LIVRE
voir vu remettre cet anneau à mon bouffon KamaU pour le porter comme gage de fiançailles à la l>elie Satbauiel.
—'Nous ne pouvons porter de témoignage dans une affaire dont nous sommes les juges, dit Théodoric; et si Haben Moussi n'a pas d'autres témoins à produire, il peut se retirer.
— Ce ne sont pas les témoins du message, mais le messager lui-même que je veux faire parler, dit Haben Moussi.
Il s'écarta de la barre, et le bouffon Kamal parut aussitôt.
— Ah , te voilà ! dit Ëuric; à la bonne heure, je t'attendais; car une comédie sans bouffon me semblait manquer de son personnage le plus important; voyons, parle !
Kamal, que l'ironie de son maître n'avait point troublé, répondit sans hésiter :
— Je jure qu'il y a huit jours, le prince Euric m'a dit, dans cette salle même, et au sortir d'une audience pareille à celle-ci : u Prends cet anneau, et va le porter à Sathaniel cnmme le gage de notre futur hymen. »
■— Cela est vrai, murmurèrent quelques voix parmi les seigneurs visigoths.
— Ne témoignez pas, mes juges, dit Ëuric; notre roi vient de vous avertir que cela n'était pas permis par la loi, et comme la loi est une chose sacrée ici,
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je crois devoir vous la rappeler. Elle dit, si toutefois je ne me trompe, car je ne suis pas bien sûr de connaître notre loi, elle dit quelque part qu'un seul témoin n'est pas un témoin; qu'en pensez-vous, savant Léon?
— C'est un axiome de la loi romaine, dit Léon ; c'est un axiome de toutes les lois humaines, et il se trouve aussi dans la loi visigothe; ainsi donc, Haben Moussi, réponds, as-tu d'autres témoignages à fournir sur les projets d'hymen d'Euric avec ta fille?
— Il reste encore le mien, dit un homme colossal en sortant de la foule.
Euric reconnut le Bagaude Armand.
Cette apparition soudaine déconcerta le prince; et, malgré la résolution de calme qu'il avait prise, il fût si irrité de voir que l'habileté de son frère avait séduit jusqu'à ce rebelle, qu'il s'écria violemment :
— Cet homme est hors la loi , cet homme ne peut témoigner.
— Cet homme a fait sa soumission aujourd'hu même, dit Théodoric, et il n'a plus rien à craindre des lois qu'il a reconnues.
— Et qu'a-t-il à dire? reprit Euric d'une voix dont tous ses efforts ne pouvaient dompter l'émotion.
— J'ai à dire, répondit Armand, que tu es venu
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il y a huit jours pour me ilemauder si je voulais me mêler à la cérémonie de ton mariage; et quand je t'ai demandé s'il s'agissait de ton mariage avec Sathaniel, tu m'as répondu : Oui.
Ëuric, qui jusque-là avait fait bonne contenance, cacha son visage dans ses mains, et ses doigts crispés sur son front laissèrent voir la rage impuissante qui s'était emparée de lui et qui avait fini par le dominer; cependant il se leva soudainement, et prenant la parole avec fierté, il s'écria :
— Et si je vous disais pourquoi j'ai remis cet anneau à Eamal, pourquoi j'ai caché l'usage auquel je le destinais sous les paroles que vous avez entendues, oseriez-vous me condamner à épouser cette femme ?
L'autorité avec laquelle Ëuric prononça ces paroles rendit l'assemblée incertaine, et chacun s'interrogeait du regard, lorsque le farouche Gandoin se leva aussi, et menaçant Euric d'un geste insolent, il lui répondit :
— Alors nous chercherons quel est l'usage que l'esclave a fait de cet anneau, alors nous le découvrirons sans doute; et lorsque nous en serons informés, non pas dans le château du comte Bold et dans une réunion de chasseurs, mais ici, dans cette salle où siège le tribunal suprême des Yisigoths, nous aurons à juger si cet usage a été innocent ou s'il ne mérite pas une condamnation plus terrible