‹ Sathaniel (volume 2)Chapitre 7 sur 14 · RÉSIGNATION · texte numérisé non relu

RÉSIGNATION

— Que veux-tu dire? repartit Firmin , comment peux-tu parler d'un bonheur que tu ne partage» rais pas !

— Oh! ce serait le plus doux que je pusse espérer. Oui, vois-tu, Firmin , si, pour notre faute commune, il me fautsoufFrir toute seule, ce sera avec joie. Je resterai , s'il le faut , flétrie aux yeux des hommes , pendant que toi , tu grandiras devant leurs regards. J'irai, si Dieu l'exige, dans la maison d'Euric ; j'irai comme une esclave , si mon esclavage peut racheter le serment que tu as fait de renoncer à tes droits ; je subirai l'opprobre du jugement qui me condamne , si tu peux ainsi ressaisir ta gloire ; je servirai la fière et impure Sathaniel , si toute cette misère , toute cette douleur, tout cet opprobre, peuvent te faire pardonner et t'ouvrir le chemin du trône qui t'appartient I

— Grand Dieu ! s'écria Firmin , à qui des larmes vinrent aux yeux , en voyant Alidah s'exalter dans cette généreuse pensée , et tu crois que je l'accepterais ?

Mais Alidah , sans lui répondre , se laissa tomber à genoux , en disant , avec un accent de sainte prière :

— mon Dieu! vous qui vous êtes dévoué pour les hommes, laissez-moi me dévouer pour lui ! vous qui avez racheté de tout votre sang les crimes de l'humanité, laissez -moi racheter de

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toutes mes douleurs son ambition et ses passions de gloire ! ajoutez une misère à ma Tie à chaque victoire qu'il obtiendra ; donnez-moi une souffrance pour chacune de ses joies ! et je vous remercierai , mon Dieu , je vous remercierai de votre clémence, je vous adorerai dans votre bonté , je vous glorifierai dans votre grandeur !

— Alidah! Alidah! que dis-tu? reprenait Firmin, tandis que la jeune fille prononçait cette prière d'une voix ardente et les yeux trempés de larmes; Alidah) pourquoi ces pensées, pourquoi cette séparation, pourquoi cette prière odieuse? oh! ne m'aimes-tu plus?

Alidah se tut, et lorsque Firmin la releva, presque malgré elle , du sol où elle s'était mise à genoux , elle cacha sa tète dans son sein , en versant d'abondantes larmes, et sa voix murmura doucement et en paroles entrecoupées :

— Mais toi ! toi , Firmin , m'aimes-tu encore ?

— Tu en doutes , Alidah , tu en doutes ! que t'ai-je donc fait pour cela?

— Hélas ! reprit-elle doucement , tu m'aimes , mais tu m'aimes moins qu'une vaine gloire , tu m'aimes moilis que la haute fortune qui t'attend.

— Alidah \ peux-tu le croire ?

— C'est que moi, Firmin, quand l'évèque m'a dit que tu m'étais rendu, j'ai éprouvé une si vive joie que j'ai tout oublié, tout, jusqu'à la colère de mon père.

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— £t moi aussi , j'oublierai tout, mon Alidah.

— Oh ! Firmin , ne seos-tu donc pas qu'il y a un bonheur au-dessus de toutes les ambitions?... Théodoric ?eut notre exil... qu'il le marque où il voudra , aussi loin de son royaume qu'il pourra l'inventer , si ce doit être à côté l'un de l'autre. Firmin , depuis que je t'ai quitté , j'ai vécu dans cette sainte maison , j'ai vu des misères que tu ne peux imaginer, et, parmi ces misères, des joies que je ne m'étais point figurées. C'est que ceux qui les ressentaient étaient devant Dieu résignés et soumis : ceux-là supportaient de cruelles douleurs sans plainte , d'amères privations sans envie , et pourtant il y en avait qui n'avaient ni amour, ni espérance pour les soutenir.

— Oh ! tout ton amour me suffira.

— Écoute-moi , Firmin , écoute-moi ! J'ai appris bien des choses depuis que nous nous sommes quittés. La vie , vois-tu , la vie n'est sur cette terre qu'une longue et rude épreuve pour arriver à un bonheur éternel.

£t en parlant ainsi, Alidah embrassait Firmin de son doux regard , sachant qu'il emportait avec lui la persuasion.

— Oui, disait-elle , il y a après la mort un bonheur qui ne finit point , et si tu en démérites en faisant toutes les funestes choses que le saint évèque nous a défendues , il faudra bien que moi je souf-

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fre ici-bas pour nous deux, afin que tu sois pardonné et que nous soyons ensemble dans le ciel.

Et Tamour de la jeune fille , qui croyait ne penser qu'à Dieu , tout occupée qu'elle était de Flrmin, éclairait son visage d'une sainte et douce lumière. Le jeune homme ému , attendri , lui répondit avec la même ferveur :

~ Et moi, pour t'épargner une larme en ce monde, penses-tu que je ne sache pas sacrifier tous ces brûlants désirs de fortune qui me dévorent?

— Oh! que Dieu , s*écria Alidah, te donne cette pensée et la fasse mûrir en ton cœur !

— Ah ! déjà c'est une résolution prise.

— Ami , dit Alidah , demandons au Seigneur de t'y affermir.

— Alidah , je prierai comme toi.

— £h bien , mon Dieu ! reprit Alidah en se remettant à genoux et en attirant Firmin près d'elle, donne-lui le courage d'aimer l'obscurité , étouffé ces fiers emportements de son cœur , fais qu'il aime et préfère ta parole aux louanges du monde, ta gloire à la sienne , ton triomphe à son triomphe. Mon Dieu ! il te prie comme je le prie !

Et elle parlait ainsi ingénue et amoureuse, ne sachant pas qu'elle disait au fond de son âme qu'elle n'avait pas encore appris à sonder :

mon Dieu! fais qu'il me préfère à tout, fais qu'il n*aime que moi sur cette terre !

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