‹ Satires et chantsChapitre 114 sur 148 · HYMNE A DIEU · texte numérisé non relu

HYMNE A DIEU

Lorsque le sang, chassé par de puissants ressorts.

Du cœur de l'homme a jailli comme l'onde,

Il va roulant sa pourpre vagabonde Dans les mille canaux qui sillonnent le corps :

Partout il chauffe, il anime, il féconde, Aux pieds donne le nerf et l'étincelle aux yeux.

Et du cerveau que son courant inonde Fait sortir la pensée en éclairs radieux : Puis, lorsqu'il sent mourir sa chaleur souveraine. Et qu'il rentre aux poumons, noir, sans force et malsain,

L'air, le grand air, de sa vivante haleine. Comme le vieil Éson , le rajeunit soudain : Et, tout renouvelé par l'élément divin.

Riche de sève et fort de nourriture, Voilà qu'il redescend dans l'édifice humain Avec une substance et plus rouge et plus pure.

Ainsi l'àme se meut au corps de l'univers ;

■■ilC, CHANTS CIVILS ET RELIGIEUX.

Ainsi l'âme l'inonde, et, passant au travers, D'innombrables beautés constelle sa surface; Ainsi l'âme envahit et féconde l'espace ,

Brille dans l'air en sublimes flambeaux, Éclate en masses d'or, en fleurs, en animaux, Et communique à tout la puissance et la grâce; Ainsi l'âme, perdant sa chaleur efficace, Et sentant décliner la force de son feu ,

D'un vif élan remonte d'elle-même Au foyer primitif, à la source suprême, Et va se retremper au grand souffle de Dieu.

Ah! l'Éternel n'est pas l'artiste solitaire Qui, son œuvre accomplie et le moule jeté,

Rentre dans l'immobilité, Et voit, silencieux, les choses se défaire.

Dieu, toujours en activité, Et comme un bon manoeuvre à la tâche excité,

Le coude en plein dans la matière , Dieu riche de pouvoir, de grâce et de beauté ,

A toujours de quoi satisfaire Aux besoins renaissants de la vitalité.

Par l'immense univers nulle âme n'est soustraitt^ A l'immense regard de son œil vigilant.

L'humble ciron et l'éléphant,

Le corps léger de l'alouette, Et l'orbe chevelu de l'ardente comète, Reçoivent tous, chacun dans son cercle mouvant Les effluves d'amour que l'Esprit pur sécrète Et verse à flots dorés sur l'ombre du néant. Dieu brasse de la vie et jette l'existence, Sans calculer le nombre et le feu qu'il y met

Souffler la vie est son essence,

Conserver l'être est sa puissance,

HYMNE A DIKU. 31

Et quand il le détruit, toujours il le refait Avec plus de largeur, plus de magnificence Et de splendeur qu'il n'en avait.

Aussi, de tous les points des vastes champs du monde, Du centre des rayons et de l'extrémité.

Quelle aspiration profonde Au cœur toujours battant de la Divinité! Quel élan merveilleux et quelle course ardente !

Quel concours d'éléments divers.

De soleils vieillissants, de globes entr'ouverts ,

De feux mourants, de flots amers.

Avides de briser leur forme pâlissante.

Et de se rajeunir dans l'âme effervescente

Du Créateur de l'univers!

Non, jaipais on ne vit dans l'antique carrière

Plus de chars si vite emportés, Jamais on n'entendit à travers la poussière , Pour le sublime but, la palme populaire.

Bondir plus de cœui's agités; Jamais au noir courant d'une épaisse mêlée On ne vit l'œil en feu, la tête échevelée. Plus de fougueux guerriers prendre un rapide essor Pour saisir à la main et de pleine volée

La victoire aux deux ailes d'or.

Heureuse l'âme à qui l'enveloppe fait faute

Et que le temps dépouille pur lambeau ! Elle est près de sortir d'un lugubre tombeau Pour atteindre aux honneurs d'une sphère plus hauti'; Elle est près de porter un vêtement plus beau; Heureuse l'âme à qui le corps fait faute ! Mais plus heureuse encore est celle qui, sachant Qu'elle renferme en soi des lueurs immortelles,

31>i CHANTS CIVILS ET RELIGIEUX.

N'attend point pour ouvrir ses ailes Que le vent de la mort seconde son penchant !

Bienheureux, bienheureux celui qui se consume

Dès l'aube de ses jours eu désirs sérieux;

Qui ne pense qu'au Père, et dont l'àme s'allume

A l'espoir d'arriver à mieux , Et qui, tel que l'aiglon, oiseau faible et sans plume, Mais ardemment épris de la clarté des cieux, Dès le nid se soulève et déjà s'accoutume

A fuir le globe soucieux !

O mon âme, courage! imite sur la terre

L'exemple immortel des aiglons; Fuis les voraces cris de l'épaisse matière , Brise les nœuds impurs des viles passions : Que tes deux yeux tournés vers la sainte lumière

Boivent son rayon enchanté , Et ne perdent jamais dans la vaste carrière Le soleil idéal, source de la beauté.

Qu'importe que Cybèle , enivrante sirène.

Pour mieux te retenir dans les chaînes du corps ,

Déroule autour de toi la trame aérienne

De ses mélodieux accords; Qu'importent les parfums de son humide haleine. Ses contours ravissants, ses magiques couleurs; Qu'importent même autour de la terrestre plaine

Le firmament et ses splendeurs :

Monte, mon âme, monte au grand foyer des âmes; Va de toute ton aile au réservoir des flammes.

Dirige là ton vol de feu ; Monte, monte toujours, et ne fais point de pauses, Et sans jamais atteindre au Créateur des choses.

Rapproche-toi toujours de Dieu!

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