SATIRE DEUXIEME
Quel danger vous menace? oÙ€ourez-vouS| graads dieux!
A cet œil inquiet, à ce front soucieux.
Ou croirait qu'un auteur et sa muse inédite.
Le manuscrit en main , sont à votre poursuite.
Mais quoi ! vous pâlissez et ne repondez rien?
— Ah ! ne m'arrêtez pas si vous êtes chrétien ! Indiquez-moi plutôt quelque caverne obscure Qui puisse me cacher à toute la nature.
— Qui fuyezr-vous enfin? quel souci? quel péril? Quels ennemis? parlez. — Des ennemis! pluît-il? Ah! je fuis mes amb! oui, mes amis, vous dis-je!
Si le ciel en ce jour, par quelqu'heureux prodige^
Le ciel qui tant de fois me sauva du danger,
Contre leurs soins cruels daignait me protéger ^
Que je lui saurais grë d'une faveaf si grande !
Et c'est en suppliant que je la lui demande.
Tel est mon dernier root. Adieu, monsieur. — Mais quoi !
Battez-vous la campagne, ou riez-vous? — Qui» moi?
Je suis dans mon bon sens et n'aime point à rire ;
Ce que je vous ai dit, je vais vous le redire ;
Et j'entends le prouver. Pour nous faire du mal
Que peut un ennemi, fôt-ce un rustre, un brutal?
Fort peut de chose ou rien ; car, grâce à la justice,
Pour faire un mauvais coup l'on n'a plus de complice.
Et l'on ne trouve plas de Romains obligeans '
Allant, à tant par tête, assassiner les gens.
Or, si quelqu'un me hait et n'a pas de courage,
Quel moyen empldîra son impuissante rage?
Il peut médire, il peut, aux yeux de l'univers,
Sur la feuille du jour ëtaler mes travers ;
Ou bien au biographe empruntant son gënie
Me faire le héros de quelque calomnie.
Mensonge qv^ vérité^ pourquoi m'en offenser?
Me dire mes défauts , ce n'est pas me blesser ;
C'est me vouloir du bien , c'est me rendre service ;
Je le remercîrai À'ua aussi bon office.
La vëritë me plaît^ j'en fis toujours grand cas ;
£t s'il me calomnie, on ne le croira pas.
Quant à mes jbons amis, que la peste confonde!
Il n'en est pas, je crois, de plus fjp^cheux au monde.
Il semble qu'un génie, habile à m'outrager,
Les ait chargés du soin de me faire enrager.
Vous jugeisez bientât si j'ai droit de me plaindre :
Ayançons, car je crains qu'on ne vienne â m'atteindre.
Vous donc qui, gcâce au ciel, n'êtes pas importun , Et qui, comme il l'entend, laissez vivre chacun, Ecoutez sans courroux : ce que je viens de dire N'est certes pas pour vous, vous, monsieur que j'admire; Vous qui savez combien, ami de mon pajs, J'aime et respecte ceux qui, par leurs beaux écrits, Leurs nobles sentimens, leur sage indépendance. Ont , comme vous, monsieur, fait honneur à la France «
Vous plaire fut toujours làon plus ardent d^sir ; Mais revenons aux gens que vous me voyez fiiir.
L'un 9 pour n'en nommer dix^ quand le travail m'accable y
De mille sots propos^ d'un babil détestable.
Vient m'e'tourdir. En vain par un air ennuyé
De me laisser en paix mes yeux l'ont supplié;
Dix fois je prends la plume et regarde la page;
Je bâille, il n'entend rien, hélas ! à ce langage ;
Le traître de mes maux semble se faire un jeu :
Je lui dirais : partez, partez, au nom de Dieu !
Qu'il penserait encor qu'heureux de sa visite *
Je vais trouver mauvais qu'il s'en aille si vite.
£h ! bourreau, que peut-on faire de pis aux gens
Que de les ennuyer et de voler leur temps?
Me rendras-tu ces jours que je perds à t'entendre? ^
Et méprendre mon temps, n'est-ce pas tout méprendre?
J'aimerais mieux cent fois qu'armé d'un pistolet
Tu vinsses me crier : De l'argent! s'il vous plaît.
Mais que dis-je aimer mieux? l'un empéche-t-il l'autre?
Ne faut-il pas qu'il vive? Et notre bon apôtre
Craindrait en maigrissant d'afBiger son procbain. Quand il me voit en fonds^ il vient d'un air bénin Conter son embarras. Quel chagrin ! Le pauvre homme ! Ce n'est que pour deux jours qu'il emprunte la somme ; Comment le refuser? Dans ce besoin pressant^ Je lui prête ; il faut voir s'il est reconnaissant ! 11 doit Fétre^ en effet; ear, ne payant personne^ Quand on dit : Je vous prétCi il entend : Je vous donne. Mais si pour mon argent j'en suis deliarrasse. Je ne m'en plaindrai pas ; c'est un fonds bien placé.
Après lui vient Saint-Phal| un homme fort honnéte^^ Mais qui y par sa bonté | vous fait perdre la tête. A toute heure, en tout lieu, vous fatigant de soins, 11 prétend, malgré vous, deviner vos besoins. Sa rage est d'obliger ^ : si j'ai mauvaise mine,^ 11 voudra me forcer à prendre médecine ; En vain je m'en défends, dès l'aube je le voi Prêt à m'administrer la drogue de Leroi. «
J'ai beau me récrier, il ne veut rien entendre ; En dépit de moi-^même, il me force à la prendre.
Cependant son breuvage^ exécrable opiat^ Durant huit jours entiers me met sur le grabat. Indigné, je me plains de cette perfidie ; Mais il prétend encor m'ayoir sauvé la>Tie.
C'est peu de. me purger; s'il sait^ pour mon inàlheur ,
Que j'aiy. dans les bureaux, brigué quelque Esiveur,
Sans plus ample informé, le voilà qui s'agite :
Au ministre dix fois il va rendre visite ; •
Il tourne, il court, il vient, il parle â tout Paris,.
Fait jurer les portiers et damner les commis.
Son nom, aux gens pressés* justement redoutable, 7
A ceux qu'il, recommande «est trop défavoarable
Pour qu'ici mon bon droit puisse encor l'emporter;
£t, grâce à «on appui, je me y ois* écarterai .
Je ne me plaindrais pas de oe nouveau^ dommage, Si de me marier il n'avait pas la^rageo^ ' ' C'est ^n cela surtout qu'il est un vrai démon !' Et dans la capitale il n^est pas < de' guenon' .'i r Qu'il n'ait cru. destinée à soutenir ma race.
En vain à ces teodrons je montre un front de 'gluca f
Il les a de ma peau si fort affriandes^
Que bieu que j'aie ici des préjuges fondés ,
Qae je craigne i'hjaien presqu'autant que la pestci
Il m'en Esiudra prendre un pour me sauver du rçste.
Si, libre de soucis et le front riidieux.
Je m'éveille une fois avec le cœur joyeux y
Bientôt je vois entrer un sinistre visage ,
C'est Timon, dont la vue est un mauvais présage.
De ses rêves afîreux, de quelque noir récit,
Cet oiseau de malbeur vient me troubler L'esprit.
C'est un bomme égorgé qu'il a vu dans la rue ;
La marcbande du coin cette nuit s'est pendue ;
La peste est dans Cbaillot^ l'on craint que le printemps
Ne soit dans nos climats fatal aux babitana.
Le Russe et l'Espagnol, l' Autriche et l'Angleterre,
Saint Pierre et Mabomet nous déclarent la gaeirre.
Contre un mortel effroi quand il me voit luttant, »
Il iOTtf et cbez un autre il court en dire autant.
En vain de mon cerveau, qu'entourent maints nuages,
Je prétend» écarter ces funestes images ;
Je vois sur mon pajs tous les maux déchaînes ,
Nos monumens en feu, nos temples profanés!
Et si quelque matou par hasard s'évertue,
Il me semble toujours que c'est quelqu'un qu'on tue«
Cet autre babillard, tout confit de douceurs ,
Ne vous aborde point saas quelques mots flatteurs.
Tout est bien jusque là , c'est un conteur aimable.
Mais de cent complimens bientôt il vous accable ;
Et, ce qui m'en déplaît, c'est qu'en dépit de moi ,
Malgré tous mes efforts, je l'écoute çt j'y croi.
Je n'ai jusqu'^à ce jour fait aucune sottise,
Qu'il n'ait , et pour beaucoup, eu part à Tentreprise ;
Et de maints tristes vers dont on me dit l'auteur,
Il peut très justement s'attribuer l'honneur.
S'il est de bons amis qui semblent se complaire A faire à la raison une implacable guerre , D'autres, contre le corps se chargeant d'opérer, Rivalisent de soins pour nous faire enterrer.
, LES AMIS. 4t
Forlis avec ses bals, où tout Paris s'assemble, Fait mourir pins de gens que troi^ docteurs ensemble. Un large vestibule , ouvert à tous les vents , Y sert à rafraîchir les nombreux arrivans \ Rhumes, catarrhes, toux, fluxions de poitrine. Tous les maux dont' l'enfer dota la médecine , Embusques dans ces lieux, saisissent aux jarrets Le danseur afTame , qui , faute d'autres mets DoDt il puisse apaiser un besoin tjrannique , 'Vient humer du zephir l*haleine économique.
Le pâle Danicourt^ qui ne vit qu'à demi,
De tous les estomacs semble être l'ennemi.
La modération est de chez lui proscrite ;
A ces tristes dîners, où sans cesse il m'invite ,
Une fois chaque mois je vais m'empoisonner.
Si j'y manque, il est homme à ne point pardonner.
Que me fait, direz-vous , sa haine ou sa tendresse?
Mais de le ménager j'eus toujours la faiblesse ,
Et c'est bien aux dépens de ma pauvre santé.
Il semble s'irriter de mu sobriété :
Allons, me dira-t^il, revenez au potage;
— MonsieuF, je ne saurais en manger davantage.
— Prenez de ce ragoût. — Hëlasî je n'ai plus laim.
— Goûtez-en. — Je ne puis. — Vous refusez feh vain , ' Acceptez ce morceau , point de cërémoniie.
— Je vous jure, monsieur. . . .« — Prenez, je Vous en prie .
— Morbleu! je n'en veux pas et n'y puis plus" tetiir! Me ferai-je crever pour vous faire plaisir? Maigre' ce bel éclat l'entêté personnage
Me passe son ragoût , que j'avale de rage.
Je lui pardonnerais de m'a voir étouffé,
Si je n'étais pour boire encore apostrophé.
Pour le tiers et le quart on s'enivre à la fonde ,
Et chacun se fait mal à la santé du monde.
Je retourne chez moi, souffrant, n'en* pouvant plus ,
Et pendant tout le mois je suis presque perclus.
De ce maître brouillon , qu'un beau jour une affaire Oblige, grâce au ciel, à partir pour sa terre, Je me crois délivré : mais de tous les pays
I^ poste; par malheur, nous arrive à Paria; Il ne le sait que trop, et deux fois par semaine Je reçois de mon sot quelqu'entiu yeuse aubaine , Heureux si, m'aceablaut de mille questions, II ne me charge pas de vingt commissions; On, si lâchant sur moi quelque rustre irobeoille, . Il ne me force pas à lui montrer la ville.
Pour trouver le repos où peut-on se cacher? 9 Si vous restez chez vous, on vient vous y chercher; Si vous sortez, Bardin embusque dans la rue Attend quelque passant sur lequel il se me : Il s'attache à vos pas, et vous avez beau fuir; Tout aussi bien que vous, notre homme sait courir. Quand j'approche du fat , à dix pas de distance , Un frisson qui me prend m'annonce sa présence; Souvent pour l'éviter, sûr ce signe certain , Ne me croyant pas vu, je rebroussai chemin , Ou me précipitant dans quelque rue obscure J'espe'rai, par la fuite, e'chapper l'aventure. Vain espoir î le bourreau qui connaît le pays ,
Qui| du matin au soir, arpente tout Paris,^ Employant contre moi ce funeste avantage ^ Quand je me crois sauve me coupe le passage. Entre le mur et lui^ pris comme au trébuchet| Dans ses bras qu'il étend je tombe stupëiait. « Quel bonheur, me dit-il , rencontre fortunée! « Je ne veux vous quitter de toute la journée. *» J'enrage I mais, contraint par un cruel devoir^ '^ Il faut paraître encor bien aise de le voir.
Plus loin c'est un amant , oh ! la maudite engeance l Qui vient me raconter l'exès de sa souffrance,, Et, de quelque bégueule honnête prétendant, De ses fades douleurs me faire confident. C'est un bonheur encor que sa beauté cruelle Soit, par un bel exemple à ses désirs rebelle ; Car si , pour mes péchés, elle le rend heureux , Grand Dieu! c'est pour le coup qu'it devient, ennuyeux l Chacune des faveurs dont la dame trop bonne Croit devoir honorer l'amoureuse personne,
Ponr moi va devenir une calamité.
' Vraiment on ne peut trop vanter la chasteté !
YoiJà de mes amis la tendresse ordinaire , £t gardez-vous d« croire ici que j'exagère : Non^ je ne vous dis pas seulement la moitié
\ Des peines que me vaut leur cruelle amitié'. Ah ! qu'il faut se garder de (aire connaissance De ces gens surchargés du poids de l'existence y Qui) dans le vide-af&eux où leur cœur est plongé» Trouvent Fennui moins lourd quand il est partagé !
^ Mais; de grace^ avançons : de les fuir à cette heure J'ai f pour ne rien vous taire , une raison majeure ; Et vous en jugerez si je vous dis enfin Qu'ils courent après moi pour me Caire parrain.
V pflg» 34 , vers 1 4 e< .!&.
Et l'on ne tronve plut de ftomaii» obKgeao» Allant, à tant par tête, assassiner les gens.
Il n'y a pas un detni-iiiâcle qu'à Rome on pouvait, pour trois piastres, se débarrasser d'uu homme s'il ne tenait pas à l'église ou à une famille puissante. Dans ce cas , on pousrait s'en défaire aussi ; mais il en coûtait davantage. Le droit d'asile favorisait singulièrement ce genre d'industrie. Sous le gouvernement français, l'établissement d'une justice régulière avait réduit de beaucoup le nombre des crimes. Les adversaires du régime légal en convenaient eux-mêmes :
l'italien ofTensé , au lieu d'attendre son ennemi au coin d'une rue , lui faisait un procès.
* page 36 , vers 1 1 .
Qn'il penserait encor qu'heureux de sa visite Je vais trouver mauvais ^'il s'en aille si vile.
On a comparé certains importuns a des billets de TÎsite qui restent là jusqu'à ce qu'on lés jette par la fenêtre.
Un gascon y l'honneur de l'espèce y
Etant chez certaine comtesse , Peu décemment se comporta.
Pour lui montrer la politesse»
Par la fenêtre on le jeta.
La leçon certe était peu, tendre , Aucun mal n'en- advint j^raurtant.
« Quel 'saut! dit^il, se irajii^ànt, <c Aussi bien je youlais descendre. »
Qui frappe donc, qui frappe ainsi?
Monsieur, un auteur en visite Vient vous parler de son mérite.
Je suis sorti ! je suis sorti l Monsieur, c'est un ami d*enfence ; Il veut renouer connaissance.
Ah l je suis rentré ; me voici.
Qui frappe donc, qui frappe ainsi?
Un commissaire avec escorte En ce moment est à la porte.
Je suis sorti ! je suis sorti !
Mais c'est celui de la musique ; Un magistrat philharmonique.
Ah ! je suis rentré ; me voici.
Qui frappe donc, qui frappe ainsi?
Monsieur, le Cosaque et le Russe , Sont là, suivis du roi de Prusse.
Je suis sorti I je suis sorti l Monsieur, c'est un vieux militaire ; Un bon Français, votre confrère. Ah! je suis rentré ; me voici.
Qui frappe donc, qui frappe ainsi?
Pour les âmes du purgatoire, Monsieur, on demande pour boire.
Je suis sorti ! je suis sorti !
C'est le pasteur du voisinage , Pauvre, souffrant , courbé par l'âge.
Âb ! je suis rentré ; me voici.
Qui frappe donc, qui fr*appe ainsi?
C'est un gros monsieur à besicles , Qui vient vous lire ses articles.
Je suis sorti I je suis sorti !
C'est Béranger qui vous appelle , Avec une cbanson nouvelle.
Ab ! je suis rentré ; me voici.
^ page 36, v€rt i5.
Me rendraMa ce« jours que je perds k t'entendre?
On a dit avec raison que les plus grands ennemis gens occupés sont ceux qui n'ont rien à faire.
4 pag9 37 , ven 1 1 •
Vn lioinme fort honnête,
Mais qui, par la konW, won» fait perdre la tête.
Sommono Rhodon, dieu siamois, avait été homme; il donna sa femme à un pauvre qui lui demandait l'aumône ; puis, ayant rencontré des bétes qui avaient faim, il se coupa en morceaux, et se distribua à elles. {f^oyagedSlam.)
* pog* 37, vert i5. Sarageestd^obltger...
Un serin, s'étant sauvé de sa cage, voltigeait dans l'appartement : maître, eniàns, valets, tous couraient après lui , et l'oiseau rusé échappait à tous. Un gros dogue vit de la basse-cour ce qui se passait : 1 Oh ! oh! mon maître se donne bien de la peine pour attraper ce maudit oiseau; que ne m'envoyai t-il chercher? je lui aurais évité tout ce tracas. Allons vite, et ne souffrons pas que lui et ses gens se fetiguent davantage.» Il entre , et , en deux sauts , l'oiseau est dans sa large gueule. Il va fièrement le porter aux pieds du patron , s' attendant h des remercimens : il est battu* « Voyez, dit-il, ce que c'est que l'ingratitude des hommes! »
^ pagt 37 , Vert 16.
é «.é. Si j'ai maavaiM mîae,
Il voudra me forcer k prendre mëcUcÎM.
On s'est souvent récrié contre l'égolsme des citadins ; remarquez» cependant y que si vous sortez avec Tair dolent et la tête empaquetée, aur vingt individus qui vous aborderont , il y en aura dix-neuf qui vous proposeront un remède.
7 page 38 , ««rt 1 1 .
Son nom , ans gens presses justement redoutable , A ceux qu'il recommande est trop défavorable.
On peut faire le mal si bien , et le bien si mal ! dit Grimm. La mauvaise compagnie , dit un autre » ressemble à un chien qui salit davantage celui qu'il aime le plus.
* pagt 38 , vsrt 16. Si de me marier il n'avait pas la rage.
L'intendant de sa seigneurie , Dans je ne sais quel tribunal
De Bretagne ou de Normandie , Interrogeait tant bien que mal Un pauvre diable de vassal , Pour certain fait de bigamie.
De ce gros péché convaincu, « Notre homme , prés d'être pendu ,
Dit , en pleurant , qu'un sien compère L'avait aidé dans cette affaire.
On fait venir le compère obligeant, Qui confesse qu'au délinquant 11 avait conseillé la chose, a Eh bien! lui dit le président, a Vous allez déclarer la cause a D'un conseil aussi mal sonnant ; « La preuve est là, voici la grosse.
« — La cause? répond le manant ; a C'était pour être de la noce, b
9 page 43 , vers 8.
Pour trouver le repoi , où peut-on le cacher ?
On disait à Diogène que les habilans de Sinope l'avaient condamné à sortir de la ville. « Et moi, dit-
îl, je les condamne à y rester. » Plus les Tilles sont grandes, plus on y rencontre de contrariétés, de désordres ci de TÎces. A Londres, on compte trente mille filles publiques, et soixante mille voleurs ou filous* On estime à cinquante millions de fi^anes les vols qui s'y commettent annuellement.
10 pagt 44 , vers 8.
J'enrage, mais, contraint par un cruel devoir, Il faut paraître encor bien aise de le voir.
Le code de la politesse des diverses nations forme un contraste assez bizarre. Cbez nous , il est poli d'ôter son chapeau en entrant dans un appartement ; chez les Turcs, le bon ton est d*ôter ses pantoufles. On paraîtrait grossier si Ton ne demandait pas des nouvelles de la maîtresse de la maison ; si on le fait chez le musulman , on risque d'être empalé. Chez nous, on salue en baissant légèrement la télé; chez d'autres, on se met à genoux ; plus loin, on se couche à plat ventre; ici, on s'aborde en se prenant la main ; là, en se touchant le nez. On se battait , il y a quelques années, pour avoir le haut du pavé ; aujourd'hui, on sait à peine ce que c'est que le haut ou le bas du pavé. Autrefois, un repas n'eût pas été complet s'il n'y avait pas un paon"; de nos jours , personne ne
•oii|;e à maoger de paon» Nous comparons un nau"- Taîs morceau à de Fane ou du ehien ; le Chinois se régale de chien , et le Calabrois tous inTite à ▼emr manger de l'âne : U somarttto di Latte* A Siam , oa marque son valet avec un fer chaud» et le grand mo^ol fait attacher des queues de vaches à ses éléphans , en forme de moustaches.
L'étiquette et le cérémonial sont deux nuances d'un même genre de supplice. Ou dit qu'un prince d'Sapagne mourut asphyxié , parce que l'étiquette défen;dait que l'officier présent éloignât de lui un brasier qui l'incommodait. Napoléon , comme Louis XIV, avait la passion de l'étiquette : c'était la faiblesse du génie. Alphonse IX disait que les ânes étaient, dans leurs repas, plus heureux que les rois , parce qu'on les laissait paître à leur aise.
ABVUIO.
Abuteid avait tout ce qu'il faut pour être heureux : le prophète l'avait comblé de ses bénédictions ; cependant Abuzeid était le plus infortuné des hommes. Voici quelle était la cause de son chagnn : un ennemi lui persuada un jour qu'il était de la race de Mahomet. Cette idée fermenta dans son cerveau, lise crut fait pour les honneurs; il attrait voulu être le^ calilè , et il perdit la paix du cœur.
Ce n'était pas l'amour du pouvoir qui l'agitait. Il se BOttciait peu de gouverner les bommes ; mais porter une pelisse de renard noir, un croissant de diamant» être entouré d'une cour brillante, de gardes, de quevtëi et d'étendard<> , être partout admiré et complimenté, lui paraissait le bonheur suprême.
Le prophète qui l'aimait, youlut le guérir; et une nuit il devint le calife. II était au moment de son lever; ses courtisans l'environnaient ; leurs ^^eux appelaient une de ses pensées. U ouvrit la bouche , on l'applaudit; il parla, on se récria d^ftdmiration. Il était dans le ravissement que produisent toujours les choses nouvelles et désirées. Il voulut, dés l'instant nême, parcourir sa capitale. Vh cheval superbe est préparé; ses officiers, ses domestiques forment un cortège éclatant d'or et de pierreries. Le peuple^ se précipitant sur son passage , admire et se prosterne. Abuxeid est le plus heureux des mortels ; il se gonfle de vanité; il a peine à contenir sa joie ; il aurait donné sa pelisse pour être seul quelques instans, et s'abandonner librement à ce qu'il éprouve ; mais toutes les actions d'un calife sont importantes et doivent avoir des témoins ; sa vie entière est une fête et doit se passer en représentation.
En rentrant dans son palais, il trouve un festin servi; il se met à table, et la foule, à genoux, regarde arec respect. L'odeur délicieuse des mets excitait son appétit , et il aurait voulu manger de ces viandes ex-
cellenles ; mais on comptait les morceaux, et, à chaque bouchée , une troupe de prêtres priait Mahomet que cette substance fut salutaire à sa hautesse. 11 ne put donc toucher que d^un petit nombre de pJats et très légèrement , encore s*étudiait-il à manger avec une telle dignité > qu'il ne sentait la saveur d*aucune chose.
Après le dîner, il aurait désiré se livrer à quelque exercice agréable et se distraire des soins du gouvernement ; mais un calife jouer, rire et chanter l cela ne s'était jamais vu. 11 crut qu'il pouvait au moins faire la conversation, et il l'essaya. Ceux à qui il adressait la parole , étonnés d'un si grand honneur, tombaient la tête dans la poussière en répondant : Allah ! et ils attendaient une seconde question pour répondre de même. Cette manière de conrerser n'ayant rien de bien récréatif, il y renonça.
Il lui vint à l'esprit que la foule , qui commençait à l'importuner, ne le suivrait point dans l'appai*tement des femmes. En effet , à la porte redoutable du Harem, chacun s'arrêta ; mais une autre troupe l'atten* dait, et il se trouva environné d'eunuques noirs, gris, blancs , de muets, de femmes de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Il reconnut parmi elles une esclave qu'il avait fort aimée ; il fut bien content, et il lui présenta le mouchoir, en affectant , pour le décorum, une indifférence qu'il était loin d'éprouver. Chacun célébra sod choix. Il entre dans une salle magni-
fique; la nouvelle sultane seule y pénétre avec lui.
Libre du cérémonial, il va dire enfin à son amante qu'il l'adore. 11 s'avance vers elle ; soudain un chœur de mille voix retentit et chante le bonheur de sa hautesse. Confus, il attend que la musique finisse : elle a cessé. Il prend la main de l'odalisque ; aussitôt il entend de tous côtés célébrer la beauté de cette main. Il s'arrête encore, et , croyant enfin être quitte de tous ses admirateurs, il soulève le voile qui couvrait le sein de l'épouse. La symphonie redouble; il sent une vive impatience; mais ne voulant déroger à aucun des usages, car le respect de l'étiquette est la première obligation d'un calife , il ne laisse rien paraître de sa mauvaise humeur.
Cependant, sa position était gênante pour un coeur brûlant. Prenant subitement son parti , il ouvre les bras pour embrasser sa chère sultane. Le son des trompettes éclate ; mille brillantes fanfares se font entendre, et des voix joyeuses remercient le calife du nouvel héritier qu'il va donner à l'empire. C'en était trop. Il maudit les grandeurs , et regretta sa médiocrité. Dans ce moment il se retourne, et se trouve dans son lit à côté de Mirza , sa femme , qui lui dit qu'il se conduisait depuis une heure d'une manière fort ridicule.
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