RÉSIGNATION
Et Firmin, snrpHs, charmé, ému, répétait ces douces parole!^ ; el tous deux , unissant enfin leur âme dans une commune prière , restèrent à genoux, suppliant sincèrement le Seigneur de leur arracher du cœur l'ambition et les désirs superbes. Obtenant sur eux-mêmes cette force , déjà résignés et prêts à trouver bientôt un motif de joie dans ce qu'ils ayaient regardé comme une pénitence , tant la persuasion de la misère humaine arrÎTe aisément à ceux qui ont une*foi sincère et fait commencer leurs espérances au-delà du but où la plupart des hommes arrêtent la leur.
La nuit qui TÎt cette scène dans le palais d'Herme et celle que nous ayons racontée dans le palais d'Euric fut vite passée , et le jour se lera où le sort des dÎTcrs personnages de cette histoire devait enfin être fixé.
Ils étaient arrivés au moment où la crainte de leur avenir devait les reprendre , et déjà ils s'étonnaient du retard d'Herme dans sa maison , lorsqu'ils entendirent des pas lourds ; ils s'élancèrent vers la porte, et leur terreur fut grande en apercevant le comte Bold. Alidah tremblante se jeta au devant de lui comme pour prévenir le premier mouvement de sa fureur; mais son étonnementfut aussi grand que sa joie lorsque son père, lui souriant avec bonté , lui répondit :
— Je sais tout; j'ai tout pardonné.
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— Aspar, ajouta-t-îl en se tournant vers Firmin, j'espère que tu seras digne de t'allîer â la noble famille des Baltes ; je compte que tu ne seras pas audessous de la haute destinée que le noble roi Théo* doric te prépare?
— Mon père! mon père! que youlez-yous dire?
s'écria Alidah...
— Je ne dois point révéler ce secret. Dans une heure , Herme viendra chercher en ce lieu le noble Aspar. Firmin apprendra son sort de la bouche du roi , tu le sauras de la bouche de ton époux.
Le ton , les paroles du comte Bold frappaient Alidah de stupéfaction , et peut-être allait-elle obtenir de son père une explication , lorsque Falrik entra d*un air consterné, en annonçant que Mascezel venait chercher au nom de l'épouse d'Ëuric l'esclave qui lui appartenait. A peine avait-il annoncé cette fatale nouvelle , que Mascezel parut. D'un regard il reconnut Firmin , et remarqua la fière tran* quillité du comte Bold et l'harmonie qui semblait régner entre le vieillard et le jeune homme.
— Esclave , cria le comte en l'apercevant , sors de ce palais ; tu dois savoir que ma rencontre est fatale â ceux de ta famille?
— Je suis ici en vertu d'un jugement.
— Qui n'existera plus dans une heure.
— Il ne me faudra pas une heure pour enlever ta fille.
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— Est-ce que Sathaniel Fattend? Va lui dire que je nMrai point pleurer à sa porte, et que si elle ne veut pas que son père vienne encore pleurer à la mienne, elle obtienne mon pardon pour l'infâme calomnie qu'elle a osé soutenir , et pour laquelle elle peut ^tre condamnée â l'esclavage qu'elle a demandé contre les nobles descendants des Baltes.
Mascezel se retira , et un moment après Sathaniel et Ëuric tenaient conseil sur cet étrange événement.
^énoutmtnt
— Oui, disait Théodoricà Léon, j'approuve le plan de conduite que tu m'as tracé ; oui , je parviendrai de cette manière à faire cesser les complots ténébreux de mon frère , et peut-être, ajouta-t-il en se tournant vers Herme, à effacer ainsi ce remords qui me déchire ; et , une fois cet acte de justice accompli , ajouta-t-il en adressant la parole à Gandoin , je te jure que ce n'est pas en vain que tu me donneras l'éternel conseil qui m'épouvantait si horriblement.
C'était le lendemain de cette nuit dont nous venons de raconter les événements , que le roi des
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YUigoths parlait ainsi au\ trois personnes réunies avec lui dans la salle q^ii suivait celle où il donnait ses audiences. Ces paroles que nous venons de rapporter étaient la suite d'un long entretien , et la résolution que le roi venait de prendre était sans doute d'une grande importance , car chacun avait un air grave et en même temps satisfait.
•— Roi , dit Léon , je croirai avoir dignement reconnu la faveur que tu m'accordes , si j'arrive à faire entrer dans les lois de ton peuple la sagesse des lois romaines.
— Léon , reprit Herme , il en est une cependant que tu n'aurais pas dû proposer à Théodoric d'adopter ; c'est celle qui condamne comme complices ceuj[ qui , étant instruits d'un complot contre le souverain , ne lui en auront pas donné avis.
— £t c'est la seule qui me plaise , dit Gandoin. Je n'ai point combattu la mesure par laquelle tu veux associer Aspar à ton pouvoir; car le danger le plus pressant à combattre , c'est l'ambition sans cesse éveillée de ton frère. Que cette loi nous serve une fois contre £uric , j'espère qu'après toi elle tombera en désuétude.
— J'espère le contraire , dit le roi ; cette loi est sage et s'implantera facilement dans nos mœurs.
— Ne l'espère pas , dit Herme ; les lois sages et prudentes contrarient trop de mauvaises passions pour qu'elles n'aient pas de nombreux ennemis;
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celles, au contraire, qu^seryent les intérêts des puissants vivent éternellement ; n'établis pas cette loi barbare parmi les tiens.
— Ce qui est décidé est décidé , dit Théodoric. Maintenant, va me chercher ce jeune homme. Je te remercie d'avoir arrêté hier ma colère , lorsque j'ai appris , grâce à toi , son évasion et la présence du Bagaude Armand dans cette ville; la réflexion , les sages conseils de Léon et ton expérience m'ont éclairé. Je le vois, toute force naît de la vertu. Va donc, et que dans une heure Firmîn soit près de moi.
— Roi, dit Herme; je t'avais laissé un otage pour te répondre de Firmin ?
— Tu as raison, Barthélemi est libre , puisque Firmin est encore à Narbonne ; il peut quitter le palais où je l'ai retenu , et toi-même qui m'as répondu du Bagaude Armand ?...
— Je reste ton prisonnier , dit l'évêque en interrompant le roi; car le Bagaude s'est enfui.
— Enfui ! s'écria Théodoric ; il a trompé ta surveillance ?
— Je lui al ouvert les portes de mon palais.
-^Toi?
— Moi. Penses- tu que si je n'avais pas résolu de les sauver l'un et l'autre , Barthélemi et moi nous serions venus te les livrer?
— Pourquoi donc Tavez-vous fait?