‹ Sathaniel (volume 3)Chapitre 6 sur 32 · LE FRÈRK DU SOI · texte numérisé non relu

LE FRÈRK DU SOI

— Tu oublies que je t'ai demandé cent hommes.

— Et que fût-il arrivé s'il les eût trouvés ici ; qu'ils eussent surpris le prince Ëuric, et qu'au lieu d'accepter le marché qu'il me propose, ils lui en eussent imposé un auquel il eût été forcé de souscrire. Ne sais-tu pas combien cet endroit est fatal à ceux de ta race ?

Rien ne semblait pouvoir troubler le calme d'Euric, et il reprit la parole comme s'il n'eût pas entendu l'espèce de menace d'Armand.

— Ainsi donc il est facile de cacher cent hommes dans ces broussailles?

— Et cela est si facile qu'ils y sont, répondit Armand avec violence.

Euric ne fit pas un mouvement pour dégager la bride de son cheval ou tirer son épée, et répliqua :

— Je te croyais à la tète d'une troupe plus nombreuse ?

— N'est-ce pas assez pour s'emparer du prince Euric, si je le voulais?

— Ce n'est pas assez pour le marché que je pouvais te proposer si tu eusses été l'homme que je pensais.

Tant desang-froid étonna labrutalité dujBagaude, qui, décidé d'avance , par les paroles de Kamal , à souscrire aux propositions d'Euric, ne voulait que tenter de l'efirayer ; ainsi donc, après avoir gardé le silence à son tour, il reprit:

50 L1YBE I.

— Et quel est ce marché?

— Si tu peux réunir dix mille des tiens, je te le dirai à Toulouse.

— Veux-tu voir une partiede ceux qui m'obéissent?

— Volontiers.

Armand donna un signal, et aussitôt, à l'angle des rochers, du fond des hautes fougères, du creux des ravins, sortit une multitude armée, effrayante à voir. C'étaient, pour la plupart, des hommes couverts de tuniques en lambeaux, agitant, dans leurs mains, des armes de toutes les nations. Euric porta autour de lui un regard calme et résolu.

— Ce serait assez s'ils savaient obéir.

-— Tu vas voir.

Armand fit entendre un autre signal , et ils accoururent comme une nuée autour du chêne royal sous lequel Euric était avec Armand.

— Voilà qui est bien, dit Euric.

Et. se tournant aussitôt vers eux, il leur cria :

— Braves Bagaudes , j'ai donné rendez-vous à votre chef dans la ville de Toulouse. S'il ose y venir comme je suis venu parmi vous, se fiant à ma parole comme je me suis fié à la sienne, tout ce que vous avez souffert jusqu'à ce jour de misères et de proscriptions cessera pour faire place à la richesse et à la puissance. Ost tnaintenant à vous de voir s'il mérite le nom de roi que vous lui avez donné.

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