HYMNE AUX MONTAGNES
Le ciel a ses splendeurs et ses gloires sans nombre , Son jour éblouissant et sa grande nuit sombre ; L'océan son écume et ses fortes rumeurs, Et la terre, ses monts aux sublimes fraîcheurs. Les monts, les nobles monts! ah! ces masses tranquil Valent bien que parfois l'homme sorte des villes , Pour reposer son œil sur leurs flancs spacieux, Etpour qu'en les voyant escalader les cieux , D'un semblable désir il se prenne et s'enflamme , Et, son corps s' élevant, s'élève aussi son âme.
C'est au faîte des monts que les géants des bois , Les mélèzes, les pins ténébreux et sans voix , Comme font les vautours avec leur "Vude serre , Enfoncent bien avant leurs racines en terre, Tandis que leurs fronts noirs , d'un élan mutuel S'élancent hardiment à la voûte du ciel , Sans crainte que la serpe ou que la hache humaine Ose déshonorer leur ramure hautaine.
C'est au faîte des monts que les enfants de l'air ,
Les nuages semés dans les champs de l'éther
Viennent mettre au repos leurs légions flottantes;
C'est là que, renversant leurs urnes bouillonnantes,
Au bruit tumultueux de la foudre et des vents,
A travers les rochers et les sapins mouvants,
En torrents écumeux ils font pleuvoir les ondes,
Et forment les grands lits des rivières profondes
Qui vont d'un cours paisible et d'un flot argenté
Porter aux champs la vie et la fécondité.
C'est au faîte des monts que l'aigle vit à l'aise,
Et que, sans peur qu'un trait sur ses plumes ne pèse,
Dans l'azur infini nageant de tout côté ,
Il élève son vol en pleine liberté.
Là, dans le cercle bleu d'un horizon immense,
La fraîche solitude et le morne silence
Lui donnent des transports aux humains inconnus;
Les appétits grossiers ne le tourmentent plus:
Il est calme, et son œil, planant sur toutes choses,
Semble aller radieux à la cause des causes.
Enfin c'est sur les monts que l'on reconnaît Dieu ,
C'est là qu'on trouve encor sa trace en traits de feu ,
Et que, remontant vite aux premiers jours du monde,
L'esprit voit reflamber la terre vagabonde.
Quel spectacle étonnant, quel aspect merveilleux,
Que tout ce vaste amas de sommets sourcilleux ,
De dômes caverneux et d'aiguilles de pierre ,
Les marbres, les granits, le schiste, le calcaire,
Les ossements du globe en pleine fusion,
Et l'antique matière à large et gros bouillon ,
Mugissant, comme au fond d'une cuve brûlante,
S'enfle et baisse à grand bruit la poix noire et fumante.
Quel gigantesque drame, et quels enseignements !
D'abord ce n'est qu'un choc d'étranges éléments ,
Un sombre pêle-mêle , une bataille impure ,