‹ Satires et chantsChapitre 25 sur 148 · HYMNE DES PRETRES · texte numérisé non relu

HYMNE DES PRETRES

L'or est le prince des métaux, Le lustre de la terre et rornement du monde; Le soleil est tout or, et le ciel qu'il inonde A la couleur de l'or dans les jours les plus beaux.

A l'or la suprême .puissance; C'est le nerf des États et la force des rois : L'or est le grand parleur, et toute uoble voix

Pâlit devant son éloquence.

L'or est la meilleure des clés Pour faire pivoter les plus solides portes;

Les murs d'airain, les places fortes Et le giron vermeil des blanches Danaés , Tout cède à sa puissance et s'ouvre à ses beautés-

POT-DE-VIN

Avec l'or pleuvent les merveilles , Les voluptés du ventre et celles du cerveau , Les écussons brillants, les vertus sans pareilles Et les coups d'encensoir au grand jour du tombeau :

Rien n'est plus fort, rien n'est plus beau. Gloire , gloire à Mammon , au dieu de la richesse !

Que nos voix pleines d'allégresse

Aillent pour lui frapper les cieux :

Car c'est lui le premier qui, fouillant dans la terre, Sut arracher au sein de cette avare mère

L'or magnifique et précieux.

LA FOULE

Gloire, gloire à Mammon , le dieu de la richesse !

Que nos hymnes d'amour et nos chants d'allégresse Touchent son cœur, et sur nos fronts joyeux Fassent descendre un regard de ses yeux !

LE GRAND PRÊTRE

Dieu de l'or, entends la prière Des nombreux enfants de la terre, Et reçois les dons solennels Qu'ils déposent sur tes autels.

D'abord voici les boules blanches De vingt graves représentants; Puis les habits brodés sur tranches D'une centaine d'intendants; Les écharpes , les épaulettes De maints célèbi'es généraux ; Les plumes d'or de trois poètes Aux intarissables cerveaux; Puis des feuilles de journalistes, Des brochures de nouvellistes Et les bonnets et les rabats De plus de soixante avocats.

LA FOLLE

Gloire, gloire à Mammon, le dieu de la richesse!

Que nos hymnes d'amour et nos chants d'allégresse Touchent son cœur, et sur nos fronts joyeux Fassent descendre un regard de ses yeux !

LE GRAND PRÈTKE.

Adorateurs du dieu, généreuse assistance, Qui faites tant d'honneur à l'autel que j'encense, A genoux maintenant, et joignez les deux mains! Pour que le dieu puissant nous soit toujours propice, Voilà ce qu'aujourd'hui, dans notre sacrifice, Nous offrons saintement à ses regards sereins :

Trois cervelles d'agents de change

Dégouttantes de sang, de fange.

Et que le blême désespoir

A fait sauter hier au soir;

Deux cœurs de pères de famille

Transpercés par un coup mortel

Dans les jeux emportés du duel;

Trente avortons dans leur guenille,

Enfantement triste et malsain

De la misère et de la faim ;

El puis les larmes bien amères

De cent veuves et de cent mères,

Expirant sur de noirs grabats

Avec leurs enfants dans les bras.

Gloire, gloire à Mammon , le dieu du la richesse !

Que notre sacrifice et nos chants d'allégresse Touchent son cœur, et sur nos fronts joyeux Fassent descendre uu regard de ses yeux!

1MJT-UE-V1.\.

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