‹ Satires, contes et chansonnettesChapitre 24 sur 28 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

Je veux ici vous raconter un cas Très véritable et qu'on ne croira pas.

En seize cents ^ grand siècle de sottise ^^ Un jeune clerc du pays provençal, A Beauveser aspirant à l'ëglise , Vivait du ciel et ne vivait pas mal.

Il lui survint un jour un héritage D'un certain oncle appelé Bouffignon ^

Grand usurier et ruse maquignon

Qui près de Nice était mort de la rage.

Le Bouffignon était ^ de son vivant, Un fort doctmir ; on disait en Ptovence Qu'avec le diable il avait accoin tance. Ce qui se peut; sur ce fait peu savant, En l'assurant je ne voudrais lui nuire ; On le disait c'est ce que je puis dire.

Notre héritier, dans les nippes du mort, Trouve un bouquin que, sur la reliure, On aurait pris pour honnéle écriture; Mais qui n'était , par un nhallieureuSt sort , Qu'un livre impie , un traité de grimoire Et de Satan la véritable histoire.

L'esprit malin , par le style attiré , Comme amateur, en façon d^ouditoîre Dès la préface apparaît au curé.

Le bon lecteur déjà s'est figuré

Qu'à cet aspect notre écolier fnssonne ; Le diable est-il si yilaine personne ?

Ëst-il si laid? il est plus d'un chrétien De moi coonuS; qui, sans leur faire injure Ni préjudice, à changer de figui% , Aux cornes près, certes ne perdraient rien. Je dis cela sans humeur ni malice , Mais à chacun il faut rendre justice.

Ledit garçon, nommé Louis Thomas,

Ou Gofridy , selon la circonstance,

Tout en jasant avec le Satanas ,

Naïvement lui fit la confidence

Qu'à la tendresse il se sentait le cœur ;

Qu'être une fois bien aimé dans sa vie

Etait son faible et sa plus douce envie ;

Mais qu'en amour il avait le malheur

De ne trouver que dédain et rigueur.

« Quoi ! dit Satan , ces dames si traitables.

Pour toi tout seul ont un coeur de rocher !

Nous les rendrons, mon cher, plus raisonnables.

Tu n'auras pas besoin de les prêcher;:

Quand tu voudras qu'à toi l'on s'intéresse Et formeras <{uelque tendre souhait ^ Tu souffleras^ et , quel que soit l'objet^ Je te réponds de' plus de politesse.

Mais en retour j'exige la promesse , Et par ëcrit , que tu seras à moi :

Je ne puis pas moins exiger de toi ; Car pour avoir )e secret d'être aimable Ce n'est pas trop de se donner au diable. » L'autre le crut comme article de foi ; Et l'etoumeauy sans marchander l'a l£ftire| Signe au contrat ^ il aurait pu mieux 'faire

Dès que Satan eut quitte la maison , Thomas voulut faire épreuve du don , Et s'approchant de certaine matrone , Prude edentëci effroyable personne Que sa laideur autant que soixante ans Avec succès défendait des galans, D'un fort poumon il lui souffle au visage*

Yous avez vu parfois au pâturage

Un bourriquet y dans un penser glouton ,

Saisir le chou que va vendre Suzon ;

C'est vainement y prompte à la réprimande ,

Que la bergère au baudet entêté

Veut arracher le morceau convoité ;

C'est vainement à la rage gourmande

Que le fermier, opposant un bâton ,

Pre'tend troubler l'imperturbable ânon ;

n brave tout; en dépit de l'orage ;

Il va son train et finit son ouvrage.

Tels sont la dame et l'imprudent souffleur :

n crie : « Au meurtre ! au secours ! > Par bonheur

On l'entendit y on arrive à son aide ;

Et le bailli; que la garde précède ,

Vient l'arracher des mains de ce vautour

Et le sauver du satanique amour.

Mens Goiridj y sensible à la blessufe y Craignit l'éclat que ferait l'aventure , Et se hâta de quitter le pays.

Comme à Marseille il avait des amis , Il s'j rendit. Aux docteurs de la ville Il se donna pour un prêcheur habile.

Mieux qu'Abeilard il savait son paUTy Et connaissait Chrjsostôme et Virgile.

Sur sa parole ou lui trouva bon air y Et d'écolier il devint magister.

Il était là pour le bien de son ame ;

De convoitise il repoussait la flamme.

Se souvenant du vieux tison d'enfer ,

Il craignait tant quelqu'epreuve nouvelle y

Qu'il se couchait sans souffler sa chandelle.

Mais ici bas quel vouloir est constant?

Ah ! tout s'y fait comme le ciel l'entend.

Tel se croit maître et se dit autocrate ,

Qui n'est qu'un masque y impuissant automate j

Marionnette au front de souverain y

Dont Dieu là haut tient le fil en sa main.

Il existait dans ces tems à Marseille

Une beauté y beauté dont la pareille Ne se trouvait dans l'univerâ connu. On l'appelait Magdeleine Palu , Ou la Palud. Honnête était son père ; D'argent comptant il était bien pourvu j Mais de raison , c'était une autre affaire ; Et dans la ville il avait le renom D'être en tout point un triste compagnon. Heureusement sa femme était gentille^ Et de là vint le bon sens de sa fille.

Un front de lis, sourcils et blonds cheveux , Regard fripon ^ petit pied , jolis jeux , Un teint de rose, une taille de reine i Seize ans^ voilà l'aimable Magdeleine.

Mais par mal heur , avec tant de beauté , La belle avait encor plus de fierté.

Jamais Daphné y jamais Alcimadure , Jamais Pallas, n'eurent l'ame si dure.

Dix épouseurs qui s'étaient présentés ,

Très duremeol honoiset rejeta ^ Prirent la moiiehe en divierse manière , Suivant leur rang , bufneiir et quiilit^f . L'un dextreipent &n fond de la rivière Fit le plongieoQ f la tàke la pl«inière } L'autre y un matin f à l'aide d^vn )io»l| Dans son grenier s'aeeroeha par le col ; Un autre enfin d^une &çon emdle S'ouvrit le ventne en rhonnenr de sa btUe. Ceux qui restaient, par ua dealin piua doux. S'acheminaient vers l'hôpital des fous.

Monsieur Palud et sa fiemme et s^ fille , Gens étourdis >^ d'assez mauvais pessur, Dans leur cerveau croyaient qu(& la famiMe De tous ces fiiits retirait grand hœtUMiuf-.

Non loin de là vivait ^ discret et sage. Un jouvencel d'a&tîqne panentag^ , Que ses voisins nommaient le doux François. Certe , à l'amour nul n'avait plus de droits ; Bonté, talens, i^rit, grâce, figpre.,

LE SORCIER. 3ft3

Ame sensible f élégante tourdure ;

Tout ce qu'il fiant enfin pour parvenir^

Plaire et chariBer cbtex lui semblait s'unir.

Dans le quartier il n'était une belle , \'

Noble ou bourgeoise I ou veuve ou demoiselle^

Ayant du goût et (Quelque santiment ^

Qui n'eût voulu de Fraiiçois pour amant.

Et cependant , bien loin de fiiîre usage

De Famitië de tout soti voimage ,

En vrai reclus^ morl aux biens d'ici-bas,

Sans y songer il vojait ces appas.

Mon qu'il ne fût^ pour la pnlx ou la guerre ,

Un champion de vaillant caractère ,

Mais dans sob eeeur nu amour malbeoreux,

Amour Rioetie , éteignait d'autres feux ;

De Magdeleine il avait l'arhe eprtse.

Si de mourir il n'a fait la sottise.

Il est certain qu'il n'en vaut guère mieux.

Depuis trois ans , enticbé de )• dame ,

De ses rigueurs semblait croître sa flamme j

Aimant d'amour, et d'amour peu commun y Il n'aimait point en amant importim.

De tems en tems s'il osait dans la rue Suivre sa be)le et jouir de sa vue, Simples regards et langoureux soupirs Modestement exprimaient ses désirs.

Par quelques ^oins la cruelle coquette Daigna d'abord assurer sa conquête , Et dans ses lacs dès qu'elle le vit pris, Il redevint l'objet de ses mépris.

Un matin donc elle dit à son père :

« Certain François^ que je ne connais guère,

Dès que je sors vient faire les jeux doux.

J'en ai vingt fois témoigné mon courroux.

Delivrez-moi de tant d'impertinences;

Car^ s'il ne cesse enfin ses doléances,

Il faudra bien que je reste chez nous. »

Le bon papa, gentilhomme fort béte Comme on le sait, agréant la requête ,

S'en fut trouver messieurs les magistrats ; A sa façon il raconte le cas.

Et; par arrêt de la troupe irobecille^ Le doux François est chassé de la ville.

Le pauvre amant reçoit , sans autre avis^ L'ordre formel de quitter le pays.

£n soupirant il gagne la campagne ; De ses voisins le regret l'accompagne.

Chacun maudit un si funeste joiir^ Monsieur Palud^ Magdeleine et l'amour.

Il chevauchait tristement dans la plaine, £t tendrement il pleurait l'inhumaine y Quand Golridj, qui revenait des champs , Le rencontra tout confit dans sa peine. L'oreille basse et les jeux larmojans.

A la pâleur, à l'air de son visage,

On aurait cru que pour le grand voyage

Il cheminait. Aussi, d'un ton bénin ,

Thomas s'enqtiit si de son miniâtère, £a ce momeuty il n'arait pas 4 înite.

Sur son refus, un autre moins butnaiii Eût dit : Ameti; et pftss^ soù chemin. Mais notre clerc, d'humeur compatissante , Comme autrefois le bon Samaritain , Veuti à de&ut et de Thuilé et du rm, Offrir au moins parole consolante ; Et poliment il demande ati pauvret Quel est son mal y quel en est le sujet?

François , touche j \m liih sa confidence : Il lui dépeint ses feux et sa «onstanbe , De Magdelon Pinficxible riçuettr.

Son injustice, et le peu d'espérance Qui lui restait d'arriver au bonheur.

Tout attendri, Thomas lui fit promesse D'aller trouver sa farouche maîtresse^ De la prier, an nom de la pitié , De lui montrer un peu pins d'amitié.

11 n'y manqii» : de retour à la ville, Saos plus tarder U court au domicile Du bel oliîef adofë pa? François.

Il n'eut besoin de re|farder deux fois Pour s'as^ver que fille si jolie Mentait bied qw'ain fit une folie; Mais cependant^ fidèle à b4»ii Bermeiit , U tint son souiBe et paria pour Tainant.

Vaiue démarehe , inutile âoque<iee !

On vous a dit avtc quelle intégiini*e Des vrais oi'oyatt» te soblime empereur Dans le sérail tti^ùxX l'iuubaâftàdeur D'un châtéidin de 6rèee Ou de Aotnagn^, Qui vient, tremblant, saluer sa grandeur j Ou bien enoo^ «l[immèhi (m comtUandtfUr, Demi Jean-Baiit de 1» GraUde^Bretagne , Traite tM murdliand que son malheureux sott A fait voguer dans les eaux de sou bord. £b bien ! pourtant leur air de suffisance , Turc ou Bt^tOfi, 6àt pâMé pour poli^

368 LE SOaClER.

Si Ton eût vu sur quel ton d'insolence Le pauvre clerc ici fut accueilli.

« Vraiment, dit-elle , en voici bien d'une autre ! Le beau sermon ! Quel est donc cet apôtre Qui vient chez nous précber la passion? Quel doux langage I et qu'il a d'onction ! Allez y allez faire quelque autre cure , Monsieur l'abbe : ce François, je le jure , S'il n'a que moi pour se mettre en maison y Ëncor long-tems pourra rester garçon.

Consolez-vous ) faute de mariage, Vous pourrez bien faire l'enterrement, Quelque matin, de ce sensible amant.

Dans tous les cas vous aurez de l'ouvrage.

Notre avocat, peu savant en détours, Ne peut tenir à ce méchant discours ; Et, pour venger l'amoureux qu'on outrage^ En la quittant il lui soufQç au visage.

Heureux Thomas î au souffle ensorcelé

Une autre fille aurait soudain brûle.

Ici néant; car, grâce à sa nature, La nôtre était d'une trempe si dure, Que ce poison, tout ardent qu'il était, Pour le moment point ne lui fit effet.

Le jour suivant elle éprouvait dans Famé Un certain trouble, une secrète flamme.

Désir nouveau, vague et magique ardeur.

Quoi! disait-^lle, à ce maudit prêcheur Sans le vouloir à chaque instant je pense !. En vérité, je trouverais charmant Qu'un tel maroufle eût eu Timpertinence De m'inspirer un tendre sentiment !

Bon gré, mal gré, la belle mijaurée De mille feux se sentait dévorée.

Contre le sort il n'est pas de vertu ; Aussi, combattre eût été superflu.

Cédant au mal, force fut de se rendre . Un jour enfin à madame Palu :

« Que je voudrais^ dit-elle^ aller etiteiHire Ce frère en Dieu dont chacun dît du bien. • Dans ce dësir la mère ne Ttt rieu Que de prudente et louable pratique, Et consentir fht sa seule réplique.

Pour revenir au pauvre ambassadeur, Rentre chez lui d'assez mauvaise humeur. Il écrivit à François « que sa belle , Sotte, bégueule, insigne péronnelle, N'était le fait d'aucun homme d'honneur; Qu'il pouvait bien encor s'oeeuper d'elle S'il le voulait ; que pour lui, serviteur. •

Il est certain que contre Magdeleine

Ledit Thomas était fort irrité,

Et qu'en soufflant il n'avait projeté

Que la punir de sdn humeur hautaine ,

Bien décidé, sourd à l'humanité^

De fermer l'œil et d'être avec la dame

Tout aussi froid que le ^t |)Our sa femme

Le bon marquis C^rdowm de Langais Loraqu'en la cour il psrdit son procès.

Mais que sur nous nous avpns pei| d'empire ! Que le démoa est p(eiii4c çt mgiin !

A nos dépens comme il se pbît à rirp. Comme il se joue^ bi^as ! 4u cœur humilili • En tems et lieu fious dirons ce mystère.

Frère Tho^naSi prompt jà son miiM^tère^ Ferme à sa thèse était dès \q matip.

Quand tout a coup la gen^i^l^ fillette Monte au parloir et frappe à la planchette. On peut juger quel était spQ rfmoi ; Non, ce n'est plus et^tte beauté sévère, Cette ame dure et n'admirant que soi ; C'est une tendre et tiinide bergère « Comme elle iren^lç h son acte ^ foi ! Ce qu'elle ^it, certe, est chose peu claire, Et cependant, si|ps lexiqiie ou gr^ipmairçi Ni Richelet, ni Pl^iljpppn, je croi

Qu'en tous pays un savant ordinaire Sans hésiter eut traduit : Aimez-moi.

Le doroinus à tout ce verbiage Faisait le sourd; pouvait-il davantage?

Car que repondre à si douce oraison? Quel est celui qui pourrait dire non?

Et c'est, je crois, déjà faire merveille, En un tel cas, que de fermer l'oreille. La belle enfin lui dit : « O saint docteur. Un gros péché me pèse sur le coeur!

J'ai, l'autre jour^ que Dieu me le pardonne. Reçu fort mal une honnête personne, Un savant clerc qui venait poliment Par charité me parler d'un amant. »

A ce récit , remémorant l'affaire, Thomas sentit réveiller son courroux.

« Oui-dàî dit-il, la belle enfant, c'est vous Qui pour les gens avez l'ame si fière î Point je ne veux d'une telle écolière :

rade retrà, » La pauvrette, à ces mots,

Ne repondit que larmes et sanglots ;

Et Gofridy, content de sa réplique, ^

Mit son bonnet et ferma sa boutique.

0 cruauté! si mon bon ange un jour

Veut m'accorder le joli don d^ambur,

Je lui réponds d'en ÏAive un autre usage.

Notre sorcier, au fond, n'était pas sage :

Laisser souffrir une jeune beauté.

C'est en tout point manquer de charité.

Mais le plaisir que donne la vengeance

Est, m'a-t-on dit, bien plus doux qu'on ne pense;

Et je le crois, puisqu'on peut estimer

Un tel déduit plus que celui d'aimer.

La larme à l'œil, la triste Magdeleine Tâchait en vain de déguiser sa peine.

Lorsque sa mère , au savant entretien Tendant l'oreille et ne comprenant rien, Vint durement la tirer par la manche.

« Allons , «Uonsy vous iolret dimanche,

S'ëcria-t-elle, aTcx^-YOuft àtsme à coeiir

De parler grec et deyenir dactenr? «

La bonne dame aTaît Vinnueur criarde,

De l'irriter fallait se donner garde :

Vous prendre au poil ou ▼ouB'saiiler aux Jtmi,

Vous souffleter^ cVlaiit iA de ses jewc.

C'était enfin une rude femelle ;

Nulle n'était plus provençale <{u'«ile.

Or, Magdelon, qui bklii hn comaiuaSl

Le geste vif et k brfts peu dâscpet,

Pour arf éter sa bmtale âo<|<nenee

Gagna la porte et sortit en «iience.

Je pourrais biea vous apprendre o^mment Trois jours après on la vit tristement, Le front baissa , retenir chez le frèvc | Comment ThfiOMis, oubliant m eôlèffe> Sentit soudain qu'tni ooeor si «délicat Valait au moios le baocalauréaft^ Le lendemain , comment , dans sa fiiiblesst,

Cédant enfin au channe qui le presse^

Sut un motif que je n'ai pas bien su.

Il fut trouver monsieur de la Palti ;

Comment sa fille Heleisey professe,

Fut très sensible à cette politesse,

Et fit promettre au directeur-servant

Qu'en ce logis il reviendrait souvent.

Je dirais bien aussi comme en cachette

Petits propos^ pâture d'amourette.

De tems en tems amusaient leurs loisirs;

Mais des amans supputer lesseupirs

Rend une hittosre un peu trop narcotique;

Ne faut outrer le genre romautique.

Il suffira que j'annonce au lecteur

Qu'on en ëtait à ce point de ferveur

Où les doux jeux, les mots, les je vous aiwe.

Ne semblent plus que ragoût de carême ;

Et que le clerc aurait échangé net

Contre un contrat, sa robe et son bonnet.

L'occasieni en amour comme en guerre,

376 LE SORaEK.

Pour le succès est le point nécessaire ; Et ce point là ne se trouve à souhait. Quand les parens en leur esprit mal fait Ont des raisons de veiller sur leur fille. L'œil d'une mère est plus sûr qu'une grille.

Tous les moyens par l'amour inventés Sans grand suecès long-tems furent tentés. L'oreille au guet^ la vieille soupçonneuse Du sombre aspect de sa mine fâcheuse A tout instant e&rouchait l'espoir.

Combien de fois en leur plainte amoureuse Le dieu malin fut requis d'y pourvoir ! Stériles vœux I où le diable s'ingère Il est trop vrai qu'on ne réussit guère ; S'il met, hélas 1 le nez dans nos amours. Loin d'avancer l'on recule toujours.

Triste sorcier ! malheureuse fillette !

La chose ainsi ne fut long-tems secrète ; Quand la chandelle est prise des deux bouts

L£ SORCIEB. 377

On y voit clair. Bientôt dans tout Marseille

Chacun connut et la belle et ses goûts.

On jasa fbrt| et Ton cria ; merveille 1

Quoi ! disait-on y cette fière beauté

Qui méprisait richesse et qualité^

D'un capellan a la tête félé^ ! >

Mais la pauvrette est donc ensorcelée !

On répéta la chose tant et tant^ Que la cour d'Aix^ tribunal compétent, Haut parlement eonnu pai* son. courage A faire pendre et tenailler les gens.

Crut qu'on devait sans tarder davantage Faire arrêter' ces coupables amans; Bien assuré qu'une fille endiablée Pour son salut devait être brûlée « 0 mes amisy vive le bon vieux tems 1 Que nos aïeux étaient doux et prudens ! Pour empêcher une pauvre donzelle D'aller pâtir en la flamme éternelle^ On la brillait pendant une heure ou deux.

378 LE SOHCIKR.

C'était iaDê doute un momMit très Acfaenx^

Mais pour quitter cette triste demeure.

On peut souffrir; qu'est-ce, après tout, qu'une ktiore^

Et même deux, près dé rétefnîté?

Nous n'avons plus cet ekoès de bôilté;

Las ! au sabbat on va eoknme & la fête ,

En pleine rue on dresse le ttëpié,

Et chacun peut faire au diable amitié

Sans qu'on lui brille un chëreu de k tête.

Ne conclue» pourtant de moft serAimi Qu'on ait grillé la pauvre Ifagdéloti. ' En tous pajft quand «ni brâle les fiUes, Ce ne sont pas oeite» qui sont gentillet ; Pour la beauté peint de Laubardemont.

Et si l'on hait une vieille mégère , De Belzébutk horrible messttgère^ Si sans pitié les juges é'en défont, Point n'est ainsi de jeune enchanteresse. Pour vivre enfin ne fiiut que gentillesse. Mais Gofridy, qui certes n'e«t pas b^au,

Pourra courir grand risque de sa peau ; Kn vain pour lui le diable s'interesae.

Paisiblement reposant dans son lit, A bien dormir il ^Mdployait sa nuit, Lorsqu'un ftevgent à la mtiie fëlônne (Jamais sergëtlt eûl>-il la mine bonne ) Vint Tin vi ter à veniir sdiM lirçon ^ De par le fdi^ prendre place eu pri&on.

Le lendeniâîik) trfféiiH à I^atldieft^ïe, Il trouve en corps ce damne tribunal , Qui bellement, cotlittke eti r^ouîssance, Sans écouter ni ratsoî) tii lôqueilce.

Par un arrêt en latin-provençal^ Condamne au fcU le pauvte lhisé)rable.

Dans son cathot ausàitM inécokiduit, Il attendait le sigtial effirojàble, Quand par hasard il lui vint à Tésprit, Faute de mieux, d'appeler le maudit.

Le maudit vint, mais non pas à son aide. Car à ses nianx loin de porter remède. Il s'avisa de plaisanter. Vraiment C'était le lieu, c'était bien le moment; Aussi le clercj pique de l'insolence, Lui souffle au nez... 0 bénigne influence ! 0 douce haleine!. A peine le railleur A-t-il senti le souffle séducteur, Que repentant, il lui demande en grâce La liberté de se mettre à sa place.

Notre Thomas accepte de graïid cœur.

Le rossignol finissait sou ramage. On entendait les coqs du voisinage, Tout s'éveillait, et de l'astre di^ jour Déjà l'aurore annonçait le retour, Quand trois archers entrent dans la geôle, Vont au malin qu'ils prennent pour Thomas, Et prudemment lui ficelant les bras, Le font sortir sans dire une parole.

Qui ricanait? c'était le Satanas.

Franche niiouche il arrive k la place ; Ud grand bûcher au milieu s'élevait; Aux aleotours nombreuse populace A sa santé blasphémait et buvait ; Les plus zélés dansaient la farandole.

Tout en ballant ils attrapent mon drôle^ Et, rapprochant d'un beau cent de fagols Ornés d'un pal et de deux angelots y La mèche aux poings lui passent'la bricoley Non sans un peu s'accrocher aux ergots. Quand on fut prét:à terminer l'affîtire. Un assistant au patient dit : • Frère^ • De vos méfaits ^montrez quelque douleur. » « Foin! » dit Satan. Il n'était de réplique, Et pour trancher à ce discours cynique. On met au feu le méchant discoureur.

Mais, ô surprise 1 ô miracle! ô terreur !> Le faux Thomas que la flamme environne, Jouant du bec roi^ux qu'un prédicateur.

382 L£ SORClEâ.

Huanly sifflant^ gpesAiciile et booffbwfte. Le bon pubUe^ ak>B[çe«nt le mu^^au^ Souffle au brasier> souffle eneor^etrefsottffle; Et le pre'vôt met la pelle ali fourneau. L'Esprit s'en gaussci au plus dru s'emmitoufle : Ledit preVôt tisonne de plus beau } C'e'tait abus oonire uH pareil marouffle. Ce feu semblait lui rafratcbir la peau; Et l'on peut biea déclarer sans igure Qu'il était là coimtte un poisson dan» l'eiu. Quand il fiit Ls de dire des injures Et de faargner lespanvres^ctéatures^ Il prend son toI ^ et laisse )uoà otson» Le nez en l'air se ebauffer aujc tisonâ.

Pendant ces faits ^ le sorcier de PrOTenoe, De la prison s'écbappant en silence f Gagnait les champs et marchait d'un bon pas , De tems en tems regardant par prudeoce Si les charbons ne le pcMirsutTaient pas« Deux jours entiers il trotta de la sortCi

I^E SOECIEB. 383

Et le troisième il «mme k la porte D'un ^and moather, «ù de jeunes iiomuriQt Il entendit les ««cens argentins* Voix de fillette inspire cenfianee ; Notre Thomas^ ëpnisé dfabstineDcei Sonne la cWke et danande hamblement L« coin dn &m pour la ■nitsenloneat.

Sur sa recpiéte cm Tadmet à h gnUc :

Au même instant une noB»e geatitte

S'offire k S13S jeux, Esl«ice vu ppfflftîge? non*

O coup du ciel! c'est notre Magdelon.

Dans un aeato de «olèit^ «movreuflei

La pauvre enfust^ Teno9%mt au àimoB,

Un beau matin s'est Mi jnaïgîeuiK.

Notre nonnelk^^ k l'aspect 4e Thomas, Qu'elle tient mort edMsme 4(pu Barahas, S'imagina ifue l'BsfH^t en pfli!90Dlie^ Pour la tenter venait en;tapiiiois ; Et ufi^eimit s« y^Hm d'aulrefotSi Elle a recours à sa d^uce patronne.

Le Gofrîdj se doute de rerreiir, Et s'approehant : « O fille repentie 1 Calmez^ dit-il^ caliiie7. votre frayeur^ Sœur Magdelon , je suis encore en vie.

Je ne viens pas^ en esprittentateur, Vous de'touraer du chemin du Seignmir.

Tout besoigileuX) antre soin m'intéresse : Un peu de pain^ ou je tombe en faiblesse. • Il eut du pain et deia chair avec ; Dans un couvent mange-t-on son pain sec? '

Un mois entier d'une honnête existence Doit en un coeur amen^ repentaricei Aussi Thomas^ dès k trentième jour^ Fit sur lui-même un sincère retour.

Car il n'est rien qu^au repentir n'accorde Ce dieu de paix et de miséricorde.

Père indulgent^ immenSje eu' së^- bienfaits^ Dans sa justice il n'a pas dit : jamais. L'homme seid^ l'homme, au cœur impitoyable, A dit : « Du sang et la mort du coupable. »

Le pauvre clerc, au bûcher condamne, Ici proscrit, là bant ilit pardonne.

Point n'est damne qui s'est montre sensible ; Aimer n'est pas un crime irre'missible.

Il s'amenda par de cuisans remords; Du fait d'amour il expia les torts ; Et, nautonnier instruit par le naufrage, En bon chrétien il finit le voyage.

Witximvoti.

Witxmxou.

Non loin des lieux où se lève la hihe , Tout près dés bords que baigne rOcean , £st un château y l'honneur de la commune y Et le séjour du maire de Ploujean.

« Quel est Ploujean? » diront les gens ignares. Comme aujourd'hui ces gens-là sont nombreux^ 11 ne faut pas se brouiller avec eux ; De quelques mots ne soyons pas avares.

Ploujean ^ messieurs , est un endroit fumeux ; Bourg renomme pour son lait et son beurre -y

390 KERANROU.

De Trougoustin on peut en un quart d'heure |, Sur ses deux pieds , à la garde de Dieu, Sans se presser arriver audit lieu.

« Et Trougoustin , ne pourrez-vous nous dire Dans quel pays, quel etaè| quel empire , Le ciel Ta mis? » Voilà de sottes gens ! Qu'on eût bien dûy quand ils étaient enfans, Leur enseigner dans quelque académie* La politesse et la géographie !

Bref, Trougoustin est voisin du Launais, Et le Launais, messieurs, est en Bretagne. Par charité, laissez-mpiî donc 9U paixf Comment conter, qu^d on bat U es^o[lpl^e'^

^ Pour arriver au lieu dont je pigrlais , Suivez tout droit, ^^$ VQ ombrage frûs, Lç long d'un pré, cpi'unQ msiiu copquéra«U> A su ravir à la vagve incopstii^Qtci.

D'abord un lac se pr^^^te aui( regard&i C'est de Robin, oise^au de haut parsige„ Cigne in Keu , le UquicU apanage.

KfiiUNAOU. S9t

Prince d'une il« et tM de maiiiU couards. Sous le roMiitt que le smole epvironiie ^ Avec Robime il por^e U couroone.

Là, san^ mipûitre ^ ou fiWp qu député , A sa fa^pp exploitant lu justice i

Ses familierâ>> uetteHQent végeotés |

Ne lui font pas dp trop forte, malice.

Quand nn wjet » quelquefois trop gourmand ^

Vient à ^Çi^ keç enlever la greQUille,

Par nv{ pl<^geou diuM Thumide élomtot

21 sait punir Tiroprudente volaille.

Mais approchons : lorsqu'on a dépassé

Le bord du lac, est une maîsojinette ;

De ce logis e'est la poste avancé^

Et de Leblanc l'ordinnire retraite.

Suisse et por^ier> Leblanc n'est point placé

Pour repousser qui veut parler au maître }

Cbez bon patron tout le monde a bon cœur^

Or 9 sa consigne 9 et je dois lu connaitrey

Est en tout temps : « Bntre^ ^ entsez ^ monsieur. »

392 &ERÂNROU.

On entre donc. Un vert et frais bocage Fleurit à droite , à gauche est un coteau ; Un peu plus loin un champêtre ermitage ; Chapelle antique où la vigne et l'ormeau Croissent ensemble et mêlent leur ombrage. Devant vos jeux est un sentier qui fuit; C'est celui-là y mes amis , qu'il faut prendre y Dans le château c'est lui qui vous conduit , Et l'on ne peut jamais trop tôt s'j rendre. Pourtant, je veux vous montrer en passant^ Le potager, la serre et cette allëe.

Où cent vieux buis , en dôme s'unissant y Courbent encor leur tête mutilëe.

Puis cette couche , où viendront quelque jour Ces bons melons que l'on mûrit au four. Uue tortue en cet endroit , naguère , Coulait sa vie exemple de chagrin , Et, par les soins d'une charmante main. Trouvait l'Afrique au milieu du parterre ; Mais un matin son œil s'était ferme ; Ce n'est pas bien , quand vous étiez si chère ^

RERANROU. ZflZ

Peut-on mourir alors qu'on at aime?

Sur votre gauche est la grande avenue , C'est le chemin , c'est la route battue ; Mais moi y chetif, à pied marchant toujours y ^ Je vous conduis par les petits détours.

Nous arrivons , ne perdez patience , Je vois la porte, et Pierre qui s'avance : Pour vous ouvrir il monte les degrës.

Avant d'entrer, regardez la glacière, Voyez la rose â Fombre du c jprès ; Retournez-vous, admirez la rivière Et ce vaisseau qu'on croirait mis exprès. Sa voile blanche, â travers le feuillage , Semble un fantôme e'chappë de la mer, Et qui, pousse' par les sjlphes de l'air , Vient en silence errer dans le bocage.

Dans le vallon voyez courir Satan , Non pas celui qui confisque les âmes, Mais un bon diable , un gentil alezan , Cheval mignon et favori des dames. ""

294 KERANaOU.

Sur le ravin s'âève un momuneot ; Tel un débris de Palmire ou de Rome.

Est-ce une tour 7 un tombeau? non yraimentji Et cfi logis ne fut pas lait pour Tbomme; On ne met là ni mort ni prisonnier^ Mais des pigeons ^ et c'est le pigeonnier.

Quels sont ces «ris qui fraj^nt la vallée?

Entendezr-vous ce bruit?. . J'en suis certain;,

C'est de Plqu|ean cpelqiit ame désolée ^

Quelque bourgjeois qui s'évçrtue en vain

Pour arrêter la fortune qui roule ;

C'est un joueur ou de panme ou de boule ^

Infortuné que poursuit le destin ,

Et qui du coup prend pour ju|^ la foule.

Je reconnais la voix dii sacristain ^

Un bas-Bretop qui n'aime pas le vin .

Mais il est tems de saluer le maître ^ Et franchement devrait^on se permettre Sans son aveu de parcourir ces lieux?

KERANROU. 395

l'y vais , }'y cours , et vôu»^ levez les yens. De ce château la noble architecture Vaut bicBi j€ croisy dans sa sitople parure^ Ces fiers hôtels a«x pignons menaçans , Qui, dans Paris , font pâlir les passans. Du goût solide ki tout est Tenihlème : C'est Keranrouy c'est le sëjour que j'aime, Où si souvent rarohié m'accueillit.

Entrez , messteixrs^ tel est l'oindre suprême , C'est la consigne , et Leblanc vous l'a dit. C'est dans ee» lieux que le bonheur réside , C'est dans ces lieux où la grâce préside; C'est Keranrou, séjouk" de la bonté, Et le manoir de l'hospitalité'. Voici la salle et l'antique tenture Où des chasseurs brillent les vieux exploits. Le sanglier et le eerf aux abois , Chiens et chevaux ,• les prés et la verdure Tout a cent ans. Mais le goÛt délit!af De l'héritier , loiâ du sentier vulgaire , Sut préférer au moderne apparat

3»6 KERANROU.

Les vieux lambris qu'avait aimés son pèlre^

L'aspect d'abord peut vous paraître austère f Mais attendez , ne vous effrayez pas ; Dans ce salon dont la porte s'entr'ouvre , Vous me direz ce que votre œU découvre f Faites silence et suspendons nos pas»

En tendez-vous cette voix douce et pure? 0 voix suave ! ô charmante lecture !

Suivez les traits de ce léger pinceau.

Ces. jolis doigts d'où s'échappe un oiseau^ Et cette fleur, admirable peinture, Où l'art heureux égale la nature* Tout plaît ici : voyez ^ elles sont trois; Si vous pouvez^ amis, faites lin choix ^ Et de trois sœurs devinez, je vous prie, La plus aimable ou bien la plus jolie. Oui, dites-moi, parmi tant de vertus, ^ Ce qu'on admire ou qu'on aime le plus. Heureux effets des nobles soins d'un père. Tout son secret était celui de plaire ,

KERÂNAOU. 397

Lorsque le cœur par^e avec la raîdon ,

On sait si bien faire aimer la leçon.

Dans ce salon, que d'heures fortunées!

Quels doux instans! que d'aimables journées !

Le tems semblait y suspendre son cours.

Je le quittais , j'y revenais toujours ;

Là, j'ai passé mes jours les plus prospères :

L'esprit, le goût, la grâce, la gaîté

Et Tenjoûment et l'amabilité

En sont, amis, les hôtes ordinaires ^

Là, chose étrange et qui ne se voit guères.

On politique avec urbanité ;

On est d'accord et l'on a discuté.

Mais plus souvent d'une voix éloquente

L'habile maître, étonnant l'auditeur ,

Sur un insecte , uile pierre, une plante ,

Fixe nos yeux et jusqu'à notre cœur :

Oui , la nature à sa voix se révèle ,

11 la décrit, elle semble plus belle;

Nous admirons , nous aimons l'orateur :

De la science, en bannissant la fable ,

398 KERANROU.

Il n'en a pas écarté la douceur,

Et le savant est aussi l'bomme aimable .

Moi-même y helas! téméraire parleur,

J'ai dans ces lieux osé prendre la lyre ,

Et j'ai chanté dans mon sombre délire

Des vieux héros les tragiques fureurs.

Mais c'est en vain qu'invoquant l'humeur noire ,

Mon front cherchait à peindre leurs douleurs ;

Je ne pouvais en saisir les couleurs ,

J'étais trop bien, je voyais l'auditoire.

Allons au but, et plus de vain détour. Si du salon nous commençons le tour, Du grand-papa nous trouvons la figure : Son œil encor repousse l'imposture.

La Chalotaisl... En vain persécuté, Tu fus toujours à ton pajs fidèle ; Des magistrats sage et brillant modèle , Tu fis fleurir les lois et l'équité ; Repose en paix , les serpens de l'envie

KERANROU. 390

Ne peuvent rien contre ta noble vie ; Ton nom vivra dans la postérité.

Mais une femme !. . . ô quelle douce image ! Elle est là haut; Dieu reprit son ouvrage.

Ici, que vois-je? Un général paraît:

Croix, épaule tte, habit, qu'il est sévère!

Bonté de Dieu! serait-il en colère?

C'est pourtant lui , c'est bien lui trait pour trait.

Mais ce sourire , ô ciel ! qu'en a-t-on fait?

Ne fujez pas^ amis , qu'on se rassure ,

Cet air farouche, il ne l'a qu'en peinture.

Vous avez vu la salle et le salon ;

Je pourrais bien , prolongeant le voyage ,

Du haut en bas vous montrer la maison ,

Mais pour un jour ce serait trop d'ouvrage.

Ne veux pourtant quitter le voisinage

Sans vous conduire à cette chambre. . . Amis ,

De ma douleur ne soyez pas surpris ,

400 KERANROU.

Que de tourmens cet endroit me rappelle ! Ici f deux mois la mort^ la mort cruelle. Tint sous sa faux le maître du logis.

Sourde à nos vœux , insensible à nos cris ^ Là triomphait une fièvre rebelle :

C'en était fait; mais, ô grâce éternelle! Le médecin un beau jour nous quitta , Soudain la fièvre avec lui déserta.

La nuit approche, il faut gagner la ville ^ Adieu bosquet, adieu champêtre asile, La nuit approche, il faut partir, adieu ! Peut-être, hélas! peut-être, aimable lieu^ Plus ne verrai votre charmant ombrage.

J'irai bien loin achever le vojage :

Ce front, glacé sous la main dxL trépas. Sous vos opneaux ne reposera pas.

Adieu ! cette heyre , helas ! est la dernière ^^ Plus ne verrai votre ombre tutélaire , De ce ruisseau plus ne suivrai le cours ^ Adieu sentier, adieu rive si chère ,

KEBANHOU.

Adieu bosquets, adieu donc pour toujour» ! Si , surnageant à l'abîme des âges, Mon iréle esquif échappait aux naufrages. Oui , si ma voix perce à travers les tems , O Keranrou ! tu vivras dans mes chants. A l'avenir, le fib de la chaumière, En parcourant le hameau solitaire, Répétera : D'un maître bienfaisant Ce fiit jadis la retraite paisible ; L'historien nous dit qu'il fut savant, L>e chansonnier, qu'il iîit bon et sensible !

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