LA HDIT DES ROCKS
que je t'ai destiné ; et il est assez hideux pour que tu ne tentes pas de le séduire.
— £t si je le tentais ? s'écria Sathaniel révoltée de Tinsolence d'Euric.
— Essaie ! répondit celui-ci , avec un rire méprisant.
Puis il ajouta après un moment de silence :
— Eunuque , je t'ai commandé de rester debout au pied du lit de ta maîtresse et de la garder l'œil ouvert sur elle; demande -lui si elle a une meilleure place à t'offrir.
En disant ces paroles , Euric fit un geste pour s'éloigner , et Sathaniel s*écria :
— Tu sors?
— Oui , répondit-il ; je vais chez le comte Bold demander à la belle Alidah de me garder sou amour.
— Éros , ajouta-t-il en s'adressant à l'eunuque ^ songe que cette femme est la mienne !
Alors il quitta la chambre, et Sathaniel demeura seule avec l'eunuque, qui alla se placer debout au pied de son lit , en attachant sur elle son regard insolent. Sathaniel abaissa d'abord ses paupières sur ses yeux comme un voile devant ses peqsées, et durant près d'une heure elle se tiot imn^obile. Renfermée en elle-même , elle y discuta sa vie , et ne sembla s'éveiller de sa réflexion que lorsqu'elle eut à commencer la lutte. La première chose
224 LIVEE II.
qu'elle aperçut fut le regard implacable de l'eunuque. Sathaniel le supporta avec un calme singulier, elle sembla mesurer ce qu'il avait de force; puis après avoir laissé échapper un sourire de mépris , elle fixa à son tour sur l'esclave ses yeux qui semblaient être doués de la puissante fascination des serpents de l'Afrique et vit bientôt le regard d'Éros se troubler et se baisser devant le sien.
Elle sourit.
L*eunuque s'éloigna et se posa à l'autre bout de la chambre ; de là il osa lever les yeux sur Sathaniel , et retrouva lés yeux de Sathaniel attachés sur lui. Il en sortait comme une flamme sinistre qui dévorait. Ces yeux semblaient avoir la profondeur d'un abtme. On prenait le vertige et la peur à les regarder. Dix fois Éros voulut éviter ce regard qui vibrait comme une étoile, et dix fbis il fut ramené par une force invincible à chercher ce regard qui le fascinait et semblait l'enlacer comme les plis d'un reptile. Dans un dernier effort , il saisit le flambeau qui éclairait la chambre et Téteignit; et alors il osa rouvrir ses yeux qu'il tenait fermés; mais alors au milieu de l'obscurité, il vit reluire les yeux de Sathaniel comme ceux d'un tigre ou d'un démon. Sathaniel entendit ses dents claquer de frayeur et son corps trembler d'épouvante , et elle murmura :
— Euric, Kuric, prends garde; mes regards