‹ Satires et chantsChapitre 112 sur 148 · HYMNE A LA MORT · texte numérisé non relu

HYMNE A LA MORT

Je chanterai la Mort, la Mort inexorable. Non pas avec l'accent d'une voix lamentable

Et sur un mode injurieux; Mais je la chanterai d'une noble manière. Comme on chante au matin la divine lumière Qui finit la nuit sombre et colore les cieux.

O Mort! pas un seul être en l'univers immense

Sous tes fauves regards ne s'égaie et se plaît; L'aigle gémit comme le roitelet.

Le lion tremble, et l'animal qui pense

Sent la frayeur blanchir son visage inquiet :

Et pourtant ici-bas ta lugubre présence Est un ineffable bienfait.

Quelle bonne nourrice et quelle tendre^mère Endorment mieux que toi les douleurs de l'enfant? Quel médecin meilleur sur une plaie amère Verse une huile plus douce, un baume plus calmant';

3fi8 CHAXTS CIVILS ET RELIGIEUX.

Quelle tranchante épée et quelle forte lame Comme toi rompent tous les nœuds Qu'autour du flanc des malheureux

Serrent la tyrannie et la misère infâme?

Lorsque nos vains désirs se sont bleu combattus, C'est ta main qui finit la lutte douloureuse, Et, quand des passions le flux et le reflux Nous ont plus agités qu'une barque écumeuse, C'est toi qui, dominant l'onde tumultueuse. Nous ramène une paix que nous ne perdrons plus.

Telle qu'un feu brûlant ou le jet du toiuierro.

Souvent la vie à l'acte humain

Accorde un pouvoir souverain.

Une force qui met en mouvement la terre : Mais la mort prête aux faits un plus haut caractère Comme un sculpteur sublime et plein de gravité, Elle complète l'œuvre et donne la beauté.

Oui, tout ce que l'on fait avec la mort eu face Porte le sceau divin qui jamais ne s'efface; Le flot du dévoùment, la source du vrai beau. Ne coule largement qu'au pied du noir tombeau. Et le cri qui tomba des hauteurs de Solyme, Le cri du juste mort sur la croix étendu Est et sera toujours le cri le plus sublime Que l'univers ait entendu.

Je chanterai la Mort, la Mort inexorable. Non pas avec l'accent d'une voix lamentable

Et sur un mode injurieux; Mais je la chanterai d'une noble manière, Comme ou chaute au matin la divine lumière Qui finit la nuit sombre et colore les cieux.

HYMNE AUX TOMHKAUX.

A voir le peu de temps que va la chose humaine

Et combien sa ruine est rapide et soudaine,

On dirait, quand la mort a mis la main dessus,

Détendu ses ressorts, relâché ses tissus ,

De veine en veine éte'int la chaleur nourricière

Et donné la volée à l'âme prisonnière.

On dirait que pour l'homme en cadavre changé

Tout est fini sur terre, et qu'une fois rongé,

11 n'y doit demeurer trace de son passage.

Pas plus que dans les cieu\ n'en laisse le nuage,

Ou l'ombre de la nuit sitôt que le soleil

A découvert son front à l'orient vermeil.

Mais non, le vuse d'or qui renferma le baume

Enivre encor les airs de son suave arôme

Après qu'il est brisé; le temple aux contours purs

Qui garda l'Éternel à l'abri de ses murs,

Lors même qu'il n'est plus qu'un monceau de ruines

Attire encor la foule à ses pierres divines :

Tout n'est pas terminé pour l'homme qui s'éteint, Non-seulement au ciel et devant le Dieu saint, » Mais aussi dans les champs de l'existent^e humaine. L'homme en destruction, l'homme poussière vaine. Laisse encore ici-bas quelque chose de graad, Qui n'est point de la vie et n'est point le néant, Son tombeau ! le tombeau, noble et puissante masse . Qui lie à l'avenir le passé qui s'efface, Monument qui s'élève avec solennité Sur les confins du temps et de l'éternité, Et que l'ardent regret, enfant des cœurs sincères, .arrose constamment de pleurs et de prières. Afin de consoler les ossements poudreux Qui gisent pêle-mêle en ses flancs ténébreux.

O soins touchants des morts et de la sépulture. Bons sentiments que Dieu mit dans notre nature, Vous êtes éternels, vous êtes aussi vieux Que la face du globe et la voûte des cieux! On vous trouve partout, dans le fond des savani"^. Sous le sauvage abri des pendantes lianes. Comme au sein des cités, sur le seuil des palais Que le porphyre et l'or décorent à grands frais. Tout ce qui porte un cœur, une âme douce et tendre. Peut, n'importe sa place, aisément vous comprendre. Et, sans qu'il soit besoin d'enseignements puissants. Vous comprendra toujours jusqu'au déclin des ans. Oui, tant que par les airs l'astre doré qui brille Éclairera le front d'un fils ou d'une fille. Ou verra l'humble terre ouvrir au bras mortel Son sein, pour recevoir l'ossement paternel. Et le sombre cyprès, le gazon ou la pierre Se tailler et monter en pyramide altière. Pour raconter aux cieux, en signes éclatants, La grandeur de la perte et le deuil des enfants.

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