‹ Satires de JuvénalChapitre 28 sur 30 · ÉVALUATION DES MONNAIES ROMAINES · texte numérisé non relu

ÉVALUATION DES MONNAIES ROMAINES

9 Malgré tant de sesterces , v. ag.] Les monnaies romaines, comme de nos jours, se divisoient en trois espèces :

l44 NOTES

cuivre on bronte, les; argent, argentum ; or, auràm, La première monnote frappée en bronze est Vas ou libra y parce que d'abord il pesoit en efïet une livre de la onces, égale à 6 i54 gr. ; on lui avoit donné pour empreinte un animal domestique, un bœuf, une brebis, etc., de là vint le mot pecunia. L'origine de cette pièce remonte presque à la fondation de Rome. Le poids d'une livre étant incommodé dans le commerce, on réduisit successivement l'as, et dans le ' cours de la guerre punique il descendit à a onces , et l'an 536 à une once; enfin, en 56a, la loi Papiria le fixa à une demi-once , taux auquel il est toujours resté depuis. Tel est l'as que l'on appelle dans nos médaillers grand bronze de coin romain. Le type des as est à peu près le même. Sous la république, une proue de vaisseau, avec le mot Eomâ; en tète, un Janus à deux vbages, le nom du monétaire, etc. Sous les empereurs, la tète du prince, avec la légende exprimant ses noms, ses titres et ses qualités, le nombre de ses consulats et la date de sa puissance tribunitienne ; au revers sont gravées différentes époques de la vie du prince : les victoires, les paix, les distributions , les consécrations , etc. ; c'est ce qui les rend si intéressantes et historiques. Ces pièces sont de la force de nos deux sous. Outre ces as réduits, il y a des demi-as, que l'on appelle moyen bronze y avec les mêmes tjrpes, et des quarts que Ton appelle petU bronze. Voilà pour la monnoie de cuivre. *

La monnoie d'argent se partage ainsi : le denier romain , denariusy marqué x ou xvi; il valoit dans l'origine lo as,, il fut depuis, en 536 , porté à i6 as; voilà pourquoi il pràid les. deux marques. Le demi-denier^ quinarius ou victoriatus, marqué y ou vui, et le sesterce, sestertius, marqué HS^ dupondium , a as 7 : cette dernière marque n'a pas changé. Le rapport de ces trois sortes de pièces est de i, a, 4. Ces monnoies d'argent portoient, sous la république, différens types, mais principalement des biges, des quadriges^^

«UR LA SAtIRB IV. 4^1

des divinités , conune Castor , Pollux , Janus , Ntima , Romulus , des Victoires y etc.; c'est ce que Ton appelle médailles consulaires. Sous les empereurs, mêmes types et mêmes revers que pour le bronze. Le denier romain s'appelle drachme eu grec , et la drachme offre à peu de chose près la même valeur que le denier romaine

La monnoie d'or se réduit à une seule , au nummus aureus. « L'an 547 de Rome, les Romains, dit Pline (liv. xxxiii) , frappèrent de la monnoie d'or, en arrêtant que le scrupule passeroit pour ao sesterces. » La forme et le poids de l'aureus ont varié sous la république; mais depuis Auguste cette pièce a conservé l'un et l'autre, sauf quelque altération successive dans le poids , comme nous le verrons tout à l'heure. Les types, légendes et revers sont les mêmes que dans les pièces d'argent, la tête du prince,' avec ses noms, titres et qualités; au revers, l'un des événemens remarquables de son règne. Toutes ces pièces dont nous venons de parler étoient de véritables monnoies ayant cours dans le commerce. En vain quelques savans ont voulu le contester , et les faire passer pour des médailles distribuées comme les nôtres; la simple inspection de ces pièces, l'uniformité de leur poids , les lettres S. C. j(ex senatus consulto) y qui se voient sur beaucoup d'entre elles, et plus encore la remarque faite sur une certaine quantité trouvée dans un même vase à l'abri des injures du temps, donf: les unes sont plus usées que les autres, tout dépose contre leur ass^ion. Celles que nous' appelons médaillons peuvent , à cause de leur grandeur inégale et disproportionnée , être regardées comme de simples médailles ou pièces n'ayant pas de cours.

Quant à la valeur intrinsèque de ces monnoies, à leurs rapports entre elles et avec les nôtres, à leur évaluation , voici ce que Texcellent mémoire intitulé Considérations générales sur dévaluation des Monnoies grecques et romaines ; Paris, 181 7 , in-4**; par M. Letronne , membre de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres , m'a semblé offrir de • I. 10

j46 notbs

plus ceriain. Vas, conome nous Tavons dit, fut réduit successivement d'une livre à une demi-once , et il présente peu de rapport avec les deux autres métaux, son poids étant incertain. Cependant le rapport du cuivre pourroit être à l'argent : : iia : i, lorsque Tas .est d'une once, et par conséquent de 56 : i , lorsqu'il est d'une demi-once. Vas étoit plutôt une monnoie de convention, un moyen d'échange semblable à nos papiers-monnoies ; car ime once de cuivre ne représente pas, à beaucoup près, la valeur que l'on donH noit à Tas considéré comme monnoie^ son poids commun est de 3o grammes f , et sa valeur dépend du sesterce , dont il représente le quart, et dont nous allons parler.

Le sesterce, sestertius, petite monnoie d'argent, marqué H S, mais plus encore monnoie de compte, base de presque toutes les évaluations et des cens plébéiens, équestres, sénatoriaux , etc. , en un mot de toutes les fortunes , étoit le quart du denier ; son poids et sa valeur , qui dépendent toujours de celui-ci, fut, du temps de la république jusqu'à César y de i8 grains; sous Ti te et Domitien, par conséquent au temps dont nous parlons dans notre satire, de i5 j grains; sa valeur , sous la république , ao 7 cent. ; sous Galba- Domitien^ 17 ^ cent. Par conséquent, l'as étoit, sous la république, de 5 ^ cent. , et sous Domitien , 4 -y cent. C'est d'après le savant auteur du mémoire cité, que je donne cette évaluation ; elle est d*aujtan^ plus sûre , qu'elle offre . le résultat des nombi^uses pesées qu'il a faites sur plus ^e deux mille médailles , de la Bibliothèque du Eoi , eX d'une quantité prodigieuse de passages d'auteurs , tant ancieps que modernes , expliqués et comparés ; il prouve jusqu'à Tévi- * dence la dégradation insensible de l'or et de l'argent , depuis Auguste jusqu'à Domitien , dans la proportion que je viens de donner pour le sesterce , et qui se retrouvera pour le quinaire, le denier et l'aureus. Ainsi la somme portée cidessus, V. i5, 6,000 sesterces, donnent, à raison d'à peu près 17 -j- cent., x,o65 fr. 55 c. Je n'ai jamais vu de ces

SUR LA SATIRB IV. l47

pièces , et je crois qu elles ont dû être fort rares , et fort peu en usage, à raison 4e leur petitesse, qui étoit au-<lessous de nos pièces de S sous. Il ne faut pas confondre ce sesterce avec une autre valeur purement de compte, appelée sestertia y sesterihrum y et par abréviation sestertiûm , ou comme le veut M. Dusaulx, sestertiûm — i/; au pluriel , jfr<?rAa — on/m» neutre. Cette somme représentoit mille petits sesterces.

Le quinaire, quinarius ou victoriatus, marqué v pour le denier de iq as, et viii pour le denier quand il fut porté à 16 as , double du sesterce, son poids est de 36 -f- grains. Avant Auguste , et sous Galba-Domitien , 3 1 r grains ; sa valeur de 41 cent, avant Auguste, et diminue en même proportion sous les empereurs jusqu'à 35 cent, ou 7 sous. On 9 de ces pièces dans tous les cabinets, mais elles sont plus rares que les deniers.

Le denier, denarius. Sous la république , il fut porté jusqu'à 73 à 74 grains, et en cet état il étoit taillé sur le^ ied de 84 à la livre. Ce fut la première monnoie d'argent frappée à Rame, Tant 49^ à» la fondation. Il étoit imité monétaire. Sa valeur représentoit 10 as ou X livres de cuivre , et toujours 4 sesterces. On ignore quels étoient alors son poids et sa valeur. En 536, le denier fut fixé à 16 a^. Tas étant alors de a onces , et il resta toujours à ce taux : de là les marques X (xo as) et XVI (i6 as) que portent beaucoup de deniers que nous avons consei&vés. Sous Auguste , le denier moyen descend kli graina; sous Tibère , à 69 ; sous Caligula, à 70 ; sous. Claude, à 69 *^ ; sous Néron, à 65 V;'aous Galba et ses successeurs « et jusqu'à notre époque, à Sa, à 63, même 58 gr;|ins pour les médailles restituées. On voit qu'alors ni le poids ni la valeur ne sont plus les mêmes. Ainsi , pour en revenir à notre époque, supposons-le à 63 grains de poids ; il sera taillé sur le pied de 96 à la livre environ , et comme il a val» sous la république 8a cent. , sous Auguste 79 , sous Tibère et Claude 78, sous Néron 73, il ne vaudra plus

i48 NOTES

de notre tenps que 70 cent. Arrêtons -nous à ce terme.

h'aureus , monnoie d'or » la seule que nous considérons ici. Son poids fut d'abord rapporté au scrupule (ai gr. ~) , et varia singulièrement de 129, 160 à aoi , ao4 grains, c'està-dire de 6,7, 9 scrupules, et ce, jusqu'en 700 ou 7o5 , où l'on ne trouve plus que des aureus de 1 53 à i54 grains , ou taillés sur le pied de 40 à la livre. L'aureus , ou denier d'or , dont les types , les dimensions , sont à peu près les mêmes que pour l'argent, valoit a 5 deniers d'argent. Celui-ci étant taillé du temps de la république sur le pied de 84 à la livre, et le premier de 40 seulement, le rapport de l'or à l'argent est de la à i environ. Sous les empereurs, l'aureus éprouva la même dégradation en proportion que le denier. Sous Auguste, de 148 grains; sous les autres, de i45, i44; sous Néron 1^9; sous Yespasién 187 ; enfin sous Domitien il remonte à i4i- Dans cet état, il peut être taillé sur le pied, de 45 à la livre, au lieu de 40. Sa valeur seroit donc, en l'an 700 de la république , de ao fr. 47 c; sous Auguste, de 19 fr. 87 c. ; sous Néron, 18 fr. 38 c. ; sous Domitien, de 19 fr. environ. L'aureus renfermoit 400 as , 100 sesterces , 5o quinaires et aS deniers.

Ainsi, en nous résumant, et pour présenter au lecteur un ensemble qui puisse lui sei*vir de guide pour tous les auteurs latins du temps dont nous parlons, nous dirons que l'as, au temps de Juvénal, valoit 4 j- c. , le sesterce 17 7 c, le quinaire 35 c. , le denier 70 c. , enfin l'aureus 18 à 19 fr.

Telle est l'évaluation la plus exacte possible des monnoies romaines comparée» aux nôtres, mais en valeur nominale seulement. Il n'en est pas de même de la valeur commerciale, de la valeur rapportée aux denrées , que M. Letronne appelle le ^ottpo/r de l'argent Par exemple , avec les 6,000 sesterces ici en question, qui équivalent à i,o65 de nos francs, auroit-on eu plus de denrées ou moins qu'on n'en obtiendroit aujourd'hui ? La question n'est pas indécise. Il est certain, quoiqu'on en puisse dire, que le numéraire étoit beaucoup plus rare alors qu'aujour-

SUR LA SATIRE IV. t4g^

d'hui; que Tonne connoissoit point les effets commerciaux , comme biliets h ordre , lettres de change , billets de banque , etc, , t©us effets qui , sans être d'or ou d'argent , ont , par convention , une valeur représentative des matières premières, multiplient considérablement les signes d'échange, et rendent les denrées beaucoup plus chères. Ce n'est pas sans raison que je mets en ligne de compte les effets publics et même particuliers, quoique les économistes me contestent ce point, en disant que la multiplication des billets ne change rien au rapport du numéraire aux denrées. Je réponds, et la raison l'indique, que tout signe de convention, ne fût-il qu'une coquille ou un caillou, mis en concurrence avec l'argent, et ayant, pendant un temps donné, le même pouvoir, doit opérer le même effet, du moins jusqu'à remboursement; j'ajoute à cela les raisons suivantes qui sont encore plus fortes. Dans les temps dont nous parlons , lés richesses eonsistoient plus en terres , en bestiaux , en esclaves , en objets de luxe qu'aujourd^hui. Les Romains employ oient plus d'or et d'argent que nous en dorures , ciselures , statues, ameublemens, bijoux et ornemens. Le commerce se faisoit encore par échange en grande partie. Les tributs, impôts et réquisitions se payoient presque tous en nature. Toutes ces causes réunies avdient rendu l'argent et l'or monnoyés beaucoup plus rares et moins nécessaires.

Il n'est pas aisé de faire l'évaluation de la valeur de l'or et de l'argent par rapport aux denrées. Le prix du blé , qui varioit singulièrement , et qui souvent étoit donné au peuple pour rien, ne peut servir de terme de comparaison. Cependant , sans parler du blé , essayons. Au temps de Columelle , l'amphore de vin , contenant environ vingt-neuf de nos litres , coûtoit 3o as, ce qui mettoit le vin à un as le litre. Au vers a 5 de notre satire, Juvénal, qui a parlé du surmulet acheté 6,000 sesterces (i, o65.fr.), ajoute Profincia tanti vendit agros ; La province offre des terres au même prix : ainsi on avoit des terres , des domaines avec une valeur qui procureroit au-

l5o ' NOTES

jourdliui à peine deux arpens de terres onUnaires. Avec les trente deniers^. prix de la trahison de Judas envers Jésus- Christ, et que je prends pour des deniers d'argent, parce que sans le mot aureus on ne peut guère les supposer deniers d'or , on acheta le champ d'un potier ; on n auroit pas aujourd'hui im oranger en caisse pour la même valeur* Le prix des bains étoit d'un quadrans , i j cent. , et aujourd'hui , en rivière» il est de 3 et 4 sous. J'ai lu quelque part que, dans de certaines provinces, reculées, on se procuroit , du temps de Tibère, un bœuf pour a deniers, Si sous, par rapport à l'époque ; j'ai bien peine à le croire ; mais cela prouve toujours le bas prix des denrées. Le cens équestre n'étoit que de 78,000 à 79,000 francs, et le cens sénatorial de moins de aoo^ooo, valeurs bien foibles par rapport à la puissance et à la richesse de l'empire romain. Mais> comme je l'ai déjà dit, les plus grandes richesses des Romains , les seules peut-être auxquelles l'on puisse donner ce nom , consistoient en terres , en prés , en bois , en lacs même , et surtout en esclaves , avec lesquels on a la main-d'œuvre à si bon marché, que l'on peut , sinon se passer de valeurs fictives , du moins les réduire à peu de signes qui alors sont moins des monnoies que des lettres de change. M. Letronne, qui convient, dans son mémoire, du pouvoir de l'argent^ ne l'élève. que dans la proportion de 3 à I , c'est-à-dire qu'avec un denier on ne se procuroit en denrées qu'une quantité triple de celle d'aujourd'hui. Je ne suis pas de son avis, et je crois que Ton peut sans se tromper yoTter le pomok- de l'or et de l'argent monnoyés de 6 à i, suivant le plus ou moins de rareté des objets. J'espère que l'on me pardonnera la longueur de cette note sur une matière qui revient à chaque pas dans les auteurs anciens , et qu'il est utile de<;onnoître. ( Note de VÈditewr,)

*° Toi que Von vit autrefois revêtu d'un eanevcis d* Egypte , V. 24.] Le papyrus s'employoit à plusieurs usages. De sa tige , entrelacée en façon de tissu, les Égyptiens construisoient

SURLASATIRBIT. l5l

des barques; et de l'écorce intérieure ou lU>erf ils flsiisoient des voiles , des habiilemens , des couvertures de lits et des cordes.

'* Èrr criant des poissons qu'il vendoit en détail, y, 33.] On lui faisoit uue remise sur chaque, poiss^on ; voilà ce que signifie y^ac/a mercede; ce sens est clair. On trouve dans le vieux schoUaste , /rac/a de merce; je n entends point ce latin-là, et je le crois înintelligible. Saumaise lisoil pharia de merce; cela ne vaut guère mieux. J'ai smvi la leçon de Grsevius.

* La leçon adoptée par M. Busaulx est claire et intdiligible, il ny a pas de àoute; mais elle est fausse. NoB-seu(e* ment le vieux scholiaste, mais encore tous les manuscrits , et j'en ai vu trente-six, s'accordent à lire, on fraeta de merce, ou , ce qui est le plus grand nombre , fraeta mercede. Cette 'dernière n'est pas inintelligible. Fractusàefrango, cassé, briié, mutilé, par conséquent non entier et devenu vil ; ear toute chose qui est brisée perd de son prix. Cette métaphore est un peu hardie, j'en conviens, mais elle est la seule que l'on puisse donner à ce passage, et la seule autorisée par les manuscrits. Ainsi, je dirois,: « £n criant des poissons qu'il vendoit à vil prix. » (Note de l'Éditeur,)

" Le dernier des Flaviens déchiroit V univers expirant ; Rome gémissoit sôïes le joug de ce chaUPe Néron , v. 3^.] La famiHe des FlaVîébs ft>uttiit trois empereur? à Rome ; savoir : Yespâsien , son Êls tité-, et Domitien', f¥ère de 'tite. — Ce chaulé Néron sigttîl^ ifue Doniiti\en étmt un âéi;ônd Néron, et qu'il ne diffé^oif dn pretftiér qu'en ce qu'il étoiC èhauté. l) i^t le premier des empereurs ,dili£utropë, qui se fil appeler maîtfe etdi^eu : c'est pourquoi JliVéïifel emploie le nibt sérviret. Maître se dîsoit dés esclaves; emf^èreur, des soldons, et pritfce, des citoyens.

l52 NOTES

'^ Le, mattre de la barque et du filet y étonné de sa proie, la destine au souverain pontife, etc. , v. ^SJ] Ç'est-à-dîre à Domitien. Les Césars eurent soin de joindre cette importamte dignité à la puissance impériale. Cette qualification rappelle que. Domitien avoit fondé dans la ville d'Albe un collège de prêtres qui lui étoient consacrés : peut-^tre aussi qu'elle fait allusion aux festins des pontifes , pontificum cœnas , qui étoient passés en proverbe.

«4 Si l'on en croit Palfiirius et ArmiUatus, la mer n'a rien de beau ou de rare qui n'appartienne au fisc, v. 53.] Palfurius et Armillatus, fameux jurisconsultes qui se laissèrent corrompre et v^idirent le peuple au tyran. Démosthène disoît , en parlant de leurs semblables : « Ce sont de ces hommes sur le front desquels on croit lire en gros caractères : a louer, À VENDRE.» Défais, leg, — Qui n'appartienne au fisc. Sous les premiers empereurs romains on appeloit œrarium les revenus publics, ceux de l'épargne destinés aux besoins et aux charges de l'état; et on nommoit ^coj ceux qui ne regardoient que l'entretien du prince* en particulier : mais bientôt après ces deux mots furent confondus ''chez les Romains, excepté chez les bons empereurs. «Trajan, disoit Pline le jeune, voit des biens dont il n'a point la propriété; et son domaine est aujourd'hui moins étendu que soa empire. »

'^ Déjà les malades attendoient la fthre quarte^ v. 57.] Des commentateurs ne s'accordent point sur la valeur intrinsèque de sperantibus. Comme sperare, dans les bons auteurs, signifie tantôt espérer et tantôt craindre, quelquesuns préfèrent la seconde signification, disait que la fièvre quarte, qui duroit quelquefois plus de sept ans, avant la découverte du quinquina, ne pouvoit pas être un sujet d'espérance. Il s'agit ici , non du fait, mais de l'opinion qu'en avoient les anciens. Or voici ce que Cicéron écrivoit à Tiron :

SUR LA SATIRE IV. ' l53

« Votre maladie m'afflige; cependant, puisqu'elle s'est chan- « gée en fièvre quarte , comme je l'apprends de Curius,. <t j'espère qu'avec un peu de soin vous n'en serez que plus « fort après votre guérison ; » Quum in quartanam conversa -vis et morbi[sic enim scribit Curiiis) , spero te, dUigentia adhibita, etiftmfirmioremfore. [EpisLfcuniL , lib. xvi, epist. ii.) Il est possible que Juvénal n'ait parlé que des maladne^ dangereuses; dans ce cas, sperantibus signifîeroit « espéroient. » En attendant que je sois plus décidé, je me sers d'un terme relatif à l'espérance et à la crainte.

*^ A peine a-t-on franchi le lac voisin d'Atbe y etc, v. 60. j Toutes Tes éditions portent toque lacus suberant, Marckland ( Stace, p. 8 ) corrige utque lacus superat. Premièrement il faut un singulier. Juvénal, en parlant du pécheur, dit : Hic properat , etc. , obstitit intranti, etc; secondement, subire lacum, mare y portum y se dit de ceux qui voyagent par eau ; mais celui qui fait route par terre , et qui laisse derrière lui un lac , non subit, sedsuperat lacum. Cela paroît évident, mais ce n'est qu'une correction idéale.

'7 Dans cette ville presque détruite, etc.', v. 60.] Ascagne , fils d'Énée, avoit fondé la ville d'AIbe : elle fut détruite de fond en comble, excepté les temples des dieux, par Tullus Hostilius, troisième roi de Rome. Egressis urbe Albanis , Romanus passim puhUca pHvataque , omnia teçta adœquat solo : unaque die quadringentorum opus awiorum , quibus Alba steterat , excidio ac ruinis dédit. Templis tamen deum , ita enim edictum a regefuerat, temperatum est. (Tit.-Liv., lib. i). Ce culte de Vesta et du feu y avoit été apporté de Phrygie par Énée et par les Troyens qui abordèrent en Italie. Il paroît, par quelques vers d'Horace et d'Ovide, que Vesta avoit plusieurs temples dans Rome. Le plus célèbre fut celui qu'avoit construit Numa.

l54 NOTES

*' Du nowfel Atride j v. 65.} Cette comfMuraiaon d'un homine td que Domitien avec le superbe AgâmemnOB , qu'Homère appelle roi des rois , cést bien mordante : cependant ils enrent un malheur oomibun ; tons dcfux périrent par des embûches domestiques.

'9 Consacrez ce Jour à votre bon génie, ▼. 66.] On croyoit, dans le paganisine , que des es|)rits d'vNre nature ff ès-subtile et très-déiiée présidoient à la naissaiicé des htffnttes, les accompagnoient dans le cours de leur Vie, et VeiUoienI à leucr conduite jusqu'à l'instant de la mort. On se figuroit qu'il y avoit un bon et un mauvais génie attachés à chaque personne. Le bon génie étoit censé procurer toutes sortes de félicités ; le mauvais , causer tous les malheurs. Ainsi le sort de chacun dépendoit de la supériorité de l'un de ces génies sur l'autre : c'est pourquoi le bon génie étoit fort honoré. Les Romains donnoient, dans leur langue, le nom de génies à ceux-là seulement qui gardoient les hommes \ et le nom de Junon , aux génies gardiens des femmes. Il y avoit les génies propres à chaque lieu ; les génies des peuples, les génies des provinces, ceux des villes, qu'on appeloit les grands génies. On adoroit encore le génie public > c'est-à-dire la divinité tutélaire de l'empire. Après Textinctioft de la république, la flatterie fit jurer par le génie de l'empereur, comme les fescîavés juroicnt par celui du maître. Apaker songékiîe, selotf les poètes de ce temps, c'étoil se réjouir, beire et faire bonne chère. Chaque saison avoit son géiteie, qiii ïnvitoit à profiter du temps :

.... Inier se lœU coiwwia curant ^ Invitât genialis hyems , eunuque resohit,

ViRO. , G€org.,Ub. t.

*° Le premier qui parut après que le Liburne eut crié: Accourez, etc, v. 75.] M. le chevalier deJaucourt prétend

sua LA SATIRE IT. l55

qu'il ne faut point traduire Libatnas par « crieur public; » il s'appuie d'un passage de Martial et d'une loi de l'empereur Antonin , par laquelle il est évident que ce iJburnus étoit un huissier chargé d'appeler les causes qu'on devoit plaider au barreau. Cet endroit de Juvénal montre aussi qu'il avoit des fonctions dans le palais de l'empereur.

*' Les préfets de cette i}ille concernée, etc., v. 7';.] On trouTe dans le premier tome dés Mémoires de l'Académie des inscriptions une dissertation de M. Valois sur ce vers de Juyénal :

Pegasus attooitae positus modo wHiçus urbi.

La principale difficulté tombe sur ces deux mots, attonitœ urbi. Tous les interprètes, sans exception ^ dit-il^ l'expliquent par l'abattement et la consternation générale de la yille de Rome, causés par le gouvernement tyradnique de Domitiën ; mais cette expUcation lui paroît trop vagué et trop générale , parce qu'elle n'est pas moins convenable aux règneé de Tibère, deCaligula et deNéron. Il suppose dond que Juvénal donne à la ville de Rome l'épithète d'attonità «t abattue , » pour insinuer finement l'indolence et la lâcheté de Dondtie», qui s'amusoit à tenir conseil sur un incident ridicule^ dabs le temps que toute la ville étoit cfonsternée de la fàcheâse nouvelle que l'on venoit de recevoir du soulèvement de Lucius Antonius dans la Germanie supérieure; soulèvement qui faisoit craindre de ce côté une guerre prochaine et dangereuse.

^* Fehoit ensuite Crispas , cet aimable vieliard, etc., v. Si,] Quelqu'un demandoit un jour à ce galant homme si l'empereur étoit seul ou en compagnie : Il n'a pas même une mouche auprès de lui , répondit-ril. Remarquez qu'un des passe-temps de Domitien étoit d'enfiler des mouches avec une aiguille

l56 . NOTES

d'or. Quintilien ( liv. x ) donne à Crispus la même épitbète que Juvénal : Fïbùis Crispas compositus y etjucundus, et delectationinatus ;prwans tamen caussis, quampublicis, melior.

*' La même politique soutient Jcilius , etc., v. 93.] J'ai fermé la phrase après solstitia, parce que his atmis , que la plupart das éditeurs rapportent à Crispus^ se rapporte évidemment à Acilius. En effet Juvénal a soin , dans cette satire, de caractériser tous ses personnages : or celui-ci le seroit bien foiblement par le jeune homme dont il étoit accompagné. Quelques -tms , pour rendre cette circonstance plus intéressante, supposent que ce jeune homme étoit son fils; mais tous les interprètes conviennent qu'on n'en sauroit trouver la preuve dans les monumens historiques.

** La victime étoit déjà réservée au glaive impérial, v. 9$.^ La plupart des éditions ont et domini gladOs tam festinata^. L'édition de Junte, de i5i3, l'une des plus anciennes que je connoisse, porte destinata. On a rejeté destinata, la seconde syllabe étant communément brève, comme dans le vers 45 de cette satire. Il sepourroit cependant que Juvénal ne se fût pas arrêté à l'usage. Plus d'un exemple prouve que les poètes oht varié sur la quantité d'un même mot. Au reste , il paroît que c'est Lûbin qui le premier a substitué dcsignata à destinata.^ C'étoit, en rejetant cette dernière leçon, ce qu'il y avoit de mieux à faire, d'autant plus que designare et destinare ont souvent la même signification. Foyez Quinte-Curce , liv. ix , chap. 6.

*5 La fureur des lions deNumidie, v. 99.] Ursus\ quand il est seul , veut dire im ours , mais ursus numidicus signifie un lion, comme l'a très-bien prouvé Juste-Lipse, tome i de ses œuvres, page 3o3 de l'édition in-folio. Suétone dit que Domitien perçoit quelquefois jusqu'à cent lious^ ursas ntimidas. Les naturalistes prétendent qu'il n'y a point d'ours

SUR LA S*ATIR£ lY. iS^

dans la Numidle ni dans la Libye , quoiqu'on lise dans Virgile pelle libystidis ursœ. Les Romains avoient improprement donné le nom d*ours aux premiers lions qui leur étoient arrivés d'Afrique. Foyez Pline, liv. vni, chap. 6.

'^ Personne , Brutus , ne seroU maintenant la dupe de ton Dieux stratagème, v. loa.] Lucius Junius Brutus, fils de M. J, Brutus, et d'une sœur de Tarquin le Superbe , contrefit Tinsensé, afin de pouvoir un jour venger son père et son frère que Tarquin avoit fait mourir, ne doutant point qu'un pareil sort ne l'attendît lui-même si ce prince cruel remarquoit en lui du nerf et du courage.

*7 Rubrius n'arrivoit pas avec plus tT assurance , v. 104.] On ne sait pas au juste ce que Domitien pouvoit lui reprocher : quelques commentateurs présument que l'impératrice lui avoit accordé ses faveurs.

** Tel que ce monstre couronné, etc., v, io5,] Néron, qui osa composer une satire contre Quintianus, dans laquelle il l'appelle mou et efféminé.

*9L* artificieux Féjenton accompagnoit l'assassin Catullus,etc., v. II 3.] Pline le jeune (liv. iv, épître xxii) traite fort mal le premier, et parle ainsi du second : « La conversation tomba sur CatuUus Messalinus , qui , cruel naturellement , avoit , en perdant la vue , achevé de perdre tout sentiment d'humanité : il ne connoissoit ni l'honneur , ni la honte, ni la pitié. Il étoit entre les mains de Domitien comme un trait toujours prêt à être lancé contre les plus gens de bien. »

Martial raille ainsi les amours d'un pommé Asper, qui étoit aveugle comme CatuUus :

Formosam plane sed eœcus diligit asper.

Plus ergOf ut res est , quam indet Asper amat,

Ma&t. lib. vxix , epigr. XLix.

i58 iroTits

^^ Et ne mérifoitque depoursm^reen suppUqm^ etc^ v. 1 17.} Jactare basia signifie ici porter la maio à la bouche ^ et rétendre ensuite d'un air suppliant vers ceux que l'on sollicite. Juvénal ajouté : « Les chars qui descendoient la colline d'Aricie. » Martial parle aussi de cette colline, sur laquelle il parqjt qu'il y avoil beaucoup de mendians.

Quem tuafeîicem , Zotle cœnafaàt,

MjLBT. Ub. II epigr. xix.

'* C'est ainsi qu'il jàgeoit,,, du jeu iles machines quand elles soulevoient des enfans jusqu'aux voiles du théâtre , v. laa.] XiCs Romains avoient plusieurs sortes de machines à l'usage de leurs théâtres. Outre celles qui étoient sou;s les portes des retours , pour introduire d'un côté les dieM]^ des \^\& et de$ campagnes , et de l'autre les divinités de la mer , il y en avoit d'autres au-dessus de la scène pour les dieux célestes , et de troisièmes sous le théâtre pour les Ombres, les Furies et les autres divinités infernales. Ces dernières machines étoient à peu près semblables à celles dont nous nous servons; elles consistoient en des espèces de trappes qui élevoient les acteurs jusqu'au niveau de la scène , et souvent bien plus haut, et qui redescendoient ensuite sous le théâtre par le relâchement des forces qui les avoient fiiit monter. Sur la machine tappéiée pegma , voyez Juste Lipse^ tome m de ses œuvres, pi^e 68 1.

^* Foyez^vous de quels dards son dos est hérissé, v. 127.] Ce qui annonçoit, selon Yéjenton, que les ennemis de Domitien seraient percés de flèches.

^' Montanus se somenoit de l'intempérance des premiers empereurs, etc, v. i36.] Vers la fin de la république , le plaisir de manger fut tel, que les riches se faisoient vomir

SUR LA SATIRE IV. i5q

avant et après le repas. « Ils prennent un vomitif, dit Sénèque , afin de mieux manger, et il^ mangent afin de prendre un vomitif. » Cicéron nous apprend que César pratiquoit souvent cette sale coutume.

^^ Cest ce qui purgea la terre d'un monstre encore tout dégouttant 4u sang des Lamia, v. i54*] Domitieii ae'préparoit à de nouvelles cruautés Iprsqu'il fut tué par Etienne, affranchi de sa femme Domitia, le 1 8 septembre 96 de Jésus-Christ , à quarante-quatre ans. On débite qu'à Theure même qu'on» assassinoit ce prince à Rome, Apollonius de Tyane, haranguant le peuple à Éphèse, s'écria : « Frappe, frappe le tyran! » Horace ( Ode xxi , liv. 11 ) a célébré l'illustre famille des Lamia.

SATIRA V.

PARASITI. ,

S 1 te propositi nundum pudet , atque eadem est mens ,

Ut bona summa putes aliéna vivere quadra ;

Si potes illa pati, quae nec Sarmentus iniquas

XÎaesaris ad mensas, nec vilis Galba tulisset,

Quamvis jurato metuam tibi credere testi.

Ventre nihil novi frugalius : hoc tamen ipsum

Defecisse puta quod inani sufificit alvo ,

Nulla crepido vacat? nusquam pons? et tegetis pars

Dimidia brevior? tantine injuria cœnœ?

Tam jejuna famés? quum possis honestius illic

Et tremere, et sordes farris mordere canini ?

Primo fige loco, quod tu discumbere jussus

Mercedem solidam veterum capis ofBciorum.

Fructus amicitiœ magnae , cibus : imputât hune rex ,

Et 9 quamvis rarum, tamen imputât. Ergo duos post

Si libuit menses neglectum adhibere clientem ,

Tertia ne vacuo cessaret culcita lecto;

Una simus, ait. Votorum summa : quid ultra

Quaeris PHabet Trebius propter quod rumperesomnum

Debeat, et ligulas dimittere, soUicitus ne

Tota salutatrix jam turba peregerit orbem ,

Sideribus dubiis, aut illotempore quo se

Frigida circumagunt pigri sarraca Bootae.

Di^itized byCjOOQlC

Page 1