SU
Mes bons messieurs , à ma chanson Attention , je vous eu prie :
Je viens du pays de Fanchon , Et je suis la mannotte en vie.
Mon patron est un Savoyard, C'est un bel homme ^ et je m'en vante. Car il est plus grand d'un bon cpiart Que votre très humble servante.
J'ai deux ans y j'arrive chez vous ; Mon maître est au second voyage :
Il n'est pas vieux , mais^ entre nous , Il a pourtant trois fois mon âge.
Monsieur, comme le plus savant, Me fait voir à qui nous rencontre ; M^is las de parler en plein vent, C'est aujourd'hui moi qui le montre.
Monsieur est un maître fort doux, Point fier avee le misérable ; Il ne me donne pas de coups ^ £t toujours je mange à sa table.
De culbutes et d'entrechats Ma part est souvent la plus forte; Mais aussi , quand nous sommes las f Ce n'est jamais moi çpû le porte.
Monsieur^ noir jusqu'au samedi , Redevient blanc chaque dimanche ; S'il veut que je sois belle aussi , Il me démêle avec sa manche.
A sa fête il me cire ii l'oeuf, On me voit briller d'une lieue.
Puis il me &it uii collier neuf Avec son vieux roban de qoeve.
Lorsque monsieur veut avec nous Inviter ses bonnes amies , Il achète un pain de deux sous Qu'il prend sur ses économies.
£t s'il peut trouver de hasard
Une pomme , je suis bien sûre
Que j'aurai toujours pour ma part
Ou le trognon ou la pelure. •
Monsieur a^ je vous le promets | Plus de talens (pi'il n'a d'années ; Il sait gavottes, menuets, Et ramone les cheminées.
Il chanterait, et de grand coeur.
Il a de la voix, de l'oreille; Mais il est de mauvaise humeur De n'avoir pas soupe la veille.
Monsieur fait toujours , j'en convien , Ma portion avant la sienne.
Mais lorsqu'il ne lui reste rien , U vient reprendre sur la mienne.
Void monsieur, ah ! donnez-lui , Donnez aussi pour sa marmotte , Nous n'avons mangd d'aujourd'hui, Entre nous deux qu'une carotte.
« Ah mon Dieu ! dans mon ménage Je ne tiens phis , mon voisin ; Les enfans font un tapage^ £t la femme fait un train...
Comment^ voisin ^ comment faire ?
Plus d'argent et plus de pain !
Ne vdilà-t-il pas mon père Qui dit aussi qu'il a faim.
Depuis huit jours point d'ouvrage ^ Depuis huit jours pas un sou.
Si ça dure davantage ^ Voisin y j'en deviendrai fou.
De ma faim je me soucîe, Car j'y suis Êiit, par bonheur ; Mais la famille (jui crie , Voisin^ ça me fend le cœur.
DU VIEUX TOBIB.
Mon vieux père, d'ordinaire
Avait l'air assez cootent ;
Voilà qu'il se désespère ,
Qu'il pleure comme uii enfant ;
Ma femme , si raisonnable ,
Ne fait que s'évanouir,
Et chaque en&at, pis qu'un diable,
Me dit qu'il s'en va mourir. ■
C'est ainsi , faisant la mioe , Que, dans un accès dtiumeur, Raisonnait à b sour^ne L'héritier du vieux chanteur.
Mais Tobie à sa musique Cachant se* pleurs et ses maux, Courut vite à la pratique Chanter des couplets nouveaux.
L'autre jour au bocage , Colette avec Colas S'en allaient sous l'ombrage Et se parlaient tout bas ; Mais^ la vieille Perrelte Les écoutait^ h^las !
Ah ! la pauvre Colette î Ah ! le pauvre Colas .*
Colette , ma Colette , Que tes regards sont doux !
C'est, disait la pauvrette, Que je ne vois que vous.
Et la vieille Perrette Les entendait, hëlasl Ahî la pauvre Colette !
Ali \ le pauvre Colas î
DU VIEUX TOBIB. 437
Colette f ma Colette ^ Un baiser^ je le veux!
Prenez ^ dit la fillette , Colas, prenez-en deux.
Et la vieille Perrette Les regardait, hdlas!
Ah ! la pauvre Colette !
Ah ! le pauvre Colas !
Aussitôt la mauvaise , S'éloignant du bosquet, Va trouver le vieux Biaise ^ Et lui conte le fait :
Il vient; sous la coudrette Il les surprend; bêlas !
Ah ! la pauvre Colette !
Ah ! le pauvre Colas !
Ah ! laisse- moi , mélancolie !
Je veuxy avant mon dernier jour.
Faire mes adieux à la vie, Ainsi qu'au petit dieu d'Amour.
Tu sens que d'un refrain maussade Je ne dois pas les attrister :
Laisse donc le pauvre malade , De grâce , laisse-le clianter.
Un pied déjà sur Tautre rive , On n'est vraiment pas très en voix , Et d'une romance plaintive Tu voudrais que je fisse choix ; Mais de cette ennuyeuse aubade Pourraient-ils bien se contenter?
Laisse donc le pauvre malade , De grâce ; laisse-le chanter.
Veux-je tredonoer une ronde, M'arrétant dès le premier pas , Tu me dis que dans l'antre monde Sur ce pied l'on ne danse pas.
H^s ! à cette rebnSade, Je sens ma verve s'arrêter :
Laisse donc le pauvre malade.
De grâce, laisse-le chanter.
Si je rappelle à ma m^oire Les doux instans que j'ai passas, C'est pour le coup que ta main noire Me place au rang des trépasses.
Tu me dis : • Hon cher camarade, n faut i pr^at d^orapter. ■ Laisse donc le pauvre malade.
De grftce, Iaisse4e chanter.
440 CHANSONMETTES
Il était un bon petit honune Ne faisant rien de son etat^ Rond et poli comme une pomme ,l Guilleret comme un petit rat.
Toujours riant ^ toujours aimable^ Il embaumait par ses vertus ; Et c'était le plus agréable , Le plus frais de tous les élus»
Chez lui^ dans son petit ménage ;
Régnait l'ordre le plus parfait 5
Et simplement^ comme, au jeune âge^
Tout était dit^ tout était fait.
.Si y dans le loisir du dimanche ^
Il médisait un petit rien ^
Toute la semaine en revanche
Pe lui-même il disait du bien.
Sans être ivrogne ni vorace.
Il aimait fort les bons repas , Et ne faisait point la grimace Devant les morceaux délicats.
Pendant F A vent et le Carême , De bon gibier le soutenait; Mais^ pour éviter Tanathème, Chez lui tout le monde jeûnait.
I| avait une ménagère Pour surveiller le pot-au-feu; Et quelquefois, mais sans colère , On dit qu'il la battait un peu.
Or, en considérant l'usage.
On peut bien lui passer ce train ; Car il faisait très bon ménage Avec la femme du voisin.
Pour que son dîner , fort passable , Ne fût pas celui de chacun , Il s'était fait faife une table
• Où l'on ne pouvait tenir qu'un.
Quoique sobre par caractère ,
Si f dans un moment de gaftë ,
Parfois il buvait à plein verre y
C'était toujours à sa santé.
Bien qu'ayant beaucoup de tendresse
Pour l'ensemble du genre bumain y
Il avait pourtant la sagesse
De s'aimer mieux que le procbnin.
Il ne fit jamais la sottise
De se rendre avocat d'autnii.
Et lorsqu'il allait à l'église ,
Il ne priait Dieu que pour lui.
Il sut 9 dans toutes nos querelles.
Se tirer fort bien d'embarras; Jamais les mauvaises nouvelles Ne lui causèrent de tracas.
S'il fallait y par la circonstance, Être de l'un ou l'autre bord,
Il soutenait y par préférence y Toujours le parti du plus fort.
On le disait très charitable , C'est le devoir de tout chrétien ; Il plaignait fort le misérable.
Mais ne lui donnait jamais rien.
Il n'est plus I ce bon petit homme y Il est mort, hélas! qnd malheur!
Mort d'un dîner : et voilà comme Les élus s'en vont au Seigneur.
Sui* le retour de l'âge ,
Plus d'un mari Traite le mariage
Couci, couci.
On dît que Lise enrage
De tout ceci y Et notre Lise est sage
Couci; couci.
Cet auteur au martyre
Est tout transi y C'est Phébus qui l'inspire
Couci; couci.
n se creuse la tête ^
Prend du souci , Et sa chqnsou est faite
Couci ; couci.
Croustignac^ de la table
Est fort ami , £t c'est un homme aimable '
Gouci, couci.
Il mange comme un diable ,
Raconte aussi ^ Et tout est véritable
Couci, couci.
Avocats et notaires ,
Et clercs aussi , Traiteront vos affaires
Couci, couci.
N'ayez Tame inquiète
Dans tout ceci , Chacun, d'eux est honnête
Gouci, couci.
Voyez ce triste hère,
À son avis ,
Sur notre pauvre terre
Tout est an pU.
Les lieux où tout abonde
Sont loin d'ici, Mais tout va dans ce monde
Couci^couci.
Ma mère m'a fait la défense De jamais vous parler ^ Lucas , £t je lui dois obéissance ; Parlons donc bas, tout bas, tout bas.
Approchez y je vous en supplie , Le moindre bruit vous trahirait ; Plus près^ Lucas y je vous en prie; Car si ma mère m'entendait !
11 &ut toujours de la franchise , Oui y Lucas y retenez ceci.
Moi je suis discrète , soumise j Ma mère veut* qu'on soit ainsi.
L'autre j^ur^ elle me dit : « Claire , Si je vous vois, gare un soufflet 1 » Lucas y éteignez la lumière; Car si ma mère me voyait !
Je ne venx rien lui cadier^ certe Je n'ai pour elle aucun secret; Mais dès que la porte est ouverte Elle voit tout ce que l'on fait.
Pour rien alors elle s'emporte :
Malheur i moi, quand elle «ait...
Fermez, Lucas, fermes la porte, Car si ma mère le savait.
N'entendezr-Yous pas.
Du bruit à la porte ?
Si c'était. . . hélas !
Oui c'est... je^ suis morte.
Ah! sortez Lucas ^ On vient ^ c'est ma mère \ Dieu ! quel embarras l Comment faire?
Vite, cachez-Yoï^s^ Vite ; qu'on ne bouge^ Ici là dessous , Ah ! que je suis rouge !
Ma coëfFe est en bas ; Mon fichu par terre.
Dieu! quel embarras !
Comment faire?
Ah ! ne soufflez pas ; Chut ! point de tapage ; Jlespirez plus bas y Moi, vite à TouTrage.
J'ai perdu mon bas Et ma jarretière.
Dieu ! quel embarras !
Gomment faire ?
Cherchons , cherchons bien Avant qu'on ne vienne ; Ne trouvez-vous rien?
Que je suis en peine !
Quel bruit! quel fracas !
La lampe est à terre.
Dieu ! quel embarras !
Comment faire ?
Toit espoir est vain , Ah ! je suis perdue !
Oui , c'est bien certain y
DU VIEUX TOBIE. 4[dlf
Je serai battue.
Rallumez, Lucas , Vite la lumière.
Dieu ! quel embarras !
Coipment faire?
Quand on le saura Dans notre village y Lucas, on dira Que je suis peu sage.
Et je dois, hëlas!
Être la rosière.
Dieu ! quel embarras I Comment faire?
:;3iCrT
453 GBANSONNETTES
Depuis que Ton m'a mis en terre Je ne fiis jamais plus heureux; Dans l'autre monde point d'afi^aire.
Point d'importuns y point d'ennujeux.
Le trépas enfin nous délivre De ce qui nous fit soupirer ; Mes amisy si vous voulez vivre ^ Faites-vous bien vite enterrer.
Quoique défonts^ ici nous sommes Gaillards y dispos et bons vivans; Ici f point de ces vilains hommes Qui font là haut si peur aux gens.
A la gaîté chacun se livre Sans crainte de se voir coffrer f Mes amis^ si vous voulez vivre^ Faites-vous bien vite enterrer.
Ici ramouTi paisible et sage ,
Ne cause que peu d'embarras.
Et si quelque belle est volage
Gomme on est mort, on n'en meurt pas.
Si jamais le plaisir n'enivre ,
Jamais il ne nous fait pleurer ;
Mes amis, si vous voulez vivre,
Faites-vous bien vite enterrer.
Gens qui redoutez la lumière , Qui criez quand le soleil luit.
Que ce pa js^i doit vous plaire !
On n'y voit clair ni jour ni nuit.
Vous n'y trouverez pas un livre , Pas un journal à censurer ; Mes amis, si vous voulez vivre.
Faites -vous bien vite enterrer.
Malheureux ëpoux que vos femmes Font enrager, n'enragez pas; Gro jez-moi , laissez là ces dames ,
Et sans regret sautez le pas.
Si vos moitiés voulaient vous suivre.
Nous les empêcherons d'entrer ; Mes amis, si vous voulez vivre ^ Faites-vous bien vite enteirer.
Ministres que chaeun tracasse, Tant sur la terre on est ingrat, Avec nous venez prendre place , Comme des ministres d'Etat* Ici, pas de budget à suivre Et pas de Chambre à conjurer ; Mes amis, si vous voulez vivre, Faites-vous bien vite enterrer.
Contpiérans toujours prêts à battre.
Paladins à pied, à cheval,
Vous pourrez nous couper en quatre.
Et sans jamais nous faire mal.
Le bronze , le fer ou le cuivre
Ne sert ici qu'à se parer;
Mes amis, si tous voulez vivre, Faites-vous bien vite enteirer.
Malades qnî pour nous rejoindre Demandée le plus court dtemin, St vous désiTta. nous atteindre Appelez vite nu médecin.
Ici plus de re'gime à suivre Et plus de sang à nous tirer; Mes amis, si vous voulez vivre', Faites-Tous-bien vite eRtcrrer.
Chacun médit du mariage,
Et je crois vraiment qu'on a tort;
C'est le destin de fille sage,
Il faut se résigner au sort.
S'il vous cause quelque surprise,
Certe, il a bien son agrément : '
Ma cousine, quoi qu'on en dise,
Ah ! c'est toujours un beau moment !
Quand vous arrivez à l'église
Tout le monde a les jeux sur vous }
C'est peut-être un instant de crise,
Mais celui qui suit est plus doux.
A l'autel c'est lui qui vous mène
Et qui dit : oui... que c'est charmant!
Ma cousine, sois-en certaine,
Ah! c'est toujours un beau moment!
Le repas est bien long, sans doute, Mais enfin il est de rigueur; On doit être calme, il en codte Lorsque l'on aent battre son cceur.
Le soir arrive , on est sa femme Il faut biea obe'îr vraiment; Et puis l'on vous nomme mndanie, Ah I c'est toujours un beao moment!
4 as CHANSONNETTES
Silvain avec Grégoire 9 Auteur, musicien y Faisaient, nous dit l'histoire , Communauté de bien.
Ma foi ! disait Grégoire, A son ami Silvain :
En commun notre gloire.
Et partageons le vin.
Il vint un héritage A l'un des compagnons :
On eût fait le partage Sans beaucoup de façons ; Mais l'un sur la balance Dit en mettant la main :
En commun la finance , Et partageons le vin.
L'amour dans le ménage Apparut un lieau jour; 11 aurait (ait tapage En tout autre séjour.
Grégoire à sa maîtresse Répéta sou refrain :
En commun la tendresse, Et partageons le vin.
Vous qui pratiquez l'art qui sur les arts domine. Disciples de Cornus, dont les savantes maii^s Cultivent dignement la science divine Qui réunit les cœurs et nourrit les humains, Cuisiniers, en un mot, talens que je révère^ Recevez un avis né d'un siècle gourmand : Si du fourneau français la gloire vous est chère^ Pratiquez mes leçons et servez chaudement.
Nobles adorateurs de Virgile et d'Homère ,
Classiques habitans des bosquets d'Hélicon ;
Et vous , rois des brouillards de la vieille Angleterre;
Romantiques enlans de Scott et de Bjron ;
Si vous ne fuyez pas l'axiome du sage.
Si pour vous un avis vaut mieux qu'un compliment,
De la postérité méritez le suffrage,
Pratiquez mes leçons et servez chaudement.
Vous qui de la faveur êtes d^siUires, Ministres, conseillers, pairs et représentans , Si TOUS aoagez i nous en faisant vos affaires , Fidèles à l'exemple îmtteE le bon (emii. Voalez-rous des amis? voulez-vous leur estime? Ne vous contentez pas d'ua vain remerclment; El, pour enlreteair le feu qui les anime, Pratiquez la leçon et servez chaudement.
3C^t«0Wf ttiJ fait p<i$ tire.
Pourrais-tu rire ainsi Si tu m'aimais bien, Lise?
On a plus de souci Quand l'ame est bien éprise :
Moi, du soir au matin, Je gémis, je soupire:
Lise , c'est bien certain.
L'amour ne fait pas rire.
Si tuvoyaisHjlas, Depuis son mariage Il ne dit plus qu'helas.
Tant il fait bon ménage.
C'est qu'il est amoureux , Qu'il a ce qu'il désire :
Quand on est bien heureux , L'amour ne fait pas rire.
Dans son contentement Alain est si maussade, Si plein de sentiment Qu'il en pnralt malade ; Et Gerrais, k son tour, Dans ton tendre délire, S'est pendu l'autre jour ; L'amour ne fait pw rire.
Mon auberge a pour enseigne , Messieurs, la Fidélité; Je ne crains pas qu'on se plaigne Que ce nom soit emprunte.
Tout est bon par excellence Dans un lieu trop peu vante; Venez tous, de confiance , Boire à la Fid^ile'.
Le vin , je le fais moi-même ; Aussi y messieurs, j'en réponds.
Qu'on dise celui qu'on aime, Qu'on le dise, ils sont tous bons^ Vins de Tokaj, de Constance De première qualité.
Venez tous, de confiance ,^ Boire à la Fidélité'.
J'ai de la bierre de Flandre Qu'on fabrique près d'Auteuîl, J'ai du mouton le plus tendre Pour les filets de chevreuil.
La chicorée est, je pense.
Un bon café de santé ;
Venez tous, de confiance^
Boire à la Fidélité.
D'un fin lapin de garenne Voudriez-vous un sauté? ^ Dans ma cave qu'on le prenne.
On y chasse en sûreté.
Si mon café vient de France, La Suisse a fourni le thé.
Venez tous, de confiance.
Boire à la Fidélité.
Je suis moi-même un modèle Des plus nobles sentimens } Pt toujours je fus fidèle ,
Messieurs, à tons mes sermens :
Au dernier la préférence!
Et je bois à sa santé'.
Venez tous, de confiance, Boire à la Fidélité'.
Ma femme, qui ne s'ëcarte De son devoir, entre nous , N'est pas, messieurs, sur la carte.
Mais je ne suis pas jaloux.
Près de vous elle est, je pense ^ En toute sécurité.
Venez tous, de confiance, Boire à la Fidélité.
Chez moi, chacun peut sans crainte
S'exprimer en liberté ,
Je ne suis que par contrainte
Agent de Tautorité.
Un mot dit sans conséquence
Est rarement rapporté ^
y«nez tous , de confiance , Boire à la Fidélité'.
Aux élections naguère J'ai toujours vendu ma voix , Souvent, pour mieux m'en deTaire , Aux deux partis à la fois; £t, pour tenir la balance , Messieurs, je n'ai pas voté.
Venez tous, de confiance, Boire à la Fidélité.
On dit que ma conscience A de rélasticité; Je le confesse, et je pense Que c'est une qualité.
Pour un emploi de finance Je me trouve tout porté ; Venez donc, de confiance, Boire à la Fidélité.
46e CHANSONNETTES
Paisible et joyeuse Libre d'embarras , Que j'e'tais heureuse, Quand je n'aimais pas !
Crojez-moîy Lucette, Jamais d'amourette ^ Helas! un amant C'est un vrai tourment.
Parlez-vous ; ma cbère?
Il est en courroux.
Voulez-vous vous taire?
Il dit : Boudez-vous?
Osez-vous sourire?
Voilà qu'il soupire.
Helas! un amant, C'est un vrai tourment.
Allez-youS| seulette.
Respirer aux champs?
n TOUS dit : FiUette, Je vous le défends. Une fille sage Reste à son ouvrage.
Lucette^ un amant C'est un vrai tourment.
Je vous disais : « Ecoutez ma musette ;
11 ne faut fuir lorsque le berger vient ;
Ne chanterai paroles d'amourette. »
Vous m'ecoutiez , autant qu'il m'en souvient.
Je vous disais : « Jeunesse est passagère. Le tems s'envole et jamais ne revient ; Aimez, aimez dans la saison de plaire. » Et vous m'aimiez , autant qu'il m'en souvient.
Heureux d'espoir, je vous disais encore : « Faut un baiser, simple amitié l'obtient. On ne refuse alors qu'amour implore. »
Me le donniez, autant qu'il m'en souvient.
Je vous disais : « Je mourrai , je vous jure , A ses sermens si votre cœur ne tient. » Après six mois vous devîntes parjure, £t j'en mourus, autant qu'il m'en souvient.
^jyy
Esprits forts ou sujets de Rome , Docteurs, moralistes, savaus, Cessez de médire de l'homme £t de jaser à ses dépens.
De ce qui jouit de la vie L'homme est l'être le plus parfait ; Et je diraiy malgré Teiivie:
Quel animal ça fait !
N'a-t-il pas inventé la poudre.
Et le mousquet et le canon?
Son bras est armé de la foudrç , Et sa tête de la raison .
De la sagesse qui l'inspire A chaqve pas on voit l'effet; Et, messieurs, vous avez beau dire : ' Quel animal ça fait !
Si je veux de la noble race Citer un des plus beaux morceaux^ Timon a la première place Parmi les plus grands animaux.
Mondor; il faut qu'on le confesse^ Est encore nn joli sujet y Et Damis; quelle gentillesse î Quel animal ça fait !
Quant à toi^ Ljsandre, ô génie I Jamais l'on n'a vu ton égal ; En te voyant chacun s'ëcrie :
Quel animal! quel animal!
Déjà le burin de Thistoire^ T'immortalisant d'un seul trait ^ Ecrit au temple de mémoire :
Quel animal ça fait !
Lorsque le sert m'a fait soldat.
Il m'a rendu brave , sans doute ; Avant que d'aller au combat Il faut parler y coûte qui coûte. Prenons mon sabre et mon bonnet , Allons trouver la fille- à Claire , Et disons-lui qu'elle me plaît :
A la guerre comme à la guerre I
Depuis deux ans j'en suis épris, Et depuis deux ans je soupire ; J'y songe les jours et les nuits, Et je n'ose pas le lui dire.
Mais aujourd'hui, c'est différent, Puisque me voilà militaire , Il faut bien se montrer vaillant :
A la guerre comme à la guerre !
Ào.
L'aspect de Tennemi, je croi, N'esl pas aussi terrible qu'elle ; Car elle a ce je ne sais quoi, Car elle est si sage et si belle !
Mais je suis soldat, c'en est fait, Dussé-je aujourd'hui lui déplaire, Je vais lui porter un bouquet.
A la guerre comme à la guerre!
Puis bravement, sans avoir peur, Je lui dirai : « Mademoiselle , Je vous aime de tout mon cœur.
Aimez-moi, je serai fidèle. »
A ce compliment sans façon^ Si je vois qu'elle est en colère , Je lui demanderai pardon :
A la guerre comme à la guerre !
Du tems de Gharlemagne; Un jour un chevalier Parut dans la campagne ^ Monte sur son coursier ; Devers une chaumière Il dirigeait ses pas :
Ce qu'il allait y faire ; II ne le disait pas.
Il frappe : bergerette Doucement vint ouvrir.
Quelle ëtait la fillette?
On n'en a souvenir.
Il lui tint un langage Sans doute plein d'appas^ £t ce fut grand dommage Qu'on ne l'entendit pas.
Ce qu'en la circonstance Fit ce beau paladin , Fut chose d'importance , Et le fait est certain.
Mais il n'agit de sorte A le faire savoir, Car il ferma la porte Et l'on ne put le voir.
Du gentil ermitage Il sortit un peu tard :
Phëbë de son yojage Avait fait plus d'un quart.
La nuit^ et sans lumière^ Demandez ce qu'il fit :
Son cheval sut l'affaire y Mais il ne l'a pas dit.
Gardez-vous de vous enquérir Si c'est pour moi que Theure sonne Mes bons amis^ je veux partir Sans déranger ici personne.
Je m'en vais dans certain pays Où l'on peut aller à tout âge : Ne pleurez pas, point de soucis, Vous serez un jour du voyage.
Je n'ai pas encor fait mon temps y C'est un peu tôt quitter l'ofEce ; J'aurais sans regret^ je le sens, Attendu le second service :
Mais on veut fermer le logis, Il faut bien que je déménage.
Ne pleurez pas, mes bons amis , Vous serez un jour du voyage.
I CH&NSOMNETTES
L'un aujourd'hui , l'autre demaia , Pour tous c'est la même fortane ; Sur son trône te souverain Est soumia à la loi commune.
Et moi , moi cbélif que je suis , J'irais crier contre l'usage !
Ne pleurei pas, mes bons amis, Vous serai un jour du voyage.
Le jour s'enfuit , tl fait nuit close ^ Avec moi veoez un iostaDl; Je yeux vous donner quelque chose, Monsieur, puisque vous m'aimes tant.
Mais il faut que l'on me promette Que toujours vous serez discret :
Voici ce que vous donne Annette , Prenez , monsieur, c'est mon bouquet.
On dit que vous êtes fidèle , Que vous n'êtes pas un trompeur; On dit aussi qu'une autre belle Vous a demande votre cœur.
Puisque, dédaignant la coquette , Monsieur, vous savez refuser, Voilà ce que vous donne Annette, Prenez, monsieur, c'est un baiser.
Vous sereE, j'ea sais bien certaine, Toujours constant, aimable et dotix, Vous ne ferez jamais de peine A qui ne veut aimer que vous.
Je crois qu'une fille discrète Peut bien vous confier son cceur.
Voilà ce que vous donne Annette; C'est Annette, prenes, n
Pauvre innocent, étendu sur la pierre , Que faifi-tu donc? qui t'a mis dans ces lieux? Quel est ton nom ? dis-moi quelle est ta mère ? Dis, n'as-tu pas d'autre abri que les cieux?
0 pauvre enfant ! tu ne fais que de naître Et le malheur sur toi s'est arrête; La honte , hâas ! ou le crime , peut-être , De ton berceau àé]k t'a rejeté.
Mais il repose, et j'entends son haleine; En souriant il entr'ouvre les yeux.
Ah! pourquoi donc connaîtrait-il la peine? Il ne sait pas que l'on peut être heureux.
Infortuné ! je deviendrai ton père :
Dans ma chaumière, ami, viens avec moi.
Tu goûteras le pain de ma misère :
Pauvre je suis , mais le suis moins que toi.
Ah ! si le sort, envers moi moins sévère ;
Devait un jour m'accorder sa Caveur^
Je trouverais un ami sur la terre,
Et nous pourrions croire eosemble au bonheur.
Point ne voudrais, destin, de ta largesse, D'en jouir seul pi tu îai$^\s k Iqî ; A quoi pourrait n^f ^rvir la rioh^^e, Si l'amitié n'est pas riche av^ç mpi?
Mais je bénis la rencontre opportune; Chez les heureu?^ j^ pui^ jonc me rangf^r. En attendant que vienne la fortnpe Voici l'ami qyi doit la pîi^rtager»
DU VIEUX TOBIE. 4Sa
Ma bergère est un peu brutiette ; C'est la rose et non pas le lis , Et sous sa blanche collerette Son joli col est un peu bis.
Peut-être Ëmnia^ peut-être Estelle A-t-elle un plus brillant maintien , Mais ce qui la rend la plus belle , C'est que ma bergère aime bien.
Son corset de serge ou de bure A nos yeux cache un vrai trésor ^ Sa bouche si fraîche et si pure Au baiser semble dire : encor !
Le désir est toujours près d'elle , Mais, vraiment, tout cela n'est rien f Et ce qui la rend la plus belle , C'est que ma bergère aime bien.
Sa taille est fiexible et légère Comme la tige du roseau ; Son pied touche à peine la terre Quand elle danse sous l'ormeau :
Mais pour qu'on lui reste fidèle , Il est un plus puissant lien, Et ce qui la rend la plus belle, C'est que ma bergère aime bien.
Puisque la gloire vous appelle^ Je ne veux plus vous retenir ; Partez, et sojez-moi fidèle, Car rinconstauce fait mourir.
Que ce gage de ma tendresse Vous suive au milieu des combats, Qu'il vous redise ma promesse , Adieu donc, ne m'oubliez pas.
Que ce rocher, que ce bocage Soient les témoins de mes sermens.
Revenez bientôt au viUage , L'amour comptera les momens.
Loin de vous seule sur la terre , Loin de vous puis-je vivre , hélas 1 Sojez discret , soyez sincère , Adieu donc, ne m'oubliez pas.
s CH&HSONMBTTES
Ah! si votre flamme constante , Si l'espërance d'un bean jour Voiu ramène près d'une «mante, Comme elle be'nira l'amour!
Dans les dangers, dans les alarmes, Que ne puis-je suivre vos pas!
Je ne verserais plus de larmes ; Adieu donc, ne m'oubliez pas.
DU VIEOX TOfilE. 487
Fille de la montagne j Pastourelle d'amour, Descends dans la campagne , Alain est de retour.
Quand il partait, ma belle, Naguère tu juras De lui rester fidèle.
« Je ne m'en souviens pas. •
C'était sous ce feuillage Que balance le vent.
Bergère du bocage , Que tu fis ce serment.
Dans ta douleur extrême Enchaînée à ses pas, Tu lui disais : Je t'aime!
« Je ne m'en souviens pas. »
Tu lui doDnag ce gage D'un éternel amour.
Tu lui dis : Sojei sage, Et songez au retour; Songez <]ue votre mie Ne pourra vivre, hélas!
Si votre coeurl'oublie.
• Je ne m'en souviens pas. i
Suis-je dans rim ou l'autre monde?
Suis-je dcRint, suis-je vivant?
Cette nuit, ai-je passe Tonde?
Dois-je à Tappel dire : Pre'sent î £n proie à la fièvre brûlante y Je me croyais hier au port; Et cependant puisque je chante y Il faut que je ne sois pas mort.
Des ombres^ des voiles funèbres Environnent encor mes yeux. Ma raison est dans les ténèbres Et je n'aperçois pas les cieux.
A Thorizon qui m'épouvante Je ne vois pas un meilleur sort ; Et cependant puisque je chante , Il faut que je ne sois pas mort.
Je veux par quelque expérience
Sur mon ëut m'instruîre enfin ,
Et puisqu'une belle s'avance
Je m'en vais lui prendre la main.
Grand dieu ! ma main n'est pas tremblante^
Et mon cœur ne bat pas plus fort !
Et cependant puisque je chante ,
Il faut que je ne sois pas mort.
C'en est fait; j'ai perdu la vie^ Je n'en peux douter maintenant ^ Près de moi j'ai vu mon amie ^ Et je vais encor déclinant ; Auprès de si gentille amante , Un vivant aurait-il ce tort?
Et cependant ^ puisque je chante y Il faut que je ne sois pas mort.