‹ SatanstoéChapitre 86 sur 194 · AD MOIS DE MAI SUIVANT · texte numérisé non relu

AD MOIS DE MAI SUIVANT

tE POinB DE tt. gniKACLT. LA Kcsigm: os k. lullt.

Voici la première tragédie lyrique et le premier poème de Quinault, qui parut d'abord sur le théâtre de Bel-Air et ensuite sur celui du Palais-Royal (1). Le succès en fut brillant pour le poète et pour le musicien. Cependant le premier essuya beaucoup de critiques.

En rendant justice, on peut dire que le burlesque des rôles d'Arbas et de la nourrice donne un ton fort discordant avec ks principaux personnages de ce poème. Ajoutons que Quinault fut entraîné par l'exemple de ceux qui l'avaient précédé. Il fut plus sage dans Alccste et dans Thésée ; Àtys et tous les opéras qui suivirent ce dernier ne se ressentirent point de ce burlesque. On peut, à plus juste titre, condamner le cinquième acte, qui est des plus secs. Cadmus se plaint de la perte d'IIermione; Pallas la lui ramène dans le moment, et lui annonce que la colère de Junon est apaisée : sur-le-champ, tous les dieux de l'Olympe descendent dans des machines, et célèbrent le mariage des deux amans. Rien n'est plus vide d'invention que ce plan; mais, en récompense, on trouve dans le cours de cette pièce des morceaux qui dédommagent de l'ennui et de la stérilité des autres. L adieu de Cadmus et d'Hermione est une des plus touchantes scènes qu'il y ait

(1 ) Le théâtre du Palais-Royal avait été occupé par la troupe de Molière et les comûdiens italiens , qui y représentaient alternativement. Molière étant mort le 47 février 1673, sa troupe se trouva hors d'état de continuer ses représentations, tant par la perte de ce grand homme, que par celle des meilleurs acteurs qui passèrent dans la troupe du Marais et celle de l'hôtel de Bourgogne. De sorte que LuUy obtint la permission de représenter ses ouvrages de musique dans la salle du Palais-Royal, le 28 avril de la mémo année 1673.

Le lecteur ne sera peut-être pas fâché de trouver ici une description de la salle et du théâtre du Palais-Royal. C'est Sauvai qui va prendre ce soin :

o Ce lieu est une longue salle parallélogramme, large de neuf toises en dedans œuvre, que le cardinal de Richelieu et Mercier s'efforcèrent de rendre la plus admirable de l'Europe; mais la petitesse du lieu s'y opposa. Car, comme ce ministre avait résolu de faire au roi présent de sa maison, il était bien aise qu'il s'y trouvât quelque grande partie et quelque chose qr.i fût digne d'un grand monarque ; et pour cela il fit faire par plusieurs divers dessins et élévations pour ce théâtre, mais qui ne furent pas reçus, pour ôlre trop enjoués, de sorte qu'on se tint à celui de Mercier, comme plus solide , plus commode et plus majestueux tout ensemble.

• La manièrede ce 'iéâtreest moderne, et occupe, comme je l'ai dit, une longue salle couverte et carrée longue. La scène est élevée à sn des bouts, et le reste occupé par vingt-sept degrés de pierre qui montent mollement et insensibleuienl et

au théâtre. Le prologue est des plus heureux, et Fallégorie soutenue d'un bout à l'autre. A l'égard du musicien, on connut dès lors son grand génie. Le sacrifice à Mars, la scène de Cadmus, dont nous venons de parler, le monologue de l'Envie dans le prologue ; tout cela est frappé au coin de l'excellent (I).

PHILIPPE QUEVAULT.

Naquit à Paris, en 1635 Après avoir travaillé assez long-temps pour le Théâtre-Français, il y renonça pour épouser une riche veuve, qui ne lui donna sa main qu'à cette condition, et qui lui acheta tout de suite une charge d'auditeur des comptes, où il fut reçu le 18 septembre 1 671 . L'année précédente, il était entré à l'Académie française à la place de M. Salomon.

Quelque déterminé que fût Quinault àae pas s'exercer h, lapoésie, il neput refuser àLuUy quelques morceaux pour ses ballets. Le premier ouvrage qu'il ht dans ce genre est la poésie chantante de Psj/cAe, tragédie-ballet de Molière (2), à la réserve des paroles de la plainte italienne qui sont de LuUy. Ce petit essai engagea ce musicien à pres-

qui sont terminés par une espèce de portique ou trois grandes arcades ; mais cette salle est un peu défigurée par deux balcons dorés, posés l'un sur l'autre de. chaque côté, et qui, commençant un portique, viennent Cnir assez près du théâtre; le tout ensemble est couronné d'un plafond en perspective, où Lemaire a feint une longue ordonnance de colonnes corinthiennes qui portent une voûte fort haute , enrichie de rayons, et cela avec tant d'art, que non-seulement cette voûte et le plafond semblent véritables, mais rehaussent de beaucoup le couvert de la salle, et lui donnent toute l'élévation qui luimanque. Il est constant que Mercier, dans la distribution des parties de ce théâtre, a passé l'espérance de tout le monde, et fîfft beaucoup plus qu'on n'en attendait, n'y ayant point d'apparence qu'uu carré long, renfermé entre une rue et une cour, dût être si accompli ; car enfin, malgré les défauts qu'on y remarque, il n'y a personne qui ne le trouve un grand morceau d'architecture.»

Nous parlerons, dans la suite de cet ouvrage, des nouveaux embellissemens qu'on a faits pour cette salle en 1732 et qui subsistent aujourd'hui.

(1) Pendant le cours de cet opéra, les sieurs Lestang, l'atné et le Basque, homme très léger, débutèrent pour la danse, (préface des Opéras )

(2) « Les premières paroles que composa Quinault dans le genre lyrique, sont celles qui se chantent dans Psyché, tragédie-ballet de Molière, qui fut repré-enlée devant Louis XIV, dans la grande salle du palais des Tuileries, pendant tout le car-

WBLIOTUÈQUE CHOISIE.

ser Quinault de travailler pour son théâtre, lorsqu'il eut obtenu des lettres- patentes au mois de mars 1672. Quinault, entraîné par son génie pour ce genre d'ouvrane, se rendit aux instances de Lully, et composa la tragédie-lyrique de Cadmus, dont nous venons de rendre compte (1) et successivement Alceste en. 1674, Thésée an 1675, Alys en 1676, et Ists en 1677. Ce dernier opéra valut une espèce de disgrâce à Quinault; ses ennemis tirent des applications malignes sur les principaux pcrsonnaçes de la Sièce, de façon qu'il discontinua son travail pendant près e deux ans; enfin en 1680 parut Proserpine, en 1681 le Triomphe de l'Amour, ballet; Persée en 1682, Phaétonca 1683. Amadis en 1684, Roland et le Temple de la Paix en 1685, et Armide en 1686, qui fut le dernier ouvrage deQuinault pour l'Opéra. On ne sait s'il se dégoûta de ce genre de travail, parce qu'il commençait à lui coiitcr beaucoup de peine, car il est certain qu'il fit trois fois le cinquième acte à'Armide, qui, à la vérité, est son chefd'œuvre. Quoi qu'il en soit, il renonça à la poésie lyrique, et Lully eut beau le solliciter à continuer, il n'en put tirer d'autre réponse que les quatre verssaivans :

naval do 1670 : si la musique de Lully fut trouvée excellente, les paroles de Quinault eurent !e môme succès, et firent trouver insupportables celles de Perrin, qui était sur le point de donner sa pastorale de Pomone , dont on avait vu des répétitions publiques. » {Vie de Quinault.)

(1) Lully plus fin, et plus grand connaisseur que les adversaires de Quinault, ne balança pas,-aprés le succès de l'ouvrage, à s'attacher le poète, moyennant une pension do 4,000 liv., pour laquelle Quinault s'obligea de fournir tous les ans à Lully un nouveau poème lyrique. Ajoutons que lo fou mi parut si content de Cadmus, « qu'il choisit seul Quinault pour composer do pareils onvrages, en le gratifiant d'une pension do 2.000 liv. Sa Majesté daignait môme quelquefois lui en donner les sujets. » . [Vie de Quina.uU.]

Je n'ai que trop chanté les jeux et les amours; Sur un ton plus sublime, il faut nous iaire entendre. Je vous dis adieu, muse tendre, Et vous dis adieu pour toujours.

Quinault tint sa parole, et mourut le vendredi 26 novembre 1688, âgé de cinciuante-trois ans. 11 fut enterré à Sainlr-Louis dans l'île, sa paroisse, regretté de tout ses amis, et digne de l'être par la république des lettres, comme le chef de la poésie lyrique française. 11 eut cinq filles de son épouse, dont trois prirent le parti du couvent, et les deux autres furent mariées, l'une à M. Lebrun, auditeur des comptes, et l'autre à M. Gaillard, conseiller à la cour des aides.

« Quinault était bien fait de sa personne, d'une taille élevée; il avait les yeux bleus, languissans et à fleur de tète; les sourcils clairs, le front élevé, large et uni, le visage long, l'air mâle, le nez bien fait et la bouche agréable, la physionomie d'un parlait honnèle homme... Il parlait et écrivait fortjuste, et peu de gens pouvaient atteindre la délicatesse de ses expressions dans les conversations particulières; son slyle n'était point recherché; au contraire, c'était la pure nature qui parlait en lui. 11 savait comme doit savoir un honnête homme; il était complaisant sans bassesse, et disait du bien de tout le monde... Il aimait la satire, mais il la voulait fine et délicate... La passion qui le dominait le plus était l'amour, mais il l'a toujours conduite avec tant d'adresse, qu'il se pouvait vanter avec justice qu'elle ne lui a jamais fait faire un faux pas malgré les emportcmens qu'elle inspire d'ordinaire aux autres ; il n'y avait rien de si tendre et de si engageant que son lèle à-lètc ; celait là ([u'il faisait éclater tout son esprit et oii il en laissait briller le feu ; et il était le seul dont la conversation fût aussi aisée qu'agréable. Cela, joint à une complaisance universelle pour le sexe, lui attirail l'amour de toutes les femmes qu'il aimait, ou du moins à qui il le disait. »

ALCESTE ou LE TillOMPîIE D^ALCIDE.

TRAGÉDIE

HBfKÉSENtêE POUR L\ PREMliÈRE FOIS ES f674. îtttaea actxurs que t.* pnËctcERTC.

Cet opéra, rempli de grandes beautés cl de grands défauts, est un des plus amusans qui soient au théâtre. Le comiqne y est plus ménagé et plus décenuncnt placé que dans Cadmus. La réussite d' Alceste fut encore plus marquée que celle de Cadmus. La variété du spectacle et la beauté de la musique achevèrent de déterminer le public en faveur de ce nouveau théâtre, qui avait beaucoup de gens d'esprit qui le décriaient dans le monde. C'est dans cet opéra que parut

Mlle BEAUCREUX ,

qui débuta par le rôle deCéphise, confidente d'Âlccsle.

Elle joua dans Thésée celui de V^énus, au prologue, et de Donne '.lans la tragédie, Mdpomène , dans le prologue d'Atijs, et quitta l'Opéra en 1677, après avoir représente dans Isis le rôle d'isis. Devisé va nous apprendre ce que devint celte actrice : « Je vous ipandai la dernière lois que le sieur Guicliard qui était allé en celle cour (d'Espagne] pour y établir un Opéra, avait été surpris à Madrid d un mal violent dont il étiiit mort;... mais cette nouvelle n'est pas vraie... A 1 égard de la denioi.«clle Beaucreux, qui était allée avec lui. et qu'on dit être nionc, rien n'est plus véritable. C'est la niénic que vous enlendites chanter dans l'opéra d'Akesle, quand \ous en viles ici les premières representations. »

CADMUS ET HERMIONE

TRAGEDIE

REPRISE (après la SAINT-MARTIN).

C'est dans cet opéra que dansa, pour la première fois, avec applaudissement ,

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