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Firmin avec une expression cruelle et insolente ; de l'or , des richesses. Ton père préférera un trône.
•— Ah , mon Dieu ! protégez-nous ! s'écria AHdah, presque désespérée par le ton singulier de Firmin.
Et comme il souriait amèrement en la regar* dant :
— Ta raisou s*égare , reprit-elle ; oublies-tu que c'est aujourd'hui qu'il faut parler , que les hôtes de mon père vont arriver, et que le prince sera du nombre?
— Tu en es sûre? dit Firmin.
— Hélas ! mon père m'a placée sur cette tour pour lui annoncer leur venue.
— Et par quel moyen?
— En sonnant avec ce cor d'argent , toutes les fois qu'il paraîtra quelqu'un à l'horizon.
— Le moyen est neuf et singulier, prète-moi ce cor , que je l'examine.
Il prit le cor et s'amusa à en tirer des sons qu'il variait avec art.
— Quelle folie , quel caprice en un pareil moment! s'écria Alidah. Firmin , qu'as-tu , mon Firmin , mon amour? Firmin, tu es dans un de ces jours où l'on dirait que ton âme est absente de toi même ; ah ! tu n'es plus celui qui agitait devant moi de si nobles espérances de gloire que mes yeux en furent éblouis; tu n'es plus celui qui ré-*
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vait une si haute destinée. Oh ! mon Firmin , qu'estu devenu ?
— Âlidah , je suis devenu ton amant , dit Firmin en riant tristement , n'est-ce pas une assez belle destinée?
Alidah se tut, honteuse et presque indignée.
— Voilà, ce me semble, une cavalcade qui arrive du côté de Toulouse, dit Firmin.
— Déjà ? reprit-elle.
Puis, songeant qu'il lui fallait obéir à son père, elle reprit :
— Je reconnais le vénérable Guildin et ses deux fils. Donne-moi ce cor, que je les annonce.
— Un coup décor suffit pour chacun, dit Firmin, malgré leur suite nombreuse. Ils auront beau faire, les esclaves ne leur tiendront pas lieu d'ancêtres.
Il sonna trois fois du cor, et Alidah le regarda avec étonnement.
— Qui t'a appris cette distinction de nos rangs?
— Et quelle brute ne finirait par la retenir, lorsqu'elle a le bonheur de voir ton père tous les jours. Il me l'a mille fois contée. Ah ! voici d'un autre côté une basterne traînée par des boeufs; vois comme ils vont lentement, Alidah. Cependant ils arriveront presque aussitôt que les coursiers de Guildin; c'est qu'ils ont pris le chemin le plus court et qu'ils sont partis à temps ; si je ne me trompe, c'est Garpt.
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— Qui te le fait supposer?
~ Je le reconnais au luxe de sa basterne fermée (56), dont le vent agite les rideaux de soie et dont le soleil fait luire la pierre transparente qui ferme la portière. Nul autre que lui n'est assez riche pour étaler un pareil luxe; pas même le prince Euric, ce redoutable rival qui fait publier son mariage avec une fille maure pour cacher son union a?ec une noble Visigothe. La connais-tu, Âlidah?
Firmin prononça ces paroles avec une expression de haine et de mépris, dont un moment avant on l'eût pu croire incapable. Aussitôt il sonna du cor avec force et prolongeant le son de toute son haleine.
— J'espère, reprit-il , en s'adressant à Alidah qui le regardait avec étonnement , que le beau Garpt sera satisfait. Quelque longue que soit la suite de ses aïeux, il aura eu le temps de la réciter trois fois durant le son prolongé que je lui ai accordé.
Pendant que Firmin parlait ainsi , Alidah le regardait comme si elle cherchait encore à deviner l'âme de l'homme à qui elle s'était donnée; tremblante et confiante à la fois, elle ne pouvait concilier l'affectation de ses paroles avec les élans de colère et de fierté qu'il laissait parfois échapper, et elle ne savait comment expliquer la nonchalance apparente de sa vie avec le succès qui suivait I 8.
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presque toujours les résolutions qu'il prenait. Un singulier prestige entourait ce jeune homme. Frivole jusqu'au ridicule, il y avait des heures dû il semblait avoir épuisé la vie dans les études les plus sérieuses. Il avait toutes les affectations et tous les défauts de la jeunesse romaine; défauts qui déplai* saient au comte Bold, à plus d'un titre, et cependant il était le favori du vietlx comte. En effet, le vieux Yisigoth ne considérait comme des hommes que ceux dont le corps était rompu à la fatigue des armes; cependant il supportait toutes les plaisanteries de Firniîn et souff]l*ait ses airs ittipertinents et sa parure affectée. On l'entendait sans cesse se récrier contre la facilité des mœurs romaines, qui permettaient aux femmes des entretiens fréquents avec les hommes; et il semblait oublier à plaisir de surveiller par sa présense les nombreuses entrevues d'Alidah et de Firmin. On ne saurait dire si cette condescendance, ce respect même avait une cause particulière à Firmin, ou si c'était seulement un reste de cette vénération que tous les peuples avaient conservée pour ce grand nom de Rome.
Dans cette révolution des nations esclaves contre Rome souveraine, il se passa quelque choèe de ce qui arriva dans notre révolution d'il j a cinquante ans, faite par le peuple contre la royauté. Ville souveraine et royauté, abîmées toutes deux, toutes deux massacrées et dévastées, elles inspirèrent tou-
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jours à leurs vainqueurs un respect et un eifiroi auxquels ils n'échappaient que dans les heures de destruction. Alors Tivresse du sang rersé, le tumulte des villes détruites, le bouleversement de tout ce qui était, étourdissait ces barb&reè et leur donnait la force de tuer; mais quand ces heures étaient passées, ils se trouvaient petits devant ces hommes qu'ils avaient vaincus, et la tente de bois qu'ils élevaient se tapissait à l'abri de quelque ruine qu'ils avaient faite.
Le comte Bold aimait-il Firmin, ou éprouvait-ii seulement pour lui ce sentiment général que nous avons cherché à expliquer ? C'est ce que nous dé-* couvrirons plus tard; mais toutes ces pensées venaientàl'espritd'Alidah, pendant que Firmin annonçait les guerriers qui entraient successivement dans le château, quand tout à coup il s'écria :
Regarde , Alidah , c'est le cas de montrer tout mon talent à sonner de cet instrument ; car voici un b6te pour lequel il faut une belle et longue fanfare.
— Quel est donc cet hôte ? reprit Alidah en regardant au loin, ce ne peut être un personnage de haut rang; un seul cavalier le suit ; ses armes ne sont resplendissantes ni d'or ni de pierreries, et le cheval qui le porte semble devoir expirer de fatigue à la porte de notre maison.
Tu ne le connais pas , Alidah ! Comment ! tu ne
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connais pas l'illustre rival que ton père veut m'opposer, le voluptueux et élégant Euric ?
— Quoi ! c'est lui ? dit Âlidah en se penchant vivement sur le bord de la tour pour Tapercevoir.
Firmin la saisit rudement , et la fit reculer avec une violence qui épouvanta Alidah.
— Ne te penche pas ainsi vers lui ; car il n'a pas les bras assez forts pour te recevoir si tu venais à tomber, et pour fempècher de te briser la tète sur les pierres du chemin. Heureusement que j'ai la main assez vigoureuse pour prévenir ta chute. Maintenant que tu lui as rendu le salut gracieux qu'il t'a adressé , il faut que j'annonce son entrée au château.
Firmin fit aussitôt retentir les airs des accents nombreux et prolongés de son cor , et Euric disparut sous la porte où le comte Bold se trouvait pour le recevoir.
— Et toi, ne vas-tu pas dans cette assemblée, Firmin? ajouta Alidah en Fimplorant à la fois du geste et du regard, mon père t'y a appelé. Firmin , il est temps.
— Pas encore , Alidah ! pas encore. Quand il sera temps que j'entre, la fanfare qui m'annoncera éclatera avec fracas parmi cette foule de guerriers terribles, et les fera se serrer les uns contre les autres comme un troupeau de bétail qui entend gronder la foudre. Encore quelques heures , Alidah , encore
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quelques jours, et tu verras s'il est un rirai sur lequel je n'ose l'emporter ; oe rival fût-il plus puissant que le prince Ëuric.
— Oh ! te voilà , Firmin, tel que je t'ai connu , te voilà comme mon père m'a permis de t'aimer.
Firmin ne répondit pas , et s'appuyant pensivement sur le bord de la tour il considéra le tumulte que faisaient en bas les esclaves et les serviteurs des Yisigoths. .
— Vois, dit-il, Alidah, vois tous ces hommes qui se pressent à qui aura la meilleure place au banquet que ton père a fait préparer en plein air. Regarde ceux que la nature a doués de la force et du courage, ils s*avdnceut en renversant les imprudents qui s'opposent à leur passage ; il semble qu'ils ▼ont arriver; mais voilà deux de ces fiers antagonistes qui se rencontrent ; ils se mesurent du regard , ils s'insultent; ils sont prêts à en venir aux mains. Fais attention aux faibles et aux lâches qui s'interposent pour prévenir une querelle et apaiser ces deux héros ; les brutes oublient ce qu'ils convoitaient avec tant d'avidité : pendant ce temps , un misérable et hideux bouffon s'est glissé jusqu'à la table et dévore en ricanant les meilleurs morceaux. £h bien , ce que tu vois à tes pieds parmi ce troupeau d'esclaves , doit se passer probablement de la même manière dans l'assemblée où sont réunis tous vos nobles Yisigoths. Parmi eux il y a probable-
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ment aussi des hommes braves et résolus qui se croient chacun le droit de commander et qui sont prêts à défendre ce droit de leur Tie; et pendant ce temps, un yil bouffon se glisse entre leurs épées et s'empare de la place qu'ils se disputent. Mais l'heure est venue où je dois empêcher le plus méprisable des deux histrions de se jouer ainsi d'hommes qui le valent mille fois.
Après avoir ainsi parlé , il dirigea ses yeux vers l'horizon du côté où s'élevait une tour isolée , et y attacha longtemps ses regards. Cette tour surmontée d'une croix servait de refuge à quelques pieux anachorètes qui vivaient retirés du monde, sous la direction du moine Barthélemi. Après l'avoir longtemps considérée , Firmin reprit.
— Rien encore! leur rêve sera plus long que je ne pensais. Je l'ai cependant bien averti. Le soleil marque déjà la septième heure, et il n'a point paru. Honte à sa pusillanimité ! Lorsqu'il pouvait surprendre ici ses ennemis au milieu de leurs complots et les anéantir , il recule devant quelques gouttes de sang.
— Firmin, dit Âlidah, en suivant la direction des regards de son amant , tes discours sont d'un insensé , ou d'un traître. Tu sais mieux que moi ce qui se passe dans ce château ; et , si j'ose te comprendre , tu as vendu à quelqu'un le secret de cette réunion.
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—C'est vrai, repartit Firmin avec rage, et Theure est venue où , pour mon châtiment , tu devais me reprocher de Tavoir fait, insensé, qui ai préféré ta vie k mon honneur ! misérable , qui me suis sali pour te garder pure ; oui, je suis un traître, Âlidah, un traître !
A peine avait-il achevé ces paroles que la croix qu'il observait au loin fit rapidement mouvoir ses bras immenses (37).
— C'est lui , c'est lui ! s'écria vivement Firmin , en portant son cor à ses lèvres. — Pas encore , reprit-il tout bas, pas encore, il faut que sa présence leur arrive en même temps que le bruit de cet instrument.
II attendit immobile , l'œil fixé sur l'horizon.
Enfin on vit paraître au loin une troupe de cavaliers, et Alidah, épouvantée de la colère que Firmin venait de lui montrer, lui dit timidement :
— Voilà de nouveaux hôtes ; il est temps d'avertir.
— Pas encore.
— Mais mon père m'a ordonné de ne laisser approcher nul étranger sans qu'il en soit instruit, et s'il m'a confié ce soin, c'est qu'il compte sur mon exactitude.
— Il est donc bien important que cet avis lui soit donné?
— Si important, dit Alidah, que si tu tardes plus
longtemps, je vais l'aTertir moi-même ; rends-moi ce cor.
Elle essaya de s*en emparer; mais Firmin le retint et lui répondit, en lui lançant un regard sévère :
— Pas encore , t'ai-je dit.
— Firmin^ reprit Alidah , il faudra donc que je descende et que je pénètre dans cette assemblée.
— Tu ne descendras pas, Alidah.
— Mon père m'a ordonné de l'avertir.
— - Demeure, tu n'auras pas longtemps à attendre, demeure.
Alidah se pencha vers le bord de la tour, en criant :
— Mon père ! mon père !
— Cesse tes cris , reprit Firmin ; voilà notre bonheur qui s'avance.
Et , après lui avoir jeté un coup d'oeil où une tendre pitié se mêlait à la colère , il prit son cor et fit retentir les airs d'accents vifs et prolongés. Presque au même instant Théodoric arriva à l'entrée du château ; et lorsque les nombreux Yisigoths , rassemblés dans une salle immense , se demandaient quel nouvel hôte on leur annonçait de cette manière, la porte s'ouvrit, et Théodoric parut suivi seulement de son écuyer, qui tenait à la main son arc enfermé dans un étui (58).
Son apparition sembla les terrifier tous , à l'ex-
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ception d'Ëuric , qui , debout devant le siège qu'il occupait, avait été iuterrompu dans le discours qull prononçait à ce moment.
Hais pour l'intelligence de la scène qui Ta suivre , il est nécessaire de rapporter ici les paroles d'Euric.
Ce0 iem SxtxtB.
Comme Firmin ravait deviné, Ëurîc s'était emparé de la première place dans l'assemblée, en dépit des prétentions de quelques rivaux , et notamment, ma%ré les droits deBold et de Garpt. Il est vrai qu'il calma leur ressentiment par des paroles flatteuses pour chacun d'eux ; mais ni l'un ni l'autre n'eussent cédé si facilement, s'ils avaient pu prévoir avec quelle perfide adresse Ëuric saurait combattre et détruire leurs droits avant qu'ils eussent essayé de les établir. Ils le laissèrent donc parler , et voici ce qu'il dit :
— Vous savez trop les raisons qui nous ont
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réunis dans cette demeure pour qu'il soit nécessaire que je vous les rappelle afin d'exciter votre ressentiment ; mais il n'est pas inutile que je tous montre en quel état le gouvernement de Théodoric a réduit les Yisigoths, afin que nous trouvions plus aisément le moyen de relever leur gloire déchue. Sans remonter jusqu'à l'époque où nous étions les plus puissants des peuples qui habitaient les bords du Pont-Ëuxin , je veux vous exposer ce qu'ont fait vos rois depuis que nos divisions, dont les Huns ont si cruellement profité , nous ont forcés de chercher une autre patrie. Alaric , cet illustre successeur de la maison des Baltes (39) , a laissé un nom si célèbre que les enfants le connaissent presque aussitôt que celui de leur père. Alaric a conquis l'Italie et comblé les Yisigoths des richesses immenses entassées dans cette ville d'or et de marbre qu'on appelle Rome. Alaric mourut trop tôt pour ses projets ; mais vous lui donnâtes un successeur qui n'en avait pas conçu de moins nobles; ce fut ton père, comte Bold, ton père Ataulphe, qui, je dois le dire à regret, oublia trop peut-être notre haine pour l'empire romain , lorsqu'il épousa la belle Placidie , la sœur de l'empereur Honoré. Si ce fut une faute contre nos coutumes, ce n'en fut pas une contre sa gloire; et si cet hymen fut impopulaire , au m'oins il fut illustre. Cependant Ataulphe en subit la peine ; et si,
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malgré ses conquêtes dans les Gaules et dans TEs* pagne , il trouya nos pères tout prêts à fayoriser la Tengeance du Bagaude Vernulph , c*est qu'ils ne Toulaient pas que le sang romain se mêlât à celui de la grande famille qui les gouvernait depuis des siècles. C'est qu'Ataulphe manqua à la destinée de notre nation lorsqu'il avoua que ,ne pouvant effacer le nom romain , il voulait en relever l'éclat (40) , et qu'il quitta l'Italie, qui déjà nous apparteqait presque tout entière. Voilà, comte Bold, et je le dis ici pour te justifier du reproche que t'a fait Garpt; voilà pourquoi, malgré ton courage, ta fortune et ta renommée , la place que tu ambitionnes t'est à jamais interdite.
Le comte Bold voulut se lever et répondre ; mais il fût forcé de se rasseoir devant les cris des autres Visigoths , auxquels se mêlaient les rires de Garpt , dont Ëuric calma bien vite la jalouse salisfaction en reprenant :
-- C'est un malheur dont je te plains ; mais ce malheur n'est pas honteux comme celui de l'honune qui a osé te disputer la première place parmi nous, quoique cet homme soit ainsi que toi innocent de la proscription qui le frappe. Garpt, ce n'est pas seulement ta famille qui est devenue indigne de reprendre un rang parmi nous, c'est ta nation tout entière. Le jour où les Ostrogoths se sont mis à la solde des Huns, de ces féroces bar-
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bares qui nous ont chassés de notre pays, nos frères se sont à jamais séparés de nous. Toutefois je TOUS dis trop de choses inutiles , sans doute , et je reviens à nos projets. Après la mort d'Ataulphe assassiné , vous avez élu Sigeric ; mais les Yisigoths n*aiment pas plus les lâches tyrans qu'ils n'aiment les lâches romains. Tu dois te rappeler, comte Bold , comment Sigeric fît marcher ta mèrePlacidie à pied devant son cheval (41). Tu n'étais déjà plus un enfant , et j'ai souvent entendu dire que tu pleurais pendant que cette noble femme traînait dans la fange la pourpre romaine dont elle était revêtue. Tu pleurais; c'est d'un bon fils; mais lu aurais pu te retourner et frapper le tyran.
~ J'étais sans armes, s'écria Bold, enchaîné ,
— £t d^ailleurs, continua Ëuric, ce supplice ne dura que sept jours, tant que dura le règne de Sigeric ; et les nobles Yisigoths prenant» pitié de la mère et de son fils, t'en délivrèrent bientôté Ce fut toi, vénérable Sunieric, toi, brave Gundiac, ce fut ton aïeul, jeune et déjà illustre Rechila, vous tous ou vos nobles pères qui avez payé la nation de ce misérable , et placé Wallia sur le trône.
Le comte Bold frémissait de colère ; et l'on eût trouvé qu'Ëuric poussait bien loin l'audace de lui rappeler des souvenirs si cruels, d'une manière si outrageante , si l'appel qu'il adressa à la vanité d«s
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autres nobles Yisigoths n'eût excité parmi eux un mouTement d^orgueil qui leur fit ouUier Pinsulte que subissait le vieux Bold. Ayant que cette émotion fût calmée , Euric reprit rapidement :
— C'est à Wallia que tous devez ce royaume; c'est lui qui tous a donné pour capitale Toulouse, la Rome de la Garonne (42); et sans doute il avait fait assez pour que le sceptre restât dans sa maison , s'il avait laissé un fils , ou si sa fille n'avait épousé le fameux Ricimer, ce Franc-Suève, aujourd'hui le maître de l'empire sous son misérable em* pereur. Mais toute alliance étrangère vous est insupportable, et c'est alors que vous avez élu mon père, l'illustre et vaillant Théodoric; celui qui, défendant Toulouse contre les armées romaines unies aux Alains et aux Francs , resta debout quand les murs étaient tombés, et qui, sollicité par les Huns d'abandonner cette ville , répondit fièrement en frappant le sol de son épée. «'Cette terre est à moi , et je la garderai comme royaume ou comme tombe (45). » Il n'y a pas assez longtemps , compagnons , que cette vie illustre s'est éteinte pour queje vous rappelle ce courage infatigable et cette prudence infaillible qui a rendu le peuple visigotti si puissant. Vous savez comment et lorsque mon père s'apprêtait à venger , sur l'infâme Gensmc , l'abominable supplice infligé à ma sœur, vous savez comment il lui fallut aller combattre l'ennemi
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que son bourreau lui suscita (44). Cet ennemi a été yaincu, et si Ton pense à ce quil était; si Ton compte les nuées de guerriers qui s'amoncelaient contre la Gaule ; si Ton se retrace cette race déYOrante qui desséchait les nations sur son passage ; si Ton en croit les souvenirs demeurés dans les chants de ces peuples qui ont poussé leur domination jusque dans des royaumes dont la vaste ambition ro* maine n'a pu apprendre que le nom ; si l'on ose se figurer cette multitude venue des déserts de la Tartarie et grossie de tous les peuples qu'elle poussait devant elle ou traînait à sa suite ; si Ton songe enfin que cet ennemi s'appelait Attila , il faudra reconnaître que c'était un grand courage que celui qui ne balança pas à le combattre, lorsqu'il pouvait, comme les tiens, noble Garpt, accepter sa protection et devenir son favori. Mais Théodoric ne craignit pas les chances d'une bataille , et Attila fut vaincu. Il le fut par le courage de mon père , qui osa aller à sa rencontre ; par la valeur de mon frère Thorismond , qui exécuta près du corps de mon père mort, ce qu'avait médité mon père vivant , car mon père fut tué à la première rencontre de ce long carnage , et il le fut par un des tiens, noble Garpt , par les Ostrogoihs, devenus grâce à leur lâcheté les soldats d'Attila et les ennemis de leurs anciens frères.
Euric essuya quelques larmes , voulant laisser