‹ Satires, contes et chansonnettesChapitre 5 sur 28 · I.a TAOVBADOVA VICAAD · texte numérisé non relu

I.a TAOVBADOVA VICAAD

Dans une nuit obscure et pluyieuse , Au pied des murs .d'un antique castel , Ainsi chantait, dans sa peine amoureuse , De Picardie un gentil ménestrel :

« O boines gens ! tandis que dans ce monde Vous dormez tous, mi, sur mon affiquet, Pour amoulir ma tristesse profonde , Je Tais, marziu, canter un pio molet.

« Je suis c*tila cognu par sa Taillance , Un cbcTalier dont le nom est fameux , Et qui , buquant de sa trique et sa lance , En terre sainte étripa les bagneux.

Conmie un pio saint , Taillant à la prière , . Gbômant mon sir , ma dame et le bon diu ; Boute en àTant 1 Toilà mon cri de guerre , Et ma dcTise : bardi donc ! bardi fiu !

« Le plus souTent mangeant des porqueries , Pour lit la feurre ou des drops de tigneux , Par cent biaux faits, escrits sans minteries. J'ai bien proTé que je n'étois doreux.

Bravant Tiau , le caud, le freid, la raque , Roulant partout ainsi qu'un coconier, Point je n*ai craint un giant plus que flaque Et, franc picard, je suis boin chevalier.

« Quand les chevaux trépassoient de la nase , Quand tous les quiens enrageoient comme leux , Lorsque les cots miauloient pis que hase , Mi je cantois : Ça vo bien , ça vo mieux ! Sur les payens, au son de la trompette , Gomme un démon, tout flambant, tout rousli, Je dévalois plus dret qu'une alluette.

Et la victoire y venoit avec mi.

a' Lorsque le moitre avoit fini la guerre , Dans nos moisons nous rentrions tretous ; Et chaque vespre avions pour nous refaire , La bergerotte avec le cidre doux.

Quand les capons, les glenes, les énettes, Tout roustissoit, bien lardé , bien Êirci , Beyant deux yeux pis que deux aleumettcs, Au feu d'amour je roustissois aussi.

« Mais Curpidon à la poigne traistressc ; A la doulceur il mêlait la poison ,

Et dans le broc où se beuvoit l'ivresse , Restoit le cœur ainsi que la raison.

Tant advenante étoit la juTencelle £n tenant Tanse au chopinot joyeux , Pour demourer oiseux sur sa cayelle , 11 eût fallu le cœur de ces cayeux.

« O Curpidon! Curpidon, gentil sire!

Que tV-je fait pour m'encheper ainsi?

Mon boin ami , pourquoi d'un tel martyre Ce pauvre cœur est-il tout étombi?

Diu Curpidon ^ n*agite point ton aile ! Diu Curpidon , ne me fais pas sofriri Si mon amante , hélas ! est infidèle , Diu Curpidon , il me faudra morir! n

Il ne serait pas indigne de l'Académie française d'examiner dans les divers patois les mots qui peuvent être réunis à la langue |pils ont te droit de bourgeoisie, et même celui d'aînesse ; car plusieurs de ces idiomes de province existaient avant notre français d'aujourd'hui.

Aux mots choisis dans les patois, on pourrait ajouter, pour remplir les lacunes ^jun certain nombre de diminutifs, d'augmentatifs, et autres combinaisons

sagement étudiées et imitées des Tangues mortes ou étrangères.

Le jargon employé sur nos théâtres est de tradition ou de convention.

La^ langue poissarde , mise à la mode par Yadé ; ne consistait guère qu'en grosses injures et crudités en très bon français de mauvais lieux. Aujourd'hui on en a beaucoup adouci l'expression. C'est ordinairement un marchand des rues , une vivandière, un philosophe de cabaret, que nos poètes bachiques mettent en scène.

liB HARCBAVD SB COCO.

Venez tous sans cérémonie , Bonnes gens, faites-vous du bien ; Voulez-vous avoir douce vie ?

Ne vous laissez manquer de rien.

Si vous avez la bouche sèche , Arrivez, arrivez chez nous, A la fraîche l à la fraîche !

Arrivez , buvez, servez-vous.

C'est ici ! c'est la renommée Du fameux coco de Paris , De cette boisson estimée

Dont on parle en tous les pays.

Si vous avez la bouche sèche Arrivez y arrivez chez nous , A la fraîche ! à la fraîche !

Pour deux liards vous en aurez tous.

Le Frontignan et le Madère , £t le Bordeaux et le Pomars , A côté semblent de l'eau claire ; On n'en donne plus qu'aux canards.

Si vous ayez la bouche sèche, etc.

U entre dans ce grand breuvage Quatorze fruits, et caetera....

Qui le boit n'a jamais la rage , Voyez plutôt, Azor est là.

Si vous avez la bouche sèche , etc.

Orateurs, chanteurs, demoiselles.

Venez tous en boire à longs traits; Il vous rendra la voix plus belle , U vous tiendra le teint plus Irais.

Si vous avez la bouche sèche Arrivez, arrivez chez nous, A la fraîche l à la fraîche f Arrivez , buvez , servez-vous.

IiA TITAWDràRB DAlIfl L'EMBARRAS.

Dieu du bon Dieu î quelle avanie !

On me conduit au violon ; C'esl une horreur, une infamie , Au régiment que dira-t-onP...

Âh ! qu'une femma au commissaire Est à plaindre d'avpir à faire.

Grenadiers , mes amours »

Venez, venez à mon secours 1

Je suis honnête vivandière ,

Manon Fricot, tel est mon nom ;

J'en appelle a Tarmée entière ,

Artilleur, sapeur et dragon.

Quoi ! ne peut-on, sans qu'on vous chasse,

Pi*endre l'air le soir sur la place ?

Grenadiers, mes amours , Venez , venez à mon secoursi

Ai-je, comme plus d'une belle.

Changé d'amour à tout moment P Ai-je cessé d'être ûàèlp Aux grenadiers du régiment P

Voilà que de moi l'on s'assure Pour me mettre à la préfecture.

Grenadiers, mes ftmours, Venez, venez n mon secours!

Je le demande , m'a-t-on rue Passer du centre aux voltigeurs ?

Ou bien des bourgeois , dans la rue , M'en aller ramasser les cœurs?

On sait bien que je ne m'attache Qu'au chevron et qu'à la moustache.

Grenadiers , mes amours, Venez , venez à mon secours!

Ai-je dans la cavalerie Pris du service? non jamais Je n'ai confondu de ma vie Les bancals avec les briquets.

Jamais le son de la trompette Ne m'a fait retourner la tête.

Grenadiers, mesamoui*s, Venez, venez à mon secours !

Ce n'est pas un bourgeois, j'espère.

Qui vient ici m'interroger.

Je Tai dit , je suis militaire ,

Le régiment doit me juger.

Si l'on yeut poursuivre l'aflfàirey

Qu'on assemble un conseil de guerre i

Grenadiers, mes amours.

Venez , venez à mon secours !

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