VÉCUT SANS REPROCH£S ET MOURUT SANS REMORDS
Sa vie offre des détails que je ne dois pas omettre , puisqu'ils honorent sa mémoire. Il s'attira, chez Cornutus, l'estime et la bienveillance de tous les hommes célèbres qui fréquentoient
DISCOURS. Ixiij
cet illustre philosophe; mais ceux*ci, réunis sous le drapeau de leur secte , n'avoient guère avec lui que des rapports qui Téloignoient de son but au lieu de l'en rapprocher. En qualité de satirique, il avoit besoin de faits, et on ne l'entretenoit que de conjectures. Il avoit besoin d'observer le principe et le jeu des passions , et on lui apprenoit moins à les régler qu'à les anéantir.
Lucain, son condisciple, fut son admirateur et son ami. Il connut tard Sénèque, et n'aima ni sa manière ni son génie, soit qu'il trouvât que la conduite de ce philosophe et son opulence fussent peu conformes à la doctrine du portique, soit que le stoïcisme du précepteiu* de Néron lui paràt trop libre et trop relâché ; car on sait qu'il puisoit dans toutes les sectes , et même s'autorisoit d'Épicure (a).
N'oublions pas Tune de ses liaisons les plus honorables : le vertueux Pœtus Traséas, qui avoit , épousé Arrie sa parente, ne cessa de lui donner, pendant les dix dernières années de sa vie , des marques d'une tendresse toute particulière; ce qui, de la part d'un si grand personnage, forme le-plus beau trait de son éloge.
(a) «c Épicure l'a dit, objecte- t-on à Sénèque : qu'ayez-YOus de cœnniun ayec lui ?» £t il répond : « Ce qui est yrai m'appartient partout où je le trouve; » Quod vcrum est, meum est* Senec., epist. xii.
kiv DISCOURS.
Ce qu'on raccmle de ses mœurs ne laisse rien ' à désirer. Il fut chaste, qurâqu'il lui soit échappé des vers obscènes. Fils respectueux et frère sea^ sible, il laissa la plus forte partie de ses biens à sa mère et à ses sœurs. Ami non moins reconnoissant, il légua une somme d'ax^ent, et ses livres qui formoient une lûbliothèque de sept cents volumes, à son cher Cornutus. Le philosophe n'accepta que les livres. Les gens de lettres, et même ceux que l'on appelle philosophes , ne se fournissent plus guère aujourd'hui Toccaston de témoigner un pareil désintéressement. La plupart vivent et meurent de manière que l'on diroit quil n'ont eu que des rivaux et p<Hnt d'amis.
L'éducation de Perse, ses étude» opiniâtres, son caractère. et ses liaisons, le rendirent comme étranger dans son propre pays; (a) du moins si Fpn eu juge par sa manière et par les idées consi* gnées dans son ouvrage. Contre le vœu de sa secte, et l'ancien usage de Rome, qui exigeoit des
(a) On ne voit pas q[ae Perse ait £dt les moindres tentatires pour arriver aux dignités réservées à ses paareils^ « Qnieonque^ dit M. l'abbé de La Bletterie , auroit alors embrassé la profession de pbSosoplie on d'homme de lettres, eût passé pour Grée plnt6t que pomr Romain, et prebablemenf il se seroit fermé rentrée du sénat. » Remarques sur tu Vie itAgria^ , tome II, page i68.
DISCOURS. Ixv
services publics de la part de tous les citoyens , et surtout de la part des nobles, il vécut A^contemplàteur, et beaucoup plus avec les livres qu'avec les hommes : ce fut ainsi qu'il conserva son innocence au préjudice de son talent.
Avant de s'enfoncer dans les profondeurs de la philosMDphie , il s'étoit , entièrement livré à la littérature , et même il avoit composé cîifférens optiscules que le temps nous a ravis; perte d'autant plus regrettable, qu'elle nous prive de plusieurs pièces de comparaison qui auroient appris de quelle manière et à quel point les opinions stoïques influèrent sur son esprit. Je ne sais, dit Cicéron^ si ce sont les poètes qui ont gâté l'esprit des stoïciens, ou si le mal ne vient pas de ces derniers (a).
Ses satires, louées par Quintilien et Martial, ne furent publiées qu'après sa mort ; elles firent une telle sensation, dit l'auteur de sa vie, qu'on se les arracholt {b). Il paroît qu'il ne les avoit composées que pour un cercle d'amis dont il n'avoit rien à craindre (c); ce qui auroit dû les
[a). Utrum poetœ stoicos deprapaperint , an stoicipoetis dederint auctoriiatem , non facile dixerim : portenta enim et flagitia ab utrisque dicuntur. De Natur. Deor.
(b) Editant Ubrum continua homines mtrari et diripere cœperant. Sueton. , Fita Persii.
{c} Secreti loquimur. Pcrs. , satir. v, v. ai. I. e
Digjtized by VjOOQIC
Ixvj DISCOURS,
rendre claices, franches et plu» hardies (a). Quoi qu'iPfn soit, ces satires^, telles qu'elles sont^ méritent des considérations particulières , tant par les travaux incroyables que par les jugemeiis contradictoires qu'elles ont occasionés depuis la renaissance des lettres.
On croyoit qu'une partie du texte de Perse, considéré en lui-même, étoit absolument inintelligible. Que fait Casaubon? Persuadé que lorsqu'un auteur, quel qu'il soit, s'est réservé pour lui seul tous les mots de ses énigmes, chacun est le maître de l'entendre comme il peut^ c6mme il veut 4 cet habile homme , se repliant sur son immense érudition, interrogé tous les anciens, et cherche jusque dans les moindres vestiges de l'antiquité de quoi fortifier ses conjectures. Si ce labyrinthe avoit eu quelques iséues, nul n'étoit
(a) « Il est érident, dit Bàyle, à toas cenx qui lisent Perke avec attention^ qu'ail est obscur, hon par pblitiqtte^ mais par le goût qu'il s' étoit donné, et par le tour qu'il avoit fait prendre à son esprit ; car si la crainte de se faire des affaires à la cour l'eût engagé à couvrir sous des nuages épais ses conceptions, il n'auroit pris ce parti que dans les matières qui eussent eu quelque ra{^ort à la vie du tyran. Mais on voit qu'il entortille ses paroles, qu'il recourt à des allnaions et à des figures énigmatiques, lors même qu'il ne s'agit que d'insinuer ime maxime de morale dont l'explication la {>lus claire n'eût su fournir à Nérûn le moindre prétexte de se fâcher. » Dictionnaire de B^le , article Perse.
DISCOtlRS. bitij
fkvs capable que loi de les trou^v^r et &en sortir avec honneur'''. Mais on se conteaita de dire qu'au Perses de Casattbon la sauce vahit ntieux que le poisson (a).
Cet énorme et prodigieux comin^itmey ôà lé»
sept cents vers de cet auteur sont ensevelis mot à mot BOUS des nlilliers de passages empruntés des Grecs et des Latins, parut plm étonnant que persuasif à ceux qui lisent plutôt en gens de goût cp'en simples érudits; on avoit beau leur dire que celui qui veut manger la noix doit prendre ta peiim de la casser (b), la plupart y répognoieni Quand Perse » répondoient-ils , seroît tel que Casaubon l'a représenté , quel fruit retirer d'un auteur abstrait que chacun entend à sa manière, les tins au propre, les autres au figuré? d'un auteur qui n'a presque jamais sacrifié aux Grâces, quoiqu'il voulût être gracieux, et qu'il faut étedier chaque fois qu'on le relit (c) ?
(a) Ce mot trivial se trouTe dans le Scaligerana , à Farticle Casaubon.
(b) . . . Qui nuoieatn eMâ^nU, tteéess«aritUjhmgigtnucâm*.
(c) Je Hscnft, H J 9i quelques atitiéeé, à Pacîàdémîe des BelIe»-LettireBj un mémoire sat le» satires de Pefse; oti pria M. VàJûhé JiaAÈeaXy à qtft leé poètes latins éloieiit très-famir liers, de s'expliquei^ sur phisieurs passKigfes conteistës, et il répondit avec franchise : Je les entendois ]'aftiiée dernière ; mak celle-ci je ne les eaten^s pltis.
Ixviij DISCOURS»
Plusieurs savans et des plus renommés, pour se venger des heures qu'il leur avoit ravies, n'ont pas épargné les sarcasmes. Saint Jérôme, diton, ne pouvant pas comprendre ses satires, les jeta au feu pour les rendre plus claires (a), a Puisqu'il s'est si bien enveloppé, dit Scaliger,n'y pensons plus {b) : d'ailleurs, ajoute-t-il, je ne lui trouve guère que la^mtrche déréglée d'un fébricitant. » « Ce jeune adepte, dit Heinsius, nous a laissé un livre si triste, si rebutant, que l'on diroit qu'il n'a vécu que de moutarde , et qu'il a passé sa vie à rendre des oracles dans l'antre de Trophonins (c).» Le père Rapin ne le traite pas mieux {d).
(a) C'est Vigénaire ( traité des Chiffres) qui le premier a prêté cette plaisanterie à saint Jérôme, et plusieurs savans Font répétée; mais il n'est pas vraisemblable que ce Père de l'Église se soit exprimé de cette manière , lui qui appelle Perse « le poète très-disert. » Vigénaire a parodié ce vers d'Ovide :
Emendaturis ignibiu ipse dedi.
Trist , lib. iv , cleg. x , v. 6a.
et il a mis
Tntelleeturis ignibus UU dédit.
(b) Missum faciamus eum. Jul. Scalig., Poet.
{c) Persius homo e porticu ^ quum Horatiifestipitatem essei admiratus y etiam in suis professas, tam morosum et triste nobis scriptum reliquit, ut sinapi semper victitasse, aut in antro TrophonU oracula reddidisse videatur. Heins., de Sat. Horca.y pag, i38.
{d) « Perse ne dit que tristement ce qu'il y a de plus
DISCOURS. Ixik
J'avoue, dit le père Vavasseur, que Perse ne m'a frappé que par son insigne obscurité ; et c'est là peut-être ce qui le fait regarder comme Un auteur profond (a). Bayle, non coûtent de l'appeler le Lycophroii des Latins, ajouté que ses satires sont dévergondées ^ remplies d'aigreur et de fiel (^); et Colusius disoit : « Puisqu'il n'a pas voulu être entendu, je ne veux pas l'entendre (c).»
Je n'oserois décider s'il y a plus de blâme que d'éloge dans ces deux vers de Bûileau :
Perse, en ses i^ers obscurs, mais serrés et pressans , Affecta d'enfermer moins de mots que de sens (d).
Comme il y a une certaine majesté dans les
enjoué dans Horace, qu'il veut quelquefois imiter. Son cha.grin ne le quitte jamais. C'est toujours avec chaleur qu'il parle des moindres choses, et il ne badine jamais que le p]u$ tristement du monde.» Réflexions sur l'éloquence , la poétique , etCy tome ii, § 28.
[a) Nam mihi quidem, ut verum dicaniy nihil se offert in-^ signius ipsa ohscuritate scriptoris [Persii) ex quo forte nata est opinio eruditionis et doctrifiœ, F. Vavass. , de Ludicra dictione y pag. 289 et seq.
(^) Dictionnaire de Bayle , article Perse , tome iv , page 609
(c) Voyez la Forêt nuptiale, liv. v, § 34-
{d) Le mot affecta me paroît désigner la manière de Perse, qui est en général dénuée de naturel. Quant à Tépithète de pressans, que Boileau donne aux vers de ce poëte, j'incline, par la place qu'elle occupe, à la regarder comme ayant été
eigitized byCfiOOQlC
\xx DISCOURS,
t^èbres, et que d'ailleurs Le respect croit en ' proportion de la distance des temps , Pers« n*Gù parut que plus imposant à ceux quil'entâttdoienf le moins (a); à ceux qui étoient plus jaloux des moindres manuscrits, pourvu qu'ils eussent la sanction des siècles j, que les nobles ne le sont de leurs titres".
A mesure que le goût et la raiapB se fuerfootionnèrent , le nombre des partisans de P<arse alla toujoru*s en diminuant. Ce n'est pas néanvooins qu'il n'ait toujours conservé des enthousiastes dans les cloîtres, dans les collèges, et parmi quelques stoïciens modernes (b). D'autres , qui savoient à
mise pour désigner des vers prompts et brusques qui étonnent Tesprit et l'embarrassent; or il y a bien de la différence entre cette promptitude artificielle et la Tivacité d'une âme qui n'a d'autre besoin que de s'épancher. Voyez Yjirt poétique ^ chant 11 y y. i55.
(a) « Il en est, dit Lucrèce, qui n'aiment ,<t n'fi^^M^*^ que ce qui est caché sous des termes mystérieux : »
Omnia enim stolidi magis admirantur amantque Imwsis ^uœ sub verbis iaiitantia cemunt.
Lib. X , V. 6421.
(b) Les principaux re^tanrate^irs de la p^losophie «toîque ont été Juste-Lipse, Sciopp^us^ Heinsius et Oat^er : çelni-ct vx)it souvent Jésus-Christ, saint Paul , les Évangélistes et les Pères de l'Église sous le portique ; il .ne tient pas à lui qu'on ne les prenne pour des disciples de Zenon. Feu M. Dacier
DISGOUES. )xxj
(}uot s'en tenir, ont eu la politique d'en porter* des jugemens très*équiyoques, et qui niarquent de leur part plus d'embarras et d'indécision que de véritable estime (a).
^L'ennui qu'entraînent les études pénibles et infructueuses fit insensiblement mettre l'oeuvre de ce poëte au rang des monumens que l'on veut bien ^dn[iirer sur parole, pourvu que l'on ne sait pas tenu d'en expliqifer les iâéroglyphes. Ge£ut en vain que des hommes de miériteien pubiiér^qt des traductions fidèlps et élégantes (â), on sf
étoit aussi très- dévoué à cette secte, dont les opinions* n'ont pas encore manqué de défenseuf^s, quelquefois trop pas^ sionnés.
(a) « Perse, dit M. S^t;|bçu^, a ui^ caractère ^v^e ^t qui ne sympathise avec personne. H n'est pas assez aisé pour être mis avec Horace ; il est trop sage pour être comparé à Juvénal ; trop enyeloppé et trop mystérieux pouv être joint à Despréaui^. Aussi poli que ]e premier, quelquefois aussi vif que le second, au^sl yprtuçii:f qi^p 1^ t^oisièm^B, il fjemblç çtnç. plus philo^opl^^ çj;ii* ^jiçajfi df s ^f qii. Peu de ge^s put If. çpnrrage de le lire. Cependant la première lecture une fois faite, on trouve de quoi se dédommager de sa peine dans une seconde. Il paroit alors ressembler à ces grands hommes dont le premier abord est froid , mais qui charment par leur entretien quand ils ont tant fait que de se laisser connoitre. » Principes de la Littérature y tome m, page ^73.
[b) Depuis la première édition de mon Juvénal , il a paru cinq ou six traductions françaises de Perse ; de sorte que Ton en compte maintenant plus djç vingt. Celles de MM. Le Monnier
Ixxij DISCOURS,
contenta de le parcourir vers à vers, cotnine Heinsius prétend qu'il avoit composé, c'est-à-dire sans verve 9 sans haleine, et n'achevant que Iç lendemain le vers qu'il avoit commencé la veille (a). Les uns en imitèrent quelques traits hardis et bien terminés; les autres, pour faire croire qulls puisbient facilement dans cette source profonde, en tirèrent des citations ou des épigraphes , souvent plus connues et plus estimées par les applications qui ont été faites que par le sens qu'elles offrent dans le texte {b).
Qu'il me soit permis de m'expliquer à mon tour, mais en ne donnant mes assertions que pour des conjectures; car je consulte plutôt que je ne décide.
S'il ne nous est pas possible de sentir Perse comme ses contemporains , au moins pouvonsnous en juger par ce qu'il a de clair et de parfai-
et Sélis sont telles, que Ton aura bien de la peine désormais, je ne dis pas à faire autrement , mais à faire mieux.
[a) Iste stoicida pridie versum unum , qui sex pedibus ahsolveretur , inchoasse , postridie autem perfecisse videtwr : tanto molimine rem gerit, Heins. , de SaL Horat
(b) On lit dans Spartien que l'empereur Séyère rapportoit souvent à la corruption des mœurs ces vers qui, dans Perse, ne sont relatifs qu'à une versification molle et efféminée :
Haecjierent , si testieuU 'vena uUa paterni riveret in nohis ?
Sat I, V. io3.
DISCOURS. Ixxiij
tement inteUigible (<z). U m^a. toujours semblé qull s'étoit livré par méprise ou par hasard au genre qjji lui convenoit le moins; qu'il s'y étoit livré avant d'avoir acquis la connoissance claire et distincte des choses et des hommes (b)^ avant d'avoir mûri son goût , et suffisamment médité sur l'expérience journalière, qui seule est plus féconde sans la science que la science sans elle. Horace avoit plus de quarante ans lorsqu'il se mit à composer des satires; et l'on croit que Juvénal a commencé beaucoup plus tard.
^Aussi ne voit-on presque rien dans celles de Perse qui soit relatif aux plaisirs ou aux besoins de ses contemporains. Ne sachant ni les amuser, ni les venger, ce poète ne les entretient que de l'indocilité de la jeunesse, du pédantisme des instituteurs, de la prétention des poètes, de celle des orateurs , et d'opinions stoïques qui forment sou éternel refrain ". Observons encore qu'il parle trop souvent aux enfans des hommes faits ; tandis que pour être utile et intéressant , c'étoit à ceux-
(a) Excepté la satire première et la troisième, où sont les grandes difficultés , on peat juger des autres , qui sont beaucoup moins embarrassées.
(b) Ce que Perse appelle
Tenuia rerum
Officia , atque usum rapieUe évitas.
Sat. V , Y. 93.
iBxiir DISCOURS,
ci ftt'îl fiiUoit adresser ses leçons. Flotlânt entre les préeq^tes des rhéteurs et les formules des sophistes, il tourne toujours sur ce double pivot, et ne présoite guère, dans sa sphère étroite, que les premières tentatives de l'adolescence qui commence à s'éclairer et brûle de se produire; mais qui, faute d'observations et de faits positifs, est contrainte de se replier sur elle-même , ou de se perdre dans les végionp métaphysiques. Si Vx>n y prend garde, on s'apercevra que le pliis grand nombre de ses yers ne forment qu'un colloque^ secret entve ses premijères et dernières années : ciette remarque peut du moins servir à leur don* lier un sens plus arrêté.
Qu'en est"ii arrivé ? c'est qu^ l'histoire est plus piquante par la simple exposition des feib, que ses satires ne le sont par ceux qu'il y sème crûment et saps art '^; c'est que celles-ci n'ont rien de cacac^mstique, car les empereurs et les affranchis y jouent le même rÀle, y sont traitéi^ de même. Ce n'est pas tout; elles contiennen); peu de notions particulières, peu de vraies corrections de mœurs, et ne portent guère que sur* des considérations abstraites ou communes. Ajoutez que les sentimens naturels y sont tellement mêlés et confondus avec des principes d'emprunt et des formes scholastiques, qu^ Perses n'a p^ même réussi à célébrer naïvement l'amitié qui l'unissoit
DiSCOUftS. IxxT
an M^tcien Cormitus. Puisqu'il ornait sincère? ment ce philosophe, pourquoi prélude-t-il par 4ies f rimaces et par des singeries? pourq^ioi ces pirotestatioos , qw d'ailleurs ne sont pas dénuées de isentiment, s^ trouyientielles hérissées de métaphores (^a) que Ton ne doit jamais employer en par^ ca$, qu^ pour remplir les pla^ss vifdes^ et lor«q^e le mot propre n'est pgs suffisant? enfin pourqiM>i recourir à des mots techniques, et mettre ^ contribution la fable et lasitrologie {b)?
(a) Je serois suspect si je me méloîs de traduire les passages que je vais citer; c'est pourquoi je me servirai désçrmais de la traduction de M. Vaiïfhé l^e Monnjier- Kerse dit à Cornutus : « Frappez sur ce cœur ; h, pfudence vous fera discerner s'il rend \m son ptir , et si ma langue est couverte d'un euduit :. »
Puisa, dignoseere caulus
Qûidtolidum erepet, etphtœ tectoria iinguœ,
Sat. ▼, ▼. ai.
(6) Ce qui suit regiurde toujours Cornutus. « N'en dp]a)tez point^. 11^^ accord co^stapt (ait CQuler iiQs jours usis ) ils ^nt réglés par le même astre, soit que la Pa^q^e, immna^l^ .^lif ses décrets, ait pesé nos momens dans la juste balance, soit que la constellation des gémeaux , qui voit naitre les vrais amis, ait partagé entre nous deux une destinée sympathique, on que, soi|s la pro^tifon ^ jupitier, jaous ayons ensemble vaii^qi ]^ maligne jnfluonce de saturae^ : j'ignor« la^queUe , rofii^ ^^iÂ^î^i^<6i^ ^"^^ /^toîle dji^'a^tt^vcb^ à you^ : »
Non equidem hoc duhitesy amhorum. Jœdere certo €oruentire dies , et ab uno sidsre duci :
Tfostm njid œqualf tuspendU tendra lihra
ixxvj DISCOURS.
et cela, pour dire moins en trente vers quHorace
en un seul {a).
On prétend néanmoins qu'il a peint fidèlement le règne de ifiTéron , et surtout les vices de ce prince ; en supposant qu'il l'ait attaqué, ce n'a guère été que relativement à la manie des vers ; ce qui n'est pas fort important dans un pareil sujet. Quand on accorderoit qu'à d'autres égards il en vouloit au tyran , ce qui n'est pas prouvé (t), on pourroit lui reprocher qu'il en a trop dit ou pas assez, et qu'il pouvoit manquer de prudence
Parca tenax 'veri, seu ruUaJldeliàus kora DividU in geminos concordia fata duorum :
Satarnumque gravent nostro Jove /rangimus una. Neseio quod, eerte ett, qucdmetibi tempérât^ astrum.
Sat. V , V. 45.
Est-ce là le ton de Famitié? est-ce là ce langage simple et familier, verba togœ.^ dont Perse se piquoit? M. Batteux avoit raison de dire que ce poëte ne sympathise avec personne. Voyez ci-devant, page Ixxi, note a.
[a) «Tant que je jouirai de ma rabon, je ne mettrai rien au-dessus de l'amitié : »
Nil ego eonttderim jucundo sanus amieo.
Lib. I , sat. V , t. 44.
[b) Dans la satire iv il introduit Aldbiade , et sous ce nom il se moque d'un jeune homme* qui vouloit goun^rner la république. « La plupart des interprètes, dit M. le Monnier, croient que Perse a voulu désigner Néron. Ce point , ajoutet-il, est assez problématique, et laisse un vaste champ aux conjectures. » Traduction de Perse, page 112.
DISCOU JIS. , Ixxvij
OU de clarté. S'il craignoit, il falloit se taire ; sinon il falloit parler plus clairement, afin d^tre entendu quelque jour.
. S'il n'avoit insisté que sur des modes ou des ridicules passagers, on pourroit à certain point lui pardbnner son obscurité; mais il a traité des sujets philosophiques avec un style embarrassé et mal assorti. D'ailleurs, malgré sa promptitude artificielle, que de temps il emploie pour embrouiller des questions qu'Horace expose et résout en peu de mots (a) ! C'est que celui-ci savoit discuter sans effort et réfuter sans pédantisme.
Son plus grand défaut, après l'obscurité, c'est de se donner à chaque instant la torture pour être facétieux en dépit de son humeur. Après avoir parodié ce mot du barbier de Midas : « Qui n'a pas des oreilles d^àne (b)? » il s'arrête pour se
(à) Ponr s'en convaincre il suffira de comparer la cinquième satire de Perse , où il s'agit de prouver qu'il n*y a de vraiment libre que le sage, avec les satires trois et sept du second livre d'Horace.
{h) Aurîeulas asini quis non habet?
Sat X, V. 121.
On dit que Perse avoit d*abord écrit :
Auriculas asini Mida rex habet;
mais que Cornutus lui fit changer ce vers , de crainte que
Ixxviij DISCOURS.
féliciter ée sa bonae fortune; puis il ajoute : « Ce Jhâî qui n'est rien^ presque rien, ce petit mot enjoué, je ne le donnerois pas pour une Iliade (by. » Quand on est naturellement sérieux et préoccupé d'idées philosophiques , pourquoi ne pas leur donner la teinte qui convient? pourquoi recourir, comme il le fait si souTcnt, à des ironies triviales et plus injurieuses que plaisantes ^K
Avec beaucoup d'esprit et d'érudition, Perse lie se doutoit pas de ce qui constitue la bonne plaisanterie; il ressembloit à ceux qui , n'ayant aucun usage du monde, et voulant y jouer un foie, disent tout, font tout à contre-sens, et prennent les contorsions pour de belles manière^. tJn de ses moyens les plus familiers étoit de railler daiis les autres ce qu'on avoit coutume de reprocher à ses pareils '^ Mais toutes ces petites ruses d'un bel-esprit novice répugnent au ton de
Néron ne s'y reconnût. Voici comment Boilean , toujours . clair et ingénieux, a imité ce trait :
S*il ne in*est pas p«nnis de le dire an papier , rirai creiuer la terre, et, comiiiece baibicr, Fûre dire aax roseaux, par tm nonrel organe , Midas , le roi Midas « des oH^Skei d*Éne. .
' {h) Noe ego opertum
Hoc ridere meum tam ni/, nidla tibi vendo Iliade.
Sat. I , r. is3.
DISCOURS. Ixxix
l'antique urbanité, à celui que Plotius , Variu^ et Virgile faisoient régner dans leurs écrits ainsi que dans les palais d'Auguste et de Mécène, plus propres à fonner des poète souples et déliés que la maison d'un stoïcien.
Il paroît néanijQoinS avoir été fort content de l'espèce d'urbanité dont le félicitoitComutus. Sut* Ja parole de ce maître sévère il se croyoit gai^ vif et plaisant; du moins il le dit sans détour (a). Casaubon, son plus sincère adiûirateur, lui demande pardon de n'en rien croire {b)^ et lui sait bon gré de n'aVoir pas réussi (c)i
Il se crut poète satirique parce qu'il savoit très-bien tourner un vers^ parce qu'il avoit aiâié de bonne heure les satires de Xiucilius-, et qu'il croyoit imiter celles d'Horace en les travestis-
{a) Sum petulanti splene cachinno.
Sat.1,9-. n.
(b) Fersi nobis ignosce, qui hoc tibi non credimus, Casaub. ^ Proleg. in Persium, v. lo.
(c) GasJ^ubon eherchoit priilcipalemeiit à faire -vlildir cet auteiir t)iir 4es cètés purenkent philosopfailt^^ft. Stip^iifkêt , dit-il^ la mesure des vers de ia ^dotade sàlir«, iiftyoïls AUré^ un traité à la manière de Platon ou de PlmtarqUé. le méâié critique préfère la cinquiènie satire à toutes les autres, et cela parce qu'elle n'est pas satirique : c'en est assez pour faire sentir l'esprit qui l'animoit. Casaubon , Comment , page 169.
Uxx DISCOURS. '
sant (a); mais on ne retrouve dans cette imitation fausse et mécanique , que des mots déguisés , des tournures altérées, et Tesprit du modèle absolument dénaturé. Le sentiment des beautés répandues dans les ouvrages ne prouve pas toujours que Ton soit en état de les reproduire. Quelque modèle que Ton se propose, on n'écrit jamais d'une manière piquante et originale qu'avec son propre caractère; et^ pour faire des impressions durables, il fauten avoir un conforme au genre que l'on a choisi. On s'aperçoit bientôt si l'auteur travaille de son propre fonds , ou s'il n'opère que par réminiscence. *
Il se crut philosophe, parce qu'on lui avoit appris que toutes les fautes sont égales (b) ; principe faux et démenti par l'évidence. Il se crut philosophe, parce qu'il s'étoit rempli la
[a) Casaubon a prouvé que Perse , qui n'a guère laissé que sept cents vers, en a imité plus de deux cents d'Horace. Voyez Imitât, Persil.
(b) « Ceux qui prétendent que toutes les fautes sont égales ne savent plus où ils en sont quand on les ramène à des principes incontestables : tout répugne à cette opinion, le sentiment, les mœurs, et l'utilité, qui est en quelque sorte la mère de la Justice : »
Queis paria esse /ère plaçait peccata , laborant
Quum ventum ad n}erum est : sensus moresque répugnant
Atque utilitas , Justi prope mater et œqui.
HoRAT., lib. I, sat. m » t. g6.
DISCOURS. , Ixxxj
tête de maximes outrées (a), et qu'il ne cessoit de soupq;rer après le souverain bien (^); qui étoit alupgin morale ce que le grand œuvre est maintenant en chimie. Mais où avoit-il appris à démêler les intrigues humaines? Mais la vie moyenne, celle qui consiste dans l'action, quelle expérience en avoit-il? quel usage en a-t-il fait? et de quel droit demande-t-il à un jeune présomptueux, si la sagesse lui est venue avant la la barbé (c)? Où est son indignation contre les monstrueux attentats dont il fut le témoin? Où sont ses regrets sur le sort de l'Italie , récemment courbée sous les fers de l'esclavage le plus honteux? Ne cherchez rien de tel dans l'ouvrage de celui qui naspiroit qu'à se rendre
(a) Perse dit que ceux qui manquent de raison ne sauroient remuer le doigt sans se rendre coupables :
iVi/ iiH coneetsit ratio , digitwn exere , peecas.
Sat. y, y. Z19.
(b) Il parle souvent du souverain bien en termes diffé> rens :
Quœ tibisumma boni estP . , .
Sat. XV, y. 17.
O cwvtB in terras animœ et cœlestium inanes/ etc. Sat. XI, y. 6x.
(c) Silieet ingenium et prudentia velox Ante pilos venitf etc.
Sat. ly, y. 4.
Ixxxij DISCOURS,
impassible, qu'à se soumettre aveuglément à la nécessité; de celui qui vouloit pour lectpirs, non des hommes élevés autour du Capitg|^ydan& le champ de Mars ou dans le Forum, mais des savans, frappés comme lui de vapeurs grecques {a). Pour achever de dire ce que j'en pense , j'avoue que Perse, quant à la manière, me paroit plus singulier qu'original ; quant au style, plus succint que précis. Il faut distinguer, lorsqu'on écrit, entre ce qui est précis ou succinct : dans le premier cas, on n'a rien d'inutile; dans le second, on n'a pas toujours ce qui est nécessaire. On peut avoir de la précision , et manquer de plusieurs autres qualités noii moins essentielles ; mais on ne sauroit être succinct sans risquer d'être obscur et de le devenir davantage.
[à) « O vous! qui avez respiré le souffle audacieux de Cratinus, qui avez pâli sur le véhément Ëupolis et le sublime vieillard Aristophane, lisez ces vers, si vous y trouvez par hasard quelque chose de bien. Je veux un lecteur qui ait l'oreille échauffée de la vapeur des Grecs : »
. . . Audaà quicumqite affiate Cratino , Iratum EupoUdem prœgrandi cum sene pâlies ; Adspice et hœc, si forte aliquid decociius audis. Inde vaporata lector mihijer^eat aure.
Sat I, V. ia3.
On voit par ces vers que Perse croyoit imiter, comme Horace, les poètes de la vieille comédie.
DISCOURS. ixxxiij
Outre que •son style est sec et af&nié (a), ses figures ne sont pas toujours bien soutenues : elles portent en général beaucoup moins sur les choses que sur les mots , ce qui est aussi ridicule que de vouloir donner une attitude ou un geste à ce qui n'a point de corps. D'ailleurs, chaque figure étant isolée, il n'en résulte que des tropes (d) : or ceux-ci, quand ils sont trop multipliés , ne font que surcharger gratuitement le style et l'obscurcir (c).
Quoique vicieuse à tant d'égards , sa manière
Ça) Aridus atque jejunus. Quinct., lib. ii, cap. 8.
[b) Les Tropes, dit M. du Marsais ( Trop.^ art. iv), sont des figores par lesquelles on fait prendra à un mot une signification qui n'est pas précisément la signification de ce mot.
• (c) Quatre vers de Perse offrent plusieurs tropes dont l'alliance est au moins bizarre ; car on n'est point accoutumé à rencontrer dans aucun auteur, tant ancien que moderne, la farine, le vin gâté, la peau des serpens y la nise des renards , Vart de polir le marbre y et un licou , marchant de compagnie et concourant à former un sens quelconque :
Sin tu , cum/ueris nostrae paulo ante farinae , Pellicnlam veterem rétines, et fronte politus Astatam rapido servas sub pectore Tulpem :
Qum dederam snpra repeto funemque reduco.
Pbrs. , sat. V, V. ii5.
M. l'abbé Le Monnier a eu bien de la peine à rendre toutes ces nuances avec sa fidélité ordinaire, et même il en a supprimé une. Voici comment il traduit i « Si au contraire , après
Ixxxiv DISCOURS,
est frappante au premier coup d'œil, ^par la recherche et la singularité des mots, par la promptitude de l'expression, par Tentassement des figures ; mais si l'on revient sur ses pas, cette froide magie disparoit, et l'on est tout surpris de ne retrouver , à quelques beautés près, que des surfaces au lieu de profondeurs.
Ce qui devqit donner à son style de l'aisance et du naturel , le rend difficile, forcé, et quelquefois inintelligible : je veux parler des interlocuteurs , dont il fait un usage trop fréquent, et qu'il emploie trop souvent mal à propos '^ ; car la composition se défigure par l'abus des moyens qui servent à l'embellir.
Quand on me soutiendroit maintenant que Perse avoit pour ses contemporains toutes les qualités littéraires qui me semblent lui manquer aujourd'hui , ce qui n'est pas vraisemblable , puisque tous les bons auteurs anciens, excepté quelques passages défigurés, sont encore généra-
avoir été de la même pâte que nous, vous regardez votre ancienne peau sous un extérieur honnête ; si vous conservez dans un cœur gâté l'astuce d'un renard , je reprends ce que je vous avois accordé : je raccourcis votre licou. »
L'élégant traducteur de Berne (Bern., 1765), qui alonge Perse ou le raccourcit à son gré , rend ainsi les quatre vers précédens : « Si le vieux renard est caché sous le manteau du philosophe, je me rétracte. »
DISCOURS. • Ixxxv
lement entendus et sentis; quand pn me soutiendroit avec Casaubon, que ses satires n'avoient rien d'obscur pour les enfans, cotnme si les abstractions métaphysiques convenoient à cet âge; tout cela, mémeen l'accordant, ne me persuaderoit jamais qu'il ait fait un usage convenable de ses études et de son esprit. Nous n'avons pour en juger que le bon sens et lé goût; l'un est de tous les siècles; l'autre, dans cette circonstance, n'est que le résultat des observations faites sur les écrits des grands maîtres qui l'a voient précédé : ce sont ces observations positives qui le justifient ou le condamnent. Je persiste donc à croire qu'il n'a le plus souvent qu'un langage factice, étranger à ses modèles ; et que la postérité feroit bien à son tour de n'étudier chez ses pareils que ce qu'ils ont de clair , d'utile ou d'agréable. . ^
Quoi! parce que l'antiquité, vénérable à tant d'égards , nous aura transmis quelques essais , quelques pièces incohérentes, il faudra que des hommes courageux , et de la plus grande capacité, recommencent sans cesse, comme les Danaïdes , un travail inutile ? Les beautés de Perse , car il en a d'incontestables, sont faciles à saisir. Après tant de vains efforts on peut abandonner le reste, ou n'y recourir que pour apprendre à détester l'affectation et l'obscurité.
Quand on .considère de sang -froid tous les
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travaux entrepris pour éclaircir cet auteur, on ne sauroit s'empêcher de déplorer et cet abus de l'érudition et cet excès de la patience humaine (a). Pourquoi les savans, lorsqu'ils font la revue des anciens , n'en useroient-ils pas désormais sur leurs propres domaines comme les géographes figurant le globe de la terre? Les Strabon, les Ptolémée et les d'Anville, après avoir comparé les voyageurs entr'eux, ont soin de tracer les routes les plus droites, les plus sûres; ils marquent sur leurs cartes les sables, les rochers et tous les lieux ingrats qui se refusent à la culture , et n'oBrent rien ou peu de chose à nos besoins.
On dira peut-être que j'ai manqué de circonspection en m'expliquant d'une façon trop libre sur un auteur que Quintilien et Martial ont célébré ''. Mais ces deux écrivains, et surtout le premier, dont je me suis souvent autorisé, ne cessent de reprendre, dans les ouvrages qui ont paru de leur temps, les mênies défauts que les
(a) « Tant de gloses, dit Montaigne, ne font qu'augmenter le doute et l'ignorance, pmsqu'il ne se voit aucun livre, soit humain, soit divin, sur qui le monde s'embcsogne, duquel rinterprétation fasse tarir la difficulté. Le centième commentaire le renvoie à son suivant , plus épineux et plus scabreux que le premier ne Tavoit trouvé. Quand sera-t-il convenu entre nous , ce livre en a assez , il n'y a plus meshui que dire ? » Essais ^ liv. m, chap. i3.
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plus grands critiques modernes ont reprochés à Perse. £u supposant, contre toute* apparence ^ que leurs éloges , non motivés , soient aussi décisifs qu'on le prétend, je n'avois pas promis de renoncer à ma manière de voir et de sentir. Au reste, j'ai donné des raisons, et je suis prêt à me rétracter quand on m'aura prouvé qu'elles sont insuffisantes '^
Ce que Perse auroit dû faire, en qualité de satirique , nous allons voir qu'un ^utre l'a si bien exécuté, que, depuis Auguste jusqu'à son treizième successeur, la satire romaine est sans lacune.