EPILOGUE
Le vent de poésie a regagné les nues,
Me voilà sans force et sans voix; Les cordes de la lyre à demi détendues
Ne répondent plus à mes doigts.
Les chants sont achevés, c'est Dieu qui les commence, C'est Dieu qui soutient leur essoi-,
Et c'est lui qui devait avec magnificence Inspirer leur dernier accord.
Avec lui, comme au son de la lyre thébaine
Jadis Amphion l'a tenté.
Avec lui j'ai voulu de la famille huniaiuo
Bâtir la superbe cité.
J'ai voulu revêtir et le marbre et la pierre
De l'éclat de sa majesté; J ai voulu que son nom fût la pierre angulaire
Du temple de la Liberté.
.i80 CHANTS CIVILS RT RELIGIEUX.
Peut-être, pour oser une chose pareille,
Surtout pour la mener à bien , Fallait-il une voix plus sonore à l'oreille,
Un arcliet plus fort que le mien;
Peut-être fallait-il une âme plus croyante, Peut-être de plus saints concerts.
Des chants pareils à ceux que l'antique hiérophante Versait à longs flots dans les airs.
J'ai fait ce que j'ai pu, ce qu'à ma conscience
A soupiré l'esprit de Dieu; Le grand désir du bien a causé ma licence ,
Et de force il me tiendra lieu.
Oui, quoiqu'il se rencontre en cette symphonie Des tons et des rhythmes divers,
L'Éternel, je l'espère, en sera l'harmonie. Comme il l'est de tout l'univers.
RIMES Héroïques
En leuilletant les œuvres du Tasse, j'ai trouvé dans ses poésies lyriques un recueil de vers ayant pour titre : Bime heroiche. Ce sont des vers adressés à différents princes de l'Italie en l'honneur de leur mariage ou de la naissance de leurs enfants. J'ai pensé que ce titre pouvait s'appliquer mieux encore aux chants inspirés par ceux qui se sont dévoués au bien de leurs semblables. J'ai donc recueilli toutes les pièces de vers que, dans mes lectures, l'émotion d'un pieux souvenir, un grand acte de vertu ou de patriotisme avaient pu me suggérer. Prenant toutes celles qui se rapportaient à un nom historique et les groupant par ordre de temps, j'en ai composé, comme dans un de mes poèmes, il Pianto, une sorte de galerie que j'ai décorée du titre de Rimes héroïques, galerie non close et pouvant toujours s'ouvrir à de nouveaux faits. Ce ne sont pas d'ordinaire les âmes les plus éclatantes et les plus applaudies que j'ai chantées, mais les plus malheureuses, les plus honnêtes et les plus sympathiqueiî
à ma manière de voir et de sentii-. La forme du sonnet a été celle que ma pensée a revêtue. Ce petit poëme, d'invention moderne et d'origine provençale, se prête à tous les tons; et quoique accoutumé à soupirer les peines du cœur et à exhaler les tristesses de l'âme, il peut monter aux notes les plus fières et faire entendre les accents les plus mâles. J'en ai varié les formes autant que les ois de l'harmonie me l'ont permis; j'ai môme essayé quelques combinaisons nouvelles.