‹ SatanstoéChapitre 85 sur 194 · OU CELUI DE JUIN · texte numérisé non relu

OU CELUI DE JUIN

LE po£me de oifférens auteurs, la musique de m. de loixt.

Par le détail que nous allons donner des morceaux de

Fioésie qui composent ce ballet, nous croyons devoir le reuser il Quinault, attendu que cet auteur ne composa des vers lyriques que pour la comédie-ballet de Psyché, représentée au palais des Tuileries en 1 671 , et que tous ceux qui forment ce poème sont antérieurs à celte date; en voici la preuve :

Prologue. C'est le divertissement du cinquième acte du Bourgeois gentilhomme, représenté à Chambord en octobre 1 670.

Acte frejcnier. Divertissement des Amans magnifiques, représenté au mois de février 1670, et d'un ballet dansé par le roi la même année.

Acte deuxième. Pastorale comique insérée dans la nouvelle édition de œuvres de Molière, et attribuée à cet auteur

Acte troisième. Du ballet de la fête de Versailles, du 18 juillet 1668, et du divertissement du troisième acte de Georges Dandin.

A le prendre dans un certain sens, il y avait lieu de croire que le mélange c[ui formait cette pastorale, ne produirait qu'un spectacle me'(/iocre, mais l'intelligence de Lully suppléa à tous les défauts qu'on y pouvait reprendre. Ses acteurs étaient choisis et dressés par lui; le ballet que Desbrosses composa, reçut de nouvelles grâces par ses conseils. A l'égard des machines et des décorations, Vigarani, noblement jaloux des talens du marquis de Sourdeac, se surpassa (2). L'orchestre, conduit par

(1) Lully, en vertu de son pri-'ilége, donna à son théâtre le titre d'Académie royale de Musique.

(2) Devisé, ennemi secret de Lully, dans le troisième volume de son Mercure galant de l'année 1672, fait parler des nouvellistes au sujet du privilège de Lully, et tâche d insinuer que le public perdit lorsqu'on ôla au marquis de Sourdeac, et à ses associés le privilège dont ils jouissaient sous le nom de Perrin. Voici ses propres paroles. » La conversation tomba sur l'Opéra. 0 Ne parlons point des opéras, dit alors un ennemi déclaré de la musique, on s'ennuie d entendre toujours chanter, et je ne trouve rien de plus fatigant. — On disait cela, repartit un autre , avant que M. le marquis do Sourdeac et MM. ses associés eussent fait représenter les deux opéras qu'ils ont donnés au public, mais le succès a fait voir le contraire. — Je crois bien, repartit un troisième, mais les inimitables machines de M. le marquis de Sourdeac s'y faisaient adn\irer, et quo M. de Beauchamps , qui fait les ballets du roi, depuis vingt et un ans, avait travaillé pour

Lully, exécuta sa musique avec un goût et une précision admirable. Le public réunit ses suffrages, et le feu roi, au retour de cette fameuse campagne de 1672, étant venu voir ce ballet, en marqua sa satisfaction à cet illustre musicien.

Ce fut à une représentation de cette pastorale, honorée de la présence du roi, que « M. Le Grand , M. le duc de Montmoulh, M. le duc de Villeroy et M. le marquis de Rassen, parurent dans le ballet, et choisirent pour danser avec eux les sieurs Beauchamps et Saint-André , Favicr l'aîné et La Pierre. «

Nous croyons être dispensés de parler de ce ballet , qui n'a d'autre mérite que celui que Lully lui a prêté par sa musique. Les connaisseurs en ce dernier genre, admirent le trio :

Dormez, dormez, beaux yeux, etc.

l'Opéra, on ne doit point s'étonner de son succès, qui n'est pas dû à la musique, puisqu'elle n'en faisait que la moindre partie. Les choses n'iront pas de même à l'avenir, reprit un quatrième, et la musique fera le plus bel ornement des pièces qui seront représentées dans l'Académie de M . de Lully. Qu'importe des machines, continua-t-il, des ballets, et môme des belles comédies, puisque lorsque la musique est dans sa perfection elle tient lieu de tout cela? Six chansons composées par ce grand génie, feront courir tout Paris. Cela arrivera, lui réparti-je, si chacun aimait autant la musique que vous... Ce n'est pas que la musique ne plaise, et qu'on ne l'écoute d'abord, mais elle ennuie dès qu'elle dure trop long-temps, quand même elle serait bonne... Vous n'auriez pas été fatigué du troisième opéra de M. le marquis de Sourdeac, reprit celui qui prenait son parti, il se préparait à faire quelque chose de si beau, de si nouveau, et si surprenant pour les machines, qu'on le fût venu admirer des quatre coins du monde... On n'y aurait point vu de changemens de théâtre, de ces chars ordinaires, et de ces vols qui font que toutes les machines se ressemblent, etc;... mais pourquoi lui répartirent plusieurs, ne l'a-t-on pas laissé continuer, puisqu'il a établi l'Opéra avec tant de dépense, qu'il préparait do si belles choses, et que sans lui et ses associés on ne se serait point avisé d'en faire en France? Vous avez trop de curiosité, lui répondit le nouvelliste mystérieux, à demi en colère ; on ne doit jamais pénétrerdans les secrels des rois, et l'on do't toujours croire qu'ils ont raison. Par ce discours, que Devisé met dans la bouche de quelques nouvellistes, et ou il entre en personne, il fait voir sa partialité pouf le marquis de Sourdeac, et ses associés. 11 ose môme faire entendre qu'on eu tort d'accorder à Lully, le privilège de l'Opéra; au reste il nous apprend que Beauchamps n'était pas encore avec Lully; ce ne fut qu'à l'époque de Cad-

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JEAN-BAPTISTE LULLY (t).

Né à Florence , ou auprès de cette capitale de la Toscane, en 1633.

Va vieux père cordelier, après lui avoir enseigné à lire et à écrire, lui donna quelques leçons de musique, et lui apprit à jouer de la guitare. Lully en était à ce point de science, lorsque M. le chevalier de Guise, qui voyageait alors en Italie, passa par le lieu où demeurait Lully; sa vivacité lui plut, et, comme ce seigneur, en prenant congé de Mlle deMontpensier, (ille de Gaston de France, lui avait promis de lui amener quelque petit Italien, il proposa à Lully de le suivre en France. Lully, qui n'avait, ni ne se promettait pas d'établissement qui l'arrêtât en Italie, accepta bien vite l'offre du chevalier de Guise ; il avait alors dix à douze ans. Arrivé à Paris, il entra chez Mademoiselle. Dans les intervalles de ses occupations, il s'amusait après un mauvais violon, que le violent penchant de Lully pour la musique rendait supportable. Il fut entendu par le marquis de Nogent, qui en rendit compte à Mademoiselle, ajoutant qu'il méritait d'avoir un habile maître pour le perfectionner dans cet instrument. Lully ne tarda guère à mériter d'être au nombre des musiciens de Mademoiselle; il devint ensuite célèbre tant par son violon que par différens airs qu'il composa. Mais, par malheur. Mademoiselle, cette princesse, lui fit dire de se retirer.

Ce coup aurait mis tout autre que Lully dans un fâcheux embarras, mais, pour lui, son parti fut bientôt pris : ses talens l'avaient fait connaître ; ainsi il trouva aisément à entrer dans les violons du roi. Il composa des airs qui le firent connaître du roi, et le roi goûta tellementsesairs et son jeu que pour le mettre àla tête d'une bande d(i.violans, qu'il pût conduire à sa fantai-^ie , Louis XIV en créa exprès une nouvelle, qu'on nomma les Petits Violons et qui en peu de temps surpassa la fameuse bande des vingt-quatre. Le roi faisait alors tous les ans de grands spectacles, qu'on appelait des Ballets : c'était quelquefois des sujets tirés de la fable, quelquefois de sa seule imagination, et qiii étaient représentés par des entrées, mêlées de récits. Lully fut choisi pour travailler à la musique de ces divertissemens, et il s'en acquitta avec un succès qui lui valut la charge de surintendant de la musique du roi.

Revêtu de cette cnarge , il obtint comme nous l'avons dit, le privilège de l'Académie royale de musique; alors il donna l'essor à toute l'étendue de son génie ; il devint non-seulement admirable pour sa musique, mais encore

mus, que Lully le chargea du soin des ballets de son Académie.

(1) Il est certain que Lully signait Lully avec un Y. C'est ce que l'on peut voir sur différens exemplaires qui sont encore chez Ballard , paraphés de sa propre main de cette manière : I. B. LULLY. Dans tous les opéras qu'il a fait imprimer, et dans les épjlres dédicatoires, il est écrit de même : enfin sa famille signe de même, et a fait écrire ainsi son nom sur son tombeau.

par le goût infini qu'il marquait dans tout ce qui avait rapport à son Opéra. Aussi le public lui rendit justice, et il est peut-être le seul homme, d'un mérite distingué, qui ait joui pleinement pendant sa vie de sa réputation. Le roi l'accabla de bienfaits ; chacun de ses opéras lui était payé, indépendamment des habits, machines, décorations, qui, après avoir servi à la cour, lui restaient pour son Acaclémie à Paris.

Le roi avait donné à Lully des lettres de noblesse ; c'en était assez pour payer son talent, mais quelqu'un lui alla dire qu'il était nien heureux que le roi l'eût ainsi exempté de la route commune, qui est qu'on aille à la gentilhommerie par une charge de secrétaire du roi, que s'il avait eu à passer par cette porte, elle lui aurait été fermée, et qu'on ne l'aurait pas reçu. Un homme de cette compagnie s'était vanté qu'on refuserait Lully s'il se présentait; à quoi les grands biens qu'il amassait faisaient juger qu'il pourrait songer quelque jour. Lully avaitmoins d'ambition, que de bonne fierté, je veux dire que de fierté à l'égard de ceux qui le méprisaient; pour avoir le plaisir de morguer ses ennemis ou ses envieux, il garda les lettres de noblesse, sans les faire enregistrer, et ne fit semblant de rien. En 1681, en décembre, on rejoua à Saint-Germain le Bourgeois gentilhomme, dont il avait composé la musique. Il ciianta lui-même le personnage du Moufii (1), qu'il exécutait à merveille. Toute sa vivacité, tout le talent naturel qu'il avait pour déclamer, se développèrent là, et quoiqu'il n'eût qu'un filet de voix, et que ce rôle paraisse fort et pénible, il venait ii bout de le remplir au gré de tout le monde. Le roi, qu'il divertit extrêmement, lui en fit des compliinens. Lully prit cette occasion pour tirer son coup. Mais, sire, lui dit-il, j'avais dessein d'être secrétaire clu roi, vos secrétaires ne me voudront plus recevoir. — Us ne voudront plus vous recevoir , répondit le monarque en propres termes, ce sera bien de l'honneur pour eux. Allez, voyez M. le chancelier. Lully alla du même pas chez M. Le Tellier, et le bruit se répandit que Lully devenait M. le secrétaire. Cette compagnie et mille agens commencèrent à en murmurer tout haut. Voyez-vous le moment qu'il prend "? A peine a-t-il quitté son grand chapeau de inoufti, qu'il ose prétendre à une charge , h une qualité honorable. Ce farceur , encore tout essoufflé des gambades qu'il vient de faire sur le théâtre, dcmanle à entrer au sceau. .. M. de Louvois, sollicité par MM. de la chancellerie, et qui était de leur corps, parce que tous les se-

(1) On a joué à la cour le Bourgeois gentilhomme, a\\emal\vement avec le Pourccaugnac. » M. de Lully a représenté le rôle du Moufti dans le Bourgeois gentilhomme. C'était lui qui lo jouait dans lus premières représentations de cette pièce, qui fut faite pour lo roi, dans un voyage qu'il fit à Chambord, et il a cru le devoir continuer pour donner plus de plaisir à Sa Majesté ; parce qu'ayant composé toute la musique de ce personnage, aucun n'en peut avoir une plus parfaite intelligence, ni le jouer d'une manière plus juste... Je ne dois pas oublier de vous dire, en parlant de M. Lully, qu'il a été reçu ici depuis quelques jours secrétairedu roi. » Il est inutile défaire remarquer, toute la jalousie et la méchante plaisanterie de Devisé, au sujet do Lully : ce passage le montre assez.

— loO

CreLTOTIIEOCE CHOISIE.

crélaires d'étal doivent être secrétaires du roi , s'en offensa fort. Il reprocha à Lully sa témérité , qui ne convenait jiasà, un homme comme lui, qui n'avait de recommandation cl de service que d'avoir fait rire. Ifcl tête bLu ! lui répondit Lully, vous en feriez autant , si vous le pouviez. La riposte était gaillarde : il n'y avait , dans le royaume, que M. le maréchal de la Feuiilade et Lully qui eussent répondu à M. de Lnuvois de cet air. Conclusion : le roi parla à M. LeTellier. M. Le Tellier savait fort bien sa cour. Les setrétaires du roi lui étant venus faire des remontrances de ce que Lully avait traité d'une charge parmi eux , et sur linterèl qu ils avaient qu'on le refusât, pour la gloire du corps, M. Le Tellier les traita en des termes encore plus désagréables que ceux dont le roi s'était servi. Quand ou vint aux révisions, on hs expédia à. Lully, avec des agrémens inouis. Le reste de la cérémonie s'accomplit avec la même facilité : il ne trouva en chemin aucun confrère brusque, ni impoli ; aussi fil-il noblement les choses de son côté. C'est une circonstance qu'il ne faut pas oublier: le jour de sa réception, il donna un magnifique repas, une vraie fêle aux anciens et aux gens unporlans de sa compagnie, et le soir un plat de son métier 1 Opéra (c'était celui du Triomphe de l'Amour); ils étaient vingt-cinq ou trentequi y avaient, ce jour-là, comme de raison, les bonnes places. De sorte

au'on voyait la chancellerie en corps, deux ou trois rangs e gens graves, en manteau noir, et en grand chapeau de castor, aux premiers rangs de l'amphithéâtre, qui écoutaient d'un sérieux admirahle les menuets et les gavottes de leur confrère le musicien. Ils lésaient une décoration rare, et qui embellissait le spectacle, et l'Opéra apprit ainsi publiquement, que son seigneur s'étant voulu donner un nouveau litre, n'en avait pas eu le démenti. M. de Louvois znême, ne crut pas devoir garder sa mauvaise humeur. Suivi d'un gros de courtisans, il rencontra Lully à Versailles Bonjour, lui dit-il, en passant, bon jour, mon confrère, ce qui s'appella alors un bon mot de M. de Louvois.

» Enlin, nous perdîmes Lully à un âge où il pouvait encore nous donner presqu'autant d'ouvrages que nous en avons. A la convalescence du roi, à la lia de l'année 1686.

Tout retentit de Te Dmm.

comme disait Benserade ; Lully ne fut pas des derniers à faire chanter le sien, qui fut alors remarquable par sa beauté, et qui est devenu mémorable pour toujours, par !e malheureux accident qui y arriva. C'était aux Feuillans de la rue Saint-Honoré : Liilly n'avait rien négligé à la composition de la musique, et aux préparatifs de l'exécution, et pour mieux marquer son zèle, il y battait la mesure; dans la chaleur de l'action, il se donna sur le cou du pied, un coup de canne dont il la battait. Il y vint un petit ciron, qui aujrmenlapcu-à-peu. M. AUiot, son médecin, lui conseilla d'abord de se faire couper le petit doigl du i)ied, puis après quelques jours de retardement, h pied entier, puis, la jambe. Il se présenta un aventurier de médecine , qui se Ut fort qu'il le guérirait. Sur cela. MM. de Yendùiae, qui .aimaient Lully, promirent à ci charlatan, en cas vqu'il mai à bout de celte cure, deux

mille pistoles, qui furent consignées; mais la bonté si noble cl si bien placée de WM. de Vendôme, et les efforts du charlatan, furent inutiles ; on appela un confesseur, qui lui dit tout net : Qu'à moins qu'il ne jettàt au feu ce qu'il avait de noté de son opéra nouveau, alin de montrer qu'il se repentait de tous ses operas passés, il n'y avait point d'absolution ii espérer. Lully hésita quelque temps, mais enfin il acquiesça, et montra du doigt un tiroir, oil étaient les morceaux à Achille et de Pohjxène, qu'il avait fait mettre au net; les voilà pris et brûlés, et le confesseur parti. Lully se porta mieux, et on le crut hors de danger ■ Un de ces jeunes princes qui aimaient Lully et ses ouvrages, vint le voir. Eh quoi I Batiste, lui dit-il, tu as été jeter au feu ton opéra! devais-tu brûler de si bonne musique? Paix, paix, Monseigneur, lui répondit Lully, à l'oreille, je savais bien ce que je faisais, j'en avais une seconde copie. Par malheur celte plaisanterie fut suivie d'une rechute L retomba dans un état pire qu'auparavant, et la gangrène monta; cette fois ci, la mort inévitable lui donna de vrais remords, lui fit dire et lui fil faire les plus belles choses du monde. Les Italiens sont féconds et savans en rafiinemens de pénitence, comme au reste. Il cul les transports d'un pénitent de son pays : il se fit mettre sur la cendre, la corde au cou; il lit amende honorable; enCn marqua la douleur de ses fautes avec une grande édification. Retourné dans son lit, pour couronnertoutcela, parune morale qui demeura après lui, embellie à sa manière , et pour gage de ses derniers sentiniens, il fil cet air :

Il faut mourir, pécheur, il fant mourir.

ou plutôt ces tons excellens sur ce vers , ce vers seul ue se pouvant appeler un air, qui à peine fut répété deux ou trois fois, qu'il lui prit une convulsion dans laquelle il passa le 22 mars 1687, âgé de cinquante-quatre ans. Lully était plus rempli et plus petit que ses estampes ne le représentent, assez ressemblant du reste, c'est-àdire pas neau garçon; la physionomie vive et singulière, mais point noble, noir, les Veux petits, le nez gros, la bouche grande et élevée, et lavue si basse, qu'il ne voyait presque pas les traits du visage d'une personne qui était auprès de lui. Il avait le cœur bon, moins dun Florentin que d'un Lombard. Point de fourberie, ni de rancune; les manières unies et commodes, vivant sans hauteur et égal avec le moindre musicien, mais plus de brusquerie et moins de politesse qu'il ne convenait i un grand homme qui avait long-temps vécu dans une courdélicate. Il avait pris l'inclination d'un Français un peu libertin pour le vin et pour la table, et il avait gardé l'inclination italienne à l'avarice... Lully était-ladre à un tel point, que le surnom lui en demeura. Les courtisans l'appelaient Lully le ladre; cela est positif, non qu'il ne leur donnât souvent à manger, mais M leur donnait à manger sans profusion. Il disait qu'il ne voulait pas ressembler à ceux lui font des festins de noces à chaque fois qu'ils traitent lin grand seigneur qui se mo(|ue d'eux on sorlanl. il y avait du bon esprit a celte sorte de vilenie, car l'on ne ■leut s'empêcher d'avouer qu'en fait d'esprit, Lully était au-dessous de peu de gens. Dans sa conversation, il avait une vivacité fertile en saillies et en traits originaux, et il

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faisait un conte en perfection, quoiqu'avcc un bruit moins français qu'italien. Autre preuve de l'esprit de Lully ; il laissa dans ses coffres six cent trente mille livres tout en or qui furent partagés ainsi que ses autres biens entre sa lemrae et six enlans; savoir deux garçons et quatre filles. Lully avait obtenu pour son second fils la survi- Tance de l'Opéra.

Tout ce que nous venons de dire au sujet de Lully, ne fait que caractériser sa personne; il nous paraît nécessaire de parler de sa supériorité en musique, et de ses lalens pour toutes les parties de cet art.

Lorsque cot illustre musicien vint on France, il admira les airs de Boe.^sct, auxquels il redonna la réputation qui tombait, parce que les doubles étaient à la mode (1). Son heureux naturel lui fit d'abord goûter nolie musique encore nue, et comme un art qui commence; il sentit que les principes en étaient bons; il s'y accoutuma, s'en remplit, et lorsqu'il fut une lois sur les voies d'une noble simplicité, il alla bien vite, et fit des opéras incomparables, qui seront toujours admirés des gens d'un jugement droit et solide (2).

1) « Quelques années avant que Lully vtnt en France, Bacilly, ce niaîire do musique qui a travaillé un des premiers à la propreté et a la neUelé de notre cliant, avait mis les doubles à la mode, non pas on faisant des airs qui en fussent pleins, car nous ne voyons rien présentement do lui, mais ce qui est extraordinaire, en brodant, en doublant les airs du vieux Guesdon, aujourd'hui ie cahier do nos musiciens, de Boesset et de quelques autres Lambert était venu la-dossus Dos qu'il entra dans ie monde, il composa, fit des doubles qui mériteraient d'être appelés beaux, si des jeux d'enfans pouvaient avoir une beauté véritable, et donna une vogue si grande à ces petits agrémens, que Lully, venant ensuite, n'usa passe risquer à heurter toul-à-fait le goût triomphant. Lully, composant pour lui-même, rejetait la moindre apparence de roulade et d'agrément... Mais l.ully, conijosant pour le public, se relâcha, non pas jusqu'à faire des doubles, mais jusqu'à pcrmeitreque Lambert doublit qiielqii air une ou dou.x fois l'an. Si bien que le donbto de la grotte de Versailles :

« Dans ces déserts paisibles, etc. »

Le petit double de la plainte de Psyché :

» Rcspondcta a mici accenti, etc., »

placé portant à la honte do Lully, qui no devait pas le souffrir,... sont de Lambert coiista'nment.. Lullv marquait encore sacond scendaucc pour le peuple et sa considération pour Lambert d'une nianièrt^ (|ui lui routait autant. C était en mettant deux ou trois roulades dans un opéra, ce qu'il no faisait jamais qu'à regret, et dans Ictpérance dose d, faire absoluuicut de ces beautés indigiies de lui, quand Lambert et le nouplo s'en seraient désabux'-s. Observez qu'il en nattait moins dans ses derniers ou\giges; et a mesure (ju'il avanrail en fige et en réputation, vous no irouveriz quo de petites roulades dans Armide, pas une d.ms /Ic/.s et Oahlhce, et là, pour les doubles néant. Cetlo comUiite de Lullv, cet éloignenu'iil des doubles en a presque déshabitué ci ux qui en ont fait dojiuis sa mort.

Je vous dirai naïvemrnt une chose, dit M. de l'reneuse, si

yeût dtwuré on Italie, et qu'il n'eût travaillé qu'en mu-

ne l'aiirail-il |)as aii!onéo au point de

a nôtre, à moins (ju il n'eût été gui-

A propos du goiit que Lully avait pour le simple, j'ajouterai ici une parlicularité, touchant le caractère de Lambert (1) et de Lully. Ce dernier connaissant l'autre pour le chanteur le plus agréable qui lût jamais, lui envoyait toutes ses actrices, alin ipiil leur ap(irît cette propreté du chant. Lambert qui se laissait volontiers aller à son propre goût, leur faisait de temps en temps couler un petit agrément dans le récitatif de Lully, et les actrices hasardaient de faire passer ces embeliissemens aux répétitions. « Morbleu 1 Mesdemoiselles, disait Lully, seser-

Lu^ii

siqiio italiennn» p;>nt èlre

perfection où d a amené

dé par quelque idée de l'admirable simplicité de la musique des anciens (simplicité qu'il a mieux su imiter chez nous qu'on n'avait fait nulle part depuis mille six cents ans), ce que je crois la source et le caractère de son mérite, mais je ne doute point qu'il n'eût du moins épuré et rectifié infiniment la musique do son pays. C'était un homme d'un espiitaussi justequo vif et d'un goût naturellement exquis, ju.-qoes là qu il de\iiit un connaisseur on vers français, redoutable a Quinault et à nos meilleuis poètes. Je m'imagine qu'un homme comme celui-là, tout accablé de mauvais exemples, et environné des mauvais juges d'Italie, se serait fait jour à travers des difficuhcs. Ses compatriotes o'nt suivi leur vieille route, ils n'ont pas eu la pensée do tourner la tûte d'un autre côté, et ils ont cm hm sur des modèles vicieux, au lieu d'apprendre à s'en tloigin r. Mais Lnlly, l'esprit de Lully se serait distintjiié a'une m. iiicre plus utile pour sa patrie; il aurait conçu, à la fin, que l'allcclation, quelque savante qu'elle soit, ne peut avoir une vraie bonté , et que, dans tous les arts, la nature est la seule mère des beautés solides. Il se serait élevé jusqu'à asservir le génie italien à ce principe ; il aurait commencé à régler la-dcs^us leur musique.

(1) « Michel Lambert, matlre do la chapelle du roi et très excellent musicien, perfeciionna la manière de bien chanter, soit par la finesse et la délicatesse des ports de voix, des passa^e.^, des diminutions, des Iremblemens, des tenues, des mouvemcns et de lous les ornemens du chant, qui peuvent flatter le plus agréablement l'oreille, avec une méthode admirable au-dessus de tout ce que les règles ordinaires do la musique avaient pu trouver jusqu'à ce temps-là en Franco : c'est aussi ce qui a fait naître un goût si général pour la musique, qu'on la montre aujourd'hui à la jeune.-so aussi communément que l'ariilmiélique. Lambert devint l'ami et le beau-père de Lully, et Lully avait pour Lambert une grande considération. Il appelait toujours Lambert son beau-père; il aimait beaucoup ses air-, et il en chantait souvent quelqu'un. Il y a surtout un vieil air el un des moins brillans de Lambert, que Lully avait coutume de chanter.

« \(\vi% qui craignez tant que les loups » N'entrent dans votre bergerie, etc.. »

Brnnet nous contait môme, qu'étant page de la musique du roi , qiiHod i s allaient chanter devant Lilly, qui en était surin'endant. il aimait qu'ils lui chantassent des airs de Lambert, et le< écoutait avec application ; mais lorsqu'ils voulaieit ajouter lo do iblo au siin[)li', suivant l'usage de ce temps, Liilly arrêtait, d'un signe de main et de tôle, les pages de la rausiqne' Cela est bien, leur disait-il, cela est bien, gardez le double pour mon beau-père.

• Lnmiiert mourut an mois de juillet 1696 Mlle Lambert, sa fille, Madelaine Lambert, veuve de Jean-Baptiste Lullv, secrétaire du lloi, avait é|umsô le fameux Jean-/luplisl«-'Liilli. le roi, en donnint la place de Lambert à M. Collasse, dit qu'il la lui iloniiail coniuic au uicdluur musicien qu'il pût choisir. •

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vanl quelauefois d'un terme moins poli que celui-là, et se levant turieux de sa chaise, il n'y a pas comme cela dans votre papier : eh 1 ventre-bleu I point de broderie ! point de broderie ; mon récitatif n'est fait que pour parfer ; je veux qu'il soit tout uni. » 11 le voulait si uni, qu'il allait le former à la comédie sur les tons de la Champmêlé. Il écoutait celte actrice, retenait ses tons, puis leur donnait la grâce, l'harmonie, et le degré de force qu'ils devaient avoir dans la bouche d'un chanteur , pour convenir à la musique, à laquelle il les appropriait de cette manière (1).

Voyons présentement comment il composait ses opéras: LuUy s'était, non pas associé, mais attaché Quinault, c'était son poète. Quinault cherchait et dressait plusieurs sujets d'opéra, il les portait au roi qui en choisissait un. Alors Quinault faisait un plan, et écrivait sa piece acte par acte. Il donnait une copie de ce plan à LuUy, et Lully voyant de quoi il était question en chaque acte , quel en était le but, préparait à sa fantaisie des divertisseraens, des danses, des chansonnettes, etc.. Pendant ce temps Quinault vérifiait sa pièce, et aussitôt qu'il avait achevé quelques scènes, il les montrait à l'Académie Française, dont il était; après avoir recueilli et mis à profil les* avis de ses confrères, il apportait son ouvrage à LuUy qui corrigeait encore, ou retranchait ce qu'il jugeait à propos et point d'appel de sa critique.

A la hn, Quinault se mordait si bien les doigts, que Lully agréait une scène. Luliy la lisait, jusqu'à la savoir presque par cœur. Il s'établissait à son clavecin , sa tabatière auprès de lui et faisait une basse continue. Quand il avait achevé son chant , il se l'imprimait tellement dans la tête , qu'il ne s'y serait pas mépris d'une note. Lalouëtte ou Collasse venaient, auxquels il le dictait. Le lendemain, il ne s'en souvenait plus guère. Il

(1) « Il m'est arrivé dix fois l'hiver, à la campagne, de remarquer que quand le vent siflle et s'entonne dans les portes d'une grande maison, il fait un bruit qui approche de la symphonie lie la plainte de Pan. Hélas I quel bruit entends-je? Ah ! quelle voix nouvelle? etc. Je suis le plus trompé du monde si Lully n'a copié celte symphonie, où il veut peindre le vent qui [pénètre dans les roseaux, et leur fait former ce bruit plaintif}, s'il ne l'a, dis-je, copié sur le bruit que fait effectivement le vent, lorsqu'il s'entonne dans une maison et des roseaux; je vous avoue que je considère avec admiration le bon goût et le bon fens de ce musicien unique. Il y a une chose naturelle à copier d'après nature. Il fait de la nature même le fond de sa symphonie. Il se contente d'approprier la nature à la musique, en la revêtant de quelques ornemens de l'art. Admirez, vous aulres esprits sublimes, le contre-point figuré des Italiens. Nous autros gens naturels, nous admirons celte droiture de goût de Lully. Et que n'a-t-il point fait valoir dans ses opéras, par une semblable adresse ? Non seulement il a fait entrer agréablement dans ses concerts jusqu'aux tavibours cl aux timbales, il a fait entrer jusqu'aux sifflets de chaudronnier, et ces sifllets de chaudronnier, mêlés dans la sixième scène du second acte à'Acis et Galatée, et servant de refrain aux vers du récit de Polyphème, et au chœur :

o Qu'à l'envie chacun s'empresse, » De me suivre dans ces lieux, »

font un effet merveilleux. »

faisait de même les symphonies liées aux paroles; et dans les jours où Quinault ne lui avait rien donné, c'était aux airs de violon qu'il travaillait. Lorsqu'il se mettait à composer et qu'il ne sentait pas sa verve en humeur, il quittait très souvent. Il se relevait la nuit pour aller à son clavecin, et en quelque lieu qu'il fiît, dès qu'il était près de quelque saillie, il s'y abandonnait. 11 ne perdait jamais un bon moment, méthode très habile ettrès sensée. Lully faisait un opéra par an. Trois mois durant, il s'y appliquait tout entier, et avec une attache, une assiduité extrême. Le reste de l'année peu, une heure ou deux, de fois à autre, des nuits qu'il ne pouvait dormir, des matinées inutiles à ses plaisirs. Il avait pourtant toute l'année l'imagination fixée sur l'opéra qui était sur le métier, ou qui venait d'en sortir, de sorte que si l'on obtenait de lui

3 u'il chantât, il ne chantait d'ordinaire que quelque chose e lui.

C'est ainsi que se composait par Quinault et par Lully le corps de l'opéra, dont les paVoles étaient faites par le premier. Au contraire, pour les divertissemens , Lully faisaitles airs détachés ou de mouvement à sa commodité, en son particulier, et, lorqu'il le croyait nécessaire, il appliquait lui-même, à ces airs détachés ou de mouvement, des vers dont le mérite principal était de cadrer en perfection à la musique; et il envoyait cette brochure à Quinault, qui ajustait les siens dessus. De là est venu que ces petites paroles des opéras, et qui y sont fréquentes, conviennenttoutes si parfaitement au chant dans leur brièveté et dans leur douceur.

Lully était le premier homme du monde .pour tenir tout un opéra dans le devoir. Il savait aussi parfaitement faire exécuter un opéra, que le composer. Du moment qu'un chanteur ou une chanteuse lui étaient tombés entre les mains, il s'attachait à les dresser avec une affection merveilleuse; il leur enseignait lui-même à entrer, à marcher sur le théâtre, et à donner la grâce du gesteet de l'action. Quelqu'exercésque fussent les acteurs de Lully par les opéras précédens, lorsqu'il les chargeait d'un rôle nouveau et difficile, il commençait par le leur montrer dans sa chambre, avant les répétitions générales; on répétait enfin. Il ne souffrait là que les gens nécessaires ; le poète, le machiniste, etc ; il voulait avoir la liberté de reprendre etd'instruireses acteurset sesactrices; il les venait regarder sous le nez, la main haute sur les yeux, afin d'aider sa vue courte, et ne leur passait quoi que ce soit de mauvais. Chacun sait qu'il avait l'oreille si fine, que du fond du théâtre, il démêlait un violon qui jouait faux; il accourait, et lui disait : « — C'est toi : il n'y a pas cela » dans la partie. » On le connaissait ainsi.on ne se négligeait pas, on tâchait de le contenter, et surtout les inslrumens ne s'avisaient guères de rien broder. 11 ne le leur aurait pas plus souffert , qu'il ne le soulTrait aux chanteuses. Il ne trouvait point bon qu'ils prétendissent en savoir plus que lui, et ajouter des notes (1) d'agrément à

(1) M. de Preneuse, dans un de ses Dialogues sur la Musique, se fait demander « si Lully ne consultait poyjit quelqu'un, et n'exposait point ses opéras au jugement de quelques connaisseurs, avant qu'ils parussent, » et, après avoir répondu non,

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leur tablature. C'était alors qu'il s'écliauffait , faisant (les corrections brusques et vives. Il est vrai que plus d'une fois en sa vie il a rompu un violon sur le dos de celui qui ne le conduisait pas bien à son gré M). La répétition Unie, LuUy l'appelait, lui payait son violon au triple et le menait diner avec lui. Le vin chassait la rancune, etsi l'un avait fait un exemple, l'autre y gagnait quelques pistoles, un repas et un bon avertissement. Mais le soin qu avait LuUy de ne mettre dans son orchestre nue des inslrumentistesa'une habileté connue, l'exemptait d en venir souvent à ces corrections violentes. Il n'en recevait point sans les éprouver ; et il avait coutume de leur faire jouer les Songes funestes d'Atys. C'était la mesure de la légèreté de la main qu'il leur demandait.

Lully se mêlait de la danse prcsqu'aulant que du reste de l'opéra. Une partie du ballet des Fêtes de l'Amour et

ajoute : Et ce qui est à remarquer , Lully n'avait ni aide ni ressource dans autrui. Il ne se servait nullement des lumières ni des conseils de personne, secours si utile ou plulôt si nécessaire aux auteurs les plus éclairés. Je vous dirai même qu'il avait une brusquerie dangereuse, qui ne lui laissait pas la patience d'écouter ce qu'on aurait eu à lui remontrer, et par où il devenait incapable de recevoir des avis ; sur sa musique, plus que sur aucun autre sujet, il aurait été impatient, indocile. 11 avouait que si on lui avait dit que sa musique ne valait rien, il aurait tué celui qui lui aurait fait un pareil compliment Il ne risquait rien, ajoute Fierchesc, de ne marquer de la colère que dans cette occasion, il n'a pas été à la peine. Néanmoins c'était un défaut, défaut honteux à un grand homme, et qui certainement lui a été préjudiciable. Tout admirable qu'il est, il s'est égaré en plusieurs endroits. Un peu de docilité, pour deux ou trois censeurs raisonnables, l'aurait redressé. Il avait cependant une csfifece de raison pour s'excuser s'il ne consultait personne sur les opéras qu'il allait mettre au jour, c'est que le roi lui fesail l'honneur d'être jaloux d'en avoir l'étrenne. Le roi ne voulait point qu'on eût le plaisir de les voir avant lui ; il n'y avait que M. le comte de Fiesque, do l'amitié duquel Lully s'honorait, comme M. le comte de Fiesque s'honorait de l'estime de Lully, qui on vît quelques morceaux ; peut-être parce qu'il aimait à les entendre chanter à M. le comte de Fiesque, dont Benserade disait, t. 2, p. 408 de ses œuvres :

« Et les rochers le suivent quand il chante. »

ï Et quelle fidélité i M. le comte de Fiesque n'aurait pas fait passer en main tierce, pour quatre souris et six regards obligeans d'une déesse, la moindre chanson de Lully, avant que la première représentation de l'opéra ne l'eût rendue publique. ■>

(1) « Ceux qui ont vu Lully (dit M. de Preneuse] affirment que personne n'entendait mieux que lui à se faire obéir par ses acteurs, actrices et symphonistes. Il savait rompre un instrument sur le dos d'un violon mal morigéné, piêilier une chanteuse en termes fort expressifs, et donner quelques tapes à un acteur distrait, de l'air du monde lo plus noble et le plus exemplaire. »

de Bacchus avait été composée par lui , l'autre par Desbrosses; et Lully eut presque autant de part au ballet des opéras suivans que Beaucnamps. Il réformait les entrées, imaginait des pas d'expression et qui convinssent au sujet, et quand il en était besoin, il se mettait à danser devant les danseurs pour leur faire comprendre plus tôt ses idées. Il n'avait pourtant point appris, et il ne dansait ainsi que de caprice et au hasard ; mais l'habitude devoir des danses, et un talent extraordinaire pour tout ce qui appartient aux spectacles le faisait danser avec un goût et une vivacité très agréables.

Nous croyons ne devoir pas donner plus d'étendue à cet article; ce qui nous reste à dire sur Lully appartient k ses opéras et au catalogue de ses ballets, dont on trouvera un détail à l'ordre chronologique de ses ouvrages, à l'année 1687.

VIGARAM.

i cintre italien et gentilhomme modènois, vint en France, appelé par M. de Colbert. Ce fut sur ses dessins que la salle et le théâtre du château des Tuileries furent exécutés en 16'72. Lully associa Vigarani pour peintre ses décorations. Cette société étant finie en 1680, Vigarani se retira, et Berain remplit sa place pour les dessins des habits, et ce fut le sieur Rousseau qui peignit les décorations.

Mlle AUBRY.

Fille d'un noaître paveur, était de la musique de Gaston de France, duc d'Orléans. Elle joua, k ce que prétend Guichard, dans son Factum, dans les opéras de Perrin et de Gilbert. LuUy, qui connut son talent, l'engagea nour son Académie, où elle représenta avec succès tous les rôles dont elle fut chargée. C'était une des bonnes actrices qui aient paru sur ce théâtre Elle ouitta l'Opéra en 1684, après avoir joué au mieux le rôle d'Ariane. Ce ne fut point l'âge qui lui fit quitter sa profession; mais elle était devenue d'une taille si prodigieuse qu'elle ne pouvait marcher et qu'elle paraissait toute ronde. Elle était petite, la peau blanche et les cheveux noirs ; elle mourut vers

Mlle VERDIEB.

Fille d'un joueur de violon et d'une revendeuse, si l'on en croit Guichard, grande amie de Mlle Aubry, excellente pour les seconds rôles et les grandes confidentes. Elle épousa 'Verdier, premier violon de l'orchestre de l'Opéra. Mlle Verdier était assez bonne actrice , grande , maigre . cheveux châtains, et d'un tempérament délicat. Elle quitta le théâtre en 1680, après avoir joué le rôle de Cérês dans Proserpine. Elle touchait encore, en 1712, 300 livres de pension que l'Opéra lui faisait.

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CADMUS ET HERMIONE

TRAGÉDIE

REPRÉSENTÉE AD MOIS DB MARS 1673 SUR LE THÉÂTRE DE BEL-AIR, ET ENSUITE SUR CELUI DU PAUIS-BOTAL

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