‹ Satires et chantsChapitre 77 sur 148 · LA MÉMOIRE DE MA MÈRE · texte numérisé non relu

LA MÉMOIRE DE MA MÈRE

Aut prodesse volunt aut delectare poetae.

HOHiCE.

Il nous a paru bon, dans une suite de pièces de vers, de peindre le tableau de la cité humaine, et, en la reliant à Dieu, de rappeler le magnifique symbole du père des poètes, cette chaîne d'or merveilleuse qui attachait la terre au ciel. Ce n'est point à l'homme isolé que nous avons parlé, mais à l'homme en rapport avec ses semblables, au citoyen. Nous avons espéré que cette vue d'ensemble, le pénétrant d'un sentiment religieux pour lui-même, pour les choses qui l'entourent et pour les lois qui le gouvernent, élèverait sa pensée, diminuerait ses passions mauvaises, et lui ferait mieux comprendre son rôle et son but en ce monde. Voilà les motifs pour lesquels nous avons donné à nos vers le titre de Chants civils et religieux.

Déjà, le célèbre Ronsard avait composé un recueil d'hymnes à l'instar des anciens. Il les avait consafcrés à l'éloge des rois et des saints, de la nature, de la morale et de la philosophie. Ils sont écrits, tantôt en vers

alexandrins, tantôt en vers de courte mesure, comme ceux de ses odes. André Cliénier pareillement a laissé plusieurs hymnes d'un beau sentiment patriotique. N'eus avons suivi l'exemple de ces deux grands poètes dans leur pensée d'imitation et dans leur forme. Seulement nous avons donné à nos vers un sens plus général et plus conforme à notre conception de l'ordre naturel et social. II était de notre devoir d'indiquer nos modèles, mais il était nécessaire aussi de marquer la différence entre leur œuvre et la nôtre.

INVOCATlOiN.

Il ne faut pas s'emplir la bouche et la poitrine

Uniquement d'air pur, Mais il faut aspirer aussi l'âme divine Qui régit tous les corps illuminant l'azur.

C'est par un nœud divin que se tiennent les choses. C'est par un joint sacré que les effets aux causes

Se rattachent dans l'univers , Et forment un grand tout des éléments divers.

Le monde en mouvement vit au sein d'un seul ètro Qui de tous les côtés l'anime et le pénètre :

Dans la nature et dans l'humanité, A travers l'infini des clartés et des ombres. Dieu filtre et se déroule, ainsi que l'unité Se développe avec les nombres.

Ah! qu'il respire dans mes chants Comme il tressaille au fond de l'aveugle matière ;

Que son soufllc éternel échauffe mes accents Comme il enflamme aux cieux les globes de lumière!

Qu'il donne à mes élans pieux La beauté qui réside en son plus mince ouvrage , Et que son nom sacré , traversant chaque page , Porte dans tous les coeurs l'émoi religieux!

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