‹ Satires et chantsChapitre 21 sur 148 · LE PALAIS DE LA FRANGE · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE LA FRANGE

Dans une grande salle de marbre est dressé un banquet somptueux. La France, entourée de convives, est couchée sur un lit de pourpre. Elle tient une coupe à la main.

LA FRANCE

Ah! que la vie est belle et son aspect divin,

A travers les rubis et les vapeurs du vin !

Comme le pur soleil se jouant dans un verre

Donne du coloris aux pâleurs de la terre ;

Le ciel descend dans l'âme et vous fait nuit et jour

Flotter devant les yeux les rêves de l'amour :

L'ivresse est à mon gré la meilleure des choses.

Arrière la morale et ses dictons moroses !

Le passé n'est qu'une ombre et l'avenir n'est pas ;

Le présent fortuné seul existe ici-bas :

Goùtons-en les doux fruits, du soir jusqu'à l'aurore,

Et buvons à la Paix, déesse que j'adore.

Et dont j'encenserai toujours le noble autel!

, POT-DE-VIN

Mais en l'attente aussi du grand jour de demain, Remplissons chaque coupe en l'honneur de l'hymen.

LES CONVIVES

Buvons, buvons!

LA FRANCE

Oui, tous : de sa prison de verre Que l'esprit bouillonnant parte comme un tonnerre; Que le Champagne coule, et .qu'avec les chansons Les danses au sein nu tournent sur les talons : Ah! j'aime, quand l'on boit, la danse et la musique ; C'est le ton du vieux temps, c'est la manière antique Aujourd'hui, c'est la mienne; enfants de l'Opéra, Déroulez vos trésors, dansez la cachucha!

LES CONVIVES

Bravo, France, bravo ! vive la cachucha!

POT-DE-VIN, d'abord à part, puis tout haut.

Mon triomphe est certain et mou règne commence. Demain je m'assiérai sur le lit de la France; Je tiens l'oiseau royal en mes larges filets; Maintenant, noble oiseau, s'il se peut, rompez-les! Allons, musiciens, danseurs, batteurs de planches, Jouez en son honneur de la langue et des hanches , N'épargnez pas la voix, flatteurs mélodieux, Et le geste lubrique ; allons, à qui le mieux Fera pâmer le sein de ma charmante idole! Ah! je ferai monter les flots d'or du Pactole Jusqu'au faite moussu de vos obscurs réduits.

On frappe aux portes du palais.

Mais quel est ce tapage, et d'où viennent ces bruits ? Tudieu! sommes-nous donc au sabbat des sorcières?

Les danses et les chants s'arrêtent.

tN SERVITEUR.

O reine

LA FRAN CE

Que veux-tu?

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