‹ Sathaniel (volume 3)Chapitre 7 sur 32 · LE FBÈBK DU BOI · texte numérisé non relu

LE FBÈBK DU BOI

Toat aussitôt il dégagea son cheval, et s'étant penché vers Armand, il lui dit :

— Viendras-tu ?

— Et qui m'assurera que ce n'est pas un piège ou j irai?

— M'en as-tu donc tendu un pour redouter une trahison de ma part ?

Armand se rappela la recommandation de Kamal, et répondit :

— Ehbien, soit; dans huit jours, je serai à Toulouse avec cent hommes.

— Ce n'est plus avec cent hommes que tu dois venir. Il faut que tu en introduises au moins deux mille. Le mouvement extraordinaire qu'occasionera la cérémonie de mon mariage leur permettra d'entrer sans qu'on les remarque ; ils se glisseront facilement à travers les flots de population venus de tous les environs delà ville. Qu'ils y pénètrent par petits groupes séparés et par diverses portes. Puis, donne leur comme point de réunion la place de l'église Saint-Pierre. Là, tu leur diras ce qu'ils doivent faire.

— Et comment le saurai-je moi-même ?

— Kamal se trouvera à la porte Décumane , et t'introduira dès le matin dans mon palais.

Après ces paroles, il s'éloigna au petit pas de son cheval, en saluant les Bagaudes ; puis, arrivé au bas du vallon, il trouva Mascezel qui l'attendait.

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— AU galop, maintenant, au galop! il faut qu'avant la nuit j'aie tu le comte Bold , et que je sois rentré dans la yille de Toulouse.

Ce$ ^xitûvAions.

Le soir de ce jour, il y avait une nombreuse réunion au château narbonnais. Le souper du roi Théodoric était fini; les esclayes avaient enlevé les nappes de pourpre qui recouvraient les tables, et les vases d'or et d'argent dans lesquels les mets avaient été servis. Pendant que quelques nobles Visigoths s*entretenaient dans les diverses parties de la salle , le roi achevait une partie de trictrac (16) avec son frère; celui-ci perdait avec une insouciance assez remarquable, tandis que le roi suivait les chances de sa fortune d'un regard avare.

Théodoric était un homme d'une taille haute et parée d'une noble prestance. Vêtu comme un soldat , il laissait à ceux qui l'entouraient le luxe des yètements et des armes. Cette affectation de simplicité personnelle, qui a été obseryée dans plusieurs hommes d'un génie éminent, a toujours été un moyen de distinction plus sûr que le luxe, à quelque degré qu'on le pousse. Quand le chef d*une natifm cherche à se faire remarquer par l'éclat de ses habits, il peut lui arriver d'être souvent surpassé par ceux qui sont au-dessous de lui , tandis qu'il est rare qu'on le suive dans l'oubli qu'il fait de toute parure. En effet, le luxe étant communément l'attribut de la royauté , le souverain est le seul en qui une grande simplicité puisse passer pour extraordinaire et frapper l'imagination des hommes par le contraste du rang et de la modestie du costume. D'ailleurs , les peuples croient reconnaître, dans la négligence étudiée des soins personnels chez un roi, l'occupation des soins plus importants de l'empire. Toutefois, si Théodoric était remarquable parmi tous les nobles Visigoths par la simplicité de ses vêtements, il ne l'était pas moins par la mâle fierté de son visage et la dignité de son maintien : il se laissait rarement dominer par les succès ou les revers dans les petites comme dans les grandes choses. Cependant, en cette circonstance, un dernier

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coup de dés ayant décidé la partie en sa faveur , il s'écria joyeusement :

— Vous le voyez , mon frère, je gagnerai toujours contre vous !

— En effet, répondit Ëuric en riant, la fortune ne se lasse point de vous être favorable ; mais comme je ne me lasserai point de la tenter , nous verrons si , une fois enfin , je ne réussirai pas à la saisir. Voyons , voulez-vous essayer d'une dernière partie? Et, pour que nous puissions juger quel est le plus habile ou le plus heureux de nous deux , je vous joue, en une seule fois, non-seulement tout ce que vous m'avez gagné , mais encore le double de cette somme.

Le roi parut hésiter ; il jeta sur les dés un regard incertain comme s'il craignait de les voir enfin se tourner contre lui , puis il s'écria vivement :

— Non , non , je suis satisfait ; je vous ai assez prouvé que j'étais votre maître en toutes choses.

— Ou plutôt, trouvez-vous que vous avez assez gagné aigourd'hui? répliqua Ëuric avec dédain.

— Oui , repartit le roi d'un air grave; car, moi, je ne veux pas votre ruine comme vous-même.

— C'est que peut-être vous n'osez pas la tenter jusqu'au bout, dit Euric.

— J'ose tout ce dont on me défie , répondit le

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roi en s'emparant des dés, et, si vous le voulez, je doublerai l'enjeu que tous m*ofiFrez.

— Et moi , j'accepte tous les enjeux , répondit Euric; commençons!

La partie s'engagea de nouveau au milieu des regards curieux de tous les nobles qui entouraient la table. La fortune , d'abord si favorable au roi , tourna tout à coup contre lui , et , en quelques minutes, il perdit non-seulement tout ce qu'il avait gagné , mais encore une somme très-considérable» Au dernier coup de dés , qui amena la perte de cette partie , l'humeur qui s'était emparée du roi éclata violemment , et il irappa la table du poing, en s'écriant :

— J'ai donc perdu !

— Et vous avez perdu, dit son frère en le raillant toujours, vous avez perdu la partie qu'il était important de gagner : et s'il est permis à un joueur heureux de donner un conseil à un joueur qui perd, je vous dirai, mon frère, que vous appliquez trop votre attention aux petites combinaisons de ce jeu , et que vous vous laissez toujours surprendre par quelques coups hardis dont vous ne supposez pas vos adversaires capables.

— Vous vous trompez, mon frère, lui répondit le roi, je vous crois capable de tout !

— Eh bien ! nous reprendrons la partie quand vous voudrez.

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— Quand elle se présentera , dit le roi, je serai prêt.

Puis il fit un geste , et tout le monde se retira en silence , tandis que , le coude appuyé sur la table , Théodoric regardait les dés a?ec une remarquable tristesse. Pendant que tout le monde s'éloignait, deux hommes s^étaient mis à l'écart.

L'un, vêtu à la manière romaine, était le fameux jurisconsulte Léon, jeune et inconnu encore à cette époque, mais qui devint plus tard illustre par les sages conseils qu'il donna au successeur de Théodoric et par le code des lois visigothiques dont il fut le rédacteur; l'autre, portant l'habit étroit des Yisigoths, s'appelait Gandoin, surnommé le tueur d'ours. Il s'était vanté de tapisser toute sa demeure avec des peaux de ces féroces animaux , et il avait tenu sa parole. Au moment où la partie finissait, ces deux hommes échangèrent entre eux quelques paroles.

— Je ne le croyais pas si avare , dit Léon.

— Tu devrais dire si superstitieux. Théodoric ne joue pas une partie de dés qu'il ne rattache à son succès le succès de quelque afiFaire importante. Les dés sont pour lui les augures qui ont remplacé les oracles des poulets sacrés , du vol des oiseaux et des entrailles des victimes. £t si j'ai bien compris les paroles qu'il adressait à son frère , il cherchait dans cette partie à deviner s'il réussirait à

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déjouer toutes les conspirations du prince Euric contre lui.

— Est-ce donc pour cela qu'il nous a ordonné de rester seuls avec lui ? ,

— Il va te le dire lui-même, répondit Gandoin, car tout le monde s'est enfin retiré.

A ce moment, Théodoric , qui était resté immobile devant la table , se leva soudainement , et , montrant que Gandoin avait bien deviné sa pensée , il dit en repoussant les dés avec colère :

— Qu'il me gagne à ce jeu, où il passe les nuits et les jours , j'y consens ; mais puisqu'il a osé en engager un plus terrible avec moi, il apprendra tout ce qu'il peut y perdre!

— Il devrait y perdre la vie ! dit brutalement Gandouin en prenant la parole.

Le roi secoua lentement la tète en poussant un profond soupir , et témoigna seulement de cette manière qu'il avait entendu ce terrible conseil , et qu'il n'était pas disposé â le suivre; puis il se promena dans la salle , absorbé par ses pensées , et sembla s'interrompre tout à coup lui-même en disant vivement :

— Avant de prendre nos dernières mesures , il faut entendre nos derniers renseignements.

Aussitôt, ayant donné un signal particulier, une porte s'entr'ouvrit, et le nain Kamal fut introduit par un chambellan.

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D'abord il raconta ce qui s'était passé jusqu'à l'arrivée du prince Euric sous le chêne royal ; puis il dit qu'il l'avait vu de loin s'entretenir avec Armand.

— Mais, s'écria brusquement le roi en interrompant le nain, que veut-il faire de ce Bagaude Armand ? \

— Roi , dit Kamal , le prince Euric ne dit à chacun de ses serviteurs qu'une part de ses projets , et il n'y a qu'un esprit aussi habile que le tien qui puisse les comprendre dans leur ensemble sur quelques indices épars.

— As-tu jeté, dit le roi, dans l'âme de Rfascezel les soupçons que je t'avais ordonné d'y foii*e naître ?

— Je, l'ai i^it.

— Et cet anneau que le prince Euric t'a remis commesignede reconnaissance, tandis qu'il voulait nous persuader que tu le portais à Sathaniel , cet anneau , qu'en as-tu fait ?

— J'ai dit au prince , d'après vos ordres ,. que je l'avais perdu , et d'après vos ordres aussi je vous le rapporte.

Le roi le prit des mains du bouffon et le déposa à côté de lui ; il le regarda un moment en silence , et murmura à demi-voix et avec un sourire satisfait :

— C'est un coup de dés bien imprudent , mon

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frère, que vous avez fait là, en remettant cet anneau de fiançailles à yotre bouffon !

Puis , après un moment de réflexion , il dit à Kamal:

— Et tu ne sais rien de ce qui a été convenu avec le chef des Bagaudes? Quoi ! tu as l'ambition de devenir leur roi , et tu ignores jusqu'à leurs plus misérables projets !

— Tenez vos promesses , dit Kamal , et comme alors les Bagaudes n'auront d'autres projets que les miens, vous en serez instruit. Tout ce que je puis vous dire maintenant , c'est qu'Armand doit se présenter dans huit jours à la porte Décumane, et que je suis chargé de le conduire secrètement dans le palais de mon maître.

— Eh bien ! repartit le roi , tu le conduiras dans le mien, et j'apprendrai de lui ce que tu ne peux pas me révéler ; et maintenant, dis-moi , pourrastu suivre Euric chez le comte Bold ?

— Je dois Vy précéder dès demain , et vou»

savez que le rendez-vous général n'a lieu que dans deux jours ; je dois l'y précéder , dis-je , pour faire savoir au comte les noms de ceux qui doivent arriver.

— Va donc , dit Théodoric , et n'oublie pas la récompense qui t'attend si tu es fidèle au serment que tu me fis , lorsque , par mon ordre , tu t'es vendu au prince Euric.

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— Oui , dit le boufiPon eu riant , fidèle envers vous et traître envers lui, vendu comme esclave au prince , pendant que j'appartenais au roi comme espion : c'est avoir fait preuve d'assez d'habileté pour mériter d'être roi des Bagaudes !

Théodoric fit un geste par lequel il ordonna au boufiFon de sortir , et , après l'avoir suivi des yeux pendant qu'il quittait la salle :

— Oui , oui , reprit-î! dès qu'il fut sorti , tu es trop habile en trahison pour que tu ne reçoives pas la récompense que tu mérites, un juste supplice!

Aussitôt après , et avant de reprendre son entretien avec ses conseillers, Théodoric donna un nouveau signal , et un second personnage fut introduit par une autre porte et par le même chambellan.

C'était un homme d'une taille élevée, d'une maigreur excessive, et qu'à l'habit qu'il portait on reconnaissait]pour un de ces moines qui , sur les montagnes des Pyrénées , dans les austérités et la retraite , cherchaient à imiter la vie des fameux solitaires du désert , et à acquérir la réputation de sainteté de ces hommes extraordinaires (17).

On pouvait lire sur le visage de celui-ci un caractère d'exaltation qui ne devait redouter aucun danger, et en même temps une obstination brutale qui ne devait non plus redouter aucun moyen de parvenir.

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Ainsi qu'au nain , le roi lui adressa la parole , mais d*un ton de respect et presque d*affection.

— Barthélemi » lui dit-il , le terme de tes longs travaux est enfin arrivé, et bientôt tu en recueilleras le fruit ; bientôt la mitre d*évèque remplacera le capuchon du moine.

— Roi , répondit Baethélemi , si j*ai accepté cette récompense pour prix de mes services , ce n'est pas par ambition pour moi , mais parce que j*espère mieux servir la vraie religion du Christ dans <;ette place élevée que dans l'humble place que j'occupe maintenant.

— Je Fespère bien aussi , répondit le roi d'un ton de parfaite humilité , et si moi-même je n'ai pu encore te permettre de convertir les Visigoths au catholicisme que par la prédication secrète ^ c'est qu'il serait imprudent que je leur donnasse moi-même un exemple de conversion ; j'attendais que je pusse leur en offrir un parmi les plus nobles familles.

— Et tu le pourras dès que tu le voudras , répondit le moine ; car la fille du noble comte Bold est entrée depuis longtemps dans le giron de la véritable Église.

— C'est bien , dit le roi , elle aura aussi sa récompense , et son union avec le jeune Firmin légitimera l'amour auquel elle s'est abandonnée pour lui , amour sur lequel l'aveugle ambition de son

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père a dû bâlir de merveilleux projets , grâce aux récits mystérieux que je t'ai ordonné de lui faire sur la naissance probable de ce jeune Firmin.

— Je la croyais certaine , dit le moine.

— Et c'est ce que le temps éclaircira , reprit Théodoric en l'interrompant vivement; il suffit que les espérances que tu as fait naître dans le cœur du comte Bold lui aient fermé les yeux sur le coupable amour de sa fille.

— Puisque tu l'appelles coupable , dit gravement le moine , pourquoi m'as-tu forcé de l'encourager lorsque je t'en ai averti?

— Parce que , répondit le roi , j'ai pu laisser commettra la faute que j'avais le pouvoir de réparer , et qu'elle l'a commise sans savoir si elle pourrait en obtenir l'absolution. Au reste, écoute mes derniers ordres. Tu vas rentrer dans ton monastère, et tu feras observer la route qui conduit chez le comte Bold et qui longe le pied de la tour que tu habites. Après-demain , de nombreux chasseurs passeront sur cette route pour se rendre chez le comte Bold ; parmi eux se trouvera le prince £uric. Lorsque tu l'auras vu se diriger vers le château du comte , tu feras faire à la croix qui domine cette tour le signal accoutumé , et puis tu regarderas du côté de Toulouse , et quelques moments après, tu apercevras de même un signal sur la colline noire , et tu le répéteras.

— Et à qui dois-je transmettre ces signaux ?

— Ceux qui devront les recevoir seront à leur poste. Mais il est temps que tu t'éloignes de Toulouse; il faut que tu en sortes avant le jour levé 9 afin qu'on ne soupçonne pas notre entrevue.

Le moine s'éloigna aussitôt, et Léon dit au roi.

— Singulière religion que celle qui a aidé à la pgrte d'une jeune fille ! plaisante humilité que celle qui veut une mitre pour récompense ! J'ai vu rarement un hypocrite plus confiant !

— Tu aurais dû dire un fanatique , car je suis assuré qu'il nous a parlé de bonne foi. Mais nous n'avons pas encore fini ; il nous reste à entendre le plus important de tous ceux qui surveillent les actions de mes ennemis , c'est-à-dire le jeune Firmin.

— Et sans doute , comme les autres , dit Léon , ce jeune homme a quelque sotte ambition que tu as adroitement flattée ?

— Tu dis vrai ; et cependant, ce titre d'empereur que j'ai fait briller à ses yeux ne l'eût peut-être pas décidé à me servir , si je ne Pavais alarmé sur la vie et l'honneur de cette jeune Alidah.

— C'est que le sang qui coule dans ses veines n'est pas habitué à la trahison , reprit Gandouin.

— Silence ! repartit le roi ; oublies-tu qu'un pareil secret révélé trop haut ébranlerait jusqu'en ses fondements les murs de ce palais ?

— Quel est donc ce jeune homme? reprit Léon ,

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piqué du mystère^ que le roi semblait vouloir lui faire.

Théodoric, remis du trouble que lui avaient causé les paroles de Gandouin, répondit :

— Ne le sais-tu pas ? C'est un orphelin déposé par une matn inconnue chez le vieux Attale , cet autre bouffon que mon prédécesseur Âlaric fit em* pereur pendant quelques mois (18). Cette main inconnue a de même pourvu à la fortune de ce jeune homme ; voilà tout ce que j'en sais.

— Ou tout ce que tu en veux dire , répliqua Léon avec la même humeur qu'il avait montrée d'abord.

— Sais-tu combien les secrets des rois sont dan« gereux , dit Théodoric , pour vouloir les pénétrer ainsi ?

— Je sais , répliqua le ministre , que lorsque tu m'as fait venir de Narbonne, où j'étais avocat (19), tu m'as dit que j'aurais la première place dans ta confiance pour t'aider à régir les affaires de ton royaume. Il y a longtemps que je m'aperçois que je ne suis qu'un instrument dans tes mains, comme les hommes qui viennent de sortir. Tu tires de moi des conseils comme tu tires d'eux des services, sans que nous sachions ni les uns ni les autres où services et conseils doivent aboutir. Qu'ils acceptent un pareil office, je le comprends, mais tu comprendras aussi que , moi , je le refuse !

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Léon fil un pas pour se retirer , mais Théodoric l'arrêta aussitôt.

— Demeure , lui dit-il ; il faudra bien que tu apprennes tôt ou tard ce secret , et tu ne seras pas longtemps sans en être instruit : cependant, éloignez-vous tous deux , car ce jeune homme éprouve déjà assez de honte à remplir devant moi les devoirs que je lui ai imposés. L'espionnage et la délation ne lui vont pas , et s'il supposait qu'un autre que moi est instruit des services qu*il me rend , il refuserait de les continuer plus longtemps , quelque danger qu'il y eût pour lui dans ce refus. Je vous rappellerai bientôt, et sans doute, Léon, tes conseils m'aideront à sortir des pièges dont l'ambition de mon frère m'entoure incessamment.

— Oh ! si tu voulais les briser par l'épée, s'écria Gandouin , tu ne serais pas obligé de dénouer avec tant de peines ces intrigues ténébreuses !

Le roi secoua encore lentement la tète, et poussant un long soupir , il répondit avec tristesse :

— Non , non , Gandouin , il n'y aura plus de sang versé dans ma famille !

Gandouin fit un geste violent d'impatience ; et le roi, lui montrant du doigt la porte par où il devait se retirer avec Léon , répondit à ce geste de Gandouin par ces seuls mots :

— Je ne le veux pas , je ne le veux pas !

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