U DISCOURS
oootre ausû des exagéralfeors de boiuie foi qui, dans leurs têtes actives et fécondes^ refont tout ce qu'ils lisent, et s'extasient ensuite sur leurs propres idées. Pour éviter les iaconvéoiens qu'entraînent ces dispositions si contraires à la saine critique , j'examinerai d'abord ce cpie, relativement au genre satirique , on peut attendre de l'éducation de Perse, de ses études, de sim caractère et de ses liaisons ^jkkis verrons ensuite ce que l'cm a pensé de ses satb'es; et je finirai par un jugement impartial , c'est«à*dire conforme aux impressions que j'en ai reçues , après les avoir bien méditées.
Je contredirai peut^tre les chinions de qudlques sa vans que j'aime et que j'e»time, mais ce sera de manière qu'ils ne pomrront pas m'en savoir mauvais gré. L'honnête Casauboda, lorsqu'il défendit Perse, vivement attaqué par Scaliger, sut allier les égards à la critique, et ne fut pas moins l'admirateur et Fami de cehû q«i'il réfutoit (a).
(a) Jamais deux hommes n'ont été plus opposés dass les^ jiig«]iieRft qu'ils ont portés do P«rse , que SciJiger et Casaubon ; Toyez cependant avce quel enthousiasme celui*ei parle de mn adreruire : « Qiidkqa'un , dit^il y n*a pas craint de s'élrrer iontre les éloges qui airoîent été donnés à Perse': » Jt ^ti vir? téuttéjudiciif tantw eruditùmis, tam paHenP&si aewnifiîf, ut H Persius magnum soiatium babeat, quod JEnei» magm
DISCOURS. bj
JHê soui^iipîbère, et mort 4 vingt-4iuit ans sous Néron, Perae s'attacha, dès VAge de seize ans, au, stoïcî^i Coroiiitus, l'un des savans les plus honnêtes et les plus universels de son temps (a); car, indépendamment de la philosophie stoïcienne qu'il n'enseignoit pas moins aux Grecs qu'anx Romains, il étoit encore versé dans tous les genres, de littéraUire. C'est à l'école de ce philosophe, et surtout dans so» commerce intime, que ce jeune chevalier romain (b) puisa cet amour sin- «ère de la secte stoïque qui se manifeste dons la plupart de ses vers. Il consacra dès lors le reste de ses jours, trop prômptement terminés, au
d^xtra eadit; et nos vei bonam taasam prodere diu consiéaaam ac certum habuerimus^ potius quam cum dlo Hercule in certamen descendere, Casaub. , Proleg. in Pers. , p. 3.
(a) Cornutus, originaire de Leptis, ville d'Afrique, florîssôît avant et sous le règne de Néron. Peu s'en fallut , selon Dîon-^OissLus (in Néron, y % î»6), que ce prince ne le fît périr; nais il sf c<mleiita de Fexiler ^ns une tlie, et roici pourquoi. Néron ayant formé le projet d'écrire en vers toute l'histoire romaine , quelqu'un lui dit qu'il de voit la diviser en quatre cents livres; 'sur quoi Cornutus s'écria que personne ne la liroit, etc. Ensé^ (de la traduction de saint Jérôme , page 1 6a) rapporte seulement que Néron exila le philosophe <^iiatciAy précepteur de Perse.
[b) Quelques commentateurs, par leur manière d'expliquer le prologue des satire^ de Perse, ont présumé que ce poète él*it ei pamvre <{«^1 avôk Toula tirer parti de son talent; ce qui répugne k plusieurs ^^si^es de eet auteur.
Ixij DISCOURS.
culte des Muses et de la philosophi4|'qui furent
ses premières et dernières affections.
Si ce qui nous reste de ses ouvrages est peu satisfaisant au gré des plus grands critiques, ex*^ cepté Casaubon , il&ut du moins convenir que nul écrivain, dans les mêmes circonstances, n'a laissé la mémoire d'une vie plus innocente et plus pure que la sienne. Éloge mince ! s'il regardoit quelque contemporain de Laelius ou de Scipion. Alors tout fomentoit le génie, et il pouvoit se produire impunément ; alors la philosophie et les lettres s'alhoient avec l'exercice des fonctions publiques, et les premières ne servoient que de délassement à des hommes d'état qui , dans l'une et l'autre carrière, se sont également illustrés. Mais il est dans l'histoire des époques stériles en vertus, et non moins funestes aux talens; des époques où le zèle est inutile, où les dispositions naturelles étant étouffées par la contrainte et la terreiu* , les citoyens vertueux ne sont pas responsables du bien qu'ils n'ont pas fait, et où le plus bel éloge pourroit se réduire à ces termes modestes : il