‹ Satires et chantsChapitre 23 sur 148 · L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

L'ESPAGNE

France! ces yeux éteints que l'horreur accompagne, Ce visage sanglant que tu vois , c'est l'Espagne.

l'italie.

Ces bras désespérés que je dresse dans Fair , Et qui portent en bleu les empreintes du fer , Sont les bras de ta sœur, la plaintive Italie.

LA POLOGNE

Et moi , triste squelette à la face pâlie ,

Qui viens t'épouvanter de mon lugubre abord,

Moi, je suis la Pologne à deux doigts de la mort.

LA FRANCE

Oh! grand Dieu, se peut-il?

POT-DE-VIN. 71

POT-DE-VI\

Non, ce sont des fantômes.

LES CONVIVES

eine, chassez-les vite aux funèbres royaumes : Au signe de la croix les esprits des tombeaux Rentrent en frémissant au fond de leurs caveaux.

LA FRANCE

Hélas ! plus je les vois , plus le sombre nuage

Qui pesait sur mes yeux et voilait leur image

Se dissipe... Mes sœurs... ce sont bien là leurs traits...

Comment ont-elles pu venir dans ce palais?

LES NATIONS

L'arbitre de la terre et de nos destinées

A, pour un peu de temps, quelques pâles journées

Permis que nous quittions notre sol malheureux.

LA FRANCE

Mais qui vous pousse ici? quel motif désastreux?

LES NATIONS

C'est l'excès de l'injure et de notre souffrance, Le désir de finir une dure existence , Et de savoir enfin , ô France , chère sœur, Si toute pitié tendre a déserté ton cœur.

LA FRANCE

Mon cœur, vous en doutiez?

LES NATIONS

Oui, car tu nous délaisses.

Les plaisirs sensuels ont toutes tes tendresses :

Pourtant ce n'est point là le merveilleux attrait

Où nous avions pensé que ton cœur se prendrait.

C'est toi qui nous a mis le charbon sur la lèvre ,

Toi qui, nous infiltrant le venin de ta fièvre,

Nous as fait boire au fond de ton verre enchanté

Le vin de l'espérance et de la liberté.

La souffrance pour nous devenait habitude;

Sous le vent du malheur et de la servitude.

Ainsi que des lépreux qui ne peuvent guérir.

Sans plainte, sans regrets, nous nous laissions mourir.

Ne pensant qu'à Dieu seul, lorsque ta voix profonde.

Comme un coup de tonnerre épouvantant le monde.

Entra dans" notre oreille avec ces cris nouveaux :

Peuples, rompez vos fers et secouez vos maux;

La France vous soutien. Alors à la Vaillance

Nous entonnons un hymne, et la lutte commence.

Mais le mal était fort, et tu ne venais pas,

Il nous fallût céder, et nous fûmes à bas;

Si bas, que maintenant notre chétive vie

N'est plus qu'un râle sourd, une lente agonie.

Une ombre qui se traîne, et que le Dieu vivant

Balayera bientôt de ce globe mouvant.

LES CONVIVES

La France est tout émue, et ses noires paupières Laissent tomber des pleurs! Ah! renversons nos verres; Amis, le ciel est sombre, et du festin rompu L'allégresse s'enfuit.

poT-DE-viN, à part.

Mon travail est perdu !

Ces lamentations percent à jour ma trame, Et comme autant de clous s'enfoncent dans mon âme. Maudit soit le portier, stupide et sans cerveau , Qui laissa jusqu'ici pénétrer ce troupeau !

LA FRANCE

Mes sœurs, mes chères sœurs, votre voix est amère, Vos reproches sont durs. — Toujours d'un cœur sincère J'ai partagé le pain de vos grandes douleurs, Et passé bien des nuits à vous donner des pleurs.

LA POLOGNE ET l'ESPAGNE.

Il nous eût mieux valu des boulets que des larmes.

LA FRANCE

Italie, Italie, au premier cri d'alarmes, ^ N'ai-je pas dans Ancône envoyé mes soldats ?

l'italie.

Oui, pour voir des remparts, et, le fusil au bras. Les enfants de l'Autriche inondant la campagne Remettre sous le joug la plaintive Romagne, Et rendre aux porte-clefs du pontife romain Le sceptre vermoulu qui tombait de sa main.

LA FRANCE

Ah ! que voulez-vous donc aujourd'hui que je fasse?

LES NATIONS

Redevenir toi-même et reprendre la place Où ton cœur généreux jadis était monté; Faire entendre aux tyrans le cri de liberté. Et, si tu n'obtiens rien par ta parole pure. Sonner de la trompette et ceindre ton armure.

LA FRANCE

Mais puis-je avec la Paix rompre les nœuds si doux De ma jeune amitié, renoncer à l'époux Oui va couvrir de fleurs ma belle destinée?

LES NATIONS

Un ('poux !

Oui, mes sœurs, uu nouvel hyménée Par de tendres liens m'assure le repos : L'amour cncor pour moi rallume ses flambeaux.

O contraste effrayant des choses de ce monde ! Quand, le front prosterné dans une poudre immonde, Les bras charges de fer et le sein déchiré. Nous poussons vers le ciel un cri désespéré, La France est à l'amour et ne songe qu'à plaire ! 0 mortel glorieux que notre sœur espère. Où donc es-tu? que nous ployions les deux genoux Devant ta majesté?

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