‹ SatanstoéChapitre 87 sur 194 · PÉCOURT · texte numérisé non relu

PÉCOURT

Fils d'un courrier du roi, il fut élève deBeauchamps. Il se distingua de façon, dans la danse, qu'en peu d'années il devint le premier de sa profession. Pécourt était beau, et bien fait, dansant avec toute la noblesse possible. Beauchamps s'étant retiré en 1687, Pécourt obtint sa place pour la composition des ballets de l'Académie royale de musique, et de ceux qu'on a faits de son temps à la cour. Pécourt joignait à son talent beaucoup d'esprit et de lecture. 11 est auteur de la chorégraphie, ou 1 art

de noter les pas de la danse, mis au jour de son temps par feuillets. Pécourt cessa de danser vers l'année 1703, mais il continua de travailler pour les ballets de l'Opéra, jusqu'à sa mort, arrivée le 11 avril 1729. Voyez comme on parle de Pécourt, dans le Mercure de France, avril 1729, p. 777 et 778:

a Le fameux Pécourt, un des plus grands danseurs de son temps', qui avait extrêmement brillé dans tous les ballets de la cour, du temps du feu roi, et sur le théâtre de l'Opéra, mourut à Paris le 11 avril (1729) , âgé de 78 ans. 11 avait succédé k feu Beauchamps , dans la composition des ballets qu'il a faits pendant très long-temps , avec un génie et une variété admirable. 11 ne dansait plus depuis plus de trente ans. »

THESEE,

REPRÉSENTÉE A SAINT-GERMAIN-EN-LAYE LE 11 JANVIER 1675, ET ENSUITE A PARIS APRÈS PAQDES.

LE POËHE DE H. QDINADLT. LA UDSIQUE DE B. LUILT.

Malgré le succès à'Alceste , Quinault sentit si vivement les reproches qu'on lui lit de la multiplicité d'action, 3ui règne dans cet opéra , et de la négligence des règles u poème dramatique dans la construction ^le son plan , qu'en composant celui-ci, il s'attacha à éviter les censures ae ses antagonistes. C'est aussi le poème le plus exact qui soit sorti de la plume de Quinault. Ses ennemis , ne pouvant l'attaquer de ces deux côtés, remarquèrent d'autres défauts dans le caractère des personnages. « Un roi vertueux tel qu'on dépeint Egée, dirent-ils, n'a jamais dû consentir à devenir empoisonneur, et Médée n'a pas dû ^compter sur ce genre de vengeance. Elle est instruite du sort de Thésée; mais qui peut l'assurer qu'Egée ne le saura pas par son propre fils, avant que de prendre le vase empoisonné ? Ce raffinement de vengeance ne sert qu'à la rendre incertaine, comme l'événement le justifie ; et il y aurait tout lieu de croire que Thésée n'épouserait pas la princesse, sans se faire connaître au roi. «Voilà, en gros, les discours de ses critiques , qui n'empêchèrent par le succès de cet opéra, qui est rempli de très beaux vers. Le rôle de Médée est admirable, les caractères de Thésée et d'Eglé sont tendres et touchans ; les airs détachés des fêtes très lyriquement versifiés.

» Pendant le cours des représentations de Thésée , un certain nombre de personnes d'esprit et d'un mérite dis tingué, ne pouvant , je ne sais par quel travers , souffrir

le succès des opéras de Quinault , se mirent en fantaisie de les trouver mauvais , et de les faire passer pour tels dans le monde. Un jour qu'ils soupèrent ensemble , ils s'en vinrent, sur la fin du repas, vers Lully, qui était du souper, checun le verre à la main , et , lui appuyant le verre sur la gorge, se mirent à crier : Renonce à Quinault ou tu es mort. Cette plaisanterie ayant beaucoup fait rire, on vint à parler sérieusement , et l'on n'obtint rien pour dégoûter Lully de la poésie de Quinault ; mais comme ils avaient à faire à un homme fin et éclairé , leur stratagème ne servit à rien. L'on parla de Perrault- dans cette rencontre, et l'un de ces Messieurs dit avec bonté que c'était une chose fâcheuse qu'il s'opiniàtràt toujours à vouloir soutenir Quinault , qu'il était vrai qu'il était son ancien ■emi, mais que l'amitié avait des bornes, et que Quinault étant un homme noyé, Perrault ne ferait autre chose que de se noyer avec lui^Le galant homme chez qui se donnait le repas, se chargea d'en avertir charitablement Perrault. Lorsqu'il lui eut l'ait sa remontrance, Perrault, après l'en avoir remercié, lui demanda ce que ces messieurs trouvaient tant à reprendre dans les opéras de Quinault? Ils trouvent, lui répondit-il, que les pensées n'en sont pas assez nobles, assez fines, ni assez recherchées ; que les expressions dont il se sert, sont trop communes et trop ordinaires ; et enfin aue son style ne consiste que dans un certain nombre de paroles qui revien-

BIBLIOTHÈQUE CHOISIE

nent toujours. Je ne suis pas étonné, reprit Perrault, que ces messieurs, qui ne savent ce que c'est que la musique, parlent de la sorte, mais vous, Monsieur, qui la savez si parfaitement, ne voyez-vous pas que si l'on se conformait à ce qu'ils disent, on ferait des paroles que les musiciens ne pourraient chanter, et que des auditeurs ne pourraient entendre. Vous savez que la voix, quelque nette qu'elle soit, mange toujours une partie de ce qu elle chante ; et que quelque naturelles et communes que soient les pensées, et les parolesd'un air, on en perd toujours quelque chose. Que serait-ce, si ces pensées étaient bien subtiles, et bien recherchées, et si les mots qui les expriment, étaient des mots peu usités et de ceux qui n'entrent que dans la grande et sublime poésie? on n'y entendrait rien du tout. 11 faut que, dans un mot qui se chante, la syllabe qu'on entend fasse deviner celle qu'on n'entend pas. . . Or, cela ne se peut faire k moins que les paroles, les expressions et les pensées ne soient fort naturelles, fort connues et fort usitées. Ainsi, Monsieur, on blâme Quinault, par l'endroit où il mérite le plus d'être loué, qui estd'avoirsu faire avec un certain nombre d'expressions ordinaires, et des pensées fort naturelles, tant d'ouvrages si agréables et tous si différons les uns des autres. Aussi voyez-vous, ajouta Perrault, M. Lully ne se plaint pas, persuadé qu'il ne trouvera jamais de paroles meilleures k être mises en musique. » La vérité est qu'en ce temps-là Perrault était presque le seul, à Paris, qui osât se déclarer pour Quinault, tant la jalousie de divers auteurs s'était élevée contre lui, ef avait corrompu tous les suffrages de la cour et de la ville.

M. de Preneuse blâme fort Lully d'avoir laissé passer un mot qui se trouve dans les deux vers suivans de l'opéra de Thésée, acte 1", scène 8 :

Que vous êtes ingénieuse A trouver des difficultés.

0 Qui croirait, qu'après les soins réitérés de Quinault, les révisions de l'Académie, et les critiques impitoyables de Lully, il y.eût lieu de reprendre, et de corriger de nouveau dans les paroles de cet opéra si châtié? Difficulté. Est-il un mot chantant et à la dixième revue, aurait-il eu tort d'exiger que Quinault lui en donnât un autre à sa place ? etc. »

Lorsque cet opéra fut exécuté sur le théâtre de l'Académie royale de Musique, à Paris, au mois d'avril de la même année 1675, voici de quelle manière les principaux rôles étaient remplis (1) :

(I) Mlle dcsProuleaux, Rony, Caliote et Pioschc, chantèrent dans les chœurs avec MM. Destival, Beaumont, Deschamps Les Cadet, miracle; llossignol, Séguin, Bony, Revel (c'est

Eglé, Mlle Aubry, Cléone, confidente d'Eglé, Mlle Brigogne, îa grande-prêtresse de Minerve, Mlle Verdier, Egée, Beaumavielle, Médée, Mlle Saint-Christophe, dame confidente de Médée, Mlle Beaucreux, Thésée, Cledière.

BERAIN.

Qui obtint en 1 677 la charge de dessinateur du roi à la place de Jessay, donna pour 1 opéra de Thésée, les dessins des habits ainsi que des coiffures, et depuis ce temps il continua de travailler pour ce spectacle, jusqu'à sa mort. Berain était un homme d'un goût exquis dans son art. Il reste encore de lui des dessins qu'un particuiicrnommé Durondray, avait rassemblés, et que M. l'abbé Sallier, sous-bibliothécaire du roi, acheta à la mort de Durondray pour la bibliothèque des estampes de Sa Majesté.

L'actrice qui joua d'original le rôle de Médée, dans la tragédie lyrique de Thésée, était

Mlle SAIXT-CnMSTOPHE.

De la musique du Roi, et qu'on trouve au nombre des musiciennes de S. M. dans le Ballet des Arts, représenté à Vincennes, le 8 janvier 1663; entra à l'Opéra en 1675, et comme elle joignait à une voix extrêmement belle , de la noblesse et du goût dans le jeu du théâtre, Lully ne balança pas à lui donner le premier rôle de sa tragédie, dont elle s'acquitta au mieux. Elle joua successivement Cybèle, dans Atys, en 1676 ; Junon, dans Isis, en 1677 ; la reine dans Psyché, en 1678. Sténobée dans Bellérophon en 1679 , Cérès dans Proserpine en 1680(1), la Nuit dans le ballet du Triomphe de l'Amour en 1681 et enfin en 1682 , après avoir rempli dans Persée le rôle de Cassiope , elle obtint son congé et se retira dans un couvent, où elle fit profession ; Mlle de Saint-Christophe était grande, bien faite, belle et vertueuse.

l'exécuteur de la musique de l'opéra d'Ulisse), Lemaire, Colin, Marthial, Demasso, Jolain, Servant, Lavernay, Leiebvre, Reinier, Vaissy, Buffequin, Gaudechot, Liron etRIbon.

Le sieur Beaucliamps y dansa seul plusieurs entrées; les autres furent exécutées par Bonnard, Arnal, Bouttevilie, Benne, Cliicanneau, Le Chantre, Pesant, Mayeux, Reinier, Chariot, d'Olivet père, d'Olivet fils, Desmartins, l'aire, Pesant, Favre cadet, Blondy, père de celui qui a fait des battus de l'opéra après la mort de Pécourt, Joubert, Poignet, Magny, Noblet, Germain et Pécourt.

(1) Mlle Verdier a doublé quelquefois Mlle Christophe.

BIULIOTIICQUE CHOISIE.

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