‹ Sathaniel (volume 3)Chapitre 22 sur 32 · UVRE · texte numérisé non relu

UVRE

Durant tout cet incident , Sathaniel avait tenu les yeux baissés vers la terre ; mais quand Euric s'approcha d'elle , elle leva sur lui ce même regard qu'elle avait envoyé à Alidah , et continua sa marche sans prononcer une parole.

Puis vinrent le festin , les chants des fiuns, les chœurs des Romains , les danses des esclaves ; et quand la nuit fut assez avancée pour que tout le monde dût se retirer, Sathaniel fut conduite a sa chambre nuptiale par les femmes qui avaient assisté le matin à la cérémonie du mariage. Un moment après qu'elles l'eurent quittée, Euric, qui était resté dans la salle du festin avec son frère et quelques autres Visigoths ; Euric , dont l'enjouement et la gaieté ne s'étaient pas démentis un seul moment pendant toute cette journée, Euric se leva tout à coup , et dit à ses convives en prenant au mur une épée et un poignard qui y étaient suspendus :

— Il est temps que Je vous quitte.

— Où vas-tu? s'écria le jeune Frédéric, épouvanté de l'usage qu'Euric semblait vouloir faire de ces armes.

— Je vais dans la chambre nuptiale où Sathaniel m'attend.

Puis il s'éloigna au milieu de la stupéfaction générale , en lançant à tous ceux qui l'entouraient un regard de haine et un sourire de mépris.

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— Mon frère , mon frère , reprît vivement le jeune Frédéric , en s'adressant au roi ; le laisserez- Yous sortir ainsi ?

Ëuric se retourna à cette parole , pendant que Tbéodoric répondait à son jeune frère :

— Il est le maître d'accomplir ce crime.

— Et TOUS êtes le maître de le punir, dit Euric du seuil de la porte où il était arrivé. Vous êtes un juge trop juste , pour que je sois jaloux de recourir encore à votre équité. Je connais la loi sur les homicides.

Il disparut alors et se rendit à la chambre de Sathaniel. Elle était seule; et, selon l'usage , les femmes qui Pavaient accompagnée l'avaient laissée dans le lit nuptial. Lorqu'Ëuric entra tenant son épée nue à la main , elle se leva sur son séant, et , malgré la froide résolution qu'elle avait montrée pendant toute cette journée , elle ne put s'empè^ cher de pâlir. Ëuric s'aperçut de ce mouvement, et lui dit sans en paraître irrité :

— C'est ma coutume d'aller chez mes ennemis avec des armes.

Sathaniel maîtrisa sans émotion et dit à Euric :

— C'est donc en ennemie que vous voulez traiter votre épouse ?

— Mon épouse? repartit le prince d'un ton ironique.

— Ne la suis-je pas? reprit Sathaniel.

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— On me Fa dit et je suis forcé de le croire ; mais écoute moi bien , Sathaniel , car voici probablement la première et la dernière fois que nous aurons un entretien ensemble.

Sathaniel se recula sur son lit , et Euric ajouta :

— Ne tremble pas , tu vivras !

Il s'arrêta et reprit amèrement :

^ Ob ! oui, tu vivras maintenant. Tu as tant de bonheur à espérer ! Écoute-moi donc : tu es ambitieuse et je suis ambitieux ; tu as voulu être mon épouse et moi j'ai voulu être roi. Rappelle-toi la rage que tu as dû éprouver quand tu as cru tes calculs trompés, et tu comprendras la colère qui doit m'agiter maintenant que ta complicité avec mon frère a fait échouer tous les miens ; quand tu as appris que je t'abandonnais, tu m'as maudit, n'est-ce pas ? tu as juré de te venger et de me perdre, et tu l'as fait. Maintenent que je suis à la place où tu étais , je fais ce que tu as fait ; je jure de me venger et de te perdre , et je le ferai.

— Ainsi , dit Sathaniel , tu as chassé mon père , tu as fait fouetter mon frère , et tu ne me réserves à moi que haine et mépris! Euric ^ Euric, prends garde; tu sais bien que je ne le souffrirai pas.

Et en parlant ainsi , elle se leva tout à fait , et sa main jetée derrière elle cherchait dans les plis de la toile qui couvrait le lit la lame d'un poignard qu'elle y avait caché.

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Enric s'en aperçut, et lui dit avec sa raillerie accoutumée :

— Je sais tout ce dout tu es capable , Sathaniel , et tu vois qu'en prenant des armes pour Tenir pas* ser près de toi la première nuit de nos noces , Je t'avais bien jugée. Je te connais, Sathaniel, et je vais te le prouver mieux que tu ne le penses. Lorsque tu disais à ton amant que ton amour pour lui t'avait fait oublier les saints devoirs de la pudeur, ton amant feignait de te croire, et toi, le voyant si candide et si facile à tromper , tu as jugé qu'il était aisé d'en faire un époux ; tu as pensé que l'amour m'aveuglait ; tu n'as pas compris que je ne pouvais ignorer ce que tout le monde sait si bien , et que je n'acceptais si facilement le rôle d'amant trompé , que pour tromper les regards qui m'ob* servaient. Je n'ai pas réussi , et ce que tu comptais obtenir de ma faiblesse, tu me l'as fait imposer par la violence : on t'a donné le nom de mon épouse- Tu le garderas donc jusqu'à ce que je puisse te l'ôter.

— C'est là ton projet? dit Sathaniel.

— Tu vois que je suis franc , que je ne te cache point mes desseins, et il en est un dont je dois t'instruireet que j'espère mener à bonne fin, quoiqu'il soit peut-être le plus difficile de tous^ Tu as voulu le nom de mon épouse , tu le garderas , te dls-je , et tu le garderas sans tache ; tu le garderas sans

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qu'aucun de ces charmes qui te font si vaine puisse te servir à rendre moins pesant le fardeau que tu as choisi. Je sais qu'il ne manque pas parmi les nobles Tisigoths , et jusque dans ma famille, de beaux jeunes gens qui ne demanderaient pas mieux que de te consoler des ennuis d'un si triste mariage; mais à partir de ce jour , j'ai juré de fermer la porte de ma maison sur notre bonheur.

— Je ne crains point la solitude , dit Sathaniel.

— Sans doute , reprit Ëuric, la solitude n'estpas une si bonne gardienne qu'on ne puisse quelquefois y introduire un amant en l'absence de l'époux ; aussi je t'ai choisi un compagnon qui tiendra dans cette chamtire la place que je devrais y occuper.

— Soit , dit Sathaniel ; mais dis-moi , es-tu bien sûr de la femme que tu as choisie? Et puisque tu me connais si bien , n'as-tu pas prévu que j'ai assez de larmes feintes pour la tromper et l'attendrir?

— Fussent-elles véritables , répondit Ëuric avec une expression cruelle , et j'espère qu'un jour elles le deviendront , fussent-elles vraies et sincères , le compagnon que je te donne a un cœur de glace que toutes tes douleurs n'amolliront pas.

En disant ces paroles , il frappa à une porte , et un esclave noir entra dans la chambre de Sathaniel. Elle se réjeta dans son lit en s'écriant :

— Quoi ! c'est cet homme qui doit me garder !

— Oui, dit Euric en riant; voilà le compagnoa

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