‹ SatanstoéChapitre 84 sur 194 · GABRIEL GILBERT · texte numérisé non relu

GABRIEL GILBERT

Né à Paris , et connu dans le monde par le titre de secrétaire des commandemens de la reine Christine de Suède , et son résident en France , donna quelques pièces au Théâtre - Français , ensuite à l'Opéra, la jiastoralc des Peines et (les Plaisirs de l'Amour. Ou Ignore si Temple; que Gilbert avait auprès de la reine Christine lui rapportait beaucoup , mais on sait qu'il aurait passé de tristes jours si M. d'Hervart, ami des gens de lettres, ne lui eût donné un asile favorable dans

sou hôtel à. Paris, où Gilbert monrnt vers l'année 4680.

Si"« BRIGOGNE.

Fille d'un peintre assez peu connu, débuta, à l'âge de vingt ans, dans la pastorale des Peines et des Plaisirs de l'Amour, par le rôle de Climènc, qu'elle joua avec tant de succès, que le nom de la petite Climène lui eu resta. En 1675, Lully pritMUe Brigognc dans son Opi-ra, pour h's seconds rôles. Mlle Brigogne quitta le théâtre en 1680; elle était petite, mais extrêmement jolie.

Pendant qu'on continuait les représentations des Pei" nés et des Plaisirs de l'Amour, Perrin cinployait tous ses amis pour se faire rendre son privilège, dont le maniuis (le Sourdeac joui.-sait. L'affaire allait être portée au Parlement, lorsijue Lully, pour le bonheur des gens de goût et la gloire du tliéàlre lyrique, obtint, par le credit de Mme de Montespan, que Perrin , moyennant une somme d'argent, lui céderait sou privilège. Cet accord fait entre

Lully et Perrin, le premier obtint un privilège qu'il nous paraît nécessaire de placer ici, d'autant que c'est de lui que dépendent toutes les prérogatives de l'Âcadcmie royale de Musique.

« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous présens et k venir, salut. Les sciences et les arts étant les orncmens les plus considérai)les des états, nous n'avons point eu de plus agréables divertisseraens, depuis que nous avons donné la paix à nos peuples, que de les faire revivre, en appelant auprès de nous tous ceux qui se sont acquis la réputation d'y exceller, nt'j seulement dans l'étendue de notre royaume, mais at.ji dans les pays étrangers. Et pour les obligor davantage à s'y perfectionner, nous les avons honorés des marques de notre estime et de notre bienveillance, et comme, entre les arts libéraux, la musique y tient l'un des premiers rangs, nous aurions, dans le dessein de le faire réussir avec tous ses avantages, par nos loltres-palentcs du 28 juin 1669, accorde au sieur Perrin une permission d'établir en noire bonne ville de Paris, et autres de notre royaume, des Académies de musique, pour chanter en public dos pièces de théâtre, comme il se pratique en Italie, en Allemagne et en Angleterre, pendant l'espace de douze années; mais ayant depuis été inlornié que les peines et les soins que ledit sieur Perriu a pris pour cet établissement, n'ont pu seconder pleinement notre intention et élever la musique au point que nous nous étions promis, nous avons cru, pour y mieux réussir, qu'il était h propos d'en donner la conduite à une personne dont l'expérience et la capacité nous fussent connues, et qui eût assez de suffisance pour former des élèves , tant pour bien chanter et actionner sur le théâtre , qu'à dresser des bandes de violons. Dûtes et autres inslrumens. A ces causes, bien informé de l'intelligence et grande connaissance que s'est acquis, notre cher et bien-aimé Lully (Jean-Baptiste) au fait de la musique, dont il nous a donné et donne journellement de très agréables preuves depuis plusieurs années qu'il s'est attaché à notre service, qui nous ont eonvié de l'honorer de la charge de surintendant, cl compositeur de la musique de notre chambre, nous avons, audit sieur de Lully, pciiniset accordé, permettons et accordons par ces présentes, signées de notre main, d'établir une Académie royale de musique dans notrebonnc ville de Paris, qui sera composée de tel nombre et qualité de personnes qu'il avisera bon être, que nous choisirons et arrêterons sur le rapport qu'il nous en fera, pour faire des représentations devant nous, quand il nous plaira, des pièces de musique qui seront composées tant en vers français qu'autres langues élran-. gères, pareilles et semblabicsaux Académies d'Italie, pour en jouir sa vie durante, et après lui, celui de ses enfims qui sera pourvu et reçu en survivance de la charge de surintendant de la musique de notre chambre ; avec pouvoir d'associer avec lui qui bon lui semblera, pour l'élablissement de la dite Académie, et pour le faire dédommager des grands frais (juil conviendra faire pour les dites représentations, tant à cause des théâtres, machines, dworations, habits, qu'autres choses nécessaires , nous lui pcriucltons de donner au public toutes les pièces qu'il

aura composées, même celles qui auront été représentées devant nous ; sans néanmoins qu'il puisse se servir pour l'exécution des dites pièces , des musiciens qui sont ii nos gages : comme aussi de prendre telle somme qu'il jugera ï. propos, et d'établir oes gardes, et autres gens nécessaires aux portes des lieux où se font losdilcs représentations. Faisant très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes de quoique qualité et condition qu'elles soient, même aux ofliciers de notre maison, d'y entrer sans payer, comme aussi défaire chanter aucune pièce entière en musique, soit en français ou autre langue, sans la permission, par écrit, dudit sieur de Lully, à peine de dix mille livres d'amende et de conhscalion de théâtre, machines, décorations, habits et autres choses, applicables un tiers à nous, un tiers à l'hôpital-général et l'autre tiers audit sieur de Lully , lequel pourra aussi établir des écoles particulières de musique eu notre bonne ville de • Pans , et partout où il jugera nécessaire pour le bien et l'avantage de ladite Académie royale, et d'autant que nous l'érigeons sur le pied de celle des Académies d'Italie, où les gentilshommes chantent publiquement en musique sans déroger, nous voulons, et nous plaît, que tous les gentilshommes et demoiselles puissent chanter auxdites pièces et représentations de notre dite Académie royale, sans que pour ce ils soient ocnsés déroger audit titre de noblesse, ni à leurs privilèges, charges, droits et immunités. Révoquons , cassons et annulions par ces présentes, toutes provisions et privilèges que nous pourrions avoir ci-devant donnés ou accordés, même celui dudit Perrin, pour raison desdites pièces de théâtre en musique, sous quelque nom, qualité, condition et prétexte que ce puisse être. Si donnons en mandement à nos amis et féaux conseillers, les gens tenant noire cour de Parlement à Paris, et autres nos huissiers et ofliciers qu'il appartiendra, que ces présentes ils aient à (aire lire, publier, et enregistrer, et du contenu en y celles, faire jouir, et user ledit exposant pleinement et paisiblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchemens au contraire. CAR tel est notre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable h toujours, nous y avons fait mettre notre scel. Donné à. Versailles, au mois de mars, l'an de grâce 1672, et de notre règne le vingt-neuvième. Signé Louis. Et plus bas , Colbert. Enregistrées en parlement le 27 juin 1672. »

. En conséquence de ce nouveau privilège, qui annulait tous les précédens, M. de la Reynie, lieutenant de police, reçut ordre de faire fermer le théâtre de la rue Guénégaud, ce qui fut exécnlé le 1" avril 1672.

Pendant (juon bâtissait une nouvelle salle d'Opéra rue de Vaugiiard vis-â-vis les murs du Luxembourg, dans un jeu de paume appelé Bel-\ir, Lully ne négligeait rien jiour rendre son spectacle brillant en s'assurant des meilleurs sujets de l'Opéra du marquis de Sourdeac , tant dans le chant, la danse et la symphonie, et joignant à ceux-ci qucl([ucs autres acteurs , qu'il s'était donné la peine de former ; et ])0ur les machines et les décorations, Yigarani, gentilhomme modénois et peintre du roi, se chargea de ce soin.

Enfin le théâtre de Bel-Air se trouvant prêt, fut ouvert

BIDLIOTHEOUE CHOISIE.

par une pastorale en trois actes et un prologue , sous le 1 férens fragmens de ballets exécutés à la cour, et dont titre des Fêles de l'Amour et de Bacchus, composée dedif- 1 Lully avait fait la musique.

LES FÊTES DE L-'AatOlJR ET DE BACCHUS.

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