HYMNE A LA MISERICORDE
Leur faiblesse est sacrée, et celui qui l'accable
Est de tous les humains le plus épouvantable,
L'esprit le plus pervers et le plus infernal,
Car le mal il commet pour le plaisir du mal.
Certe, un triomphateur est grand dans la victoire
Quand, le front ombragé des palmes de la gloire.
Il rentre avec les siens en sa vieille cité
Aux acclamations d'un peuple transporté ,
Quand derrière ses pas, tristes , baissant la tête
Les captifs, au soleil étalant leur défaite.
Attestent son courage et le génie heureux
Que dans trente combats il déploya contre eux ,
Il est grand, aussi haut que sur terre peut l'être
Un mortel; cependant ce fier vainqueur, ce maître
L'est moins que lorsqu'encor, noir de poudre et de sang,
Il entend, ô Merci, ton cri doux et touchant,
Et que, purgeant son cœur du fiel de la vengeance.
Noblement il incline à la sainte clémence.
Non , rien n'est comparable en grâce, en majesté ,
Au tableau que peignit pour la postérité
Le chantre d'Ilion en son large poëme;
Ce tableau c'est celui de l'héroïsme même;
Achille furieux de son Patrocle mort
Et sur le meurtrier étendant son bras fort ,
Puis sentant tout à coup à la voix d'un vieux père
Son âme s'attendrir,- s'éteindre sa colère.
Et lui-même inondé de pleurs et gémissant.
Remettant à Priani le corps de son enfant.
Quel fait! un des plus beaux de ta vertu suprême.
Tendre Miséricorde!... et c'est pourquoi je t'aime
Et je crie aux humains: « Pitié, toujours pitié! >
Surtout à ceux par qui le fer est manié
Et qui dans ce bas monde ont souvent pour office
D'être les instruments sanglants de la Justice.