles Nodier et de Soleinne, sont aujourd'hui la propriété de M. le baron Taylor qui ne les a laissées échapper à aucun prix.
Inutile d'ajouter que, bibliophile dans toute l'acception du mot, M. Taylor a souci de ce grand art de la reliure qui donne aux livres splendeur et durée; les habiles mains de Derome, de Bozérian, de Thouvenin. de Simier, de Duret, de Bouzonnet, de Lebrun, ont contribué à l'éclat de sa collection. Un Racine, en trois volumes in-folio, imprimé sur vélin par Didot et orné de gravures d'après les plus grands maîtres de l'époque où parut cette belle édition, a coûté 500 fr. de reliure par volume. Sorti des ateliers de Simier, ce bel ouvrage était l'objet de l'admiration naïve de Charles Nodier, qui ne parlait jamais de lui qu'avec respect en l'appelant le roi des livres.
Il faut renoncer à décrire toutes les curiosités bibliographiques qui se groupent autour de ce potentat. Mentionnons seulement comme un livre de la plus insigne rareté, ou pour mieux dire comme un livre unique, les Amours de Oaphnis et Chioé, avec les gravures exécutées sur les dessins du Régent. Le savant Lancelot (Antoine), qu'il ne faut pas confondre avecdom Claude Lancelot de Port-Royal, avait présidé à celte édition, et l'exemplaire contient un certain nombre do notes critiques écrites de sa main. On y remarque aussi un dessin original à la plume par lequel le Régent, si l'on peut ainsi parler, se décaréme de ces chastes amours, où il devait trouver assez peu de saveur quoiqu'il eût pris la*peine de les illustrer. Ce dessin, dont beaucoup ont entendu parler, mais que peu ont vu, est d'une gaillardise qui n'en permettrait guère la publication officielle. Néanmoins le comte de Caylus le grava , et l'exemplaire qui nous occupe en contient l'eau-forte et la contre-épreuve ; un feuillet in-4'', écrit tout entier de la main du Régent, et qui renferme la nomenclature des dessins qn'il se proposait d'exécuter et qu'il a réalisés pour la plupart, est annexé au volume et constitue à coup sûr l'un des autographes les plus curieux que l'on puisse imaginer.
M. Taylor compte encore dans sa bibliothèque un certain nombre de manuscrits arabes, hébreux, portugais, espagnols et français, notamment un vaste fragment du fameux manus",rit découvert, il y a quelques années, en Palestine sous la pyramide sépulcrale d'Absalon, par un élève chaldéen de la Propagande de Rome. Ce manuscrit sur peau de gazelle et ayant tous les signes d'une antiquité incalculable, était formé d'une copie de l'Ancien Testament. M. Taylor possède depuis le chapitre x au chapitre xxxiv de la Genèse, et depuis les chapitres xvi à xxviii et xxu à xxiv du Deutéronome.
Mais ce qui donne à sa collection un caractère particulier et par lequel elle est sans rivale, c'est une immense réunion de livres etdocumens relatifs à l'art théâtral.
Tous les théâtres du monde connu ont là leur répertoire recueilli. On y trouve la collection de Shakespeare la plus complète qui soit en France et peut-être en Angleterre.
Le théâtre national, depuis les Mystères jusqu'à nos jours, forme un chiffre de plus de 50,000 pièces qui, chaque jour, grandit et s'accroît.
Tous les livres traitant de l'art dramatique et de la scènique, tels que Mémoires, œuvres'dramatiques, Recueils de costumes, ouvrages intéressant l'art du décorateur et du machiniste, se trouvent là réunis.
Puis, dans ce département spécial vient le choix des raretés et curiosités bibliographiques.
Molière, à lui seul, a une armoire qui ne comprend pas moins de quinze éditions choisies de ses œuvres, notamment celle qu'il a publiée lui-même, et la magnifique édition de Didot sur parchemin.
Entre dix belles éditions de Racine, on remarque la première de toutes qui ait été publiée, portant' la signature autographe du poète.
Parmi les éditions de Corneille, un magnifique Elzevir doit être mentionné.
Mais ce qui, pour les bibliographes, paraîtra un trésor sans prix, c'est la collection la plus complète des Célestines qui ait jamais pu être formée.
Il faut apprendre aux profanes que la Celeslina est une espèce de nouvelle dramatique et dialoguée, écrite en espagnol par Ferdinand de Rojas, singulièrement avancée pour son époque, et l'on peut dire que tous les théâtres modernes y ont pris leur point de départ. La Celcstina, qui est l'histoire delà chute d'une belle et vertueuse fille, sous l'art infâme d'une entremetteuse, a eu dans le XVI' siècle une vogue qui a de beaucoup dépassé celle de Don Quichotte; traduite dans toutes les.langucs, elle a occupé l'Europe entière et donné une impulsion immense à l'art dramatique moderne. On pense généralement, et c'est l'opinion adoptée par M. de Puibusque, dans son remarquable ouvrage de V Histoire comparée des littératures espagnole et française, que la première édition de ce curieux livre est de 1500, mais il existe une édition gothique in-i", avec gravures sur bois, datée de 1499, et qui est restée inconnue môme pour les bibliographes espagnols. Acquise au prix de 409 fr., à la vente de M. de Soleinne, elle est aujourd'hui dans la bibliothèque de M. Taylor, avec vingt-six autres éditions, d'un choix exquis qui, encore un coup, forment une collection unique dont aucune bibliothèque connue ne possède l'équivalent.
Dirons-nous, en finissant ce rapide coup-d'œil jeté dans la bibliothèque de M. Taylor, que ce savant illustre se fait une joie et une sorte de devoir de communiquer ses trésors bibliographiques à tous les hommes studieux La publication du manuscrit que l'on va lire, et qu'il a autorisée, prouve, de reste, qu'il est libéral de ses richesses presque jusqu'à la prodigalité.
BIBLIOTHÈQUE CHOISIE