‹ Sathaniel (volume 3)Chapitre 11 sur 32 · UY&B I · texte numérisé non relu

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â cette accusation contre Garpt le temps de foire l'effet qu'il en attendait, puis il reprit :

— Mon père fut donc tué dans cette terrible bataille où les morts se comptèrent par cent mille, et où cependant le grand Théodoric ne compta que comme un homme mort , tant son fils avait hérité de tout ce qu'il avait de noble, de grand, d'indomptable. Ah ! s'il vivait, ce noble frère, ce vaillant Thorismond , nous ne serions pas ici. Nous ne nous demanderions pas ce qu'est devenue la gloire des Yisigoths ; car c'est le seul compte que je veuille demander à son meurtrier. Non, non , jene veux pas vous retracer cette nuit horrible où Thorismond surpris fut assassiné par son frère, par le mien , par notre roi ; je ne veux pas mettre ma douleur à la place de vos griefô , mais je dois vous dire ce que nous sommes devenus. Nous sommes devenus les soldats mercenaires des Romains. Vous vous souvenez, n'est-ce pas, de ce moment où le tyran Maxime força £udoxie, la veuve de Valentinien 111, à l'épouser? vous vous souvenez de l'avenir qui s'ouvrait alors devant nous? La malheureuse Ëudoxie venait d'appeler à son secours le féroce Genseric , qui ne s'était flatté d'échapper à notre vengeance qu'en se réfugiant sur les rives de l'Afrique. Rome était dans la confusion, et Maxime éperdu nous demandait à genoux de le protéger. Ce futAvitus, le grand maître delà milice.

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qu'il nous envoya; Avitus , ce-guerrier aux paroles flatteuses , qui se vantait d'avoir dompté plus de barbares avec sa langue que Stilicon, son prédécesseur, avec sa pesante épée. Il vint, et pendant qu'il cberainait vers Toulouse, Rome égorgeait Maxime, et Genseric égorgeait Rome (45). Ah ! c'était alors un beau moment pour les Yisigoths. C'était Rome à conquérir, Rome à conquérir sur le barbare Vandale qui avait fait mutiler la fille que legrand Théodoric lui avait donnée pour bru. Le roiThéodoric a*t-il songé à vôtre gloire ? le fils a-t-il vengé la douleur du père? le frère a-t-il puni le bourreau de sa sœur? Non , non , vous le savez aussi bien que moi. Vous étiez tous présents à cette audience où Avitus entra en suppliant,' et dans laquelle Théodoric le releva empereur d'Occident. Je ne vous redirai pas l'étrange discours de votre roi, je ne vous le montrerai pas remerciant Avitus , son ancien ami, de lui avoir appris les mœurs <romai<^ nes^ de lui avoir enseigné les vers de Virgile , et de lui avoir fait oublier la barbarie de nos usages (46). Je ne sais jusqu'à quel point il a répudié son nom et le vôtre , car je quittais cette assemblée lorsque j'en prévis la honteuse-isiue. Je n'ai pas non plus assisté â cette cérémonie où Théodoric et notre plus jeune frère , l'innocent Frédéric , élevèrent Avitus sur un trône de gazon , lui firent un diadème d'un collier de soldat , et lui assurèrent la

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soumission et le respect des Visigoths. Votre roi seul osa jurer obéissance à un Romain , et certes il a bien tenu sa parole, nobles compagnons ! car les Suèyes d'Espagne ayant déplu à notre empereur Avitus , nous arons été yaincre pour Aritus les Suèves d'Espagne. Vous dirai-je les Tîctoires de Théodoric? en quoi tous seraient-elles douces à entendre raconter , puisqu'elles n'ont senri qu'à nos éternels ennemis? Toutefois, lorsque le Franc- Suève Ricimer eut déposé l'empereur de Théodoric pour Y mettre son empereur à lui , quand Majorien fut reyétu de la pourpre , alors notre roi songea à la puissance des Visigotbs , et tous savez comment alors il la défendit. Ce n'est point Rome qu'il Toulut conquérir, c'est la misérable cité d'Ar leS; et la misérable cité d'Arles lui résista, et les deux légions du comte Gilles battirent et dispersèrent l'armée toujoui*s yictorieuse des Yisigoths: ▼oilà où il nous a réduits. L'Espagne nous échappe, et les Alains nous y remplacent. Le fier Majorien gouTerne l'empire et se prépare à nous reprendre cette terre que nous ontassuré la yictoire et les traités , tandis que nous restons immobiles au milieu de ces flots de peuples qui se ruent autour de nous et nous enlèvent chaque jour une part de notre territoire. La Narbonnaise première est à notre porte; et sa riche capitale, qu'une marche de deux jours sépare à peine de la nôtre, sert de refuge à

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tous nos ennemis , sous la protection du courage Tîeilli de quelques légionnaires fidèles à Major ien et de l'obéissance de notre roi. Voulez-vous que cet état dure plus longtemps ? *

— Non , non , s'écria-t-on de tous côtés, non, il est temps que la gloire des Yisigoths se rélève.

— £h bien, reprit Euric, voici la marche qu'il nous faut suivre...

C'est à ce moment que Théodoric entra dans l'as semblée, qui demeura immobile et stupéfaite à son aspect. Euric seul leva sur son frère un regard où il n'y avait qu'une surprise légère comme celle que cause dans un banquet l'arrivée d'un hôte qu'on n'attendait pas. Théodoric, de son côté, ne portait point sur son front la colère d'un monarque qui surprend des sujets révoltés. Il parcourut toute l'assemblée d'un regard rapide, calme et presque bienveillant, et se hâtant de prendre la parole avant que personne eût le temps de réfléchir et de chercher un motif à cette réunion, il dit en souriant :

— En vérité, mes compagnons, vous vous montrez peu jaloux de plaire à votre souverain. Vous êtes, je le sais, de fidèles sujets, des soldats sur qui je puis compter à toute heure et en tout lieu ; mais une fois que vous atez rempli vos devoirs rigoureux envers votre roi, vous vous croyez quittes de tout autre témoignage d'affection, et dès qu'il se présente une occasion de plaisir, vous vous en-

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fermez à Técart pour la saisir sans lui, comme s'il ne TOUS appelait pas à toutes ses fêtes. Plus qu'aucun de TOUS , TOUS le saTez, je suis amoureux de la chasse , et lorsque tous en préparez une, qu'on m'a dit dcToir être magnifique , je n'y suis point inTité! M'en trouTez-TOus indigne, ou quelqu'un de TOUS pense-t-il que je manque d'adrese à manier l'arc? On prétend cependant que celui-ci n'a jamais manqué son but.

Et il prit de la main de son écuyer l'arc qu'il aTait tiré de son étui ; puis , jouant aTCC la corde détendue, il ajouta :

— Il a percé plus d'une bête fauTc à Fépaîssefourrure , et je crois que la flèche qu'il peut lancer ne s'émousserait pas même sur une cuirasse.

Ces paroles surprirent d'autant plus ceux qui les entendaient, qu'ils ne saTaient si Théodortc parlait de bonne foi ou s'il faisait précéder la punition du crime par la raillerie contre les criminels. Mais au moment où chacun se regardait comme pour se consulter, Ëuric s'écria d'un air de gaieté qui •contrastait aTcc la sombre expression du discours ^u'il Tenait de tenir :

— Béni soit Dieu , mon frère, qui tous fait arriTer sia propos, s'il tous couTient d'être de la chasse que nous aTons préparée, car j'en étais au moment de dire à nos compagnons la manière de la mener à bQniie'flhi '.

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