‹ Sathaniel (volume 3)Chapitre 4 sur 32 · L*ESCLATB ET LB DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

L*ESCLATB ET LB DOMESTIQUE

— ^ Et qui t'a fait soupçonner les projets du prince? dit le Maure, sans paraître avoir entendu le nom de sa sœur.

— Quelques observations que je ne pourrai con< tinuer , puisque je ne l'accompagnerai pas dans ses diverses visites, répondit Kamal.

— Et ces observations , il faudra que je les c^m* plète , moi : c'est là ta pensée , je suppose ? continua le Maure.

— Oui.

. — Et au profit de qui ?

— Mascezel , répliqua le nain avec impatience , apprenons d'abord les projets de notre maître , et plus tard nous verrons s'il y a pour nous profit à les seconder.

— Ou à les trahir , n'est-ce pas ? Et tu oses me faire cette proposition en face, et tu ne crains pas que je n'avertisse ton maître et le mien !

— Non , je ne le crains pas ; car dès ce moment, je puis te dire que les promesses faites à Sathaniel, dans une nuit d'amour où le frère veillait à la porte de sa sœur, je puis te dire que ces promesses ne seront pas tenues.

— Tu mens , tu mens , misérable ! s'écria Mascezel.

— Je ne sais si je mens ou si je me trompe , répartit le nain, mais tu pourras t'en assurer.

•—Oh! si tu disais vrai ! répliqua Mascezel avec

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rage , c'est moi qui ajouterais une marque de sang à ce chêne !

— Et à quoi te servirait la mort du prince Euric?

— A me venger.

— Et à quoi te servirait la vengeance? A mourir^ sur la croix à laquelle le roi Théodoric ne manquerait pas de faire clouer l'assassin de son frère !

— Théodoric , s'écria le Maure, Théodoric récompenserait sans doute l'assassin du frère qui veut l'assassiner.

— Tu te trompes , répondit Kamal ' d'un ton étrange ; et d'ailleurs , comment prouveras-tu à Théojdoric les projets coupables de son frère?

— En les épiant , en les surprenant.

— Voilà précisément ce que je te demandais.

— Et ce que je ferai ! dit Mascezel d'un air de menace.

— A la bonne heure! reprit le nain. Il s'arrêta, puis il continua plus bas : Tu comprends maintenant que la vengeance doit dormir au fond de ton cœur comme la poussière de mes pieds an fond de cette fontaine. Tu comprends que lorsque le prince arrivera , il faudra qu'il puisise se fier à la sérénité de ton visage pour t'emmener aux lieux où la soif de régner ya le conduire, comme il- se fiera à la limpidité de cette eau pour

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y désaltérer la soif que lui aura peut-être donnée une longue course. Qu'il ignore le ressentiment que j'ai jeté dans ton âme , comme il ne verra pas la poussière que j'ai laissée dans cette eau.

— Mais n'as-tu point d'autres renseignements à me donner ?

— Aucun , et j'attendrai de toi ceux qui doivent nous décider. Seulement , suis bien mon dernier conseil : sois prudent dans ta manière d'observer cet homme qui te semble si imprudent ; entends et n'écoute pas; vois tout et ne regarde rien, car c'est ainsi qu'il fait, lui ; et n'oublie pas qu'au moment où il te soupçonnerait de le soupçonner , il ne ferait pas comme toi , il n'attendr*ait pas d'être assuré que tu le trahis pour te sacrifier à sa sûreté.

— Le voilà ! le voilà ! s'écria Armand , montrant au loin un guerrier qui paraissait au sommet d'une colline éloignée.

— Armand ! Armand ! s'écria le nain en s'enfuyant vers les broussailles où il disparut aussitôt, quoi que le prince puisse te demander, promets de le faire , quelque marché qu'il vienne te proposer, accepte-le. Quanta toi, Mascezel, regarde et tu décideras.

Puis , sans attendre ni la réponse de Mascezel , ni celle d'Armand , il s'éloigna , et tous deux purent juger de la vélocité de sa course à l'agitation

des broussailles qui le cachèrent entièrement, et parmi lesquelles il traça un sillon aussi rapide qu'eût pu le faire un lévrier lancé à la poursuite d'une bête fauve.

Ce fthe bu Uoi.

Le cavalier qu'Armand avait aperçu à Tborizon s*arrèla un moment pour s'orienter ; il ne fut pas longtemps à reconnaître Tendroit qu'il cherchait , carie chêne royal était si remarquable, au milieu de ce pays dénudé, qu'il attirait les regards de quelque eMé qu'on arrivât. Aussitôt Euric , car c'était bien lui, précipita le galop de son cheval jusqu'au pied de la colline où il se trouvait malgré la raideur de la descente , et il gravit du même train la colline du chêne royal, malgré la raideur de la montée.

Mascezel le suivait des yeux toutes les fois que

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le terrain permettait de l'apercevoir. Lorsqu'il le vit maintenir en montant l'allure rapide de son cheval, il ne put s'empêcher de s'écrier :

— Oh ! que voilà bien la barbare insouciance du maître qui dévore pour la satisfaction d'un instant la force et la vie de tout ce qui lui appartient ! 11 n'y a qu'un Visigoth qui puisse forcer un si noble cheval à monter au galop un si rude chemin. C'est risquer de rendre ce cheval poussif!

— Et peut-être aussi , reprit Armand , n'y a-t-il qu'un Visigoth qui osât descendre au galop la colline qu'il vient de quitter. C'était risquer de se briser le crâne si le cheval eût fait un faux pas.

— Qu'est-ce que cela prouve ?

— Qu'il ne faut pas attendre de ménagement et de prudence pour la vie des autres d'un homme qui en a si peu pour la sienne.

Le Maure paraissait tellement occupé à suivre la course d'Ëuric qu'il ne répondit pas, et bientôt le prince fut à côté d'eux. A peine arrivé , il sauta à terre : Mascezel s'approcha du cheval et le couvrit de son manteau en essuyant la sueur qui ruisselait de tous ses membres.

— Est-ce là l'homme que je t'ai dit de me trouver?

Mascezel tout occupé du cheval du prince ne répondit pas , et celui-ci répéta sa question qui demeura encore sans réponse.

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