‹ Satires et chantsChapitre 29 sur 148 · LES .\.\T10.\S · texte numérisé non relu

LES .\.\T10.\S

Quels discours! Dieu! le front de la reine pâlit.

LE MEURTRE

Allons, ma belle France, offre-moi donc ton lit! Jadis, tu n'étais point pour moi si dédaigneuse; De mes mâles beautés autrefois amoureuse. L'haleine entrecoupée et les seins haletants, Au milieu des combats tu me suivis vingt ans. Il est vrai que j'avais sur le dos un costume Plus convenable alors : je portais une plume Au chapeau , des rubans qui me servaient de fard , Et les peuples tremblants m'appelaient tous César.

LES \ATIONS.

Ah! le corps de la France et frissonne et chancelle.

LE MEURTRE

Aujourd'hui me voilà , souveraine immortelle, IVIe voilà devant toi de nouveau revenu. Non plus chamarré d'or, mais le corps demi-nu, Comme l'on est aux lieux où la sauvagerie Dans les plaisirs du sang plonge et vautre sa vie; Où, le scalpel en main, la ruse dans les yeux. L'homme bondit sur l'homme, et, chacal furieux, Sans la moindre pitié l'immole et le dépèce

LES NATIONS

Assez, assez d'horreur et de scélératesse!

LE MEURTRE

Assez d'horreur! vraiment! lorsque son cri guerrier Met le glaive à la main d'un peuple tout entier; Que le salpêtre en feu jette une clarté vive,

POT-i)E-VIN. 10.-

On ne veut pas soudain que près d'elle j'arrive.

O vous dont les transports et les cris alarmants

Tâchent de la ravir à mes embrassements,

Retirez-vous! il faut que la guerrière voie

Tout ce que ma nature et comporte et déploie

De fléaux désolants et de destructions;

Il faut que j'apparaisse avec tous mes rayons.

A moi, sombre pillage à la mine rapace!

A moi, viol infâme à la lèvre salace!

A moi, pâle famine à l'affreuse maigreur!

Et toi, vif incendie, implacable fureur.

Viens, les bras allumés, plus rouge que l'aurore.

Mugir à mes côtés, et comme le centaure

Broyer dans ta colère et tes bonds éclatants

Les chefs-d'œuvre de l'homme et les travaux du temps!

POT-DE-VIN

Bravo , Meurtre !

Une foule de monstres sortent de terre et se rangent autour du Meurtre.

LA FRANCE

Ah! l'enfer est-il tout à ma porte!

Cette apparition pour mon âme est trop forie.

LES NATIONS

0 France , remets-toi , ne ferme pas les yeux ; Ces monstres pleins de rage et de sang écumeux Ne sont pas les vrais fils de la puissante guerre. Des viles passions c'est le fruit délétère. Une œuvre d'ignorance et de brutalité , Le reste venimeux du pouvoir effronté Qui, passant sur ton sol comme un bouillant orage, Y sema quelque temps la mort et le ravage. Aujourd'hui, cette ti'oupe a beau surgir encor

Et jusqu'en ton palais prendie sou fol essor. Elle ne donne plus de sérieuse crainte. Gourmande-la sans peur; à ta parole sainte Elle partira toute : un mouvement de bras , Un seul coup de ta lance, et les monstres à bas Fuiront comme un essaim que le vent du nord chasse.

LA FRANCE

Hélas! la voix me manque et la terreur me glace.

LES XATIO.XS.

O France, du courage; il y va, chère sœur. Pour nous de l'existence et pour toi de l'honneur.

LA FRA.NCE.

Je ne puis...

Les Nations se jettent à ses genoux.

l' ITALIE.

Souviens-toi que je fus ta nourrice, Celle qui, tout enfant, te prit avec délice Sur ses genoux divins, et comme un doux nectar Te versa le lait pur du savoir et de l'art.

l'es PAG NE.

Moi, du sabre ottoman, de la fureur païenne. J'ai sauvé les trésors de ta gorge chrétienne.

LA POLOGNE

Et moi , naguère encor, lorsque le Tsar altier. Fou de colère au bruit de ton réveil guerrier. Voulut porter la main sur ta noble personne, Pour garantir l'honneur de ta jeune couronne. Je me suis élancée au-devant de ton corps; Et frappant Attila, lui rendant morts pour morts.

POT-DE-YIN

J'ai contenu Télan de sa vaste furie

Au piix de bleu du sang et presque de ma vie.

Hélas!... hélas! mes sœurs, je n'ai rien oublii'^ Mais le sang, ah! le sang! Dieu, d'elles prends pitié ! De mon corps défaillant je sens partir mon âme.

La lance et le bouclier s'échappent de ses mains , et elle tombe évanouie sur les dalles.

LES NATIONS

O terrible malheur! ô faiblesse de femme ! La France évanouie et par la peur du sang Renonce à soulager les maux de l'innocent. Notre cause est perdue.

POT-DE-VIN

Et la mienne, ô mon père, Grâce à tes soins, triomphe et j'éloigne la guerre!

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