CHANT DE VICTOIRE
Les canons ont fermé leurs gueules meurtrières , La brèche ouverte a vu tomber ses défenseurs, Et sur les murs croulants le drapeau des vainqueurs Flotte au bruit du tambour et des trompes guerrières.
Maintenant que les chants succèdent au fracas, Que tous les cœurs serrés s'élargissent d'ivresse , Que le vent jette au loin la poudre des combats, Et que le vieil Atlas tressaille d'allégresse, La Paix, la douce Paix s'élance sur nos pas!
Ah ! nous ne venons point déshonorer les filles, Et jeter nos bras nus sur leur pudique chair; Insulter les vieillards, disperser les familles. Et chercher Tor à la pointe du fer.
Non, nous ne venons point renverser les murailles,
Saper les liautes tours, déraciner les forts,
Et, profanant du pied le champ des funérailles.
De leurs linceuls poudreux dépouiller les vieux morts.
Nous nous sommes armés pour une cause humaine.
Pour abolir l'amour du sang, Pour tarir , s'il se peut, cette méchante veine Dans le cœur âpre et dur de l'Africain brûlant.
Nous voulons que chaque homme ait du respect pour l'homme,
Que l'homme, pur reflet d'un Dieu puissant et bon.
Ne soit pas au marché vendu comme un mouton ,
Nous voulons qu'on l'honore, et non pas qu'on l'assomme
Comme un bœuf mugissant qui meurt sous le bâton.
Nous voulons que la mort soit belle et sans outrage. Plus de meurtre hideux, plus de Kabyle errant.
Comme un chacal au cri sauvage.
Flairant les corps tombés au plus fort du carnage.
Et mutilant le soldat expirant.
O sainte humanité ! pour toi nos mains rapides Enverraient jusqu'au ciel d'innombrables boulets! Pour toi nous franchirions mille zones torrides. Et nous irions au fond de ces 'gouffres livides Arracher à Vulcain ses plus ardents secrets!
Allons, soldats enivrés par la poudre, Artilleurs aux canons encor vibrants et chauds. Cavaliers aux bras sûrs et prompts comme la foudre , Et vous, fiers grenadiers, intrépides faisceaux
Que la mort même a grand'peine à dissoudre , Par le mur entr'ouvert pressez vos larges flots!
Là vont se terminer les sanglantes misères.
CHANT DE VICTOIKE. M
Les marches, les travaux; là tout aura sa fin, Là, nous prirons le Dieu des combats et des guerres Pour notre général et pour ceux de nos frères Qui sont tombés sur le chemin.
En avant ! en avant ! abl la conquête est belle ! Les grands tigres rayés, les fauves léopards Courent le flanc percé d'une balle mortelle ; Pour le vaste désert ils quittent les remparts, Et leurs troupeaux hurlants, tumultueux, épars, Laissent aux fils des Francs une gloire éternelle.
Entrons, entrons vainqueurs dans l'antique cité.
Sonnez, clairons, sonnez, trompettes!
Et vous, bruyants tambours, soûs les noiies baguettes Roulez un chant d'orgueil et de mâle gaîté;
Entrons vainqueurs dans la cité!
Il est beau d'envahir une terre nouvelle. Il est beau de soumettre un pays indompté. Lorsqu'au milieu des rangs marche l'humanité Et quand tout cavalier au pommeau de la selle Porte avec soi la liberté.
Novembre 183~.