‹ Satires, contes et chansonnettesChapitre 6 sur 28 · QUART PARTOUT · texte numérisé non relu

QUART PARTOUT

Je ne crains plus la tramontane , Puisque le navire est au port , Sur son lit ma femme est en panne , Avec elle l'ouragan dort.

Buvons encore une bouteille , Buvons et buvons coup sur coup.

Mes amis , ma femme sommeille, Bon quart partout.

Hier la mer était mécbante , Je me sauvai dans les haubans ; Mais le calme suit la tourmente^ Après l'orage le beau temps.

Entends-tu ronfler la bourgeoise?

NOTES. m

Elle dort, Tiens donc boire un coup.

Viens ici, petite- Françoise ; Bon quart partout.

Calme plat, là, petite ingrate.

Jette donc l'ancre , amène et prompt, Qu'on pavoise un peu la frégate , Et tout le monde sur le pont ; Dans le gi'ément je m'embarrasse, Cargue la roile encore un coup.

Nous avons encor la bonace $ Bon quart partout.

' page 64, vers 6 et 7.

Dans Parii très connue', une ancienne chronique Disait qu'elle avait eu plus d'un adorateur.

L'on m'accuse d^étre légère ,

C'est être injuste en vérité ;

J'aime à charmer, oui, j^aime à plaire,

MaisJ'aime la fidélité.

Vous ne me verriez pas, je gage»

Chérir de perfides amans ; Et si je suis un peu volage y Je n'aime pas les inconstans.

On me nonmie ingrate , parjure , Perfide ; cela m^est égal :

Pourquoi veut-on que je murmure De ce qui ne fait pas de mal?

J*aime pour moi que Ton soupire ; Mais , hélas! par un triste sort.

Chaque amant me dit qu'il expire , Et je n'en vois jamais de mort.

L'on m'assure , dans cette fie , Que la constance est le honheur ; Mais quand on veut être chérie , 11 faut bien partager son cœur.

Si je devenais plus parfaite , Beaucoup j perdraient , c'est constant ; Et si je suis un peu coquette , C'est pour que chacun soit content.

On dit que j'aime la parure , C'est parler bien peu sensément ',

J'aime la mienne, je tous jure, Et c'est la seule awuréinent.

Vois-je une autre femme bien niiae , Cela me donne de l'humeur, Et si la chose était permise , Je la battrais de bien bon cœur.

On veut que je sois médisante , C'est encQT bien trouvé , ma foi ; Qui moi bavarde , moi méchante !

J« dis toujours du bien de moi. On prétend que je suis ingrate.

C'est n'avoir pas le sens commun , Et j'ai toujours vingt coups de pâte Pour répondre à qui m'en donne un.

^ page G4 , ters lo.

Hais , Mge par calcul , Lucrèce intéressée , etc.

On appelle coquette délie qui ne fait le bonheur de personne. On traite pliu mal celle qui fait celui de tout le monde.

^ page 64 , vert 1 1 et la.

En «UiMDt les feux qu'elle sut contenir , Doucement â ton but elle me fit Tenir.

Et fugit ad salicesy etc.

On a parodié ainsi ce passage de Virgile :

Quelle audace 1 quelle insolence !

Monsieur y monsieur, ah! laissez-moi.

Pour souffiir tant d^impertinence.

Je sais trop ce que je me doi.

Quoi ! se conduire de la sorte !

C'est indigne ! c'est une horreur!

Vile de ma chambre qu'on sorte I Qu'on sorte! entendez-TOUs, monsieur?

En Tain tous me nommez barbare , Cruelle y ingrate, et cœtera; Que cette porte nous sépare , Et je suis ce qu'il tous plaira.

De quelque trahison nouTelle, Certes, j'ai le droit d'aToir peur; Ne m'approchez pas ou j^appelle, J'appelle! entendez-Tous , monsieur?

Votre ame est , dites-vous , guérie :

Non, non monsieur, il n'en est rienf Pourquoi mentir? l'hypocrisie Me déplaît, tous le savez bien.

Quoi ! vous partez sans une excuse !

Ce procédé fait mal au cœur ; O ciel ! est-ce ainsi qu'on en use ?

Écoutez donc , monsieur, monsieur !

On n'est pas d'accord en poésie sur la prononciation du mot monsieur. Plus d'un veulent qu^on dise mosteu; cependant il paraît plus naturel, jusqu'à ce qu'on ait supprimé Vn et l'r, de le prononcer comme < ^

on l'écrit^ et de le faire rimer comme stetUTy seigneurs aeur^ etc.

^ /N^ 66 , vers a.

Certaine femme autenr

Aujourd'hui nos femmes-auteurs , exemptes de pédantisme , savent joindre la modestie au talent , et > plusieurs pourraient être citées comme des exemples de toutes les vertus privées.

7 page 66 « ven 7 .

Elle m^eût fait honneur quinze on vingt tns ptas l&K,

Un jeune homme est épris d*une coquette surannée; il ne l'a vue qu'en grande parure et aux lumières. Un jour il la surprend en négligé, et il aperçoit sur la toilette toutes les petites boîtes où est déposée la fraîcheur de son teint ; guéri de sa passion, il leur adresse cette allocution :

O sacrés vases, pàt«s, pommades, poudres et couleurs ; j'ai admiré long-temps votre éclat ; recevez mes adieux. Comme c'est vous seul que j'ai servis, daignez taire les hommages que je vous ai rendus. Ainsi puissiez-vous réussir à vous cacher plus long-temps, si quelque autre novice , attiré comme moi par vos magiques essences , offre des vœux à la déesse dont vous composez les charmes !

( Extrait tfun Journal, )

* page 67 , vfT* 1^.

Qu'une prude • de charme et de douces manièreil

Le ciel n'est-il pas à l'orage ?

Voyez cette sombre vapeur ;

Que l'air est brûlant I quel nuage !

Mon Dieu , que je vais avoir peur !

Vous ne me laisserez, j'espère, Robert, en ce moment d'efTroi....

Âh ! je crains si fort le tonnerre 1 Robert, approcbez-vous de moi.

Mais déjà rbirondelle à peine ^

Résiste à la fureur du rent ; Déjà dans la forêt lointaine On entend mugir le torrent.

C'en est fait de moi, pauvre fille, Si Dieu n'a pas pitié de nous.

O ciell qu*ai-je vu? Péclair brille :

Robert, Robert, approchcz>vous.

La nuit , sous ses ailes funèbres , Déjà s'apprête à nous cacber ; L'oiseau précurseur des ténèbres Se montre au sommet du clocher.

Entendez-vous? la foudre gronde, Le hibou reprend son essor....

Ah ! si c'était la fin du monde !

Robert, approchez-vous eneor.

9 page 70, vers a.

Elle qai n* aimait pas nn chanteur asthmatique.

L'amour, dit lord Byron , se soucie peu des indispositions vulgaires; il ne peut souffrir qu'un étemuement Tienne interrompre ses soupirs. Ce qu'il trouve encore pis , c'est la nausée , ou une douleur dans les basses régions des entrailles ; les purgatifs sont dan« gereiix à son régne : le mal de mer est mortel pour lui.

Un grand amour ne naît et ne vit pas sans espérance ; il n'y a jamais eu de Saint-Preux cul-de^alte ou bossu.

*o pagt 73 , vers la.

Mais tel un inaensë , trisie yisionnaire ,

Qui se croyait frappé d'un coup inuginaire ,

Finit par acquérir, à l'aide du docteur,

Le mal qu'il n'avait pas , mais dont il avait peur.

Dés qu'un bomme se croit malade, il l'est. M. D.... jouissait de la santé la plus robuste. N'ayant ni la tête faible, ni les nerfs irritables , il ne pouvait croire aux effets de l'imagination, et se moquait souvent d'un sien voisin qui passait pour malade imaginaire. Celuici voulut s^en venger, et voici comment il y réussit.

Ayant su que M. D.... devait aller diner à la campagne, à pied, selon sa coutume , il fit placer sur le chemin trois personnes de la connaissance de celui-ci. La première l'aborde^ s'informe de sa santé , et lui dit : « Vous êtes pâle aujourd'hui ; qu'avez-vous donc? — Rien, répond M. D....; » et il continue sa route.

Un peu plus loin, il est joint par le second ami, qui lui fait un geste de surprise. D.... l'interroge sur le motif de son étonnement; Tautre fait semblant de ne vouloir pas répondre. D.... insiste; enfin il lui aroue qu'il lui trouve la figure décomposée ; « mais , ajoute-t-il , c'est sans doute la fatigue de la route ; ». et il le quitte.

M. D.... commence à s'inquiéter ; il lui semble que son pouls est agité , que son cœur bUt avec violence : il éprouve des suffocations.

Il était dans celte situation d'esprit, quand le troisième individu aposté accourt , en s'écriant : « Ah ! Dieu , mon ami , dans quel état vous êtes !... J'ai cru que vous alliez tomber. Appuyez-vous sur moi. — En effet, répond M. D.... y je ne suis pas à mon aise; depuis ce matin j'éprouve des éblouissemens... — Prenez garde , c'est peut-être un coup de sang... Ne tardez pas un instant ; faites appeler un médecin.

En arrivant à sa destination, le premier soin de D.... fut d'aller au miroir. Il se fit peur; sa figure était décomposée ; tout le monde le crut malade : il l'était en effet.

" page 74 , vers 1.

A cei cilamit^s , le ciel en sa colère.,..

Les hommes disent la colère de Dieu , el mettent la colère au nombre des péchés capitaux ; le ciel punit les méchans, mais il ne se met pas en colère.

Socrate aimait la colère de sa femme qui l'exerçait à la patience.

Celui ou celle qui dit : « Je suis en colère , vous allez me mettre en colère , » n'y est pas , et ne s'y mettra pas.

la pag9 74, vars a.

Ajouta du quartier TEsculape ordinaire, Et ce brave assassin , etc.

Sortant un jour de sa boutique.

Maître Thomas, tailleur, et l*csprit du quartier, S'en allait chez quelque pratique Livrer une œuvre du métier.

Frais et dispos, le camarade Tenait bravement sqn chemin , Quand il rencontre son voisin.

Docteur habile... en gascounade, Suivant un mort, ci-devant son malade.

« Bonjour, Thomas , dit lé docteur, Montre-nous donc ce que tu portes , Est-ce la veste ou les culottes? »

Thomas répond : « Tous deux , monsieur ! Mais pourquoi donc ce verbiage?

Vous médecin et moi tailleur.

Nous portons chacun notre ouvrage. »

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