SATIRE QUATRIEME
Ta ne me diras plus que le gouvernemeot Ne s'est pas souvenu de ton long dévoûment ; De ta fidélité tu reçois le salaire , Te voilà, cher Talmon, nommé surnuméraire , Et le ministre enfin, généreux envers toi, Dans trois ans tout au plus te promet un emploi. Avant de profiter d'ime faveur si grande, De grâce , mon ami , réponds à ma demande : As-tu le coeur d'airain? peux-tu te faire un firout
Toujours prêt à souffrir le mépris et TafFrout?
Sais-tu courir au but de courbette en courbette ? »
Sans force | sans vertu y ton ame est-elle faite
Pour ramper dans la fange? et veux-tu renoncer
Au droit commun à tous de voir et de penser?
Non : il faut donc, crois-moi, suivre une autre carrière
Et reftiser l'honneur d'être surnuméraire.
Fais-toi plutôt marin y commerçant, laboureur, 3
Patricien, soldat, clerc, huissier, procureur;
Ou bien , vivant oisif dans ta fière paresse ,
Adopte pour état ton nom et ta noblesse.
Mais, dis-tu, je n'ai rien, trois cents francs bien comptés- Forment mon capital et mes indemnités.
Et manier la plume est plus facile à faire , Que porter un mousquet ou labourer la terre.
Du métier de commis connais-tu les dégoûts? Sais-tu (pi'un artisan qui gagne ses vingt sous, Libre dans son travail, et roi de sa chaumière. Est plus heureux vingt fois , plus riche en sa misère
Que ce scribe dore qui, s'il n'est assidu ,
Dérobe à qui le paie un temps qu'il a vendu?
Et c'est pour un peu d'or que l'on se sacrifie !
A sa juste valeur si l'on prisait la vie ,
Quels seraient les trësors qui pourraient la payer?
Des humains à tes jeux ee nègre est le dernier ; ^
Ce nègre cependant, qu'achète l'injustice ,
Dont l'avide colon , humain par avarice,
Soulève un peu les fers qu'il n'eût pas dû forger.
Est-il plus malheureux, si l'on veut y songer,
Que ce copiste à vie , enchaîne sur sa chaise,
Et qui ne peut pas même y bâiller à son aise ?
L'esclave en travaillant, maître sous le guichet,
Peot penser comme il veut, sans la crainte du fouet.
Ce n'est pas son esprit que le créole achète }
Oq occupe ses bras, on lui laisse sa tête:
Mais du pauvre commis quel est l'affreux devoir?
Quand le bon sens dit blanc, il faut qu'il dise noir. ^
Ennemi sans haïr, persécuteur à gages,
Par ordre il injurie, entasse les outrages,
^^ creusant son cerveau pour noircir l'innocent,
Il se verra noter fidèle et bien pensant ^ En raison du talent qu'il tient de la nature Pour ourdir le mensonge et forger Fîippostiïre.
De Tamour des beaux arts si le ciel lui'fit don ^ ^
Si parfois on Ta vu dans le sacré vallon ,
Dieu ! qu'il le cache bien ! sinon on le dénonce ;
Il reçoit de Roquin semonce sur semonce ;
Il sera négligent y dissipé , dérangé ,
Et quelque beau matin il aura son congés?
Thomas et Trissotin ne pouvaient vivre ensemble :
Quand le maître est un sot, il veut qu'on lui ressemble.^
Hors de Paris, dis-tu, je sais de bonnes gens ;
J'irai chercher au loin des chefs plus indulgens.
Soit ; jV^te vois nommé receveur en province ;,
Te voilà l'intendant, le trésorier du prince;
Tu ne copîras plus^ et, le tarif en main.
Tu vas faire enrager le pauvre citadin.
C'est un poste bien beau qu'un emploi de finance:
LES GAIAMITÉS ADMINISTRATIVES. 107
Monsieur le receveuri peste ! quelle importance ! Par le prince charge de défendre ses droits , Dans ton bureau poudreux tu sièges , tu perçois : Mais crois-tu y protège d'un oubli tutelairei Manger paisiblement ton modique salaire?
Suffit-il aujourd'hui de Esiire son devoir Pour être inamovible et braver le pouvoir? Tu n'es que probe ^ exact, discret , dévoue | sage:
Qu un intrigant adroit a sur toi d'avantage !
En égorgeant le Cûble à l'ombre de la loi.
Hélas! il paraîtra bien plus zélé que toi.
Un inspecteur maiidit, avide de victimes ,
Bientôt de tes vertus saura &ire des crimes ;
u va te signaler comme un sujet douteux ,
Négligeant son état , suspect et dangereux.
Si la sobriété^ Tordre et l'économie ^ Ont chassé de cbez toi la misère ennemie ,
^ le vois entouré d'un funeste soupçon ,
^tdejà Ton écrit que tu n'es qu'un fripon.
î^oule ce bon chef qui va te prouver comme ^
Amoios que d'être un gueuxy on n'est pas honnête homme.
Sur ce raisonnement te voilà compromis ; De receveur du roi, tu redeviens commis.
A grands cris reclamant contre cet acte inique , Montrant la vérité, tu prouves sans réplique Que c'est injustement que Ton te dégrada. Jusqu'à ton directeur le placet parviendra ; Il ne le lira point , mais son commis peut-être y Yalet plat et méchant^ digne élève du maître. Te repondra pour lui : « J'en ai grand déplaisir^ Sur mes arraugemens je ne puis revenir. »
Je suppose, après tout, qu'évitant la disgrâce , Tu demeures en paix possesseur de ta place , Et que, pour ta saute', tu veuilles un matin Aller dans un climat ou moins froid ou plus sain : A transposer ton nom se bornerait la peine \ Penses-tu qu'aisément cette grâce s'obtienne*? C'est en vain qu'avec toi quelqu'ami veut changer , On s'y refusera pour vous faire enrager. 9 Mais à demeurer là si tu tiens au contraire ,
Redoute qu'au yoism le lieu ne pnîâise pkure; S'il a Tair des biu'eanx, au gré de son désir. Pour l'y mettre bientôt on t'en fera sortir. Veux-tu dans ta fureur crier à l'injustice | On te crîra plus fort : rintérét du service.
Il est y me diras- tu, des cbefs d'une autre humeur, £t j'en citerais vingt, gens d'esprit et d'honneur. Oui, j'en connais aussi dont la France s'honore. Des **, des **, quelques autres encore : En protégeant le faible , en respectant les lois , Us ont à notre SHBOur acquis de justes droHs ; Mais seront-ils partout? Auprès des gens eii place Ne voit-on pas toujours s'élever cette race , Ces artisans du mal au trouble intéressés Et de la v^ité détraeteurs exercés.
Tu ùâs bien , c'est assez pour m^iter leur haine ; Bientôt tu sentiras tout le poids de ta chaiore , Et maints papiers salis de leur style grossier^ D'injures chaque moi» formeront un dossier :
lO
110 LES câlâmitës administratives.
Ne va pas te fâcher et mordre la courroie , Ah ! ce serait alors leur causer trop de joie.
Pendant dix ans enfin au plus modeste prix En dépit des méchans tu servis ton pays. Tu ne sais pas flatter^ aussi dans la carrière Plus adroits^ tes cadets t'ont laissé par derrière. A quelqu'avancement tu crois avoir des droits , Tu veux en demander, c'est la première fois : On t'accorde un congé; bref , pour la capitale Tu pars : en arrivant , par grâce spéciale Devant le directeur à deux heures admis. Tu fais la révérence, il regarde, tu dis : « Je viens ici , monsieur, vous ofiirir mes hommages Si j'ai pu par mes soins mériter vos suffrages , Parmi les contrôleurs ne pub-je être rangé?
— Par qui, répondra-t-il, été»- vous protégé?
— J'ai dix ans de service et je suis honnête homme , On cite mon travail, et tous mes chefs... — En somme Quels sont vos protecteurs? — Ces vingt certificats
De ma fidélité. . . — Tout cela ne dit pas
Que vous ayez en cour aucune connaissance :
Et pourquoi voulez-vous, monsieur, qu'on vous avance?
Sot la liste pourquoi sériez-vous le premier?
Vous travaillez fort bien , mais c'est votre métier ;
Vous êtes honnête homme ^ ou savez le paraître,
Les fripons sont punis vous ne voulez pas l'être ;
Vous fûtes au bon droit fidèle , c'est un tort.
Le maître légitime est toujours le plus fort. » '«
Tais-toi , de raisonher si tu prends la licence ,
Ta pourrais bien sentir le poids de sa vengeance,
Et l'on te blâmerait ; dire la vérité
C'est un crime aujourd'hui de lèze-majesté.
Sors donc. Qu'as-tu gagné, Talmon^ à ta visite?
13n avis important et dont plus d'un pVofite.
Cesse de travailler, de viser au savoir^ < '
Et de perdre le temps h remplir ton devoir :
Prends-moi dès ce jour même un esprit plus commode,
Brûle la circulaire et laisse là le Code ;
C'est y entre iious soit dit, un ouvrage sasezr plat^ D'un style à révolter tout esprit délicat. Deviens soUiciteui*, qu'une aimable prêtresse, Qu'un Nuroa consultant à ton sort s'intéresse , Tu feras ton chemin, c'est pioi qui t'en réponds. Si tu n'étais pas ho^ime à &ire des façons, Tu peux même sans bruit, d'une main prévoyante^ Du bien des citoy^s te former xum rente. Tu verses au trésor la moitié pour le roî^ Dans ton coffre discret l'autre moitié pour toi. C'est agir comme il {aut et p^irtager en frères; L'État n'a pas toujours des ageuf si sévères ^ J'en ai connu plus d'un, financiers gras à lard, Qui croyaient se voler en lui laissant le quart. Tâche aussi d'oublier le sens, l'eiipérience Que tu dois à tofi zèle, èi ton intelligence. Si ton chef le savait!... L'ignorant aujourd'hui Ne souffre p^9 qu'un autre eu sache plus que lui. Dis-lui^ v^w sans parler, j'abjure la lumière y Je fais plus, je descends à yotre caractère :
Vous imiter en tout est mon hu\ ; en un mot^ Pour vous plaire, monsieur^ je ne serai qu'un sot. Oui^ tn réussiras y yoilà les bons principes ; Regarde Lisimoui Dorimène, Ljsippes^ Vois Hjlas, intrigans médiocres, flatteurs } Ce sont là des sujets formés pour les grandeurs.
Bientôt, te reformant par ces heureux modèles, "
Je te vois obtenir des dignités nouvellets ;
Tu n'es plu^ ce commis, misérable importun,
Tu deviens un seigneur courtisé de chacun.
Ce directeur Iui*méme, habile en gasconnade,
Te traite de coUègqe et de cher camarade ;
Il va pour te flatter jusqu'à changer ton nom ;
Talmon tout court, 6 donc! c'est monsieur de Talraon.
A top ambition je ne yois plus d'obstacle,
Le prince t'a souri, tu parviens au pinacle.
Mais que de la faveur )e souflç est dévorant ! De toi-même qu'un jour i*i\ rendu diiïércnt î
Où sont donc tes vertus^ ce noble caractère?
A tout ce qui t'aimait prëtendrais-tu déplaire?
Égoïste profond; calculant tes bienfaits.
Tu ne fais que pour toi tout le bien que tu Êiis.
Aussi ne compte pas sur la reconnaissance :
Quelqu'un t'en montre-t-il? crois mon expérience;
C'est un sentiment feint qui ne vient pas du cœur^
Grimace que fait faire ou l'espoir ou la peur :
On ne sent rien pour ceux qui ne sentent qu'euxHnémes,
£t dans le monde enfin il n'est que toi qui t'aimes.
De ta prospeVitë dédaignant les auteurs.
Leur pardonneras-tu d'être tes bienfaiteurs?
Leurs services passes te semblent des offenses.
C'est en les abaissant que tu les récompenses ;
Et tu Be rougis pas de les voir, étonnés.
Te demander un peu des biens qu'ils t'ont donnés.
Cependant sur ton front la haine qui s'amasse
Déjà fait présager ta prochaine disgrâce ;
Des bruits sourds ont couru que le ministre, un jour^
Pour t^éviter au cercle avait fait un détour.
G)iitre toi Ton s'ameute^ on écrit, on murmure ;
£t mons FoUiculus, expert en imposture, '^
Moyennant dix louis que lui promet Ferval,
De tes iniquités va noircir son journal.
Ton abord insolent, ta morgue impolitique
Ont attiré sur toi la vindicte publique ;
Change donc de conduite, imite Duhautant,
Même quand il refuse on le quitte content :
Regarde, il est tout miel ; sa douce bjpocrisie
Passe aux yeux de chacun pour de la bonhomie.
Donnant avec adresse, et plus sage que toi,
II se fait des amis avec l'argent du roi.
Chacun croit en tirer largesses sur largesses ;
A défiiut de monnaie, il offre des promesses ;
Faux avec le petit, servile avec le grand,
U croit dans la poussière et s'élève en rampant.
Ne craignons pas qu'il tombe en touchant au tonnerre }
11 a toujours grand soin d'avoir un pied par terre*
J'aime mieux sa £iÇon que ton accueil brutal ;
116 LES CALAMITÉS ADMINISTRATIVES, C'est du iDoÎDs poliment qu'il me fera du mal.
Je ne te peindrai pas les ruseSf les intrigues^ Tous les ressorts secretS| les cabales, les brigues, Qu'afin de conserver ce funeste pouvoir En tous lieux, en tous temps il faut faire mouvoir. Pour être courtisan, ab 1 qu'il faut de génie I Avec habilité semer la calomnie, Immoler la justice et le faible au puissant, Pour sauver le coupable égorger l'innocent, A tous dbj^ner sa foi, mon4|uer à ses promesses ^ Ce sont là du métier les moindres gentillesses. Ami, que feras-tu dans ce gouffre fangeux? Tu connais ces mécbans et tu restes près d'eux ! Laisse-les se vautrer dans l'oppjrQbre et le crime. Ne sois pas leur amiy ne sois pas leur victime ; Le ciel est justie eafip, et tous les moux qu'tb font Sur leuc tdte coupable un jour retomberont. Mettons-nous à l'écart, évitona la tempête, '^ Allons chercher au Loin le calme et la retraite :
Je n'ai qu'un petit bien, mais il suffît pour deux ; C'est dans la paix du cœur que le sage est heureux. La gbire, les htonueurs, bêlas ! tout est poussière ! Les palais tomberont aiosi que la chaumière ^ Le temps fuit, l'âge vient, l'bewe sonoei et la mort Re'unit dans la tombe et le faible et le fert. AIlous, ne tardons plus, regagnons mon village ; Les champs et Famitlé sont Tasile du sagf ; Le plus riche ici bas est cet heureux mortel Qui vit content du peu que lui donna le ciel. Et la gaîte d'ailleurs suit-elle. la richesse? Jeannot chante toujours, Orgon pleure sans cesse. Ce riche fournisseur qui tua tant de gens Ne rit peut-être pas une fois tous les ans. Nous rirons tous le» jours, la saison est prospère, Nous avons les journaux, la tribune, la chaire, Arènes ou maints sots, hurlant et grimaçant, Veulent bien se charger d'amuser le passant. Dans nn heureux repos couler gaîment sa vie, Saos qu'il en coûte rien avoir la comédie ,
Que détirer de plus? des spectacles, du pain, ■'
C'est toat ce que jadis demandait un Ilamain.
Faut-il des monceaui d'or pour faire Tivre un homme ?
Nous nous coateuterons du régime de Rome.
Satisfaits du présent, heureux de l'uTenir,
Nous attendrons la mort sans crainte et sans désir :
Et peut-être, Talmon, à cette heure sinistre.
Nous consolerons-nous de n'être pas ministre.
1^8 (B^i&ÀSiavas
adihinistràhves.
oUs.
Cet essai n'est ni une attaque ni une récrimination; Pauteur n'a eu à se plaindre de personne. En exposant les dégoûts qui attendent l'employé , son but est seulement de détromper le solliciteur imprudent qui abandonne souvent un état paisible et honorable pour mendier une place, où, sans trouver l'aisance, il rencontre la servitude. Avide d'avancement, il se croira froissé lorsque cette espérance ne sera pas satisfaite. Chaque collaborateur deviendra pour lui un rival, et bientôt un ennemi. Ses vœux n'appel-
leront que retraites , révocations , décès ; son avenir sera tout entier dans le mal d*autrui; il consumera une moitié de sa vie à solliciter, et l'autre à se plaindre. Sans doute, ses plaintes sont quelquefois justes ; mais la justice dislribotive des eimplois serait en administration la ruine des administrés. La place la plus importante serait floovettt Jonnénf mi plus incapable. Les droits et l'ancienneté sont quelque chose ; mais le public qui paie ne doit pas être considéré pour rien, et c'est ce qu'on ne fera jamais entendre aux employés. Néanmoins cela ne justifie pas la manière peu paternelle dont on les traite depuis quelques années. ( f^oer la note 2b aie la satire centre la mante de la politique, }
* page io4 , ven it.
Sais-tu courir au bui de courb^lte en courbette ? Sans force , sans vertu , ton ame esl-elle faite Pour ramper dans la fange ? et veux-tu renoncer Au droit commun à tous de voir et de penser ?
Monseigneur, disait M. A. à M. B., en lui présentant un canard, uu dindon et une oie y ce ne sont pas des aigles y mais ils sont bons.
NOTES. lîl
Fais-toi platdt marin , commerçant , laboureur, Praticien , soldat.
On dit que quatre qualités sont nécessaires pour faire un bon soldat: le courage d'un lion, la force d'un mulet , le yentre d'une fourmi , et l'esprit d'un imbécile.
Il faut précisément les mêmes pour faire un bon commis.
M. H... disait des siens : « Je n'en puis rien faire, ils pensent. »
4 page io5 , vers 6.
Des humains à tes yeux ce nègre est le dernier, Ce nègre cqpfndant qu'achète l'injustice....
Je suis blanc » tu es noir, donc je puift te yendre ou l'acheter, te faire travailler commç une b^e de somme , et te laisser mourir de faim quand tu ne seras plus bon à rien.
Ne chassez pas le pauvre noir.
Beau blanc , laîssez-le, je tous prie.
Rester avec vous jusqu'au soir :
Auprès de vous est sa patrie.
Au bon vieux nègre Nicolas Un jour encor faites l'aumône :
Pour travailler où sont ses bras.
Si pour amis il n'a personne?
Vous avez quitté le logis Quand vous étiez petit encore; Depuis vingt ans dans ce pays Vous n'avez pas revu l'aurore.
Toujours j'ai gardé la maison y Et vous, de retour du voyage.
Quand je n'ai plus d'autre patron»
Vous me renvoyez du village.
Sois libr« , avez-vous dit* Hélas i J'ai soixante ans, que puis-je faire?
La liberté , c'est le trépas , Et je tiens encore à la terre.
NOTES. tsa
Près de tous laissex-moi mourir, Bon blanc , tous «n saurez la cause :
Non, non, je ne saurais partir^ Car le vieux père ici repose.
ImM «éaRIIiLOH.
Ce petit blanc , comme il est beau î Laissez-moi le toucher encore :
Voyez , il ressemble à Toîseau Qui nous réveille avant l'aurore.
Ah! pourquoi suis-je ainsi tout noir?
Ma mère , je fais peur à voir.
Quand j'étais jeune conunelui,
Ëtais-je aussi joli , ma mère ?
Ne sera-t-il blanc qu'aujourd'hui?
Alors je plaindrais sa misère.
Ah ! pourquoi suis-jej ainsi tout noir?
Ma mère , je fais peur à voir.
Je suis un tout petit enfant , Et déjà chacun me dédaigne ; Chacun^croit que' je suis méchant ,
Et chacun Teot que je le craigne.
Âh ! pourquoi suis-je ainsi tout noir?
Ma mère, je fôispeur à voir.
Prions Dieu, prions-le bien fort^ Et je deviendrai blanc peut-être I Ou plutôt donnez-inoi la mort Afin que je puisse renaître.
Ah! pourquoi suis-je ainsi tout n<^ir?
Ma mère, je fais peur à voir.
' page io5^ ven 18.
Qaand le bon sens dit blanc , il faut qu'il dise noir.
Un propriétaire campagnard attaqua un jour son voisin en justice, parce qu'il avait tué son chat. Le voisin l'avait trouvé dans un champ , et prétendait que c'était du gibier; l'autre soutenait que c'était un chat.* Qu'estce qu'on appelle gibier ? disait le premier ; ce qui a plume ou poil. Cet animal n'avait-il pas du poil P donc c'est du gibier. — On ne mange pas les chats, répondait le second. — Au contraire, s'écriait l'autre; la preuve en est que je l'ai mangé, n Le tribunal décida que le chat ayant été tué dans un champ et ensuite mangé, était du gibier.
* page 1 06 , vers 4 .
De l'amour des beaux arts si le ciel loi fit don , Si parfois on Ta va dans le «acre talion , Dieul qu'il le cache bien !
Le cardinal d'Eate disait à . TArioste qui lui iîfiait son poème : Dove Diavolo , jiffnor Ludovieo^ wtHe preso iante amerie ? .
7 fagji 106, -tàêrt 9.
Et quelque beau matin il aara son congé.
M. D.... écrivait que le secrétaire qu*on lui avait donné était tout à fait incapable ; et il eu demandait un autre. Dix-huit mois après, ce secrétaire était ministre, et Pun des plus habiles financiers que la France ait eus : c'était 3f. MoUien.
• jaogc 1 06 , vert 11.
Quand le maître est un sot, il veut qu'on lui ressemble.
Duclos disait en parlant de M....X C'est uusot, c'est moi qui le dis, c'est lui qui le prouve. Madame Geoffrin disait de l'abbé T. : C'est un sot frotté d'esprit.
9 page 108, vers 18.
On s*y refusera pour vous faire enrager.
L'esprit de contradiction semble inné chez rhomine. Le premier besoin qu'éprouve l'enfant est celui de la désobéissance, ou plutôt de l'indépendance. Il le manifeste dés qu'il ouvre les yeux : il n'a pas la force de se soutenir, il ne peut ni marcher, ni parler, ni manger, et déjà il prétend commander; il s'indigne dés qu'on lui résiste ; une chose lui déplaît par cela seul qu'on veut la lui faire faire , et il agit de toutes ses facultés pour s'y soustraire ; il trouvera un charme inexprimable à ce qui lui est interdit. L'âge et le raisonnement ne détruiront pas en lui ce sentiment, et toute sa Tie le fruit défendu sera pour lui le plus doux, du moins la chanson le dit ainsi.
Colette m'a défendu
D'aller boire en cachette.
Ma femme, ai-je répondu.
Néant à la requête.
Versez donc, maître Thomas,
Et faisons cave nette.
Colette ne le veut pas,
A ta santé , Colette !
Mon I)ieu, que le rin est bon.
Grâce à la circonstance !
Que le Grand- Turc a ra^on D'en faire la défense !
Versez donc, etc.
Pour faire du cabaret Un bureau de finance.
Vin généreux, il faudrait Te prohiber en France.
Versez donc, etc.
Ah! si Colette un beau jour
Allait aussi défendre Que je lui fisse l'amour.
Que je deviendrais tendre !
Versez donc, maître Thomas ,
Et faisons cave nette.
Colette ne le veut pas,
A ta santé, Colette.
*<> page 1 1 1 f vert 9.
Le maître légilime est toujours le plus fort.
M. B., pauvre gentilhomme campagnard , faible d'esprit , avait été chargé de prendre soin de son parent M. P., qui était tout à Fait fou. Ils logeaient ensemble. M. R. dirigeait assez bien son pupille, jusqu'au moment où celui-ci trouvait Toccasion d^étriller vigoureusement son mentor. Dès que le mentor avait été battu , c'était au fou à le conduire, et M. R. disait à tout le monde que son pupille n'était plus fou. S'il était battu une seconde fois , il lui reconnaissait une raison supérieure ; il prenait ses avis et le laissait maitre de la maison: cela durai tjusqu^au momentoùM. R., profitant de quelque avantage , pouvait à son tour rosser son élève. Il reconnaissait alors que le fou était redevenu fou, et le fou en convenait sans difficulté.
II page III, vers i5.
Cesse de travailler, de vi*er au savoir.
Celui qui l'a dit est habile, Et je vois que c'était bien dit.
Mon Dicuy que roii naît imbécile I Qu'on est sot quand on est petit !
Lorsqu'on navigue «ans boussole.
On va comme pouHse le Tcbl.
Mon Dieu, quand j'allais à l'«colc.
Que j'étais bon enfanta
Je me laissais, pour mon martyre,
Mettre en cage chaque matin ;
C'était, dit-on, pour savoir lire
Et pour apprendre le lalin.
Un pédant, pour tout protocoles
Me battait charitablement . ^
Mon Dieu, etc.
Éveillé dés le crépuscule Au lieu de dormir grassement, Je travaillais comme un Hercule A ift'entonner le rudiment; J'étais heureus d'une parole Et je vivais d'un compliment.
Mon Dieu, etc.
Aux dépens de quelque confréie Bien loin de me faire valoir,
Je voulais l'aider à bien foire, Et je lui dictais son devoir.
Sans y ga^er même une obole, J'étais honnête et prévenant.
Mon Dieu, etc.
Je n'aurais pas, pour un empire, Volé la place du vobin ; J'aurais craint qu'on ne pût me dire Ce n'est pas là le bon chemin.
Quand j'avais donné ma parole.
Je la tenais bien fermement.
Mon Dieu, etc.
Parler contre ce que Ton pense Me semblait toujours être un tort* Et la clef de ma conscience N'était pas prés du coffîre-fort. • Je n'encensais jamais l'idole.
Ni le pourvoyeur du moment, Mon4)ieu, quand j'allais à l'école Que j'étais bon enfant !
>* page ii3 , "ven 7.
Bientôt te reformtBt sur ces heoreax modelés. Je te Tois obtenir des dig^iUis nouvelles.
Des dignités et des rubans , tel est le but de nos ambitions modernes ; cependant un ruban n*a de mérite que lorsquHl représente une action ou une rertu. S*ilne rappeUe rien » si celui <pii le porte ne sait pas pourquoi , alors ee n*estplus qu'un jouet.
En 1814 et en i8i5y la manie des rubans fut portée jusqu'à la folie» et comme au temps où Charles- Quint, fiitigué des disputes des nobles et des bourgeois de Gand, tira son épée, et, la passant sur la populace assemblée, lui dit : « Je tous fais tous cbevaliers, » on a TU à cette époque plusieurs corps d'armée, plusieurs villes , être décorés collectivement. Il était difficile , dans certaines localités , de rencontrer quelqu'un qui n'eût pas au moins ime croix ou une médaille. Un mauvais plaisant , ayant aperçu un individu dont le cordon de la ceinture passait entre les basques de son habit, lui demanda de quelle puissance il portait les ordres. A Paris , où l'industrie ne néglige rien, le commerce des brerets s'établit presque publiquement; et îl fallut une ordonnance et des poursuites judiciaires pour arrêter l'actirité des marchands et le zèle des acheteurs.
LB HARCBAIin DB BOBABtt.
Je suis le ma relia nd de rubans, Venez, messieurs, à ma boutique ; J^en ai des bleus, j'en ai des blancs,. £t tous bon teint pour la pratique..
J'en ai de toutes les façons.
Pour tous [e$^ goûts» pour téuft,le«^A,. J'en âifiourles petits gtarçons, J'en arpour les grands personnages.
Magistrats, soldats et valets.
Aujourd'hui cbaçun en acbéte; Les uns, en bravant les boulets.
D'autres en fatsanl la counbette»
Je n« dirai pas aux passans Ponr rien qu'ils s'approvisionnent; Non, messieurs : mats si je les vends, C'est moins cber que ceux qui les donnent.
En. voilà que l'onme^ au col Ou qu'oft attaohet en ijarreetère»
En voilà qu'on- met en licol.
Ceux-ci devant, ceux-là derrière.