CAMBERT
Après avoir obtenu la place d'organiste de Saint-Honoré, se fit connaître dans le monde par son talent à toucher de l'orgue. Son mérite perça jusqu'à la cour, et la reine-mère, Anne d'Autriche, le choisit pour sur-intendant de sa musique. Ayant fait connaissance avec Perrin, Cambcrt s'engagea dans le dessein que ce poète avait formé de composer des opéras en langue française. 11 mit en musique la Pastorale représentée à Issy en 1659; ensuite l'Ariane du même auteur, si long-temps répétée et jamais jouée, et eiiliu Pomone (jui ouvrit le tliéàlre de la rue Guènégaud. L'altercation s'étanl mise entre Perrin et ses
associés, Cambert oublia son ami, et mit en musique les Peines et les Plaisirs de l'Amour, de la composition de Gilbert; ce second opéra, qui fut joué à la fin de novembre, ou au commencement de décembre de la même année 1 671 , et non pas en 1 672 , comme le recueil des opéras l'annonce; cet opéra dis-je, qui fut trouvé beaucoup plus supportable pour les vers, et dont la musique parut supérieure aux précédens, aurait euunegrande réussite, si Lully, alors sur-intendant de la musique du roi, profitant de la division qui régnait entre les entrepreneurs, n'eût obtenu, par le crédit de Mme de Montespan, un privilège d'une Académie royale de musique, exclusif à tous autres: Cambert, se voyant inutile k Paris, après l'établissement de Lully, passa h Londres, ou sa Pomone, qu'il fit jouer, lui attira des marques d'amitié et des bienfaits considérables de Charles II, et des plus grands seigneurs de la cour. Mais l'envie, qui est inséparable du mérite, abrégea ses jours, qui finirent en 1677. D'autres disent qu'il fut assassiné par son valet. Saint-Evremont, admirateur des ouvrages ae Cambert, va le peindre d'une façon qui ne paraîtra pas suspecte.
« Cambert a eu cet avantage dans ses oçéras, que le récitatif ordinaire n'ennuyait pas , pour être composé avec plus de soin que les" airs mêmes, et varié avec le plus grand art du monde. A la vérité, Cambert n'entrait pas assez dans le sens des vers, et il manquait souvent à la véritable expression du chant , parce qu'il n'entendait pas bien celle des paroles.^ Il aimait les paroles qui n'exprimaient rien , pour n'être point assujéti à aucune expression, et avoir la liberté de faire des airs purement à sa fantaisie. Nannette, Brunette, Feuillage , boccage , bergère , fougère , oiseaux et rameaux, touchaient particulièrement son génie. S'il fallait tomber dans des passions, il en voulait de ces violentes qui se font sentir à tout le monde; à moins que la passion ne fût extrême, il ne s'en apercevait pas. Les sentimens tendres et délicats lui échappaient. L'ennui, la tristesse, la langueur avaient quelque chose de trop secret et de trop délicat pour lui. Il ne connaissait la douleur que par les cris, l'afûiction que par les larmes. Ce qu'il y a
de douloureux et de plaintif ne lui était pas connu au
reste, il avait un des plus beaux génies du monde pour la musique: le plus étendu et le plus naturel II lui fallait quelqu'un; plus intelligent que lui, pour la direction de son génie. J'ajouterai une instruction qui pourra servira tous les savans en quelque matière que ce puisse être. C'est de rechercher le commerce des honnêtes gens de la cour, autant qiie Cambert l'a évité. Le bon goût se forme avec eux. La science peut s'acquérir avec les savans de profession; le bon usage de la science ne s'acquiert que dans le monde. »
Mlle CAUTILLY.
Grande , bien faite, mais assez laide , joua le rôle de Pomone dans la pastorale du même n( m. On ne trouve point qu'elle ait continué sa profession. Apparemment qu'rlle quitta le théâtre après les représentations de ce premier opéra.
BIBLIOTHÈQUE CHOISIE
BEAUMAVIELLE (basse-taille).
Languedocien, grand, laid, mais ayant l'air noble au
théâtre. Il débuta dans l'opéra de Pomone, continua dans
celui des Peines et des Plaisirs de l'Amour. Mais lorsque
Lully eut obtenu le privilège d'une nouvelle Académie
royale de Musique, Bcaumavielle se mit au nombre des
pensionnaires de cette Académie, et représenta tous les
rôles dont il fut chargé, avec beaucoup d applaudissemcns.
On dit que Beaumaviellc, ayant été quelque temps mala-
1 de, reparut et fut reçu du public avec joie. Cet acci.eil
jle (latia, et, s'adressant à l'acteur qui entrait avec lui :
: « Ce pauvre peuple m'aime, je lui sais bon gré de son
zèle. » Beaumavielle mourut en 1G89, et laissa tout ce
qu'il possédait, et qui consistait en quelques meubles, à
DuaiénY, son camarade.
CLËDlÈRC (haute-contre).
Entra à l'Opéra en même temps que Beaumavielle, ! c'est-à-dire en 1G71 , et suivit l'exemple de son camarade,'lorsqu'il s'engagea avec Lully. Clédière avait la voix très belle; il joua justju'en 4680, qu'il quitta l'Opéra pour entrer à la musique du feu roi , où il mourut.
BEAUCOAJUPS (compositeur de ballets).
Qui avait eu l'honneur de montrer à danser au feu roi, et qui depuis vingt et un ans faisait tous les ballets de la cour, entra à l'Opéra, en 1671 , pour la composition des ballets. En 1673,Lullylui donna le même emploi dans son Opéra, dont Bcauchamps s'acquitta supérieurement. 11 se retira eu 1687, cl sa place fut donnée à l'écourt. Beauchamps disait qu'il avait appris à composer les ligures de ses ballets par des pigeons qu'il avait dans son grenier. Il allait lui-même leur porter du grain et le leur jetait. Ces pigconscouraienlà ce grain, et les différentes formes, les groupes variés que composaient ces pigeons, lui donnaient les idées de ses danses. « On a dit deBeauchamps que ce n'était pas un danseur de très bon air, mais (ju'il était plein de vigueur et de feu; personne n'a mieux danse en tourbillon, et personne n'a su mieux que lui faire danser. »
■Vers la fin de la représentation de Pomone, Perrin fut privé de sa part de la recette, par le marquis de Sourdeac, et les associés de Perrin ; on accepta une pièce de Gilbert, intitulée : Les Peines et les Plaisirs de l'Amour, pastorale mise en musique par Cambert, et qui fut représentée à la lin de novembre, ou au commeucemeut de décembre 1 67 1 .