I.E GHÊIVS ROYAL
son armée s*enrôlèrent au hasard sous le chef qui leur convenait le mieux , et Omar choisit le parti d'Ataulphe , roi des Yisigotbs , qui , à cette époque, envahit les Gaules en revenant d'Italie X)\x Alaric son prédécesseur avait porté la dévastation.
C'était quelques années après l'invasion des Vandales , dont il a été parlé plus haut. Les Yisigoths ayant payé magnifiquement les services des cavaliers maures qui leur étaient fort utiles , car les Yisigoths n'avaient point de cavalerie , ceux d'entre eux qui rentrèrent en Afrique apprirent à leurs compagnons proscrits ce que. valaient leur adresse et leur courage, et il arriva successivement des émigrations de Maures tout prêts à se vendre à qui les payait le plus richement.
Théodoric !«' , le troisième des successeurs d'Ataulphe comme roi des Yisigoths , ne refusa point leurs services, et à la bataille deChaalons, où Attila fut vaincu par les Yisigoths réunis aux Romains , un de ces Maures , nommé Haben Moussi , commandait un corps de mille cavaliers. Théodoric ayant été tué dès le commencement de la bataille, ils passèrent au service de Thorismond , son fils et son successeur, dont le courage avait décidé la Tîctoire; mais après la mort de celui-ci, assassiné par son frère Théodoric II , qui gouvernait les Yisigoths à l'époque où commence cette histoire , ils ne trouvèrent pas le même accueil près du nou- K a.
veau roi et se dispersèrent presque entièrement. Quelques-uns se mirent au service des nobles Yisigolhs qui les prenaient plutôt comme serviteurs que comme soldats , et seulement par un esprit de vanité qui voulait pouvoir dire que les Yisigoths avaient des hommes de toutes les nations pour les servir.
Haben Moussi, déjà vieux, entra alors dans la maison du jeune prince Euric , troisième fils de ThéodoricP', et par conséquent, frère de Thorismond et du roi régnant Théodoric II. Les services de Haben Moussi furent récompensés par le don d'une habitation magnifique aux environs de Narbonne , et son fils, espérant la même fortune , ou peut-être , ainsi que nous le verrons plus tard, espérant une fortune encore plus élevée, suivit Fexemple de son père et s'attacha au prince Euric avec lequel il avait grandi. Ce fils s'appelait Mascezel, et c'était ce Maure que nous avons représenté causant avec le Bagaude Armand à l'ombre du chêne royal.
Après la discussion que venaient d'avoir ces deux hommes, leur silence était d'autant plus remarquable qu'ils paraissaient l'un et l'autre s'être complètement oubliés. Leur regard fixé devant eux attestait une si profonde préoccupation qu'il semblait qu'on eût pu les surprendre facilement. Cependant un bruit presque insaisis-
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sable s'étant fait entendre dans les broussailles qui couvraient la colline, un regard rapide du géant interrogea le visage du Maure dont Toeil et la narine s'ouvrirent comme ceux d'un tigre à rapproche d'un ennemi. Ils demeurèrent pourtant immobiles; mais le bruit s'étant renouvelé, tous deux , par un mouvement également prompt , se trouvèrent debout, face à face, le géant tenant des deux mains son lourd bâton sur la tête du Maure, et celui-ci lui appuyant la pointe de son sabre sur la poitrine.
Alors leurs regards se rencontrèrent pour s'interroger, et tous les deux, en y lisant le sentiment d'une défiance réciproque, jugèrent qu'ils s'étaient trompés. Le bâton et le sabre se baissèrent simultanément , et chacun des deux adversaires se recula d'un pas , sans cependant quitter tout à fait son attitude de défense.
— Armand , dit le Maure , sais-tu quel est ce bruit?
— 11 y a un moment , j'aurais osé jurer qu'il n'est aucun bruit dans le monde dont je n'eusse pu te dire la cause, soit qu'un homme ou une bète fauve se fût glissé dans ces broussailles, soit qu'un râle les eût agitées en guidant sa nombreuse famille , soit qu'une vipère eût fait crier sous son corps l'herbe desséchée par le soleil.
— £h bien ! dit le Maure, puisque nous n'avons
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à craindre ni homme ^ ni bète fauve , ni serpent , ce bruit ne peut avoir rien d'alarmant.
— Mascezel, répliqua Armand , c'est précisément pour cela que ce bruit m'alarme !
En parlant ainsi il portait autour de lui des regards inquiets ; puis il ajouta avec humeur et comme en se parlant à lui-même.
— Ne sont-ils pas arrivés?
— De qui parles-tu? dit Mascezel.
— Probablement, répondit Armand, de (on maître, le prince £uric, et des nobles compagnons qui le suivent partout.
— Ne t'ai-je pas dit , répartit le Maure , que le prince devait venir seul ?
— Et tu vois aussi , répliqua le Bagaude, que je suis seul à l'attendre.
En ce moment, un long cri aigu résonna au loin, et presque aussitôt , il se répéta de sommets en sommets dans la vaste enceinte de collines qui entouraient celle oi!i s'élevait le chêne royal. Armand les écouta avec un air de satisfaction ; mais Mascezel , attachant sur le Bagaude un regard plus soupçonneux, s'écria vivement.
— Ton habileté sera-t-elle encore en défaut, et ne sauras-tu point me dire quels sont ces cris que je viens d'entendre?
— Oh ! répondit Armand en affectant un air d'indifférence , si tu avais habité nos montagnes ,