‹ Satires de JuvénalChapitre 26 sur 30 · I04 HOTES · texte numérisé non relu

I04 HOTES

* Égérie, v. la.] Kjmphe de la forêt d'Aricie, Tobine de Rome, qu'Ovide [Métamor., liv. xy) donne pour épouse à Numa Pompitius, mais qui, selon d'autres, n'étoit qu'une divinité tutélaire qu'il feignoit de consulter , dans une retraite", sur les lois qu'il proposoit aux Romains. Après la mort de Numa , ceux-ci , persuadés que le pieux et sage législateur s'entretenoit avec Égérie , allèrent chercher la nymphe dans sa forêt, où ils ne trouvèrent qu'une fontaine, en laquelle ils s'imaginèrent qu'elle avoit été métamorphosée par la commisération de Diane, touchée des pleurs qu'elle répandoit depuis la mort de Numa. Plutarque ( Fie de Numa ) met au rang des fables tout ce qui regarde Égérie.

7 Le temple et les bosquets de la fontaine sont loués à des Juifs y V. 14.] Comme dans les auteurs de ce temps les chrétiens sont confondus avec ' les Juifs , peut-être s'agit-il ici des premiers , qui , en effet , furent chassés de Rome à cette même époque par un édit de l'empereur Domitien , et obligés de se «réfugier dans les bois , comme nous le voyons par les Actes des Martyrs et VHistoire ecclésiastique,

(Note de l'Éditeur.)

* Puisque les ressources honnêtes y me dit alors Umbritiusy etc^y V. 21.] Il importe peu que cetUmbritius soit un personnage feint ou réel ; mais Juvénal s'est bien gardé de choisir un homme diffamé pour faire la satire de Rome; au lieu que Boileau met celle de Paris dans la bouché d'un gredin contraint de s'exiler :

Sans attendre qn*ici la Jnstice ennemie L'enferme en un cacbot le reste de sa vie , Ou que du bonnet vert le salutaire affront Flétrisse les lauriers qui lui couvrent le front.

B01LBI.U, satire v, v. i3.

9 De se mettre eux-mêmes a V enchère y v. 33.] Il arrivoit

SUR liA SATIRE III. loS

quelquefois que les hommes libres se réduisoient volontairement à la condition d'esclaves , dans la vue d'un intérêt mal entendu , comme on le voit dans les livres de droit. La vente des esclaves à Rome se faisoit de trois manières; la première s'appeloit sub hasta, parce qu'on plantoit une javeline ou un court* èsponton dans l'endroit où étoient les crieurs qui faisoient la vente au plus offrant et dernier enchérisseur. C'est ainsi que se vendoient les prisonniers de guerre. La seconde , suh corona : quand les marchands exposoient des esclaves en vente dans les marchés, ils leur mettoient sur la tête une espèce de couronne de fleurs pour annoncer qu'ils étoient à vendre, ou bien, comme le pré** tend Aulu-Gelle , ces mots , sub corona , exprimoient la manière dont se vendoient les esclaves pris à la guerre, parce que les soldats les environnoient et faisoient un cercle pour les empêcher de s'échapper. La troisième consistoit à leur mettre sur la tête une espèce de bonnet ou de chapeau ; ce qu'ils appeloient sub pileo venire» Ce chapeau signifioit qu'on ne les garantissoit pas.

*® Des spectacles oii y pour flatter le peuple y ils font au moiridre signal couler le sang du gladiateur vaincu, v. 36.] C'étoit ordinairement le peuple qui décidoit de la vie et de la mort du gladiateur blessé; s'il s'étoit conduit avec adresse et cpurage, sa grâce lui étoit prejique toujours accordée; mais s'il s'étoit comporté lâchementfdai^ le combat , son arrêt de mort étoit rarement douteux. Le peuple ne faisoit que montrer la main avec le pouce plié sous les doigts, pour indiquer qu'il sauvoit la vie du gladiateur ; et , pour porter son arrêt de mort , il lui suffîsoit de montrer sa main avec le pouce levé , et dirigé contre le malheureux :

Peetusque jaeentis

Firgo modesta j'ubet , conversa polUce , rumpi,

PRi7i>xifT., dé Festal.

Io6 KOTES

»» lU affermeront les latrmes jmtbiiques ^ v. 38.] Foricm étoient des latrines publiques , d'où sont appelés, dans le droit, /omnru ceux qui les affermoient. Ces fermiers payoient au fisc le prix de leur bail; cela est prouvé par la loi (7^ Digest. j iib. xxix , tit i : Fmus e» suis eonttactibus ifSHre» non dat : sed ipse accipUt ut solet a fêrioariù qui tardius pecuniam inferuni. Il paroit que ces sortes de feimiers re~ cevoient tm petit drcHt de ceux qui avoient recours à ce^ lieux pid>lio8.

'* Je ne sais m V approuver ni l'emprunter , etc. , v. 42<J Suppléez « pour Le copier ; » car c'est ici ce que signifie poscere. Dans ce temps, où les livres étoi^t fort rares, quand on rouloit flatter un auteur, on empruntoit son manuscrit pour le copier soii-méme ou le faire o^ier.

'^ Je ne favoriserai jamais V adultère y v. 46J E» f<*i* de galanterie , aduJter et fur signifient presque toujours la njiéme chose. Ce dernier mot n'a point ici la signification de « vo* leur. » Furtipis operam dare, c'est-à-dire adulteriis.

^^ Comme un manchot, un perclus, etc, v. 48.] J'ai suivi la correction de Britani^icus et de Markland, qui mettent exstincta et dextra , au lieu de exstinctœ et dextrœ.

"5 Fuis les secrets ^f grands, etc., v. 54.] Prince, disoit

• à Lysiitoaque le coAémen Philippidas, de tous les biens que

vous m'offrez , le seul que je redoute , c'est le dangereux

honneur de votre confidence. (Plutarque, de la Curiosité.)

Martial dit au contraire :

FUJieH dSves , BUhjrmicâ , contems esto.

Lib. VII , cpigr. 49*

'^ Tu ne dormirois pkts^ v. 5$.] Mot ternble et sublime. On le retrouve , ce mot foudroyant , dans Tune des tr^agédies

de $faajk^6pe4ri9t mus je dout? que cet homme de génie y e% qui n'iipitoii personne , ait fiiit l'emprimt dont il s'agit : j'avouerai m^me que , dans l'auteur latin; ut somno carea$ n'a pas la même énergie que l'apostrophe du poète anglais , et qu'il est possible que, par réminiscence , j'aie rapproché Juvénal et Shakespeare.

'7 Cette ordure achéenne , etc. , v. 61.] C'est-à-dire ces misérables Grecs. li'Achaïe est le nom d'une ancienne provipce de Grèce : on la nomme aujourd'hui Livadie y ou la province du Péloponnèse.

** De leurs victoires athlétiques y v. 67.] Pour comprendre ces deux vers, qui n'ont encore été bien expliqués que par Martinius « il faut savoir que ceux qui sortoient -vainqueurs des jeux du cirque avoient part aux sportules des empereurs; et qu'afin d'être reconnus par ceux qui distribuoient ces sportules, ils portolent au cou le symbole de leur victoire. Voyez Martinii Lexicon philologicum , au mot Trechedipnus.

*9 Iswusy y. 74.] Célèbre orateur grée, natif de Cfaaleide en Syrie, fut disciple de Lysias, et mjutre de Démosthène. . Il enseigna l'éloquence à Athènes avec succès, environ trois^ cent qHarante«4|iia|tre ans avant lésus^^nst. On Ini attiibuoit soixanteH!|uatre h^angues; mais il n'en avoit composé que cinquante, dont il ne nous reste que dix. Il ne faut pas le confondre avec un orateur du même nom qui vivoit à Rome du temps de Ptine le jeime, vers l'an 97 de Jésus-Christ, quoique Qniâtilien (1. x) attribue à oelui-^i une promptitude singulière.

^ // est gmmnudnen , rhéfear, etc, , v. 76.] Rouftseau a tiré de ce passage unejoke épigrammequi commence par ces vers:

Oysol^gue tovjoars opine ; C'est I« nVli <ii|KBÇ d^iHT^piM :

Tout ouvrage, toute doctrine Ressortît à son tribunal > etc.

" Celui qui s'attacha des ailes, v. 80.] Ce trait tombe moins sur Dédale que sur un certain Grec qui, du temps de Néron , voulant imiter le père d'Icare , éprouva le sort de celui-ci ; et c'est pourquoi Suétone ( Fie de Néron ) l'appelle Icare : Icarus primo statim conatu , juxta cubiculum ejiCs decidit , ipsumque cruore respersit.

** Antée, qu'il tenoit éloigné des secours de sa mère, ^. 89.] On sait qu'Antée étoit un géant, fils de Neptune et de la Terre. Hercule le combattit, le terrassa trois fois, mais en vain : sa mère lui rcndoit des forces nouvelles lorsqu'il la touchoit : enfin ce héros l'enleva , et l'étoufTa entre ses bras ; '

> . Cum fraude reperta ,

Raplus in excelsum^ necj'am spes ulla cadendi, Nec Ucet extrema matrem conUngere planta.

Stat., Thebaid,,]ïb. vi.

*^ N'appartient plus exclusivement à Antiochus, àDémétrius, à Stratoclès et au lascif Hœmus , etc., v. 98.] Je suis convaincu que c'est là le véritable sens, quoique j'aie contre moi tous les commentateurs; ils n'ont pas fait attention que ces quatre noms sont des noms grecs , et que la comparaison des Grecs avec d'autres Grecs ne convient ni à ce qui précède ni à ce qui suit.

*^ Quiconque peut, nuit et jour, composer son visage sur celui d'un autre,, etc. , v. ib6.] Toutes les éditions portent : Alienum sumere vultum ; à facie, etc. J'ai suivi la correction que Markland a indiquée sur ce passage dans ses conjectures sur Lysias. Les vers suivans offrent trois circonstances qu'il n'étoit pas facile de rendre d'une manière décente , quoique Molière en eut imité une dans son Tarti^ :

* £t 8*il vient à roter , il loi dit ; Dieu vons aide.

SUR LA SATIRE III. ' lOg

Si trulla, etc. y y. io3, signifie si la coupe d'or, lorsque le patron la vide , retentit au bruit de ses lèvres, etc.

'*' M. Dusàulx donne ici Texplication la plus décente , mais non pas la plus juste ni la plus convenable au sujet de ce mot trullay qui signifie réellement un pot de chambre. Voici en latin plus facile l'explication de ce vers : Si trulla aurea, la chaise percée , crepitum dédit , a retenti , siib fundo in verso , c'est-à-dire sub anoy sous , etc. , du riche , exonerantis ahuni; inversoy c'est-à^re ima spectante, etc. , etc. En un mot, si bene ructavit, si bene minxit , si bene cacavit. La gradation est ici parfaitement. observée. {Note de r Éditeur.)

** Ils eUtaquent la grand* mère de leur ami, etc. y v. iial] La plupart des éditions portent : Aulam resupinat amicii Les savans que j'ai consultés prétendent que cela n'est pas latin. Au reste , la leçon de l'ancien scholiaste, que j'ai suivie, est sans contredit la meilleure : cette grand'mère est ici le coup de force. Je ne sais pourquoi quelques-uns ont substitué ancUlam à aviam ; et voici comme ils écrivent :

fforum si nihU , ancillam resupinat amici.

*® Tu crains de la faire descendre du siège exhaussé qui r expose aux passons , v. i36.] Umbritius oppose ici la fortune des esclaves parvenus à la misère de certains nobles ; les uns, dit-il, sont si riches qu'ils peuvent acheter les faveurs des femmes les plus illustres , tandis que les autres sont trop pauvres pour payer de viles courtisanes, celles qui s'exposent à leurs portes sur des chaises élevées, afin de se faire remarquer des passans. La difficulté des cinq vers précédens, qui n'ont été bien entendus que par Ferrarius, vient de ce qu'on n'a pas senti l'opposition qui est entre dit^es servus et ingenuorum filius. Vers i3i hic est adverbe ; «Ici, à Rome. » Vers i32, alter enim , etc. : enim se rapporte à quid mirum ? qui est sous-entendu ; c'est-à-

IIO IIOTBS

dire pourquoi non ? car l'un est &i riche qu'il donne des sommes ; l'autre est i\ pauvre qu'il ne peut rk» donner.

*^ Partâ-^t-on ici d'un témoin aussi vertuéuat que rhêse de Çybèle, d^un autre Numa, ou d'un homme tel que tebu qui sama Minerpe tremblante du temple embrasé dé ^esM ; r. t ^J] Cybèle, on la npère Idée , fut envoyée ôê Pé^sinmite à Aome sous la forme d'une pierre brute, pour satiàfîiire aux livres sibyllins. Ces livres déclaroient que l'expuUion ded Carthaginois dépendoit de rétablissement de son cuke êU Italie. Ils ordonnoient encore que Cybèle f&t reçue à dOn Arrivée par le plus honnête homme : le choix tomba sur Scipion Nasica : « Celui qui Muva Minerve, etc.» Ce fbt L. CslscUittàMételIus. . Ce trait de piété lui coûta les deux yeux : il Ait AveegU pur les fiamthés.

*^ En vam attesêerois-tu lès autels de Samo^râûe ^ Vé t44.] Samothrace est une île de l'Archipel , à rembonchdre de rÈbre. La capitale de cette île portait le même nom ; elle est fameuse par un temple dont lés mystères n'étoient pas moins respectés que ceux d'Eleusis. Lés dieux Cabires y étoient adorés, et ce culte tiroit son origine de Phénicie. Les dieux Cabires étoient ceux que les Romains appeloient diifos potes j les dieux puissant. Ces dieux étoient : Axioros , c'est-à-dire Cérès; Axiokersa y Proàerpine; Axiokerse , Pluton; Casimilusy Mercure, qui étoit comme leur ininistre. Les plus grands personnages des pays étrangers avoient soin de se faire initier au culte de ces différens .dieux. Foyez Plutarque, Fie de Camillus.

"9 Sortez, s^ écrie V inspecteur des jeux , v. i53.] Les jeux romains, non moins fameux que ceux des Grecs, fîirent portés à un point incroyable de grandeur et de magnificence. On les distingua par le lieu où ils étoient célébrés , ou par la qualité du dieu à qui on les avoit dédiés. Il y avoit des

SUR LA SATIRE III. lil

jeux sous le nom de Cùrcenses et de Seéniqaei, parce que les uns étoient célâ>Fés dans le cirque, et les autres sur la scène. A Tégard des jeux consacrés aux dieux , on les divisoit enjeux sacres^ exï jeux votifs , parce qu'on les célébroit pour bdplorer les dieiix. Nous donnerons la notice des différens jeux dont notre auteur fera mention.

^^ Parmi téiégante postérité de nos gladiateurs et de nos maures d'escrime^ v. i56é] Ces derniers s'appeloient lanistœy lanistes. Leur métier consi^oit à instruire dans Tart gladiatoire les prisonniers , les criminels et les esclaves qu'on remettoit entre leurs mains. Quand les préteurs , qui furent y après les édiles , chargés de l'intendance des jeux , avoient besoin de gladiateurs , ils s'adressoient aux lanistes, qui les leur foumissoient par paires , pour un prix convenu ^ à raison des différentes classes. Outre les gladiateurs forcés ^ il y en avoit de volontaire^, que la misère, la dépravation ou la flatterie (car c'étoit un moyen de faire sa cour à Néron et à Domitien) faisoient descendre sur l'arène* Le maitre d Wrime ne recevoit point les hommes libres sans \e\iv faire jurer qu'ils combattroient jusqu'à la m6rt.

^ ' FoUà ce qu'a produit la vanité d'Othon , par ses distinctions odieuses, v. i^.] L'an de Rome 685 ^ Luc. Roscius Otho , tribun du peuple, porta une loi par laquelle il étoit défendu de prendre place sur l'un des quatorze gradins réservés aUx chevaliers , quand on n'avoit pas quatre cent mille sesterces de bien. L'empereur qui porta le même nom que ce tribun y s'appeldit Saivius. On retrouve encore le nom d'Othon dans la famille Junia*

^' Nos ancêtres plébéiens, attrol^s sous le drapeau de la liberté y etc., v. i6a.] L'an de Rome 161, le peuple, tourmenté par ses créanciers, se retira sur le Mont -Sacré. Ménénius Aggrippa fut député par le sénat pour le haranguer.

Les mécontens consentirent enfin à se réconcilier avec les patriciens , mais à des conditions : la principale fut l'institution du tribunat.

^^ Ce qui ne parottroit point honteux y etc., v. i68.] Je suis de l'avis de Ferrarius , qui veut qu'on lise negabit, au lieu de negaçit, Nimis longe arcessita simty dit-il, quœ interprètes de Curio Dentato aut Scipione qfferunt. En effet, Juvénal compare ici le luxe Je Rome avec l'ancienne simplicité qui s'étoit conservée dans les petites villes de l'Italie : cette comparaison commence au vers i68 , et se prolonge jusqu'au vers 179 inclusivement.

^^ De n'endosser la toge, etc. > v. 173.] La toge étoit une robe longue et sans manches, qui se mettoit par-dessus les auti-es vétemens. Togatus et Romanus étoient deux termes tellement synonymes, que Virgile appelle les Romains gens togata. Ceux à qui ils permettoient de la porter étoient censés jouir du droit de bourgeoisie. Le nom de Togatus étoit si bien aiïecté aux Romains , que pour distinguer les pièces de théâtre dont le sujet étoit romain, des pièces grecques^ les premières, comme je l'ai dit, étoient appelées togatœ, et les autres palliatœ. Ce qui tenoit lieu de toge aux femmes s'àppeloit stola. La toge différoit selon les âges , les dignités et les circonstances.

^* Si Von rejoue quelque vieille farce , etc., v. 174.] Juvénal entend ici Xexodium. Ëxode signiHe • issue ; ce nom lui fut donné à l'imitation des Grecs*, qui nommoient exodion le dernier chant après la pièce finie. L'acteur étoit appelé exodiaiius, l'exodiaire. Il entroit sur le théâtre à la fin des pièces sérieuses, pour dissiper la tristesse causée par la tragédie; et il jouoit cependant la pièce comique avec le même masque et les mêmes habits qui lui avoient servi dans la pièce sérieuse. Je doute que, dans les bourgades dont

st7R LA ^ÀTlRE tll. Il3

parle Téutêur, l'exode fût précédée d'une tragédie. Il ne consistoit quelquefois qu'en une simple pantomime.

3* Qu'un patron fasse , pour la première fois , couper là barbe ou les cheveux dun esclave chéri y v. i86.] Pline observe que les Romains ne commencèrent à se raser que l'an de Rome 4^4 > quand Ticinius Menas leur amena des barbiers dé Sicile; il ajoute que Scipion l'Africain fut le premier qui fit venir la mode de se raser chaque jour. Quand on faisoit pour la première fois les cheveux on la barbe à ses enfans, il étoit d'usage de faire des visites, de donner des repas, et d'envoyer des présens. Nous voyons par ce vers de Juvénal que de son temps c'étoit tout le contraire. On ne se faisoit raser et couper les cheveux que depuis vingt et un ans jusqu'à quarante-neuf. Passé ce temps , il falloit , selon Pline , porter la barbe longue. On renfermoit la première barbe dans une petite boite d'or ou d'argent que l'on consacroit à quelque divinité , et surtout à Jupiter Ga(>itolin, comme Suétone le remarque de Néron. Les quatorze premiers empereurs se firent raser; mais Adrien rétablit l'usage de porter la barbe. Plutarque dit que le motif de ce prince fut de cacher les cicatrices qu'il avoit au visage.

^7 Qu'on nous force d'accroître le pécule de ces esclave i fortunés y V. i86.] Le pécule des fils de famille et des esclaves étoit une légère portion des biens du père ou du maître : c'étoit aussi le produit de l'industrie. Le fils et l'esclave ne conservoiént la propriété de ces deux sortes de pécule qu'autant que lé père et le maître y consentoient ; autrement ceux - ci pouvoient , à leur gré , retirer leurs bienfaits^ et les priver des fruits de leurs travaux. On sépara dans la suite le pécule des fils de famille de celui des esclaves.

'• Ucalégon crie au feu [on demande de Veau poUt

Il4 NOTES V

V éteindre) , etc, , v. 199.] J atois oublié précédenunent d'avertir de l'allusion à ce vers de Virgile , passé en proverbe : Proximus ardet Vcalegon, etc, [jEneid, , lib. 11.) Ucalégon signifie ici le voisin de la maison embrasée dont a parlé Juvénal.

H Six coupes mesquines f au-dessous desquelles était un petit gobelet y été,, v. 2o3.] Urceoli ou çyathi étoient de petits jgobelets avec lesquels on mesuroit le vin et Teau que Ton mettoit d^ns la tasse. Cantharus étoit une coupe à deux anses. Le buffet étoit soutenu par une console ou pied qyi représentoit le; centaure Chiron : le tout étoit de marbre , chose très-commune à Rome^ et dédaignée par les riches , qui avoient des tables ou des buffets de bois de citre, soutenus sur des pieds d'ivoire. Voyez, sur Tusage des petits gobelets dont il est ici question, Y Histoire de V Académie des inscriptions, tome i, page i36.

^'^ La noblesse est en deuil, v. ai 3.] A Rome, le noir ou le très-bnm fut dans le commencement la couleur des habits de deuil pour les deux sexes. Dans la suifce les femmes portèrent un voile blanc, et le reste de l'habillement noir, sans aucun ornement. Les hommes négligeoient leur barbe, la faisoient croître avec leurs cheveux, et observoient de ne point mettre de couronne sur leur tète, ni dans les fêtes publiques, ni dans les festins. Le plus long deuil, c'est-à-^ire celui que portoient les enfans pour leurs pères,. les maris pour leurs femmes, et les femmes pour leurs maris, n'étoit que de dix mois^ Tant que ce deuil duroit, une veuve ne pouvoit se remarier sans encourir une note d'infamie. Il n'en étoit pas de même pour les hommes, qui pouvoient prendre une femme quand ils le voul<Hent. Il y avoit à iVome des deuils publics qui duroient plus ou moins de temps, selon l'affection que l'on portoit aux morts. On lit dans Tite-Live que les dames romaines portèrent le

SUR LA SATIRE III. Il5

detnl et pleurèrent le consul Brutns pendant une année entière : Matronœ anmun , utparentem, eum luxerunti,\i. Dec, , lib. II, n. 7.)

Le temps du deuil fut abrégé eu plusieurs occasions^ Après la bataille de Cannes, la république ordonna qu'on ne le porteroit que trente jours, afin d'oublier plus tôt la perte qu'elle avoit faite. Il y avoit des circonstances où on rinterrompoit dans les familles : c'étoit souvent pour la naissance d'un enfant , pour quelque distii^on honorable à laquelle on parvenoity pour certaines fêtes des dieux, pour la dédicace d'un temple. Excepté ces circonstances , les Romiàns se faisoientun devoir de religion de le porter le temps prescrit.

4» On déteste le feu y v. ai4«] L*ancîen scholiaste dit que ces mots. Tune odimus ignem, se rapportent moins aux incendies qu'à l'élément qui les produit; et il observe que les Romains, dans les grandes calamités, ne permettoient point de fett dans les maisons.

^* Les antiques et précieuses dépouilles des temples dé ta Grèce, v. aiB.] Les éditeurs modernes ont mal-à-propos changé l'ancienne leçon , qu'ils ne comprenoient pas. * Les premières éditions et fes manuscrits portent : Phœcasianorum vetera omamenta deonun, A Phœcasiànorum y le^ Éns ont substitué hic Asianorum ; les autres , hœc Asianorum ; et eevx-^i prétendent que htec est employé pour faire entendre que les femmes, aussi bien que les hommes, apportoient des présens à cet Arturius , dont la maisoà avoit été dévorée par les flammes ; ce qui est pitoyable. Le vers que je viens de citer est mis par apposition : il se rapporte aux statues et aux tableaux désignés dans les deux vers précédens. Phœcasùmi dei sont les dieux de la Grèce, soit qu'on les représentât avec la chaussure appelée pluecasium , soit que leurs prêtres et leurs ministres portassent cette espèce de chaussure. Le phœcasixim étoit propre aux

Il6 NOTE»

Grecs, ainsi que le pallium , comme la toge, étoit propre aux Romains. S'il y avoit eu quelque chose à changer , c'auroit été en écrivant phœcasiatorum ;' mais Tancienne leçon le défend ; d'ailleurs Cicéron a dit minianus pour miniûtus. Voyez Tumebi jidversaria , pag. 341; Balduini Cakeics antiquus , pag. 177.

^' On pourrait, à juste titre, le soupçonner d'avoir luimême embrasé sa maison, y. 222.] Après un semblable désastre, dit Martial , Tongilianus reçut dix fois la valeur de ce tju'il avoit perdu , et il ajoute :

Rogo , non potes ipse ^ideri

Incendisse tuant , Tongiliane , dcmum ?

Ma&t. , lib. III , epig. 5a.

Plusieurs interprètes croient que le Persicus du vers 22 1 est le même que TArturius du vers 212. Mais ces deux comparatifs meliora et plura prouvent qu'il s'agit ici de deux personnes différentes.

*^ Quiconque aurait la force de s'arracher des jeux du cirque, v. 228.] Jeux du cirque, terme générique sous lequel on çomprenoit tous les combats du cii^e, de quelque, nature qiAla fussent, à pied, à cheval, sur des chars, à coups d'épées, de dards, de pique, de flèches, contre des hommes ou des aînimaux, dans l'arène ou sur de grands réservoirs d'eau : ces derniers s'appeloient naumaehies , ou représentations de batailles navales. Dans leur origine, ces jeux n'étoient que différentes sortes de courses , auxquelles on joignit ensuite les autres combats athlétiques. Ceux des gladiateurs étoient les plus usités. La plupart des fêtes des Romains étoient accompagnées de jeux du cirque, et les magistrats donnoient souvent de ces sortes de spectacles au peuple. Les grands jeux, nommés proprement circenses, duroient cinq jours, et commençoient le i3 septembre.

^^ Qu'il est doux de cultiver un jardin ou ton puisse recueillir de quoi régaler cent pythagoriciens l v. a 28. ] Pythagoriciens, philosophes qui suivoient la doctrine de Pythagore de Samos. On appeloit aussi cette secte italique , parce que Pythagore , ayant quitté son pays , se retira dans la partie orientale de l'Italie qu'on nommoit la Grande Orèce , et s'établit à Crotone, où il enseigna la philosophie, et forma sa secte. Il croyoit qu'aucune âme ne périssoit, mais qu'après un certain nombre de révolutions elle animoit un nouveau corps , et que, de transmigration en transmigration, elle redevenoit ce qu'elle avoit été. En conséquence il défendoit de manger de tout ce qui avoit eu vie. Notre . auteur ( sat. xv ) dit que ce philosophe ne se permettoit pas de manger indistinctement de toutes sortes de légumes. £n efFet , l'usage des fèves étoit interdit aux pythagoriciens : leur maître leur avoit enseigné que la fève étoit née en même temps que l'homme, et formée de la même corruption; car, disoit-il, quand on renferme dans un vaisseau une fleur de fève ou une fève même, et qu'on le bouche bien, si Ton vient à l'ouvrir quelques jours après on la trouve convertie en chair ou en sang. Ainsi ils n'avoient pas moins d'aversion pour la fève que pour la chair humaine. C'est en ce sens qu'Horace l'appelle parente de Pythagore : Faka Pythagorœ cognata.

^* De pouvoir se dire le maître du moindre domicile , V. a3i.] M. Dusaulx a bien rendu ce vers, à notre avis; mais le mot lacerta, qu'emploie ici JuVénal, présente bien des difficultés ;^ et pour en tirer le sens de petit domicile, il faut tordre un peu la phrase , et dire : Cest quelque chose , dans quelque lieu , dans quelque retraite que l'on soit,, de s'être fait le mattre d'un champ si petit qu'à peine un lézard puisse s'y tenir h Vaise. Ici le contenu est pris pour le contenant. Il est vrai que Martial (liv. xi, ép. 19) a donné d'un petit jardin ime description à peu près semblable ; mais les

ii8 HOTES

interprètes difficiles n'ont vu dans cette explication forcée qu'un Téritable contresens , et ils ont proposé de substituer lacemœy sorte de Tétement grossier ^ Tusage du bas peuple ; et ils expliquent ainsi la phrase : « C'est donc quelque chose , outre le jardin que l'on cultiTC de ses mains y de se voir en possession d'un vêtement grossier , mais quiïie doive rien à personne. » Cette explication, quoiqu'on en ait dit, me paroît naturelle, et le changement de lacertm en latanœ est possible, d'après les manuscrits que j'ai vus* Cependant je me range au premier avis, qui est celui du plus grand nombre des interprètes. Le lecteur éclairé en jugera, et des^eux explications il choisira celle qui lui paroîtra la meilleure.

^7 Ici la plaparê des malades succombent à des veilles forcées, etc. , v. a 3a.] Il me paroît que l'on n a point eneore saisi le véritable sens de ce passage : Plmimus hic œger morifur vigilando, proposition générale. Sed iHum UmgHorem peperit\cibus imperfectusy etc. Gela regarde l'intempérance. On lit ensuite nam quœ meritoria aomnum admittuni? A quoi se rapporte ce nam y si ce n'est à la phrase que j'ai suppléée? Juvénal est extrêmement cônds; et c'est presque toujours avant enim ou nam qu'il y a des mots ou des phrases sousentendues. J'ai déjà fait la même observation sur le vers i3i.

^^ RépeUleroient un JD^usus et les veaux marins, v. a 38.] Ces veaux marins, quoique grands dormeurs, selon Pline et Virgile, répugnent à Graevius, qui les convertit en vieux marisy vetulisque maritis. D'un autre côté , Britannicus ne voulant point -que l'on associe des veaux ms^rms à Drusus, fait un ours de celui-ci, et met wsos au lieu de Druso. Ce- ])endant il ne c<m vient point de changer le texte sans autorité , à moias qu'il ne soit absurde, ou qu'il n'implique contradiction. On doit toujours supposer, lorsqu'on explique un auteur ancien, et surtout un satirique, qu'il y a bien des allusions dont la trate est perdue faute de monumeos.

^9 Portés par de grands Lîbumiens y v. a4o.] Les Romains avoient deux sortes de voitures portatives, dont les formes étoient diiTérenteSy et qui étoient difFéremment portées; sà-^ voir y l'une par des mulets : on Vappeloit hastema; et l'autre par des hommes : on la nommoit lectica; pour cette denùère CXI employoit plus ou moins de porteurs y deux, quatre, six , huit. La litière, /ecAica/ portée par quatre esclaves^ s*appe)oit tétraphore, tetraphorum; la litière portée par six s'appetoit exaphore, exc^hùrum; et la litière portée par huit se nom-* mmt ootophore, actophorum. L'invention dé ces voitures portatives venoit des rois de Bithyme. L'usage en devint si commun à Rome, que sous Tibère les esclaves se faîsoient porter en litière par d'autres esclaves inférieurs. Enfin cette mode s'abolit sous Alexandre Sévère, pour faire place à celle des chars, qui s'introduisit jusque chez les gens du menu peuple, à qui l'empereur permit de les décorer à leur fantaisie.

Les esclaves dont il s'agit ici étoient de la libumie , pro~ vince deTlllyrie, le long de la mer Adriatique, aux confins de l'Italie.

^° Car une litière fermée provoque le sommeil , v. 242-] La litière appelée lectica étoit communément ouverte ; mais les voluptueux la faisoient construire de manière qu'ils pouvoient la fermer quand ils le vouloient. Les femmes ne se servirent point de cette sorte de voiture jusqu'au règne de Claude ; elles usoient de la basteme , dont l'épigramme suivante donnera la description :

jiurea matronas elaudit bastema patUcas ,

Qutt radians latum gestat ulrumqiêe latus.

Banc gerrùnus portât dupUei sub robore burdo.

Provehitet mocUce pendula septa gradu , Provisum est oaute, ne , per loca pubUca pergens ,

Pucetur visis casta marita 'viris.

^' Mes pieds y etc. y sont encore déchirés par les clous de

laO NOTES

Iq ehaïusure d'un soldat, v. 'i48-] La chaussure miKuire que les Romains appeloient caliga, éfoit faite d'une grosse semelle d'où partoient des bandes de cuir qui se croisoient sur le pied 5 dont elles laissoient voir par intervalles la chair nue ; quelquefois une de ces bandes passoit entce le gros orteil et le suivant, pour tenir la chaussure plus ferme; souvent on attachoit des clous sous la semelle , probablement afin d'enu-pécher que le soldat ne glissât quand il gravissoit ou descendoit les montagnes. Au reste y la chaussure des Romains différoit peu de celle des Grecs. Il y en avoit de plusi^irs sortes, qui étoient relatives aux différens états, et distinguées par des noms différens; le calceus , le muUœuSy le pero et le phœçasii/an , qui couvroient entièrement le pi^d ; le solea , le crepiid y le bacca et le sandalium , qui laissoient en partie le dessus du pied à découvert. Les sénateurs portoient une chaussure ^ lunule, dont il sera parlé satire vu.

^* Déjà sa tunique y nouvellement recousue, est réduâe en lambeaux, v. a54.] Les Romains ne portèrent d'abord qu'une seule tunique de laine sur la chair; mais dans la suite ils en portèrent deux comme les» Grecs , et quelquefois troi^. La première, qui leur tenoit lieu de chemise, et qui étoit quel-r quefois de lip ( car Iç linge leur étqit inconnu) , s'appeloit tuniça interior ; çjle étoit fine, sans maUcheS, et ne descendoît qu'au-dessus des genoux. Celle dès femmes étoit plus ample et plus longue. La seconde, appelée (unica exterior^ tunique extérieure , avoit plus d'ampleur et de longueur que l'autre ; les manches en étoient fort larges , mais si courtes qu'elles nalloient pas jusqu'au coude. Ces deux tuniques étoient communes aux deux sexes : elles étoient l'une et l'autre justes au cou , de sorte que les femmes qui les laissoient ouvertes par le haut passpient pour indécentes. C'étoit sur la tunique extérieure que se mettoit la toge. Comme cette tunique étoit fort ample, on prenoit une ceinture pour l'arrêter, pour la retrousser par-devant et par les côtés;-

Ceux qui faisoient peu d'usage de leur ceinture affectoient tin air de négligence ou de mollesse trop marqué; de-là ces expressions , aite cincti et discincti , pour peindre le caractère d'un homme courageux ou efféminé. C'est un reproche que Gicéron fait aux complices de Catilina, parce qu'ils portoient des tuniques qu'ils laissoient tomber sur leurs talons ; cum tunka talari. Il n'y avoit que le peuple qui portât la tunique sans robe, comme le dit Horace ipopelius tunicatus,,. Un- patricien n'auroit osé paroître à Rome en tunique sans toge. >

^^ Déjà leurs cadavres tout entiers se sont épanouis comme un souffle. Y, 260.] Ces plaintes de Juvénal prouvent que la police n'étoit pas très-bien tenue à Rome, et que de son - temps, comme chez nous, le nombre des voitures étpit disproportionné avec les passages , qui étoient fort étroits et mal entretenus. Cependant il existoit à cet égard une loi fort sage qui interdisoit la circulation des voitures avant la dixii^me heure du jour ( quatre heures après midi. ) On n'exceptoit que les voitures employées aux travaux "publics ou aux cérémonies religieuses et triomphales ; mais il en étoit peutêtre de ces lois comme de nos ordonnances de police , qu'il faut rappeler sans cesse, et dont on a bien de la peine à obtenir l'exécution. ^ ( N'oie de V Éditeur.)

*4 Chacun vaquant à son ouvrage.,, prépare ^s frottoirs , V. 262.] Il s'agit ici d'un instrmnent de bain appelé strigilis , étrille. La matière de cette espèce de racloir étoit la corne , l'ivoire ou le métal. On y distinguoit deux parties ; le manche, capulus, dans le vide duquel on pouvoit, par les côtés, engager la main dont on empoignoit l'instrument; et la languette , ligula , courbée en demi-cercle , creusée en façon de gouttière, et arrondie dans son extrémité la plus éloignée du manche ; ce qui faisoit une espèce de canal pour l'écoulement de l'eau, de la sueur, de l'huile, et de tout ce

122 NOTfS

qui se séparoit de la peau par le mouvement de cette sorte ' d'étrillé. ( Apud, ii Fhrid,) Spartien raconte que Fempereur Adrien , qui se baignoit souvent avec le peuple, aperçut un vieux soldat qui , n'ayant personne pour lui racler la peau, se. frottoit le dos contre le mur du bain : l'empereur lui rendit le service dont il avoit besoin , et lui procura de quoi se faire servir désormais. Le lendemain plusieurs vieillards tentèrent le même moyen pour attirer sur eux les regards^ et la libéralité du prince; mais cette fois il se contenta de leur faire distribuer des étrilles , et leur ordonna de s'étriller réciproquement les uns les autres.

** Le seul vœu raisonnable dans cette conjoncture , <fesi de n'être qu'arrosé y v. 1*77.] Le P. Tarteron rend cet endroit avec sa naïveté ordinaire : « Ce que vous pouvez « souhaiter de mieux, dit-il, est qu'on ne vous casse pas « la tête avec le pot, mais qu'on se contente de vous coiffer « die ce qui est dedans. »

Au lieu A'effunderey il faut écrire defundere; c'est, suivant Tumèbe, la leçon des anciens manuscrits.

^ Tantôt couché sur le ventre y tantôt sur le dos, etc. , v. 280.] Cet endroit est imité de deux vers d'Homère dont voici la traduction latine :

IVunc lateri incumhens, ùerum postpaullo supinus CorporCf tum pronus , tum surgeru , derùque rectus.

Iliaâ. , lib. xxiv.

^7 Est-ce qu'autrement il ne dormiroit pas? v. 281.] Grangaeus propose de mettre un point d'interrogation après fiormire. Je ne crois pas qu'il y ait à balancer : ce point coupe le récit d'Umbritius; ce qui est très-conforme au style de Juvénal.

SUR i.X SATIRE III. IsS

*® £t les nombreux flambeaux qui échurent, v. a85.] Les flambeaux dés anciens étoient de boi% séché au feu ou autrement : ils en employoient de différentes sortes ; celui dont on se servoitle plus ordinairement étoit le pin. Pline rapporte que de son temps on employoit aussi à cet usage le chêne , Forme et le coudrier. Dans le septième livre de TÉnéide , il est ptrlé d'un flambeau de pin ; et Servius remarque sur ce passage que Ton en faisoit aussi de cornouiller.

^9 Ou loges-tu ? dans quel bouge? v. 296.] Proseucha étoit le lieu où les Juifs s'assembloient pour prier; et c'est aujourd'hui ce que nous appelons synagogue , dans les villes où les Juifs sont tolérés. ( Foyez P. Leopardi , Emendationes, pag. 65.) L'ivrogne en question , pour insulter son concitoyen , lui parle comme à un Juif , dont la . nation étoit fort méprisée chez les Romains. Il lui parle de synagogue. On voit dans Philon (tpmè II 9 page 568) que les Juifs en avoient déjà plusieurs à Rome du temps^ d'Auguste : Magnam partem urhis Romœ trans Tiberim non ignoravù teneri ethabitari a Judœis». Norat esse uf prosenchas inqmbus eonvenirentsepiems maa^e diebus , guo tempore publiée instituantur de anta sapientia. , i

'^° Et le long des marais Pontins , v. 3o7.] Les marais Pontins, situés ei;itre les fleuves Nymphée et Ufente, s'étendoient autrefois entre les villes appelées Privemum , Terracine, Setia , depuis Astura jusqu'il Terraoine. Les eaux descendant des montagnes voisines les avoient prodigieusement agrandis; et comme ces eaux ét€»ent stagnantes , elles infectoient l'air de vapeurs pestilentielles. C(»^éliusCéthégUs^ pendant son consulat^ l'an de Rome DXC, fut le premier qui essaya de les dessécher. Jules César ensuite > Auguste, Trajan , et Théodoric y roi des Goths, firent des dépenses considérables pour y parvenir, et n'en vinrent pas à bout.. Dans lès temps modernes , les papes Sixte V et Pie VI reprirent cet ouvrage , et il n'est pas achevé. Il ne le sera peut-être jamais. ( Note de V Éditeur.)

ia4 NOTES

^' Une seule prison suffit à Rome , eic, , v. 3x4.] La construction de la prison dont il s'agit ici fut commencée par Ancus Martius , et finie par Servius Tullius , sixième roi de Rome. On Tappeloit carcer Tailianus. £Ue fut encore nommée oarcer Mamertinus, parce que le préteur L. Pinarius Mamertinus l'a voit fait réparer. £lle est, dit Salluste, ténébreuse, fétide, et d'un aspect terrible : Inculta tenebris etodorefoedo, atque terribilis ejus faciès est. On a bâti sur ces antiques cachots , qui existent encore au pied du Mont Capitolin , une église dédiée à saint Joseph.

Qu'auroit dit Juvénal de l'époque récente et funeste où la plupart des édifices de la France furent convertis en prison? de la France couverte de sang et de scellés? L'histoire le dira : la postérité n'en voudra rien croire.

* Tant qu*elle fut gouvernée par des rois et des tribuns , V. 3 1 3.] Ce n'est pas sans raison que Juvénal parle ici des tribuns, au lieu de dire, comme on devroit s'y attendre, par des rois et des consuls. Il s'agit ici de prison. Or les consuls, quoique premiers magistrats, n'a voient point le droit d'emprisonner un citoyen sans y être, autorisés par un sénatus-consulte , ou par un décret du peuple, ou par un jugement ; au lieu que les tribuns pouvoient , de leur propre autorite , faire conduire en prison , non-seulement un simple citoyen, mais encore im magistrat, ^néme un consul. L'histoire romaine en fournit une foule d'exemples. Cette magistrature populaire, inviolable et sacrée, devint si formidable qu'Auguste en prit le titre et les fonctions, et la mit au rang de ses premiers avantages. C'étoit par les années de leur tribuniciat que lui et ses successeurs datoient principalement leurs actes ; et sur leurs médailles ils avoient soin de mettre Trib. Pot. v, vi, vu, ou vin, etc. La légende IMP. C. CiESAR. DIVL FILTVS. AVG. Pont. max. cos. m. Trib. Pot. iv. se rend ainsi : Caïus Cœsar, fils du dioin [Jules) Auguste , imperator, souverain pontife , consul pour la troisième fois y avec la puissance tribunitienne pour la quatrième fois. Tous ces titres

ne 56 trouvent pas toujours reunis sur la même médaille. Je ne les ai mis ainsi que pour les expliquer tous.

(Note de l' Éditeur.)

^* Lorsque tu viendras dans Aquin, v. 3i8.] Aquinum , cité des Yolsques dans la Caropanie , et patrie de Juvénal , maintenant Aquino, ville épiscopale de la terre de Labour, au royaume de Naples.

SATIRA IV.

RlIOMBUS.

EccE iterum Crispinus, et est mihi s«pe vocandus Ad partes; monstrum nuUa virtute redemptum A vitiis; aeger solaque libidine fortis :

Delicias viduae tantum aspernatur adulter.

Quid refert igitur quantis jumenta fatiget Porticibus, quanta nemorum vectetur in umbra; Jugera quot vicina Foro, quas emerit aedes?

Nemo malus felix , minime corruptor, et idem Incestus , cum quo nuper vittata jacebat Sanguine adhuc vivo terram subitura sacerdos. Sed nunc de factis levioribus; et tamen alter Si fecisset idenfi , caderet sub judice morum. Nam quod turpe bonis, Titio Seioque, decebat Crispinum. Quid agas , quum dira et fœdior omni Crimine persona est? MuUum sex millibus émit, iEquantem sane paribus sestertia libris, Ut perhibent qui de magnis majora loquuntur.

Consilium laudo artificis , si munere tanto Prœcipuam in tabulis ceram senis abstulit orbi. Est ratio ulterior , magnœ si misit amicae , Quœ vehitur clauso latis specularibus antro.

Nil tàle exspectes; émit sibi. Multa viderons , Qu» miser et frugi non fecit Apicius. Hoc tu

Page 1