‹ Satires, contes et chansonnettesChapitre 23 sur 28 · Livre excellent, dont chacun fait grand cas · texte numérisé non relu

Livre excellent, dont chacun fait grand cas

Et par malheur je ne m'en souviens pas.

D'Endjmion la figure et la grâce •Souventes fois faisaient manquer la chasse ; C'était son cœur que chacune guettait.

L'hôte des bois plus ne s'inquiétait.

Il savait bien qu'une nymphe amoureuse Perd son adresse et lance mal un trait. Au grë des vents la flèche paresseuse Nonchalamment dans Tair se balançait; Et jusqu'au but si Zephir la poussait, Vaine menace, arme peu dangereuse, Contre le but la pointe s'emoussait.

Comment la chasse eût-elle e'të chanceuse? Au lieu de tendre et garder les filets. Battre les champs, parcourir les forêts, Placer les lacs, nos divines grisettes Le jour durant songeaient à leurs toilettes. Leurs longs cheveux, artistement tressés, Oints de parfum, de fleurs entrelacés, Sur un beau sein retombant avec grâce, De la blancheur relevaient le trésor.

C'était charmant, mais je répète encor • Que tout cela £aiisait manquer la. chasse..

Il arriva que de ce beau tracas;

La chaste dame un matin fut instruite.

Soit qu'elle-mérae eût reconnu le eas^

Soit bien plutôt qu'une nymphe hypocrite

Eût tout conté. Dieu ! quel bruit! quel fracas !

0 Jupiter ! ne m'abandonne pas !

Je puis braver les maîtres de la ^erre^

Je puis braver la foudre «t ses éclats^

Mais sauve-moi d'une femme en colère !

Dans son humeur, du pied frappant la terre.

Notre Cynthie au troupeau consterné

Tint mot pour mot ce discours forcené^

La lance au poing : « Ëh quoi ! mesdemoiselles.

Vous vous lassez déjà d'être crueUes,

Et l'on vous voit toutes vous rengorger

Pour les beaux yeux d'un rustre , d'un berger !

C'est par vos soins que jamais on ne donne

Le nom de nymphe à l'austère matrone ;

Mais à — sufEt, devriez«vous songer

A coquetter dans l'état où nous sommes?

D'où vous vient donc un tel goût pour les hommes?

D'où tenez-vous ces vouloirs indécens?

DIAJNE £T ENDYMION. 329

Si votre cœur aux plaisirs innocens Peut pr^fe'rer le culte d'Amathonte, Pourquoi tarder? bannissant toute faon te , De Cupidon allez grossir la cour^ Allez chanter et Bacchus et l'Amour, Ou y saisissant le thjrse de Thelène, Rire et danser dans Tantre de Sjlène. Mais pensez-vous avec impunité Ainsi manquer à ma divinité?

De Calisto tappelez-vous l'histoire, Et d'Actéon gardez bien la mémoire. »

Elle se tnt, et (lacune pleurait A qui mieux mieux, lorsqu'un éclat de rire , Mais un éclat plus fort qu'on ne peut dire. Part tout à coup d'un coin de la forôt. Notre prêcheuse, à cette impertinence, Jetant au loin un regard irrité, Cherchait des yeux l'auteur de l'insolence, Quand sous un mjrte elle voit arrêté Le dieu d'Amour en granda hilarité.

A cet aspect, soit de honte ou de rage,

Vive rougeur vint colorer son teint ;

Dans son courroux contre le personnage*

Elle eût jurëy mais elle se contint.

A mots coupes elle ordonne à sa suite

Sans plus tarder de saisir ce lutin ;

Elle prétend le plumer de sa main.

Briser ses traits, Tarbalète maudite,

Et son carquois, et son flambeau divin.

Mais il faut bien, avant tout, qu'on l'attrape-

Et qu'on le lie afin qu'il ne s*echappe.

Ce n'est facile, un si malin garçon

N'est pas gibier qui se laisse ainsi prendre.

Ah ! gardez-vous d'attaquer Cupidon,

Et bien plutôt songez à vous défendre.

Toute la troupe à travers le bosquet Se mit soudain à courre le pauvret ; One on ne vit une si belle chasse :

Il vient, il va, tourne, passe, repasse f Nos déités se suivent pas à pas,

Oo croit tenir, mais ou ne le tient pas. Tel un bouvreuil échappe de la cage Où d'un marmot la cruelle amitié Depuis le nid dans un triste esclavage Loin des ormeaux le retient sans pitié, Lorsque du bois apercevant l'ombrage, En voltigeant il cherche le passage Que lui refuse un émail imposteur.

Pour se saisir de l'ami déserteur, L'air tout dolent, le petit personnage De cent façons se démène , fait rage.

Tantôt sans bruit il approche la main, L'approcbe encore, et la baisse soudain : Tantôt il court, il s'émeut, il s'irrite.

Monte, descend, saute, se précipite,

Mais vainement, et l'heureux oiselet

Trouve une issue et gagne le bosquet.

Tel Cupidon, telle notre Cjnthie ;

Le déloyal rit de son vain effort.

Avec l'Amour n'a-t-on pas toujours tort?

M en fait tant qu'enfin, dans sa furie.

Z^l DIANE ET ENDYMION.

La déité^ vibrant un javelot^ Le lance au dieu d'une main ennemie.

Mais il n'était ni boiteux ni manchot; Il le prouYa, car y avec gentillesse Évitant Tarme, il prend dans son carquois Un petit dardy et^ visant la déesse :

« Voyons, dit-il, si la reine des bois ' En le parant montrera plus d'adresse? » Sans autre avis, hélas ! le trait vainqueur De l'insensible alla frapper le cœur ; Il j pénètre, et d'une aile légère

Le dieu vengé s'envole vers Cylhère.

Qui le croirait? à tout ce grand courroux, Au fier dédain que montrait la cruelle , Ont succédé des se&timeBS si doux, Qu'au premier pas eUe tremble et chancelle. Voyez un peu ce que c'est que de nous, Comme l'Amour à sa guise nous mène !

Dame Cynthie, acariâtre, hautaine, Franche bégueule, en un mot un hibou.

DIAT^E ET ENDYMION. 333

Devient soudain bonne, sensible, honnête.

Depuis le temps qu'<m tire à l'arbalète.

Je ne crois pas qu'on ait fait un tel coup.

Fils de V^nus, quelle est donc ta puissance?

Es-tu le roi de ce vaste univers?

Maître des cieux, souverain des déserts,

Rien ne résiste à ta douce influence ;

Ton feu pénètre au plus prdPond des mers,

Le tigre affreux se soumet en silence.

Et des oiseaux les chants et les concerts

Sont les accens de la reconnaissance.

Si quelquefois dans mes vers imparfaits,

0 dieu charmant! j'ai chanté tes bienfaits,

De nouveaux dons furent ma récompense.

Jouet du sort, j'épuisai ses fureurs :

La trahison, l'horrible perfidie.

L'injuste haine ont désolé ma vie ;

Je ne me plains, j'ai connu tes faveurs.

Le blond Phel>us achevait sa carrière ; Tout se taisait , et l'oiseau fiinéraire.

Seul, au milieu du silence des bois, Amant des nuits, d'une lugubre voix Chantait la mort et l'heure du mystère. Déjà Diane, abandonnant la terre, Sur le Latmus planait paisiblement, Lorsque jetant un regard en arrière Elle aperçut à l'ombre hospitalière Ëndjmion, ce berger si charmant, Qui loin du bruit sommeillait solitaire. L'espiègle Amour, en partant pour Cjthère, Non sans dessein passant par pe vallon. Avait eu soin d'écarter la fougère Même un peu plus qu'il n'était de saison^

En d'autres temps , si la chaste Cjntfaie- Ëût rencontré semblable compagnon , Il est certain qu'avec quelque raison ' En rougissant elle se fut enfuie ; Mais la raison n'est plus de la partie. Elle rougit, et c'était bien le cas.

Mais rougissant elle «e s'enfuit pas.

Ab! voyei-vous la pauvrette e'perdue?

Que de tourmeDS ! une force inconnue De cent liens semble entourer son cœur. Un feu charmant^ glissant de veine eu veine y Porte en ses sens sa délirante ardeur : Elle veut fuir, un soupir la ramène j Vers le pasteur un doux penchant l'entraîne. Et de ses yeux la touchante langueur Annonce assez que l'amour est vainqueur. Ah ! du plaisir que l'amorce est puissante! Pauvre Cynthie ! elle croit apaiser Un tel tourment par un simple baiser.

Trop vain espoir!... Égarée et tremblante Elle s'approche, et d'un céil inquiet Voit si tout dort au loin dans la forêt. Sa bouche alors, craintive et caressante. Va se poser sur la bouche charmante D'Ëndymion. Mais à l'heureux pasteur Morphée, helas ! déroba son bonheur, Ou bien plutôt la timide déesse Si promptement satisfit son vouloir,

Qu'éveille même il eût pu recevoir En tout honneur une telle caresse.

Je sais fort bien qu'un baiser de l'espèce A nos beautés, fut-ce au fond des forêts. De notre temps coûterait fort peu ; mais Aurait-il eu dix fois moins de tendresse Pour Cjothia, prude comme on le sait, Ce n'était pas un petit pas de fait.

Ce baiser pris, du trouble qui l'agite Croyant avoir adouci le tourment, La deite veut s'en aller bien vite.

Mais Cupidou en ordonne autrement.

En s'eloignant elle tourna la tête ; Peut-on partir sans un dernier regard?

Et ce regard acheva sa défaite.

Pour résister, hélas I il est trop tard ! Dans ses beaux jeux quelle volupté brille ! Ah ! de Latone est-ce la chaste fille?

Si la pudeur a cessé son tracas.

L'orgueil eu cor cause qiiclqu'embarras :

On n'aime point à faire les avances ;

Il lui paraît qu'en telles circonstances,

Hanter ainsi jeune garçon qui dort.

N'est pas prudent , car s'il n'est pas de glace,

Au doux aspect de si divine face

11 doit brûler, à moins qu'il ne soit mort.

On songe à tout, et si quelque commère,

Car il en est dans les bois comme ailleurs.

Par aventure apprenait cette affaire,

Qu'adviendrait-il? elle craint les railleurs.

Chez les humiÛQS si l'amour rend habile, Les deites ne, te^r cèdent en rien ; Pour se cacher il fallait un rnsOjen, Dame Cjntbie en aurait trouvé mille.

Bref, d'un nuage azur et purpurin Pudiquement elle entoura le sire ; Et, pour n'avoir nulle raison à direi Si par hasard il s'eVeillait soudain , Elle conclut, en personne capable,

Qu'il était juste et même convenable De rendormir jusques au lendemain.

Il me faudrait ta voix voluptueuse.

Gentil Bernard, pour chanter dignement Le doux ëmoi de la dame amoureuse A son loisir contemplant son amant.

Ah ! pour aimer est-il assez d'une ame ? Que de soupirs plus bnilans que la flamme ! Soupirs perdus, notre pastoureau dort.

Que le sommeil quelquefois nous fait tort !

Nul n'ayant part aux secrets de sa belle,

De tous ces faits nous n'aurions point nouvelle,

Ce beau récit n aurait jamais paru ,

Ëndjmion fât resté peu connu,

Diane encor passerait pour cruelle ,

De ses vertus on vanterait l'ëclat,

Si par bonheur un certain Cornimouche,

Demi-bouquin, faune de son état.

N'eût pas surpris notre beauté farouche.

DIANE ET ^DYMION. a39

Ce Comimouche était un vert-galant ; Il aimait fort, mais, amant très physique^ Il donnait peu dans l'amour platonique.

Près d'une belle il était pétulant, Parfois heureux, et toujours insolent.

Il était laid, doit Tétre tout satyre; Ce n'est son œil ni son teint qu'on admire^ Suffît qu'au front il soit assez bien fait; Et sur ce point le nôtre était parfait. Mais par malheur, aux fêtes de Cybèle , Sans grand sujet s'étant pris de querelle Avec un bouc dont il était parent.

Il combattit , et dans ce différent Il el)récha sa corne la plus belle.

Chasseur de nuit et maraudeur errant^ £n Inretant à travers le bocage, Il entendit je ne sais quel soupir, Soupir étrange, et qui semblait venir D'une beauté sensible et peu sauvage.

A la rumeur, l'indiscret personnage.

340 DIANE ET^ENDYMÏON.

La bouche ouverte et le col alonge^ Prêta Toreille ; il eut bientôt jugé Ce qui causait cet amoureux ramage.

Qui de Tamour ne connaît le langage?

« Oui dà, dit-il en ricanant tout bas. Le ciel est juste et Cupidon m'exauce : Courage y amis, ne vous dérauget paâ^ Mais; par Jupin, je serai de la noce! » Et regardant d'où provenait le bruit.

Il aperçoit à petite distance Sous les buissons quelque chose qui luit. Vers cet objet il approche en silence ; En quatre sauts il se trouve voisin Du beau nuage azur et purpurin.

Il tourne autour, il tâte, il considère, Alonge un pied que la frayeur retient, Craint quelque niche, il s'éloigne, il revient. S'éloigne enco'r, et retourne à l'afTaire. Il sent très bien qu'à l'abri tutelaire Veillent les gens qui l'intriguent si fort ,

Mais pour les voir il ne sait comment ùàre. Entrer dedaiis lui paraît téméraire ; . Car s'il est brave auprès d'aune bergère, C'est lorsqu'il croit que le berger est mort.

Il hésitait^ quand le fumel flii drôle Hors du nuage attira Corinole, Cbien du pasteur* L'epagneul curieux L'examina, le flaira de son mieux; Mais sa figure étant À lui connue.

Sans dire un mot il rentra dans la nue.

A cet aspect, tlGSbtjrejoj.eux

Prit ranimai pour Ten^oje des dieux

Venu du ciel pour ouvrir le passage.

Ce beau penser, ranima soa e4>urage.j

Et ventre à terre;, mn^ qu'un, vrai bouquin,

Sous la vapeur il se fraie un chemin.

Ab I quel spectacle à s^ yjeux se présente ! Une beauté dont la voix délirante

Eu longs soupirs exhale sa langueur^ Et sourd aux cris de la douce bacchante Un gros garçon ronflant de tout son cœur. Sans être vu le bestion épie.

Pour Cjthérée il la prit un instant; Il souriait^ mais il fut plus content Quand à son arc il reconnut Cjnthie.

De peur du gars il avait bien envie D'aller chercher encor un compagnon, Mais la paresse ou quelqu'autre raison Sut triompher de la poltronnerie.

Un homme honnête, en un semblable cas,, Ferme l'oreille ou dit ([u'il n'entend pas; Mais un satyre a peu de politesse :

Sur quelques mots de la chaste dées^ N'y tenant plus, et riant aux éclats, n témoigna sa rustique aUégresse.

Figurez-vous la honte, le chagrin D'une dévote , Agnès intolérante

Qu'aurait surprise un indiscret voisin Dans la façon de quelqu'acte mondaiu.

Après cela que Ton se représente Une princesse, une divinité, Sœur d'ApoUou, reine de chasteté, Une vertu que tout rOljnipe admire, Prise en délit par un maudit satjre !

La pauvre amante, à cet éclat soudain ,

Tournant la tête, aper^t le vilain.

A ses regards quand Fhorrible Gorgone

Quand Alecto, Mégère, Tisiphone

Eussent paru, plus mortelle frayeur

Au noir aspect n'eût pas saisi son cœur.

Devant ses yeux se présente l'image

Du ridicule, et toute son horreur.

Au doux éclat dont brillait son visage

A succédé la plus sombre pâleur;

Son sang se glaee, et tout son corps frissonne f

Elle veut ftiir, la force l'abandonne.

Le front courbé sous le vent du malheur;i

Elle fléchit ainsi que l'anémone Que dans sa course à foule le chasseur. Ënfin^ cédant au poids de sa douleur»

Le cœur nâvre\ la dolente personne Tombe en pleurant sur le sein du pasteur.

De tels sanglots, un desespoir si tendre^ D'un malôtier eussent touche le cœur ; Mais le butor point ne s'y laisse prendre : A des soupirs il n'est homme à se rendre f Et l'on sait bien qu'un pareil animal Plus qu'un housard est rustique et brutal. Faune jamais n'eut les formes galantes.

Si le manant de se» mains insolentes N'a pas encor commis d'iniquilës.

C'est que de rire il se tient les côtés. Par un baiser il ouvre la campagne ; Pour un baiser ue faut ni mains ni bras ; Mais ce baiser le drôle l'accompagne D'un compliment qu'on ne se permet pas.

L'indignité du gi-ossier personnage A la déesse a rendu son courage; Bref, un souiBet digne d'un porteur d'eau Va s'appliquer sur l'ignoble museau.

Comme Actéon elle eût traite le sire, £t sans mentir il le niffritait mieux ^ Mais elle s^it^ et son cœur en soupire, Que son pouvoir ne va pas jusqu'aux dieux. Or, un satyre est uii dieu comme un autre. Et je connais telle illustre beauté Grande dévote en leur divinité.

Chacun son saint, ce n'était pas le vôtre, 0 Cynthia! comme je l'ai conté.

Certe, un souiBet sur une face bumainc

Fait son efïfet et déroute un glouton ;

Mais en donner à semblable raton.

Fut-ce du poiug, c'est bien perdre sa peine.

Aussi crut-il comme chose certaine

Que GjQfbia Jui prenait le menton.

11 en sourit, redoublant d'arrogance,

Et prétend bien prouver par sa ferveur Qu*il mentait une telle faveur,

La chaste dame, en eette circonstance, Fit preuve aussi d'une grande valeur :

On peut jurer, s^ns passer pour flatteur. Qu'on n'a pas vu plus superbe défense, Ni pour l'honneur combat plus méritant Depuis qu'Antoine, exemple d'innocence, Contre la chair en sa grotte luttant, A Proserpine opposa résistance.

D'ongles, de bec, en&n elle fit tant, Que le croquant, fatigué de l'ouvrage, En se voyant tout meurtri, tout en eau. Craignit pour lui quelque plus grand dommage. Quoique satyre, et très vilain oiseau.

Tout comme un autre il tenait à sa peau. Le pastoureau qui ronfle à son oreille Lui fait grand'peur : si ce garçon s'éveille Il faut combattre ; il porte un gros bâton.

Son arc est prêt, et son chien n'est pas bon . Puis un devoir parle à sa conscience : Endjmion est de sa connaissance, E.t se brouiller avec un tel ami !

A ce penser le pauvret a frémi.

Il yaut bien mieux toucher ce cœur rebeUe Par la raison, par un bon argument, Faire^ en un mot, parler le sentiment.

Yaï conséquence, il propose à la belle De vouloir bien le pajer de retour,

Et lui jurer un éternel amour;

Ou bien sinon qu'il ira dans la Grèce

Conter partout qu'une pure déesse

Â.\i coin d'un bois, au bel air, en plein vent,

En lête à tête, et langoureuse ivresse.

Tontes les nuits jase avec son amant.

Si l'on n'y croit, qu'il en fera serment.

Et par le Stjx ; voyez quelle ame inique !

Mais tout satjre est un peu satjrique {

C'est sa nature : aussi la déité

A ce propos perdit de sa fierté.

Fort humblement elle pria la héte De lui garder cette affaire secrète ; £t pour sa peine à son co^ur amoureux Elle promit une dryade ou deux.

Ah I de vertu quel exemple subUme!

Quel dëvoûment illustre et magnanime !

Une matrone, une divinité, Diane enfin, une vierge sévère, Pour conserver toute sa pureté, De son plein gré peut consentir à &ire Le beau métier qu'au pays tourangeau Faisait jadis le conseiller Bonneau.

Le Corniraouche, assez sot par nature, N'avait pourtant la cervelle assez dure Pour ignorer que de lâcher l'objet.

L'objet qu'on tie^it pour cekii qu'on promet, C'est perdre au jeu. Donc, à cette ouverture 11 répondit en re&sant tout net.

Diane en pleurs répète sa promesse.

Daigne ajouter un niot de gentillesse ; Rien ne lui fait. O mortel déplaisir!

0 désespoir ! faudra«t-il consentir^ 0 vous, Cynthie! ô sage des plus sages! D'un chèvre-pied à souffrir les hommages !

A lui jurer Dans un si grand danger.

C'était le cas d'e'veiller le berger ; Mais qui ne sait qu'en pareille détresse Ce n'est jamais k l'amant qu'on s'adresse? Aussi le bouc, qui voit qu'on a pense, Se garde bien de faire l'empressé; Tout au contraire, jl prétend, il assure Qu'également il aura du plaisir A raconter la joyeuse aventure.

Il fait semblant, à ces mots, de partir. Quel embarras! que faire? perdra-t-ellc Le droit si beau de passer pour cruelle? Ou faudra-t-il, pour en garder le nom, Cesser hélas! de l'être tout de bon?

L*honneur au fond vaut-il la renommée?

Est-ce un trésor digne de tant de soin? Si tous les deux sont un peu de fumée, J'aime bien mieux celle qu'on voit de loin. De son destin à quoi sert de se plaindre ? Entre deux maux il faut choisir le moindre : C'est ce que fit la fille de Jupin.

A la raison elle revint enfin.

Le dieu partait, d'un seul coup de prunelle Sans grand fracas la dame le rappelle ; Il revint vite .Quand le serment fut fiiit, La déité le trouva bien moins laid.

Fils de Vénus, telle fut ta vengeance.

De 1^ vertu voyez la récompense î

Jeune beauté, refusez maintenant

Votre tendresse à quelque jeune amant !

Réservez bien une grâce si chère,

Pour qu'un vieux bouc vous fasse quelque joar,

Et sans contrat, ni témoins, ni notaire ,

Donner du nez au tréhuchet d'amour.

Si m'en croyez, avant l'été de l'âge,

D1AI4E ET ENDYHIOH.

SaD9 grimacer d'un e'poux faites ckoix.

La pruderie, au salon comme aux bois, Ne prouve pas que l'on soit la plus sage.

^0vtitx,

Ut Sboxcuv.

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