‹ Satires de JuvénalChapitre 25 sur 30 · URBIS INCOMMODA · texte numérisé non relu

URBIS INCOMMODA

(^UAMVis digi^essu veteris confusus amici, Laudo tamen vacuis quod sedem figere Cumis Destinet, atque unum civem donare Sibyllae.

Janua Bajarum est , et gratum littus amœni Secessus. Ego vel Prochytam prsepono Suburrae. Nam quid tam miserum, tam solum vidimus, ut non Deterius credas horrere incendia, lapsus Tectorum assiduos , ac mille pericula seevae Urbis , et augusto recitantes mense poëtas ?

Sed dum tota domus rheda componitur una y Substitit ad veteres arcus, madidamcjue Capenam;' Hic ubi nocturnae Numa constituebat amicae :

Nunc sacri fontis nemus et delubra locantur Judœis, quorum cophinus fœnumque supellex.

Omnis enim populo mercedem pendere jussa est Arbor , et ejectis mendicat sylva Camenis.

In vallem Egeriae descendiihus , et speluncas Dissimiles vefis. Quanto praesentius esset Numen ^quae, viridi si margine clauderet undas Herba, nec ingenuum violarent marmora tofum !

SAtiRE IIL

LES EMBARRAlàvDE ROME \

(Quoique très-aflligé du départ de mon ancien ami, j'approuve néanmoins le parti qu'il a pris de se retirer à CumeS) ville peu fréquentée *, et de donner un nouveau citoyen à la sibylle. C'est la porte de Baye : rien de plus charmant que la côte et les retraites voisines. Pour moi, j'aimerois mieiix habiter Tile de Prochyta ^ que le quartier de Suburre. Un désert, en effet, n est-il pas plus supportable qu'une ville où les incendies, la chute fréquente des maisons 4, et mille autres dangers font renaître la terreur à chaque pas y sans compter la frénésie des poètes , dont, au mois d'sioùt, il nous faut essuyer les importunités»

Tandis qu on chargeoit tout son bagage sur un seul chariot, il s'arrêta près des vieux arcs de la porte Capène ^, dans cet asile où Numa donnoit des rendezvous nocturnes à sa nymphe Égérîe ^. Le temple et les bosquets de la fontaine sacrée sont loués à des juifs 7 , dont quelques corbeilles remplies de foin forment tout l'attirail: c'est qu'ils sont contraints de payer au peuple romain jusqu'à l'ombre des arbres de cette forêt d'où nous avons chassé les Muses , et qui n'est plus aujourd'hui qu'un repaire de mendians. Nous descendons jusqu'à ces grottes , bien différentes des grotte*- naturelles. O que la divinité qui préside à la fontaine s'y plairoit davantage si l'onde étoit bordée d'un vert gazon; si le marbre ne violoit pas k tuf indigène !

76 SATIRA III. [r,^o.]

Hic tuncUmbricius : Quaudo ^tibus, inquit, honestis Nullus ia urbe locus, nuUa emolumenta laborum, Res hodie minor est hère quam fuit , atque eadem cras Deteret exiguis aliquid : proponimus illuc Ire, fatigatas ubi Dasdalus exuit alas, Dum nova canities, dum prima et recta senectus, Dum superest Lachesi quod torqueat, et pedibus me Porto meis, nullo dextram subeunte bacillo.

CEDÂ.MUS patcia : vivant Arturius istic Et Catulus : maneant qui nigra in candida vertunt , Queis facile est aedem conducere, flumina, portus^ Siccandam eluviem, portandum ad busta cadaver^ £t praebere caput domina vénale sub hasta.

Quondam hi cornicines, et municipalis arenœ Perpetui comités , notaeque per oppida buccœ, Munera nunc edunt, et verso pollice vulgi Quemlibet occidunt populariter : inde reversi Conducunt foricas. Et cur non omnia, quum sint Quales ex humili magna ad fastigia rerum ExtoUit quoties voluit Fortuna jocari?

QuiD Romœ faciam? mentiri nescio : tibrum , Si malus est, nequeo laudare et poscere; motus Astrorum ignoro; funus promittere patris

Puisque les ressources honnêtes, me dit alors Umbritius ^ , sont enfin bannies de Rome, puisque les travaux y sont sans récompense, et que ma fortune, moindre aujourd'hui qu'elle ne Tétoit hier, doit y décroître chaque jour, j'ai résolu de me retirer là où Dédale détacha ses ailes fatiguées, tandis que l'âge commence à peine à blanchir mes cheveux ; que droit et ferme sur mes jambes je marche sans bâton , et qu'il reste( encore à la Parque de quoi filer.

Quittons cette ville ; qu'Arturius y vive , et Catulus aussi ; qu'elle soit habitée par ceux qui savent donner au crime les couleurs de l'innocence ; par ces mercenaires , ces entrepreneurs avides à qui tout est facile , soit qu'il s'agisse de réparer les bâtimens publics , de nettoyer les ports, les fleuves, les cloaques, de porter les cadavres au bûcher , et de se mettre eux-mêmes à l'enchère 9. On les vit autrefois, on les entendit faire assidûment retentir du bruit de leurs trompettes l'arène de nos villes municipales; et nos bourgades se souviennent encore de les*avoir vus souffler dans l'airain. A présent ils donnent des spectacles où , pour flatter le peuple, ils font au moindre signal couler le sang du gladiateur vaincu *^. Au sortir de la fête, ils affermeront les latrines publiques '*. Pourquoi non ? ne sont-ils pas de ceux que la F^ortune en se jouant se plaît à tirer du rang le plus abject pour les élever au faîte des grandeurs?

Que ferais-je à Rome ? je ne sais pas mentir : quand un livre est mauvais , je ne sais ni lapprouver ni l'emprunter ^^. N'étant point astrologue, je ne saurois

7» SATIRA III. [r, 43]

Nec volo, nec possum; ranarum vtsoera nunquam

Inspexi. Ferre ad nuptam , quae mittit adulter ,

Quae mandat, norint alii : me nemo ministro

Fur erit. Atque ideo nulli comes exeo, tanquam

Mancus et exstincta corpus non utile dextra.

Quis nunc diligitur, nisi conscius, et cui fervens

^tuat occultis animus semperque tacendis?

Nil tibi se debere putat , nil conferèt unquam ,

Participem qui te secreti fecit hoaesti.

Carus erit Verri, qui Verrem tempore quo vult

Accusare potest. Tanti tibi non sit opaci

Omnis arena Tagi , quodque in mare volvitur auruin ,

Ut somno careas , ponendaque praemia sumas

Tristis , et a magno semper timearis amico.

QujE nunc divitibus gens acceptissima nostris Et quos praecipue fugiam , properabo fateri , Nec pudor obstabit. Non possum ferre , Quirites , ^ Graecam urbem : quamvis quota portio fœcis achœ ? Jam pridem Syrus in Tiberim defluxit Orontes , Et linguam , et mores , et cum tibicine chordas Obliquas , nec non gentilia tympana secum Vexit, et ad circum jussas prostare puellas.

Ite , quibus grata est picta lupa barbara mitra.

promettre au fila impatient le trépas de son père; je ne le puis y ni ne le veux. On ne me vit jamais chercher des poisons dans les entrailles d un reptile. Que dautres portent à une épouse les présens et les lettres de son amant; pour moi, je ne favoriserai jamais ladultère '^. Aussi je pars tout seul , comme un manchot , un perclus '^ , inutile au reste des humains. Qui maintenant caresse-t-on si ce n*est le confident d*un crime clan* destin, à qui le remords crie sans cesse : Il faut parler; et la crainte : Il faut se taire? Quiconque te fit part d*un projet honnête croit ne te rien devoir; nen attends rien de plus. Celui qui peut à chaque instant déposer contre Verres sera cher à Verres. Si tu veux vivre et dormir en paix, fuis les secrets des grands <^. Quand ils t*o£(riroient tout Tor que le Tage , sous des ombrages frais, roule au sein d*Amphitrite, garde-toi de les écouter : ils te craindroient toujours; tu ne dormirois plus »^, et bientôt ils t arracheroient , avec la vie, leurs funestes bienfaits.

Jb vais , en peu de mots et sans réserve^ te peindre ceux qu aujourd'hui les riches favorisent le plus , et moi que je fuis avant tout. Romains , je ne puis souffrir une ville remplie de Grecs ; que dis-je ! cette ordure achéenne <7 n'est que la moindre partie des étrangers qui fondent ici de toutes parts. Ce n*est pas d'aujour* d'hui que TOronte syrien transmit au Tibre le langage, les mœurs et les instrumens du climat quil arrose, ainsi que les courtisanes dévouées à la prostitution aux environs du Cirque. Courez vers ces infâmes, vous dont les yeux sont fascinés par la mitre peinte dont , leur tête est ornée.

8o SATIRA III. [r. 66.]

RusTicus ille tuus sumit trechedipna, Quirine, £t ceromatico fert niceteria coUo.

Hic al ta Sicyone, ast hic Amydone relicta , Hic Andro, ille Samo, hic Trallibus aut Alabandis, Esquilias dictumque petunt a vimine collem, Viscera magnarum domuum dominique futuri.

Ingenium velox, audacia perdita, sermo Promptus, et Isaeo torrentior. Ede, quid illum Esse putes? quemvis hominem secura attulit ad nos : Grammaticus, rhetor, géomètres, pictor, aliptes, Augur, schœnobates , jnedicus, magus : omnia novit : Grœculus esuriens in cœlum, jusseris, ibit.

Ad summam, non Maurus erat, nec Sarmata, nec Thrax, Qui sumpsit pennas , mediis sed natus Athenis.

HoRUM ego non fugiam conchylia ! me prior ille Signabit , fultusque toro meliore recumbet Advectus Romam, quo prùna et coctona vento !

Usque adeo nihil est, quod nostra infantia cœlum Hausit aventini bacca nutrita Sabina ?

Quid, quod adulandi gens prudentissima laudat Sermonem indocti, faciem deformis amici, Et longum invalidi coUum çervicibus aequat Herculis , Antaeum procul a tellure tenentis ?

SATIRE III. Si

GbpehDant , Romulus , ta souffres que tes tustiques enfans suspeiideht à leur cou frotté d'buile les futiles témoignages de leurs victoires athlétiques ^^. Tandis que, profitant de notre léthargie, les Grecs partis en fpule, les uns de Sicyone et d'Âmydon, les autres , d' Andros , de Samos , de Tralles ou d' Alabande , ▼iennent se poster d'abord sur les Esquilies ou sur le mont Yiminal, afin de s'introduire dans les maisons des grands dont ils méditent la conquête. Génie ardent, audace effrénée, débit prompt et plus rapide encore que celui dlsseus '9, tels sont tous ces intrus; Savezvous ce que c'est qu'un Grec ? Quand l'un d'eux nous arrive, il apporte avec lui les talens et les vices de tous les autres hommes ; il est grammairien , rhéteur *<>, géomètre , peintre , baigneur , augure , danseur de corde, médecin et magicien : que n'est-il point ? Un Grec affamé monteroit au ciel si tu le lui otdonnois. Enfin celui qui s'attacha des ailes ?' n'étoit ni Thrace, ni Maure , ni Sarmate : il étoit Athénien . .

Et je ne fuirois pas leur pourpre insolente ! Un Grec signeroit avant moi! un misérable qui débarqua dans Rome avec des ballots de figues et de pruneaux seroit dans un festin couché plus honorablement que moi ! N'est-ce donc rien que d'avoir en naissant respiré Vair du climat aventin , que d'avoir été nourri dtes fruits du Latium? Ajoutez que flatteurs intrépides, un sot opulent est sûr de leurs éloges; qu'à leurs regards serviles la laideur se transforme en beauté, la foiblesse en vigueur ; un malade efflanqué est un Hercule ; c'est Hercule lui-même , étouffant le redoutable Antée , qu'il tenoit éloigné des secours de sa mère **. Ils se pâment

.8a SATIRA IIL [.. g^.]

M iratur vocem angustam , qua deterius nec nie sonat, quo morâetur gallina marito.

HjEG eadem licet et nobis laudare, sed illis Creditur . An melior quum Thaida sustinet , aut quum Uxorem comœdus agit, vel Dorida nullo Ciiltam palliolo ? Mulier nempe ipsa videtur , Non persona loqui : vacua et plana omnia dicas Infra ventriculum, et tenui distantia rima.

Nec tamen Anthiochus, nec erit mirabilis illic Aut Stratocles , aut cum molli Demetrius Haemo. Natio comœda est. Rides? majore cachinno Concutitur : flet, si lacrymas conspexit amici, Nec dolet : igniculum brum» si tempore poscas , Accipit endromidem : si dix^ris, iËstuo, sudat.

Non sumus ergo pares : melior qui semper et omni Nocte dieque potest aliéna sumere vultum A facie, jactare manus, laudare paratus Si bene ructavit, si rectum minxit amicus, Si trulla inverso crepitum dédit aurea fundo. Praeterea sanctum nihil est, et ab inguine tutum. Non matrona Laris , non fîlia virgo , neque ipse Sponsus lœvis adhuc , non filius ante pudicus. Horum si nihil est, aviam resupinat amici.

Scire volunt sécréta domus, atque inde timeri. JEt quoniam cœpit Graecorum mentio , transi Gymnasia, atque audi facinus majoris abolla^.

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SATIRE m. 83

de plaisir au son d'une toîx plus aigre que le chaut du coq amoureux, et prêt à pincer la crête de $a femelle.

Comme eux nous pouvons flatter , mais le Grec seul persuade. Où trouver son égaï, soit qu'il joue le rôle de Thaïs, soit qu'il représente une m;itrone vénérable, ou Dori^ toute nue, sortant du sein des ondes? L'acteur disparoît : p est la voix d'une femnie qui frappe mon oreille , et je crois distinguer les marques de son sexe. Ce talent merveilleux néanmoins n'appartient pas exclusivement à Antiochus, à Démétrius, à Stràtoclès ' et au lascif Ha&mus *^ ; c'est le talent de la nation. Le Grec naît x;oq[iédien. Tu ris, il éclate; pleures^u, ses larmes cpulenf san$ effort et sans douleur. Si tu fais allumer un peu de feu lians l'arrière-saison , il endosse un manteau. J'ai chaud, dis-tu, mon honune sue.

N'ayant pas lei^r souplesse, cédons à qyiconque peut nuit et jour composer son visage sur celui d'un autre ^4 • à quiconque peut applaudir même aux fonctions animales d'un patron grossier; d'ailleurs, rien n'est sacré pour eux, rien n'est à couvert de leur lubricité; ni la mère, ni la fille encore vierge, ni l'époux encore jeune, ni le fils intact jusqu'alors. Faute d'objets semblables, ils attaquent la grand'mère d^ leur ami ^^, surprennent lefe secrets des familles, et par-là se font^ craindre. Puisqu'il s'agit des Grecs, écoute, non pas le crime d'un élève, mais l'attentat réfléchi d'un grave philosophe. Lestpïcien Egnatius, ce perfide vieillard, né sur les bords du fleuve qui vit tomber une aile de

84 SATIRA III. [r. 1,5. ]

Stolcus occidit Baream, delator amicum, Discipulumque senex, ripa nutritus in illa Ad quam gorgonei delapsa est penna caballi.

Noir est Romano cuiquam locus hic, ubi régnât Protogenes aliquis, vel Diphilus, aut Erimanthus; Qui, gentis vitio, nunquam partitur amicum; Solus habet. Nam , quum facilem stillavit in aurem Exiguum de naturae patriaeque veneno , Limine summoveor ; perierunt tempora longi Seryitii : nusquam minor est jactura clientis. Quod porro oflicium , ne nobis blandiar , aut quod Pauperis hic meritum , si curet nocte togatus Currere , quum praetor Uctorem impellat , et ire Praecipitem jubeat , dudum vigilantibus orbis , Ne prior Albinam et Modiam coUega salutet ?

Divitis hic servi claudit latus ingenuorum Filius :. alter enim , quantum in legioue tribuni Accipiunt, donat Calvinae vel Catienae, Ut semel, atque iterum super illam palpitet : at tu, Quum tibi vestiti faciès scorti placet , hœres , Et dubitas alta Chionem deducere sella.

Da testera Romae tam sanotuni , quam fuit hospes Numinis Idaei : procédât vel Numa ^ vel qui Servavit trepidam flagranti ex œde Minervam ;

SATIRE IIL 85

Pégase, fit périr , par un faux témoignage, Baréàs, son disciple et son ami.

Tout accès nous est interdit partout où les Protogènes , les Erimanthes et les Diphiles ont établi leur empire : ces hommes jaloux ^ car c'est le caractère de la nation, ne savent point partager un ami qu ils veulent tout entier pour eux seuls. Dès que Tun d'eux, en effet, a versé dans la crédule oreille du patron quelques gouttes du poison naturel à ceux de son pays, je suis éconduit : la mémoire de mes anciens services est abolie; car on ne sacrifie nulle part aussi légèrement qu'à Rome un malheureux client. Que sert de nous flatter, et quels sont nos titres auprès des riches, à nous autres indigens ? Seroif-ce le zèle , qui , tout habillés , nous chasse de nos maisons avant le point du jour.»^ Mais le préteur, instruit que les veuves sans enfans sont éveillées , presse ^léjà ses licteurs d'arriver chez Âlbine ou chez Modie, pour les saluer avant son collègue. On voit ici les fils de nos patriciens escorter un esclave enrichi : pourquoi non ? puisque ses pareils , afin de soupirer une ou deux fois sur le sein de Calvinie ou de Catiéna , prodiguent autant d'argent qu'un tribun de légion en reçoit pour sa solde. Pour toi, quand tu désires les faveurs de la moindre courtisane , de Chioné , tu hésites , tu crains de la faire descendre du siège exhaussé qui l'expose aux passans ^^.

Parle-t-on ici d'un témoin aussi vertueux que Thôte de Cybèle; d'un autre Muma, ou d'un homme tel que celui qui sauva Minerve tremblante du temple embrasé

86 ^ SATIRA III. [V. «39.]

Protimis ad censum : de morîbus ultlma fiet Quaestio : Quot pascit serves? quot possidet agri Jugera? quam multa magnaque'paropside cœnat?

Quantum quisque sua nummorum servat in arca , Tantum habet et fidei. Jures licet et Samothracum , Et nostrorum aras, contemnere fulmina pauper Creditur, atque deos, diis ignoscentibus ipsis.

QufD, quod materiam pnebet caùssasque jocortnn Omnibus hic idem, si fœda et scissa lacema , Si toga sordidula est, et rupta calceus alter Pelle patet; vel si, consuto vulnere, crassum Atque reeens linum osteiidit non una cicatrix; Nil habet infelix paupertas durius in se, Quam quod ridiculos homines facit. Exeat, inquit, Si pudor est, et de pulvino siirgat eqnestrif , Cujus rès legi noii sufïîcit, et sedeaiit hic Lenonum pueri quocumque in fornîce uati ; Hic plaudat nitidi prseconis filius , inter Pinnirapi cultos juvenes, juvenesque lanistae. Sic libitum vano, qui nos distinxit, Othonh Qub g^ier hic placuit censu minor, atque pueH» Sarcinulis impar ? quîs pauper scribitur hœre^ ? Quando in consilio est aedilibus? agmine facto Debuerant olim tenues migrasse quirites.

Haud facilç emergunt, quorum virtutibus obstat

de Vesta »7? on demande d'abord : Ëst-il riche? combien a-t-il d'esclaves? combien d'arpens de terre ? sa table est-elle splendide et délicate , mais : A-t-il des mœurs? cette question est toujours la dernière. L'or est aujourd'hui le tarif de la probité : plus on en possède , plus on paroît digne de foi. En vain attesteroistu les autels de Samothrace ^^ et nos propres autels ; on croit toujours que le pauvre méprise et la foudre et les dieux , les dienit qui le dédaignent et lui pardonnent.

Une robe est-elle sale ou déchirée , un soulier commence-t-il à s'entrouvrir, ou bien un fil grossier employé récemment en montre-t-il les nombreuses cicatrices ; on est de toutes parts en butte aux railleries. Triste parivreté ! tu rends les hoknmes ridicules ; de tes rigueurs c'est la plus insupportable. Sortes, s'écrie Finspecteur des jeux ^9, sonez dn rang des chevaliers, vous qui n'avez pas les ïnoyens indiqués par la loi ; il n'appartient qu'aux rejetons équivoques de la prostitution de siéger ici : c'est aux superbes fils d'un crieur qu'il convient d'y applaudir parmi l'élégante postérité de nos gladiateurs et dé nos maîtres d'escrime ^^, Voilà ce qu'a produit la vanité d'Othon par ses distinctions odieuses 5'. Vit-ôii jamais un père agréet pour gendre un homme moins riche que sa fille ? le citoyen opulent choisir le pauvre J)our héritier ? Quand vit-on l'édile consulter l'indigent? Nos ancêtres plébéiens, attroupés sous le drapeau de la liberté ^^, auroient dû, fuyant les oppresseurs,, à jamais s'expatrier. Quels que soient le courage et la vertu , il est bien difficile de prendre l'essor quand on a sans cesse à lutter contre les besoins

88 SATIRA ni. [j, ,64.]

Res angusta domi : sed Hoin^ durior illis Conatus. Magno hospitium miserabile, magno Servorum ventres , et frugi cœnula magno.

Fictilibus cœnare pudet , quod turpe negabit Translatus subito ad Marsos, mensamque sabellam Contentusque illic veneto duroque cucullo.

Pars magna Italiae est , si verum admittimu^ , in qua Nemo togam sumit, nisi morti^us. Ipsa dierum Festorum herboso colitur si quando theatro Majestas , tandemque redit ad pulpità notum Exodium , quum personae pallentis hiatum In gremio matris formidat rusticus infans :

Squales habitas illic , similemque videbis Orchestram et populum : clari velamen honoris, Sufficiunt tunicae summis œdilibus albaô.

Hic ultra vires habitus nitor : hic aliquid plus , Quam satis est; interdum aliéna sumitur arca. Commune id vitium est; hic vivimus ambitiosa Paupertate omnes. Quid te moror? Omnia Romae Cum pretio. Qùid das, ut Cossum aliquando salutes? Ut te respiciat clauso Vejento Labello ?

Ille metit barbam, crinem hic deponit amati ; Plena domus libis venalibus. Accipe, et istud Fermentum tibi habe ; praestare tributa clientes Cogimur, et cultis augere peculia servis.

J5ATIRE III. Sg

domestiques. G est à Rome surtout qu'on en fait la triste expérience : un misérable réduit y la nourriture des esclaves et le repas le plus frugal y sont à si hauf prix ! On rougiroit à présent de manger dans Targile ; ce qui ne paroîtroit point honteux ^^ à celui qui, subitement transporté chez les Marses et les Samnites , sauroit s'y contenter des alimens les plus communs , des habits les plus grossiers. Convenons cependant qu'il est encore d'usage , dans une grande partie du Latium, de n'endosser la toge ^^ que pour être porté sur le bûcher. Si quelquefois, pour célébrer une fête solennelle, on élève un théâtre de gazon; si l'on rejoue quelque vieille farce ^^ , dont les acteurs , avec leurs masques pâles et grotesques, effraient le nourrisson penché sur le sein de sa mère, vous verriez les grands et les petits confondus ensemble et en habits uniformes, excepté les édiles , qui ne sont, en l'honneur de leur suprême magistrature, distingués que par une . tunique blanche. Ici le faste des habits surpasse les moyens ; ici ce qui suffit laisse encore à désirer, et Ton puise quelquefois dans le coffre d'autrui. Notre vice commun, c'est de vivre tous au gré d'une pauvreté ambitieuse. Abrégeons : tout est vénal à Rome. Combien donnerois-tu pour être admis de temps en temps au lever de Cossus? combien pour que le morne Véjenton t'honore d'un regard? Qu'un patron fasse pour la première fois couper la barbe ou les che- 'veux d'un esclave chéri ^^, la maison se remplit de présens que l'on revend bientôt. C'est ainsi, 6 révoltante tyrannie ! qu'on nous force de payer un tribut et d'accroître le pécule de ces es^claves fortunés ^7.

po SATIRA III. [^. .89.]

Quis timet aut timuit gelida Praeneste ruinam , Aut positîs nemorosa in ter juga Volsiniîs, aut Simplicibus Gabiis, aut proni Tiburîs arce?

Nos urbem colimus tenui tibicine fultam Magna parte sui : nam sic labentibus obstat Yillicus, et veteris rimae contexit hiatum , Securos pendente jubet dormire mina.

ViVendum est illic , ubî nuUa incendia , nulli Nocte metus. Jam poscit aquam, jam frivola transfert Ucalegon; tabulata tibi jam tertia fumant.

Tu nescis. Nam si gradibus trepidatur ab imis , Ultinuis ardebit, quam tegula sola tuetur A pluvia, molles ubi reddunt ova columbae.

Lectus erat Codro Procula minor, urceoli sex , Omamentum abaci; nec non et parvulus infra Cantharus, et recubans sub eodem marmore Chiron : Jamque vêtus graecos servabat cista libellos , Et divina Opici rodebant carmina mures.

Nil habuit Codrus. Quis enim negat? et taiheh illud Perdidit infelix totum nihil. Ultimus autem iËrumnae cumulus , quod nudum et frusta rogantem Nemo cibo , nemo hospitio tectoque juvabit.

Si magna Arturi cecidit domus , horrida mater, Pullati proceres , differt vadimonia prsetor. Tune gemimus casus urbis , tune odimus ignem. Ardet adhuc : et jam accurrit qui i^arniorà donèt , Conférât impensas. Hic nuda et candida signa;

L HABITANT de Préneste et de Volsinium , celui de Gabie ou de Tivoli, ne craignent, He craignirent jamais d'être ensevelis sons des ruines ; an lieu que la plupart de nos maisons ne se soutiennent qu'à l'aidé de quelques faibles étais. Sont-ils posés; a-t-on recrépi de vieux murs entr ouverts ; on vous dit : Dormez tranquilles ; cependant l'édifice est prêt à s'écrouler. Je veux vivre quelque part où l'on n'ait rien à redouter pendant la nuit : surtout point d'incendies. Ucalégon crie au feu ^^ ; il déménage : le troisième plancher de ta maison fume , et tu l'ignores. Quand tout est en combustion au bas dû logis, le malheureux, caché sous la tuile où la colombe amoureuse vient déposer ses œufs , n'aura que le triste privilège d'être rôti le dernier.

GoDRus avoit un grabat plus court que sa petite épouse; ,six coupes mesquines, au-dessous desquelles étoit un pétît gobelet ^9^ , décoraient son bnffet soùtehii par la statue couchée du centaure Ghiron ; Me plus , un vieux coffre délabré cohtenoit des poésies grecques , que des rats ignorans rougeoient, sans égard à leur sub]|[mité. — ^Codrus n'avoit rien. — Soit; mais ce rien, la flamme le lui ravit tout entier. Pour comble de détressllii ayant faim, étant nu, il n'obtiendra de personne un asile et dii pain. Si le feù prend au palais d'ArturiuS, les dames rbmiaihes font éclaite^ leur désespoir , la noblesse est en detiil ^o, le préteur interrompt ses audiences. C'est alors qu'on gémit du malheur de la ville; cest alors qu'on déteste le feu ^^, Le palais brûle encore, et déjà l'on accourt de toutes parts : l'un veut fournir les marbres, l'autre faire à ses frais relever

92 SATIRA IIL [ V. 216. ]

Hic aliquid pi^xclarum Euphranoris et Polycleti , Hic phaecasianorum vetera ornamenta deorum.

Hic libros dabit et forulos, mediamque Minervam ; Hic modium argenti : meliora et plura reponit Persicus orborum lautissimus y ut merito jam Suspectas , tanquam ipse suas incenderit aedes.

Si potes avelli circensibus , optima Sorœ Aut Fabrateriœ domus aut Frusinone paratur , Quanti nunc tenebras unum conducis in annum.

Hortulus hic, puteusque brevis , nec reste movendus , In tenues plantas facili difïunditur haustu.

Vive bidentis amans, et culti villicus horti ; Unde epulum possis centum dare pythagoreis.

Est aliquid quocumque loco^ quocumque recessu , Unius sese dominum fecisse lacertae.

Plurimus hic aeger moritur vigilando; sed illum Languorem peperît cibus imperfectus et haerens ♦ Ardenti stomacho : nam quae meritoria somnuj|^ • Admittunt? magnis opibus dormitur in urbe.

Inde caput morbi : rhedarum transitus arçto Vicorum in flexu , et stantis convicia mandrae Eripient somnum Druso vitulisque marin is.

Si vocat oflicium , turba cedente , vehetur Dives , et ingenti curret super ora Liburno ,

le bâtiment. Celui - ci promet les statues les plus rares et les mieux conservées; celui-là, de super*bes morceaux de Polyclète et d'Euphranor : d'autres offriront les antiques et précieuses dépouilles des temples de la Grèce 4». C'est à qui donnera des livres y des tablettes, un buste de Minerve et des boisseaux d'argent. Persicus, dans cette conjoncture , est encore mieux traité, comme le plus opulent de ceux qui n'ont point d'héritiers; de sorte qu'on pourroit, à juste titre, le soupçonner d'avoir lui-même embrasé sa maison ^^.

Quiconque auroit la force de s'arracher des jeux du cirque ^4 achèteroit à Sore, à Fabratère ou à Frusinone un manoir agréable, au même prix que lui coûte à Rome le loyer annuel d'un réduit ténébreux; c'est là qu'il auroit un petit jardin^ et un puits à l'avenant, où puisant avec la ^lain il pourroit, sans corde et sans efforts, arroser ses légumes naissans. Qu'il est doux de cultiver soi-même, avec la bêche et le sarcloir, un jardin où l'on puisse recueillir de quoi régaler cent pythagoriciens 4^! de pouvoir se dire le maître du moi|^rç domicile 4^, dans quelque coin de l'univers qu'il so^t situé ! Ici la plupart des malades succombent à des veilles forcées ^7; mais cette langueur vient aussi de ce que les alimens mal digérés s'arrêtent et fermentent dans l'estomac. Quoi qu'il en soit, fussiez-vous plus tempérans , vous n'en dormiriez pas davantage ; car où trouver un asile favorable au sommeil ? Ce n'est qu'à grand prix qu'on dort en cette ville ; voilà ce qui nous tue : les chars embarrassés dans un passage étroit, les imprécations d'un muletier contraint de s'arrêter, réveilleroient un Drusus et les veaux ma-

94 SAÏIRA III. [ V. 040. ]

Atque obiter leget aut scribet, vel dormiet intus : Namque facit somiuim clausa lectica fenestra. Ânte tamen veniet : nobis properantibus obstat Unda prior; magno populus prenait agmine lumbos Qui sequitur; ferit hic cubito, ferit assere duro Alter; at hic tignum capiti incutit, ille metretam. Pinguia crura luto ; planta mox undique magna Calcor, et in digito clavus mihi mihtis h^ret.

NowwE vides quanto celebretur sportula fumo ? Centum convivae; sequitur sua quemque culina. Corbulo yix ferret tôt vasa ipgentia, tôt res Impositas capiti, quot recto vertice portât Servulus infelix , et cursu ventilât ignem.

Scinduntur tunicsa sartœ ; modo longa coruscat Sarraco veniente abies , atque altéra pinum Plaustra vehunt, nutant alte, populoque minai||ur. Nam si procubuit, qui saxa ligustica portât Axis, et eversupi fudit super agmina mputem, • Quid superest de corporibus? quis membra, quis ossa Invenit? obtritum vulgi périt omne cadaver, More animœ. Domus interea secura patellas Jam lavât, et bucca foculum excitât, et sonat unctis Striglibus, et pleno componit lintea gutto.

H»c intep puerqs ygipe properantiir : at ille Jam sedet in ripa, tetrumque novitius horret

SATIRE IIL 95

rins ^8. Si le riche a quelcjue affaire , il est porté , à travers le peuple qui s*écarte, par de grands Liburniens ^9. Chemin faisant, il lit, il écrit ou dort; car une litière fermée provoque le sommeil ^^, Cependanif il arrive avant nous au but où nous tendions les pre- . mier^ : retardés par la foule qui nous précède , nous ^sommes accablés p^r celle qui nous suit; Tun me heurte du coude; l'autre d'un chevron : ma tête, frappée par une solive, va donner contre une cruche : on m'éclabousse jusqu'à la ceinture; et bientôt mes pieds, écrasés par des pieds énormes, sont encore déchirés par les clous de la chaussure d'un soldat ^'.

Vois-tu comme on se presse autour de la sportulje fumant à la porte des grands ?Je compte cent convives : chacune traîne après soi sa batterie de cuisine. Corbulon soutiendroit à peine autant de vases et d'ustensiles , qu'en porte , sur sa tête roidie , ce misérable esclave qui rallume en courant les charbons de son réchaud : déjà sa tunique , nouvellement recousue , est réduite en lambeaux ^*. Surviennent des chariots; l'un est chargé de poutres menaçantes , et l'autre d'un mobile sapin : la terreur se répand; elle est fondée ; car si le chariot rempH de marbjre ligurien , s'abîmant jtout-àcoup, venoit à renverser ^u milieu de la |bule ;sa mpntagne ambulante, que deviendroient tant de malheureux? comment en retrouver les membres et lej os pulvérisés? déjà leurs cadavres tout entiers se sont évanouis comme un souffle ^^. Cependant les compagnons de l'un de ces infortunés l'attendant au logis : chacun vaquani; ^ son ouvragp , lave les plats , ranime le feu, prépare les frottoirs ^^ etThuile destinée pour

9^ » SATIRA III. £ r. ^65. ]

Porthme^; nec sperat cœnosi gurgitis ainum Infelix , nec habet quetn porrigat ore trientem.

Respige nunc alia ac diversa pericula noctis : Quod spatium tectis sublimibus , unde cerebrum Testa ferit; quoties rimosa et curta fenestris Vasa cadunt, quanto percussum pondère signent Et laedant silicem. Possis ignavus haberi , Et subiti casus improvidus; ad cœnana si Intestatus eas : adeo tôt fata, quot illa Nocte patent vigiles, te praetereunte, fenestrae. Ergo optes , votumque feras miserabile tecum , Ut sint contentae patulas defundere pelves.

Ebrius ac petulans, qui nuUum forte cecidit, Dat pœnas , noctem patitur lugentis amicum Pelidae, cubât in faciem , mox deinde supinus. Ergo non aliter poterit dormire? Quibusdam Somnum rixa facit : sed quamvis improbus annis, Atque mero fervens, cavet bunc quem coccinçi laena Vitari jubet, et comitum longissimus ordo, Multum praeterea flammarum, et abenea lampas. Me, quem luna solet deducere, vel brève lumen Candelae , cujus dispenso et tempore filum , Contemnit. Miserae cognosce proœmia rixœ , Si rixa est, ubi tu puisas, ego vapulo tantum.

SATIRE lit. gj

le Wn; tandis que leur pauvre camarade^ assis déjà sur la rive du Styx, est saisi d'horreur à Faspect nouveau du sombre Caron, et désespère, faute d'un denier, de passer dans sa barque.

Considère maintenant à combien de dangers on est, pendant là nuit, exposé dans cette ville. Contemple la hauteur des maisons , d'où la tuile qui pleut , d'où les vases fêlés et rompus que l'on jette par les fenêtres^ menacent de foudroyer nos têtes; vois quelles traces profondes la chute accélérée de ces masses pesantes imprime sur les pavés. On pourroit taxer de paresse et d'imprudence quiconque ii*oit souper sans aVoit fait son testament : autant il ti'ouveroit sur son passage de fenêtres éclairées , autant il auroit de morts à redouter ; le seul vœu raisonnable dans cette conjoncture, c'est de n'être qu'arrpsé- ^^.

AtJTRE incident : un furieux , ivre de vin et de colère , s'il n'a encore battu personne ne dormira pas plus qu'Achille déplorant la mort de son ami ; tantôt couché sur le ventre, tantôt sur le dos ^^, il s'agite et se tourmente. — Est-ce qu'autrement il ne dormiroit pas ^7 ? — Non, sans une querelle : pour quelques • utis c'est un prélude nécessaire au sommeil. Ne crois pas que, malgré sa jeunesse et le vin dont il fermente, il s'adresse à celui que la pourpre qui le couvre , les cliens qui l'escortent et les nombreux flambeaux qui l'éclairent ^^ l'avertissent d'éviter : c'est à moi qu'il en veut, à moi dont l'allure subalterne excite ses' mépris 5 et qui , le plus souvent, n'ai que la lune pour m'éclairer, ou la lueur douteuse d'une lampe dont j'économise la mèche.

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9» SATIRA III. [ T. a89. ]

Stat contra , stariqae jubet : parère necesse est. Nam quid agas, quum te furiosus cogat, et idem Fortior? Unde venis? exclamât : cujus aceto, Cujus conche tûmes? quis tecum sectile porrum Sutor, et elixi vervecis labra comedit?

Nil mihi respondes? aut die, aut accipe calcem. Ede ubi consistas? in qua te quasiKv proseucha ? Dicere si tentes aliquid , tacitusve redeas, Tantumdem est, feriunt pariter : vadimonia deinde Irati faciunt. Libertas pauperis haec est :

Pulsatus rogat, et pugnis concisus adorât, Ut liceat paucis cum dentibus inde reverti.

Neg amen haec tantum metuas : nam qui spoliet te Non deerit, clausis domibus, postquam omnis ubique Fixa catenatae siluit compago tabernae.

Interdum et ferro subitus grassator agit rem , Armato quoties tutae custode tenentur Et Pomptina palus, et Gallinaria pinus :

Sic inde hue oihnes tanquam ad vivaria currunt. Qua fornace graves , qua non incude catenaî ? Maximus in vinclis ferri modus, ut timeas ne Vomer deficiat, ne mafrae et sarcula desint.

Felices proavorum atavos , felicia dicas Saecula, quœ quondam sub regibus atque tribunis Videriint uno contentam carcere Romam !

Veux*tu savoir coAiment s'engage le débat P si je puis nommer débat une rencoiltre où je reçois , sans me défendre, les coups de ce brutal. D*abord il se plante devant moi : Arrête! s'écrie-t-il. Que faire? il faut obéir quand la fureur et la force commandent. — D'où vî«tts-tu?Où t'es-tu farci de fèves et de vinaigre .►* Quel cordonnier daigna partager avec toi ses poireaibc et sa tête de mouton bouUlié? Tu ne dis rien ? parle > sinoif d'un coup de pied*.. Oùloges-»tu? dans quel bouge ^9 ? — Soit que je médite ma réponse ou ma retraite , il n'en frappe pas moins , et l'enragé court encore m'intenter un procès. Battu , meurtri , je le presse et le conjure que du moins il me laisse partir avec quelques dents : si je l'obtiens , c'est à quoi se réduit cette liberté tant vantée dont le pauvre, dit-on, jouit dans cette ville.

Il est bien d'autres risques : on guette votre dépouille dès que chacun a fermé sa maison , barricadé sa boutique, et qu'un profond silence règne dans^la ville au milieu des ténèbres. Alors un essaim de voleurs , évitant nos gardes qui les cherchent dans la forêt Gallinaire e^ le long des marais Pontins ^<^, se rephe sur Rome, où ils accourent comme au pillage. Cependant aujourd'hui quelles enclumes, quels fourneaux ne sont pas employés à fabriquer des chaîpes? elles consomment tant de fer, qu'il est à craindre que la bêche et le soc ne viennent à manquer. Qui ne regretteroit pas les siècles fortunés des aïeux de nos ancêtres, en songeant qu'une seule prison suffit à Roibe ^^ tant qu'elle fut gouvernée par des rois et des tribuns ?

lOO SATIRA III. [ r. 3i4.*l

Hi8 alias poteram et plures subnectere causas : Sed jumenta vocant, et sol inclinât; eundum est. Nam mihi commota jam dudum mulio virga Innuit. Ergo vale nostri memor ; et quoties Roma tuo refici properantem reddet ^4.quino , Me quoque ad Helvinam Cererem vestramque Diananni Convelle a Cumis : satirarum ego, ni pudet illas , Adjutor gelidos veniam.caligatus in agros.

SATIRE IIL loi

Jb pourrois, par bien d'autres motifs, justifier mon départ; mais le soleil baisse; mes mules s'impatientent : il faut nous séparer; d'ailleurs, le muletier m'a déjà fait signe de son fouet à diverses reprises. Adieu donc, souviens-toi d'Umbritius ; et lorsque tu viendras dans Aquin ^* respirer ton air natal , fais-le savoir à ton ami, afin de sacrifier ensemble à ta Cérès, à ta Diane. Au moindre avis je pars de Cumes armé de toutes pièces ; et volant dans tes froides campagnes , j'irai t'aider à combattre, si tu m'en juges digne, les vices de notre siècle.

' Argument. Umbritius déclare à Juvénal qu'A abandonne le séjour de Rome , parce qae les talens et la probité n'y sont plus de saison ; parce qne la ville est en proie aux intrigans et aux Grecs ; que la pauvreté est suspecte ; que le luxe triomphe; que tout ^ yéta^^ et qu'on nsqne à chaque instant d'être écrasé , brûlé , Yolé, battu, etc.

* Cette |Mèce comprend non-seulement la satire des inconvéniens du séjour de Rome, sous le rapport de la sàreté et de la tranqmlUté , mais encore le tableau fidèle des mœurs d'une ville dans laquelle la dépravation étoit portée à son comble. C'est une thèse générale; car en changeant les noms, un pourroit appliquer les portraits qu'elle offre à telle autre capitale actuelle qne l'on voudroit. Aussi, parmi les modernes, plusieurs se sont emparés du même sujet, entre autres Mathurin Régnier, sat. m; !Nicolas Boiieau, sat. i et VI ; chez les Anglais, Smollet, a satirical Description of London and Bathy etc. (Lond. , 1771.) Le style de la satire de Juvénal est subtil, grave et nombreux, tel qu'il convient à un homme pénétré d'indignation k la vue des désordres nombreux dont il est le témoin. ( Note de rÉditeur.)

* De se retirer à Cumes , ville peu fréquentée y v. a.] L'espoir de parvenir, l'attrait des jeux, des plaisirs de toute espèce, et tout ce que suggère la cupidité, amenoient dans Rome, sous les règnes des premiers empereurs, les habitans un peu fortunés des villes voisines; c'est pourquoi Juvénal emploie si souvent les épithètes de solitaires , vides et désertes , quand il parle de Gabie , de Fidènes , d'Ulubre, etc.

NOTES SUE LA SATIRB UL Io3

Les Sibylles étoient des femmes que l'on croyoit douées du do|i de prédire l'avenir. DifTérens siècles et différens pays avaient eu leurs sibylles. Virgile {Énéidçy Kv. v, vers 48) a célébré celle de Cumes*

^ Poftr moi f aimerais mieux h^biêer Vtle même de Procfyta^ V. 5.] Prochyta, île de la mev Tyrrhène, dans le golfe de Naples, près de la ville Anaria, donl; Pline dit qu elle avQvt été séparée par un tremblement de terre. Quelques-uns écrivent Pomhyta , au lieu de Prochj/ta\ Cette- île s^'appelle aujourd'hui Procita.

^ La chute fréquente des maisons , v. 7. J Après ta première guerre Puniqiie, l'afflu^nce des étrangers fut si grande à Rome y que non-seulement on en élargit l'enceinte, mais qu'on en exhaussa les édifices. Auguste publia une ordonnance qui défendait de donner ai|x ra^iisons |Jus de soixantedix pieds de hauteur, Oa lit dans Tacite ( livre xv de ses Jnnahs ) y qu'après l'incendie qui consuma les deux tiers de la ville, Néron fit plusieurs règlemens sur sa reconstructipn; mais il ne marque pas à quelle élévation il avoit fixé la hauteur des maisons. Trajan la réduisit à soixante pieds.

* Près des viei^ arcs de la porte Capène^ v. 11.]^ On croit que ces arcs avoient été élevés en mémoire du cSmbat des trois Horacfts. Quoi qu'il en soit, il est évident qu'ils ser^yoient d'aqi|éducs; l'épithète de madidam l'indique» et ce vers de Martial le prouve :

Capena grandi porta qua pluit gutta.

La porte Capène étoit ainsi appelée parce qu'on sortoit par cette porte pour aller à une petite ville voisine du même nom. On l'appeloit > par uue raison semblable , Porta Appia et Porta triumphalis : maintenant di San Sebastiano,

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