DES AI7TEURS ANCIENS ST DVS MANUBCRIVS
JjA Vie de Juvéoal qui se trouve en tète des satires de ce poëte ^ et que Von attribue à Suétone , est très-concise , et n'ofîre que des faits peu satisfaisans i ou même contradictoires. La savante dissertation de Dodwell , les recherches faites dans les nombreux manuscrits que npus avons eus entre les mains , et le peu de mots que les auteurs anciens ont écrits sur Juvénal, nous ont mis à même de donner, sinon comme certains, du moins comine très->-probables^ \eé faits suivans.
Ju vénal ( Décimus Junius ) naquit à Aquin, vers Tan de Rome nccxGv, de Jésus-Christ le XLfie, sous l'empire de Tibère Claude Drusus. Le nom de Junius qu'il porte nous fait croire qu'il étoit le fils et non le nourrisson d'un affranchi de la famille Junia; car l'usage vouloit que les affranchis poitassent le nom de leur patron. Le nuutre de son père ou de
iv NOTICE HISTORIQUE
son aïeul poiirrolt bien avoir été le fameux D. Junius Bru tus , préteur, Tun des meurtriers de Jules César. Le prénom de Decimus , particulier à cette famille , et l'amour que manifeste sans cesse Juvénal pour la république, nous le font présumer.
Il avoit reçu, à n*en pas douter, une excellente éducation : on prétend même qu'il eut pour maître le célèbre Fronton, dont il e$t parlé satire i, vers la. Si Juvénal n'étoit pas riche, au moins n'avoit-il rien à désirer du côté de l'aisance , et il jouissoit de l'heureuse médiocrité du sage. L'ancien auteur de sa vie dit qu'il se livra à la déclamation , plutôt pour se récréer et s'exercer , que pour faire une profession ouverte de cet art.
Nous n'avons aucune donnée sur sa personne. Quant à son caractère, il se peint dans ses écrits. Sans être attaché à aucune secte, il étoit philosophe; ses mœurs furent sévères sans être dures ni sauvages , et il n'étoit pas dépourvu d'humanité, comme Tont avancé ses détracteurs. Ce beau sentiment se fait apercevoir dans ses satires.
Ce fut vers l'an de Rome dcccxxxiii, de J.-C. lxxx , sous le règne de Domitien , qu'ayant composé contre le comédien Paris et le poète Stace ( satire vu, v. 87 ) quelques vers satiriques applaudis et recherchés dans les sociétés , il se livra tout entier à ce genre de composition ; mais la crainte du tyran l'obligea de se borner à un auditoire peu nombreux, et formé de personnes sûres. Sous Nerva, et ensuite sous Trajan, princes doux et amis de la liberté, Juvénal écrivit la plupart de ses satires; cependant il ne paroît pas les avoir publiées encore à cette époque , car Martial , son contemporain et son ami , n'en ^voit pas connoissance, puisqu'il parle de Juvénal comme d'un rhéteur qui lui étoit cher (liv. vu , épigr. xci , et liv. xii ,